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Full text of "Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ou Théorie du beau dans l'art chrétien; publ. par l'abbé Migne"

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Y^^f^^c 









J*r. 




b- • 



TROISIÈME £T DERNIÈRE 



ENCYCLOPÉDIE 

THËOLOGIQUE , 



OU TROISIÈME ET DERNIÈRE 



flan Di DicnonAiBig sur toutu lbs partiis db u scnnci uuamisi, 



iwtw ■■ niAaçAM, Bv wmm omomm AitnABÉnQVB, 

LA PLUS CLAIRE, LA PLUS FACILE, LA PLUS COMMODE, LA PLUS VAUIÊE 

ET LA PLUS COMPLÈTE DES THÉOLOGIES. 

CCS DICTIONRAIIIES SOIfT CEUX : 

DB nilLOSOPIIIE CATHOLIQUE, — D^ANTirUILOSOPUlSSIE, -- 

DU PARAIXfeLB DBS D0CTR1!IES RELIGIEUSES ET PniLOSOPIIIQL'ES AVEC LA FOI CATHOLIQUE, — 

DU PROTESTAilTISlIE, — DES OBJBCTIONS POPITLAIRF.S CONTRE LE CATHOLICISME, — 

DE CRITIQUE CUilÉTIBN!«E , — DE SCHOLASTIQUE, — DE PUILOLOCIE DU MOYEN AGE, — DE PHYSIOLOCIB, — 

DE TRADITION PATRI8TIQUE ET CONCILIAIRE, — DE LA CHAIRE CHRÉTIENNE,— D*HISTOIRB ECCLÉSIASTIQUE, — 

DBS HISSIONS CATHOLIQUES, — DES ANTIQUITÉS CHRÉTIENNES ET DÉCOUVERTES MODERNES, — 

DBS BIENFAITS DU CHRISTIANISME, — D*ESTHÉTIQUE CHRÉTIENNE, — DE DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE, — 

D*ÉRODITION ECCLÉSUSTIQUE , — DES PAPES ET CARDINAUX CÉLkBRKS, — DE RIBLIOGRAPHtE CATHOLIQUE, •— 

DES MOSÉSS RELIGIEUX ET PROFANES, — DES AHBAVESKT MONASTÈRES CÉLfcHRES. — 

DE CISELURB.GRAtDRBCT ORNEMENTATION CHRÉTIENNE,-- DE LÉGENDES CHRÉTIENNES, — DE CANTIQUES CHRÉTIBNSf 

— D*ÉCONOaiE CHRÉTIENNE ET CHARITABLE, — l>CS SCIENCKS POLITIQUES ET SOCIALES, — 

DE LtoSLATION COMPARÉE, — DE LA SAGKSSE POPULAIRE, — DES ERREURS ET SUPERSTITIONS MTULAIRES , •* 

DES LIVRES APOCRYPHES, — DE LEÇONS hE LITTÉRATURE CHRÉTIENNE EN PROKE ET Ul VP», — 

BE MYTHOLOGIE UHIVERSELLE,— DE TECHNOLOGIE UNIVERSELLE, — DES CONTROVERSES HIBT0RIQUF8, -^ 

DES OftlGIRBSDD CHRISTIANISME, — DES SCIENCES PHYSIQUES ET NAIURELLES DANS L* ANTIQUITÉ, 

<— DES EARMONIBS DE LA RAISON, DE LA SCIENCE, DE LA LITTÉRATURE ET DE L*ART AVEC LA FOI CATHOUfllDK. 

puiiliëh: 



PAR M. L'ABBÉ MIGNB, 



00 



SUR CHAQUE BRANCHE DB LA SaBNCE CCCLÉSIASTIQUB. 

ll8:6rR«LBfOL.rODR LE SOUSCRIPTEUR A LA COLLECTION ENTIÈRE, 7 FR. ET hImbS FR., POUR LB SOUSCRirTfOR 

A TEL OU TEL DICTIONNAIRE PARTICULIER. 

eo milES, PRIX : 3B0 f%4NGS. 



TOnS DIZ-8EPTIÈBIE. 



DICTIONNAIRE D'ESTHÉTIQUE CHRÉTIENNE. 

PRIX : 7 FRANCS. 



TOME UNIQUE. 




S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR, 

AUX ATEUERS CATHOUQUES, RUE D'AMBOISE, AU.PETIT-MONTROUGE 

BARRIÈRB d'enfer DE PARIS. 
18S6 



qi 



i 



a-à*^ 



PREFACE. 



Le mot BUtiétique n'a été trouvé que vers le milieu du (leniier siècle, et ee n'est qu'à cette époque que Fud a 
corameucé à s'occuper sérieusement de la théorie du beau. r.*est surtout à U fin du xvui* siècle et au commencemeni 
de celui-ci, que la philosophie de l'art est devenue l'objet d'une ailenlion particulière qui a persévéré jusqu'à nos 
Jours. TouteRfis, la plupart des écrivains qui s'en sont occupés, ne l'avaient traitée qu'incidemment et par manière de 
difrression. Pas un n'avait songé à considérer spécialement Sf>us le rapport de l'esthétique, en les faisant marcher de 
fronldans un même ouvrage, l^rchitectiire, la musique, la peinture et la sculpture, dont la réunion forme cet ensem- 
ble harmonieux qu'on appelle les arts libéraux. Encore mofm avitl-ou eu la pensée d'envis4ger simultanément ces 
quatre arU libéraux au point de vue principal de la poétique chrétienne qui les a si profondément; si admirablement 
transformés, en leur imprimant son cachet mystique et divin. 

(^'est donc pour la première fois qu'on essaye de poser et de développer dans un même livre les conditions du beaa 
Idéal surnaturel, divin, en même temps que celles du beau idéal humain, <laus leur principe et dans leur application 
respective aux Uiuvrc» de l'art. Grâce à la distinction fomlamentale que nous formulons nettement entre ces deux 
genroii de beauté, tout malentendu devient impossible dans l'appréciation des monuments de l'art, et l'on n'est plus 
exposé à voir se reproduire dans les écrits qui s'y rattachent cette incohérence, cette confosion, disons même, ces 
contradictions flagrantes que révèlent tant d opinions émises par des Juges d'ailleurs habiles et compétents. Celte dis- 
tinction fondamentale, sans laquelle tout n'est que chaos dans les appréciations si diverses de la cntique , nous l'éta- 
blissons théoriquement dans les deux dissertations préliminaires mises en tête du Dictionnaire. Ensuite, dans le 
corps de l'ouvruge, nous en faisons l'application pratique à quelques-uns des principaux monuments de l'art. Il n'en 
est pour ainsi dire aucun de ceux que nous décrivons ou que nous analysons, dans l'ordre de l'architecture, de la pein- 
ture, de la sculpture et de la musique, que nous n'ayons vu ou entendu. Dans les jugements ooul ils ont été l'objet 
de notre part, nous avons eu pour lumière et pour guide non-seulement les bibliothèques publiques et privées, les 
égllies et les riches musées qu il nous a été douné de visiter, d'étudier ou de consulter en France, eu Belgique, en 
Allemagne, en Salite et en Italie, mais encore les nombreuses notes et impressions de voyage recueillies dans ces 
pérégrinations qjMftoour de l'art, etsurtout de l'art chrétien, nous avait (ait entreprendre eu divers temps et en di- 
vers lieux 

En parlant,unpeulonguementpeut-être, des lilresquenous pouvons avoiràlaconfiance de noslecteurs, nous cédons 
iDoInt au seutinientd'un puéril amour-propre qu'au désird'appelerleurindu'gencesurun travail qui doit nécessairement 

iirétenter des imperfections et des lacunes dans l'exécution, par cela même qu'il est entièrement neuf, et quant à 
a forme et quant à la conception. A ceux qui trouveraient que te nombre des articles est restreint comparativement 
aox autres Dictionnaires qui traitent de l'art chrétien, nous ferons observer que ce livre est un livre de principe ^vaot 
tout. A ce point de vue, qu'il ne faut pas oublier, la description, par exempje, de la cathédrale d'Amiens, comme ty- 
pe du genre f^olhiaue, considéré sous le double rapport du beau ^umainet du beau divin, remplit aussi bien notre but, 
que le ferait celle de dix autres églises en style ogival. 11 en est de même pour les églises romanes et pour les 
(ouvres qui se rattachent aux autres arts que celui de l'architecture. D'ailieurs,on comprend facilement qu'un plus 
grand nombre d'articles sur cha( une de ces quatre catégories eût grossi au delà de toute raisonnable limite un ou- 
vrage de doctrine et de synthèse ulutôtque do détails. 
Ce Dictionnaire est le résumé ue plus de viugt années d'études sur l'art chrétien. Parmi les champions de cette 




des thèses fort avancées et très-hardies pour l'époque, alors qu'il y avaitquelque courage à orendre en main la cause. 




pathiee réelles, au lieu des déOances systématiques et des préventions aveugles d'un autre temps. 



imprimerie )1I02^L^ aU PHit^Monrroui^ 



DICTIONNAIRE 

D'ESTHÉTIQUE 

CHRÉTIENNE, 

ou 

THÉORIE DU BEAU DANS L'ART CHRÉTIEN, 

L'ireUlMtire. U aisiqs, la |dilire, la seilrtan et kmièriTés, 

trkBUt PAR DEUX DIU1RT1TI0H9 rm&UHIHAniS, 

L'un SCS LK IKAD ipftu. BUMAIK, L'iVItE BOB Ut BtAO IDÉAL SDRHATURIL OU SITIN ; 

COIfrUMÉl PAR LA DISGRIPTION OU l'aHALTSR DB PLUaiKCRS DRS CHKPI-D'aRUTRRS RUPBCTirt 

DR l'aRCBITRCTTiRR I DR LA HUUQUR , DR LA PRINTURR RT OB LA KOLPTDRR, 

RT PAR l'histoire PHILOMFBIQVR DR ClIACUIf DR CEB QDATRR ARTi LIRiRAUX ; 

R£SDHÉ ANALYTIQUE. LOGIQUE ET CHRONOLOGIQUE DBS MATIÈRES 

CONTENUES DANS L'OUVRAGE, 
R •'ma auu oMmu UMuéngra m root ua mom mi adivu m ■■■ Atimn qtn ■ um orfi, 

ChUMlM Utrlain da Ia atliédnle de Viience, lupeclear de li SodÉti frucilM poor I* eoMenritioa dtt ■ihr- 
ffleou, el nemlire de plaiiesn Société* n>utei; 

TERMINÉ PAR UN APPENDICE 

■RKlRRHiaT rLDIIRDKB PlfcCBI oA ■O.'fT OtnLQrrtU L» NOTIONS BD HAtI DAN> l'OIDKR FRTSIQI'l ET MORAL, 
BU APH.IUTIOH* DANI LU AITI ET DlfRRttB CINBOBU CONTEE LK RADTAIi «ODT. 

ESSAI SCR LE BEAU 

FAR LK P. ANBRt ; 

DU IIIDIUSBE ET DU ClTHOUCISiE DtlS L'MT, 

PAR LS COHTK DB HOnTAL&UBRRT J 

MI BEAU DANS L'ORDRE PHYSIQUE ET MORAL ET DE SES DIVERS CARACTÈRES : 

BEAU, BEAUTÉ, BEAUX ARTS, 

PAR m. ibATRT; 

PUBLIÉ 

PAR H. L'ABBË HIGNE, 

ÉVITEIIB MS 1^ nUJ«TBÈ9«n mVITUMBLLE BV "'^^t, 

M 
DU CODU UMiniTt BOR GRAQOR BRAIKRB DR LA ICIHKCR RCCitilUTIVm. 

TOME UNIQUE. 




PRIX : 7 niANcs. 



SMMPRIME ET SE VEND CHEZ H. J.-P. HIGNE. ÊDITEUB, 
AUX ATELIERS CATHOLIQUES. RUE D'AMBOISK, AU PETIT-MONTROUGB ; 

BARBIArB d'enfer DR PARIR 



^ 



3 . ye 



SOMMAIRE 



DBS MATlÊMm CmTENnBS DANS Llf DiCTlONNAJMS DWTHÈTIQUE. 



Dissertations préliminaires au Dictionnaire d'Esthétiqne Col. 9 

Première dissartatim. . t 9 

Deuxième Dissertation. . ki 

Table des auteurs dont les ouvrages ont rapport à l'Esthétique. ... 77 

DICTIONNAIRE D1ESTHÉTIQDE. 

Résumé analytique selon Tordre des matières 768 

Appendice. 

Essai sur le Beau ' g51 

Du Vandalisme et du Catholicisme dans Fart 1005 

Du Beau dans Tordre physique et moral 1227 

Beau, Beauté 1237 

Beaux arts 1267 



Inpriiiierie MIGNE, au Pelit-llonlrouge 



DISSERTATIONS PRÉLimMAIRES 



PREMIÈRE DISSERTATION. 

SUR LE BEAU IDÉAL DANS LDRDRE DE LA NATURE OU DE LA CRÉATION. 



Dieuy source immuable de toute beauté. 

Qu'est-ce que le beau? Il existe une foule 
de réponses à cette question ; mais toutes 
peuvent se résuoier en ces quelques mots : 
« Le beau est la splendeur du vrai. » Or, 
qu'est-ce que le vrai? si ce n'est ce qui 
existe nécessairement, ou Dieu lui-même. 
Luiiseul, en effet, existant nécessairement 
i l'abri de la mobilité du temps, des caprices 
et des passions; lui seul, possédant essen- 
tiellement, comme être nécessaire, les per- 
fections dont l'harmonieux ensemble con- 
stitue le beau, le bien et le vrai (trois choses 
parfaitement synonymes, quant au fond), a 
pu les refléter sur le monde physique sorti 
de ses mains et en laisser l'empreinte plus 
ou moins imparfaite, en même temns que la 
notion impérissable, dans l'Ame numaine 
créée à limace de ce prototype divin. Et 
voilà pourquoi, tandis que les cnoses créées, 
soit corps, soit esprits, passent rapidement 
avec leurs beautés, emportées par les suc- 
ressions rapides du temps, la beauté divino 
et le sentiment de cette beauté parmi les 
hommes ne périssent jamais. Toujours il 
existe au-dessus d'eux, et indépendamment 
de tout caprice ou de toute convention, un 
type invisible qui se révèle k leur intelli- 
gence et se manifeste extérieurement k leurs 
{reux dans les œuvres de la création, pour 
eur apj)rendre que tout principe de beauté 
est dans l'unité qui découle de la notion d'un 
Dieu seul existant par lui-même, seul véri- 
tablement grand, aimable, de sa propre na- 
ture, seul digne, par conséquent, d'être 
pour lui-même aime et imité. Ecoutons ici 
saint Augustin que nous citerons plusieurs 
fois, car aucun des Pères n'a parlé aussi lon- 
guement et mieux que lui du principe et 
ûes conditions du beau. 

Témoignage de saint Augustin, 

« Il y a, dit-il, une nature qui change selon 
les lieux et les temps, comme le corps. Et 

(I) Eêt natura fer loeos et tempera mutabilU^ ut 
eorjmt. Et ett natura^ quœ née per locoi , nec per 
lempora mutari poteit^ hoc Deut est. Quod hic iii«i- 
niiact quoauo modo mulabile^ creatura dUitur; quod 
immutabiU, Creator. Cum autem omne quod eiu 
dîcimlu, tJi quantum manet dicamui^ et m quantum 
mmum ut, omnis porro puUkritudmU formotiiai 
êU : vides profecto in itta dittributione nalurarum 
tummêtit, quid tnfme et tamensit; quid medie mU' 

DicnQnif. D'EtmiriQDi. 



il V a une nature qui ne peut changer ni 
selon les lieux, ni selon les temps; je veux 
dire Dieu. Ce que je viens d'indiquer, 
comme susceptible de toute espèce de chan- 
gements, s'appelle créature, et ce qui est 
immuable, c'est le Créateur. Or, comme 
tout ce que nous disons être, nous ne îen- 
tendons qu'autant qu'il existe d'une manière 
permanente, et qu autant qu'il est un. Tu- 
nité étant la forme, la condition de toute 
beauté, on voit, par conséquent dans cette 
distribution des natures, ce qui est élevé, 
et ce qui est inflme, et ce qui existe néan- 
moins, ce qu'il y a de moyen, de plus grand 
que l'inflme, et cependant au-clessous de 
1 être divin (1). » 

Et dans un autre de ses ouvrages : c Tout 
ce qui est beau, dit-il, dérive de la souve 
raine beauté, qui est Dieu, et la beauté des 
choses temporelles existe et s'opère toiiyours, 
pendant que ces mêmes choses disparais- 
sent et se succèdent tour à tour fS). » 

Les créatures visibles^ reflet de la beauté 

de Dieu. 

C'est ainsi que Dieu, souverain et im- 
muable prototype du beau, se révélant con- 
stamment è l'homme, dans les choses visi- 
bles, reflet de ses perfections invisibles et de 
sa divinité , les hommes ont toujours pu 
connaître, par la beauté de l'ouvrage , celle 
du divin Créateur, selon le langage de saint 
Paul , dans son Epttre aux Romains (3). Le 
monde a été et est encore pour eux, sur- 
tout pour les savants et les philosophes, 
comme un miroir qui renvoie de tous côtés 
l'image de Dieu. En effet, tout dans luni- 
vers parle aux sens , à l'esprit et au cœur. 
Tout est clair et intelligible, dans ce vaste 
tableau où Dieu a fait rejaillir en mille 
rayons sa gloire et sa beauté. Quoi de plus 
éblouissant que le soleil, ce foyer inépuisa- 
ble de lumière et de vie ? Quoi de plus scin- 
tillant que ces milliers d*astres fixés à la 

jusaue tM/imo, et minus summo sit, (Ep. 18 Ccr/esl/no.) 
(t) Omne pulchrum a summa pulchriiudine eu , 
quod Deus é%t; temporalis autem pulchritudo, rébus 
decedentibus succedenlibusifue peragitur. (De dicersis 
quœstionibus ocloginta trtbus, Lib. i , qiiacst. 44.) 
(5) InvisibiUa enim ipsiut, a creatura mundi , pgr 
sa quœ fada miff , intelUcta conspiàunîur; sempiier- 
naque ejus virtus et divinitas : ita %t sint inexcutabiUs. 
(Hom, I, iO.) 

1 



fi 



PRLMKRE OISSEBTATXyX. 



It 



voMe lies cîeox? Qaoi de |»lus harmonieox 
tfmt Tordre iomuable qui préside à leor 
Birche et à leurs fénAvtàoos^ Quoi de plus 
Tarie que les lleors, les piaules et les frniu 
quieooTrent le sol de la terre qoe nous ha- 
bitons? Quoi de plus multiplié que les espè- 
ces innombrables d animaux qui lliabitent, 
de même que les poissons qui se jouent dans 
rette grande mer, enlaç^ la lerre dans ses 
immenses replis^ Combien ces éclatantes 
menreilles de la terre et des cieun racontent 
la ^oire de Dieu et la magnificence de ses 
œuTres tk) ! Aussi, la lumi^ spleodide, qui 
en rejaillit, renrironne comme d*un Tète- 
lement, aaûcims luwûwt sieut ^etUmtmiû. 
(PâtU. an, 2.) Et pour que rien ne manauât 
à une telle démonstration de sa beauté* il 
a -Yeula j joindre les contrastes les plus sai- 
sissants, tels que la mélodie printannière 
des oiseaux, et le rugissement des lions 
ilans la forêt, et parfois le murmure sourd et 
firolongé du tonnerre qui ébranle lesjiuéest 
en même temps que les Tagues écumantes 
de la mer en courroux mêlent leur bruisse- 
ment borrible à celui des vents déchaînés 
dans toute leur foreur. Cest ainsi que les 
jeux et les oreilles de l'homme sont péné- 
tfiés de la pensée de Dieu. Cest ainsi que 
les cBUTres de ce suprême architecte sont 
toutes marquées au coin de sà sagesse, de 
sa puissance et de sa grandeur, en sorte que, 
de même qn*on rei:onnaft une pièce de 
monnaie à lleOigie du prince qui Ta .fait 
frapper, ainsi nous reconnaissons la divine 
beauté à Temjpreinte quelle a laissée sur 
les cMirres de la création. 

Vkomm€f image la plus traie ^ la plus sensible 
de cette divine beauié. 

Mais nous n^avons encore rien dit de la 
filus mecTeilleuse de toutes, de celle qui 
retrace avec le plus de force et de rente 
cette divine beauté, puisqu'elle a été formée 
directement h son image. 

Lorsqu'il eut créé et disposé TunîTers, 
se xetira dans le fond de sa pensée, et, 
|irenant conseil de sa sagesse et de son 
aflMHir, il en tira une idée plus belle. Il dit 
dans le conseil de ses trois ineffables per- 
sonnes ? Faisons FAonune à notre image et 
à notre ressewsblanet (5)* afin que, placé au 
haut delà création, il unisse le Créateur à la 
créature, raccbitecte à son ouvrage, en par- 
ticipant à la fois de notre nature et de celle 
des êtres formés de nos mains ; et aussitôt 
if JU r homme du Umon^de la terre (6). 

Jusque-là Thomme n'avait rien qui le 
distinguât de la simple créature : c'était un 
être merveilleusement disposé dans toutes 
ses parties, mais incapable d'intelligence et 



d*aniour. Et Dien^ continue i bistorîen sa- 
cré, répandit sur son ri sage «■ somffle de n>, 
et Ikomme derini virant etmsûmé ^T). 

Cest ainsi* qœ la simple créatvre fut 
élevée à la ressemblance du Créateur, fiar 
son âme, somffle de rie gnt Dieu tira de sa 
propre substance^ (aour animer le cor^is d'ar- 
gile qu'il venait de former {%), Dès lor>« 
anime par le souffle divin, fbomme exi>ta, 
se connut et s'aima, réunissant, autant que 
fient le faire un être fini, les trois conditions 
de Têtre infini, la vie, la connaissance et 
1 amour. Ainsi, selon la belle expression de 
Bossuet, une trinité créée que Dieu fait 
dans nos âmes, nous représente la Trinité 
incréée que lui seul pouvait nous révé- 
ler (9). 

Lhomase trouve en lui-mêmu Vidée tffpe dm 
beau et du bieuj en méwu temps qui! esi 
doué de la faculté de Us réaliser par ses 
omvres. 

Au moyen de cette révélation primitive, 
immédiate, J)ieu a communiqué à lliomme 
ridée tjpe du beau et du bien, en même 
temps que la faculté de les réaliser, par les 
oeuvres les plus admirables, et par les plus 
héroïques vertus. L'homme est devenu ainsi 
un être complexe, intermédiaire entre Dieu 
et les autres créatures visibles, tenant à ces 
dernières par son corps, mais bien élevé 
au-dessus d'elles et tenant h Dieu par son 
âme créée à cette image divine. Il reste ainsi 
dépendant du suprême artisan, dont il re- 
connaît la touche- soit dans ses facultés in- 
térieures, soit dans cette longue série de 
beautés visibles, réparties sur l'immense 
échelle de la création et qui, depuis les in- 
férieures jusqu'aux supérieures, aboutissent 
finalement à Dieu. 

Voici comment saint Augustin expose cette 
gradation dans le livre déjà cité : c L'esprit 
humain, en jugeant des choses visibles, 
peut aisément se reconnaître supérieur à 
toutes. Mais, obligé, à cause de sou imper- 
fection et de ses progrès dans la sagesse, 
de s'avouer muable, il trouve au-dessus de 
soi la vérité immuable et y adhérant, 
comme il a été dit : Mon âme s'attache à rou>, 
il en devient heureux, [larce qu'il trouve au 
dedans de soi-même le Créateur et Sei- 
gneur de toutes les choses visibles. Il ne 
s'occupe donc plus des choses visibles, quoi- 
que célestes, qui ne se trouvent |>as ou qui 
ne se trouvent qu'avec un grand travail, et 
en vain, tant qu'on n'a pas su, au moyen de 
leur beauté extérieure, découvrir le suprême 
architecte qui est au-dedans de nous, et qui 
forme premièrement dans Tâme des beautés 
supérieures, et ensuite dans le cor|is des 
beautés inférieures (10). > 



^ (I) Cœii euMrrmU gioriam Dei^ et opérât munuum 
€pts ammumliat frmamaunm. {PsaL iviii, t.) 

(5j Fmciamuê hoanuem ad imaginem et similitU' 
dinem mostram. {Gen, i, 6.) 

(tf) Formavit igilur Dominmt Deus iominem de 
ItMQ Urrœt (Gem, ii, 1.) 



(7) Et foetus est komo ta 
n. T.: 



) 



viwemêem. (Cea. 



(8) Et imspirmrit im foàem ejus spiraculmm r fir. 

(9) Eié^Hous sur tes mnf itères, i* sem. 

(le) Mens emm é b - — de eisihiUhus é^iuéttomê^ 



IS 



SUR LE BEAU IDEAL DANS LORDRE NATUREL. 



\k 



Ainsi, tandis que les créatures; inanimées 
reflètent extérieurement avec plus ou moins 
d^éclat la beauté du Dieu qui les a tirées du 
néant, rhomme seul trouve au fond de son 
Âme le type même de cette éternelle beauté, 
et c*est a ce type qu'il emprunte la pensée 
génératrice des plus merveilleuses créations 
dans les arts. En effet, quels que soient leurs 
progrès relatife et leurs transformations di- 
verses dont rhistoire nous énumère les 
causes si variées, ces arts ont toujours été 
régis par certains principes fondamentaux 
qui ne lurent jamais trouvés par personne, 
et dont on chercherait vainement Torigine 
au dehors de la révélation que Dieu en a 
fiiite lui-même primitivement à Thumanité. 

Le beaUf immuable comme Dieu qui en est 

Fauteur, 

Les premiers principes du beau qui nous 
révèlent Tunité, Tordre, rharmonie, les pro- 
portions^ Theureux effet des contrastes, 
comme conditions essentielles de toute beau- 
té, sont aussi indé(>en(iants que ceux du 
bien, des caprices^ des variations de la mode, 
des mcBurs et des climat» ; on ne les viole 
jamais impunément. Malheur h Tartiste qui 
a*en écarte* pour suivre ou flatter le mau- 
vais goût de son époque, de son f>ays. Il 
pourra bien obtenir les éloges épliéuières 
^ que i*engoueinent d*un jour prodigue vo- 
' lontiers à de telles complaisances, mais son 
œuvre, radicalement défectueuse, ne saurait 
trouver grice auprès de l'impartiale pos- 
térité. 

la nature et les conditions du beau étudiées 
dans la nature dû bien lui-même^ et prin^ 
cipalement dans son unité. 

Il existe donc un beau absolu, comme il 
existe un bien absolu. Il y a donc également 
dans ces deux ordres, qui, au fond, sont une 
seule et même chose, des lois immuables, 
de tous les temps, de tous les pays. Dans 
celui du beau, il n*est pas plus permis de 
violer Tunité, les convenances et les pro- 
portions, que, dans celui <lu bien, de violer 
la justice. Tordre public et les rapf>ortsqui 
unissent Dieu k Thomme et Tbomme à ses 
semblables. Par conséquent, c'est dans la 
violation ou la négation deces lois éternelles 
du beau et du bien que consistent le mal et 
la laideur. Il importe donc de déterminer ces 
principes essentiels. Pour ne parler que du 
beau, objet s|>écial de cet écrit, étudions-en, 
un instant, la nature et les conditions dans 
celles de Dieu lui-même. Cest lui qui se 



définit clairement par ces mots adressés h 
Moïse : « Je suis celui qui suis : » Ego smrn 
qui fum. {Exod. m, ik). L'antiquité païenne 
a-t-elle jamais entenau une définition de 
Dieu, qui approchât de celle-lè? H existe, il 
est un, tout vient de lui, tout retourne k lui. 
il ne partage sa gloire avec |)ersonne (11). 
Voilà Vunité^ la première condition deTètre 
de Dieu, comme elle doit être aussi la pre- 
mière de toute œuvre d*art. En etfet, celui 
qui existe par lui-même, est le premier et 
le dernier, Yalpha et Voméga^ principe et fin 
de toute chose. Il réunit donc pleinement 
toutes les perfections. L'univers, qu*il a for- 
mé comme en se jouant, ne saurait rien ajou- 
ter à sa gloire, ni en retrancher quelque 
chose, car il était avant que tout fût; il était, 
dis-je, comme il est encore, comme il sera 
toujours, sans d'autre limite à son exis- 
tance que Téternité, sans d'autres bornes h 
ses perfections que ces perfections elles- 
mêmes. Les merveilles de la nature, les 
œuvres de la main de Thomme et de son 
génie, les pensées nobles et généreuses, les 
actes héroïques de courage et de magnani- 
mité, tout découle de cet être divin qui, sem- 
blable au soleil, ne cesse de répandre par- 
tout la lumière et la vie. Qui pourrait se 
soustraire à ce feu divin ? Il anime et pénètre 
tout Tunivers (12). Sans lui, la semence 
confiée è la terre cleviendrait stérile, Tarbrc 
languissant serait bientôt dépouillé de son 
feuillage et de ses fruits, la nature entière 
retomberait dans le néant. 

La variété dans Funité^ seconde condition du 
beaun que nous trouvons en Dieu^ tel que 
la foi nous le révèle^ un, dans la Trinité 
des personnes. 

Un second principe du beau, et qui n'est 

3ue la conséquence du premier, c'est celui 
e la « variété dans l'unité. » Or, nous le 
découvrons dans la Trinité des personnes 
de TEtre divin, telle qu'il a voulu lui- 
même nous la révéler. En effet, quoi de 
plus beau que cette variété in(^ssante de 
modes, d'opérations, dans cet Etre néan- 
moins toujours le même, toujours immua* 
ble. Oui, il est une substance unique, indi- 
visible; mais cette substance se connaît ot 
s'aime nécessairement dans la connaissance 
de son être, et cela, dès le moment où elle 
a commencé d'exister, si Ton pouvait, sans 
folie et sans impiété, lui assigner un com- 
mencement. Le terme éternel de cette con- 
naissance que Dieu a de lui-même, est le 
Verbe ou le Fils, image parfaite, splendeur 
de sa substance, et comme Dieu ne saurait 



potest «fnoseere omnibus fritibilibut seiptum esse 
meliorem, Qum tamen, cum etiom u pr opter deUc- 
lumprofeclumqneiHiapienlia fatêtur esse mutabilem, 
inumt êupra u esse immutabUem veriUUem; tOque ila 
adkmrens post ipsûm, ticui dictum esL Adb««it 
«ninii mea poêl te, beau eflUitur intrinseeus inve- 
mens etiam omnium visibilium Creatorem atque 
Jhminum ; non quarens exirinsecus visibUia qumnvif 
cettêsUë : qum, «m nom intenhmtwr , «mi omi mugm 



labore fruitra inHniuniur, nisi ex eerum quœ lorn 
gnnt pnlekritudine, inveniatur artifex^i inins e%t^ et 
prins %n amma superioret , deinde in corpore infe- 
riores pulchritudines operatnr. (tÀb. i, qu£»l. 55.) 
(il) Gloriam meam aiteri non dako, (hai. xlvhi, 

II.) 

(li) Spmtus intus alit, totanupu infusa per nrtut 

Mms ogitet môlem et mag^ se corp^tre miuet. 

(Yia€., i£it., IiIk vi./ 



îl 



PREMIERE DISSERTATION. 



f5 



s« connaître sflns s'aimer, Tamoiir mutuel 
qui unit Dieu le Père au Fils comme à son 
image éternelle, et le Fils au Père, comme 
h son principe éternel, produit le Saint- 
Esprit, terme également éternel et divin 
de cet amour du Père et du Fils. Dire Tac- 
tivité, la profondeur, la multiplicité des 
opérations ineffables qui ont heu en ces 
trois personnalités divines, serait chose al>- 
solument impossible h tout langage humain 
et même angélique. Tout ce que Ton peut 
affirmer, c'est que les merveilles de Tuni- 
vers et du génie de Thomme, réunies en 
un seul tout, n en donneraient plus une 
idée approximative. Ce que nous pouvons 
voir de plus sensible, et toujours par la révé- 
lation, de ces profondes opérations de la 
Trinité des personnes divines, c'est le grAnd 
mystère de l'Incarnation auquel elles ont 
concouru, et dont la mystérieuse influence 
sur le génie et les œuvres de l'humanité 
sera, en son lieu, l'objet de nos études et de 
DOS appréciations. 

Ainsi se révèle et s*opère dans le sein de 
Dieu, au moyen de l'intelligence et de l'a- 
mour divins, cet autre grand principe de 
toute beauté « la variété dans l'unité » Dieu 
existe, seul, immuable: voilà l'unité. 11 se 
connaît, il s'aime dans la connaissance de 
son être; de là, un nombre prodigieux, in- 
flni, d'opérations d'intelligence et d'amour: 
voilà la variété qui naît de l'unité. Mais, en 
se connaissant et en s'aimant, il reste tou- 
jours un Dieu unique, une substance uni- 
que : voilà la variété ramenée à l'unité. 

Vhomme créé à Fimage de Dieu réalise en 
lui-même ces deux conditions du beau: 
l'unité et la variété dans Cunité. 

Or, ces deux conditions de l'unité, et de 
la variété dans l'unité, nous les retrouvons, 
quoique moins accusées comme cela devait 
être par rapport à la créature, dans notre 
âme formée à l'image de Dieu. Cette ftme 
existe, elle se connaît, elle s'aime dans cçtte 
connaissance de son être ; et pour elle, dans 
son étroite sphère, comme pour Dieu, dans 
sa sphère infinie. Ces deux facultés essen- 
tielles, l'intelligence et l'amour, elle les 
exerce continuellement sur elle-môme, sur 
les autres créatures animées et sur toutes 
les choses visibles qui la préoccupent et la 
captivent à des titres divers ; en sorte que, 
pour elle, vivre n'est autre chose que con- 
naître et aimer. Tout est là en eflfet, et il 
n'est rien de ce qui préoccupe l'aspect et le 
cœur de l'homme, c'est-à-dire le travail, 
la science, l'mrt, les relations et la vertu 
elle-même, qui ne soit du domaine de l'in- 
telligence et de l'amour. Toutefois, ces 
deux facultés, quoique distinctes, sont in- 
séparables dans rime humaine et, de plus, 
essentielles à son être; en sorte qu'elle ne 
saurait exister sans se connaître ni se con- 



naître sans aimer. Néanmoins, elle ne cesse 
de rester une substance unique, indivisible. 
C'est ainsi que pour elle comme pour Dieu, 
la variété est nécessairement ramenée à l'u- 
nité. 

Rapports intimes qui existent entre le beau 
et le bien. Ils émanent de la même source^ 
qui est Dieu. 

Je pourrais faire la même réflexion pour 
le sentiment de l'ordre, de la justesse, de 
l'harmonie , des convenances , oue Dieu 
possède essentiellement, et qu'il a com- 
muniqué à notre ftme, en même temps que 
celui de la justice, de la bonté et de la sain- 
teté, qui sont le fondement de la morale du 
Décalogue. En effet. Dieu étant Ja justice» 
la bonté et la sainteté même, devait vou- 
loir nécessairement que ces attributs fus- 
sent reproduits, autant quune créature est 
capable de \qs exprimer, dans Ja conduite 
de l'homme forme à son image. De là cette 
recommandation que lui fait son divin Créa- 
teur d'être saint, parce qu'il est saint (13); en 
un mot, d'être, autant qu'il est en lui, par- 
fait, comme lo modèle divin sur lequel il a 
été créé (H). Les commandements de Dieu^ 
en morale, sont donc fondés sur l'essence 
des choses, sur la nature de Dieu lui-même» 
telle qu'il a voulu en laisser dans notre 
ftme l'ineifaçable empreinte. Il en est de 
même des préceptes du beau, puisqu'ils 
nous viennent de la même source que ceux 
du bien. L'homme qui a pu trouver à cette 
sourire le principe des plus grandes vertus, 
a pu y trouver aussi celui des plus belles 
conceptions dans les arts. 11 a pu dire dans 
son cœur : ^ Je vais élever un édifice d'une 
incomparable beauté. L'ordre et la division 
de ses parties, le détail des ornements pré- 
cieux qui achèveront de l'embellir, sont 
déjà tracés dans mon esprit ; il ne me man- 
que plus que la pierre et le ciseau pour 
réaliser extérieurement l'œuvre de ma pen- 
sée. » 

Sans doute, les hommes ne sont pas tous 
architectes, pas plus qu'ils ne sont tous 
peintres ou sculpteurs. Et même , [larmi 
ceux qui pratiquent les arts, tous ne sont 
pas des génies. Mais il n*en est pas moins 
vrai que chacun de nous porte en soi un 
type ou beau, comme un type du bien, plus 
ou moins développé, selon la mesure d'in- 
telligence qu'il a apportée en naissant, selon 
le degré de culture reçue, et selon le cou- 
rant d'idées, dans lequel il a été élevé. 

Oui, notre ftme nest qu'un tableau plus 
ou moins fidèle, qui réproduit à sa manière, 
dans les actions et dans le^arts, \qs per- 
fections et les amabilités intinies du bien. 
L'erreur, les préjugés et les passions pour- 
ront bien en altérer les traits et les couleurs ; 
mais que la grftce, secondant nos efforts, 
vienne épurer, réhabiliter notre ftme à son 



(13) Saneû utoêCt ttuia 4go tanctus ««m. (Lev, 
U. U.) 



(ii) Estote perfecti sicut et Pater vener perfei:ius 
€SL [Matik. v, 4S.) 



17 



SUR LE BEAU IDEAL DANS L ORDRE NATUREL. 



18 



gré^ et ce tableau reprendra ueu à peu son 
premier éclat, et retracera dune manière 
sublime les beautés de roriginal. Quels 
types, en effet, de beauté morale que ceux 
(j*un saint Paul, d*uno sainte Thérèse et 
d*un saint Augustin l Mais, par contre, 
quels tvpes affreux de laideur morale aue 
ceux d'an Chaumette, d*unMarat etdun 
CoIlot-d'Herbois ! Tous , cependant, étaient 
hommes, dans les mêmes conditions d*in- 
telligence et d*amour. La différence entre les 
premiers et les derniers, c*est que ceux-in ont 
déformé, souillé par l'erreur et les vices dont 
ils se sont rendus esclaves, leur Ame, image 
de ia Divinité, tandis que chez ceux-là gui 
ont correspondu nar la prière, la médita- 
tion et les plus généreux efforts , à la grâce 
sanctifiante, cette image a été de plus en 
p!us épurée, embellie, exaltée et transfor- 
mée jusqu'à la ressemblance la plus parfaite 
qui puisse exister ici-bas de la Divinité. 
Mais que de degrés intermédiaires entre ces 
monstres et ces héros de Thumanité 1 11 y 
en a , et en aussi grand nombre , entre les 
extrêmes du beau et du laid qu*entre ceux 
du mal et du bien (15). 

Il existe donc un beau absolu comme un 
bien absolu dans Tordre naturel. Mais, de 
cette analogie qui règne entre Tun et Tau- 
tre, faudra-t-ii conclure qu'il n'y a de vrais 
artistes que parmi les hommes de bien? Je 
n*oserais tirer cette conclusion rigoureuse. 
Sans doute, l'homme qui réalise dans ses 
actes, l'honnête et le bien, a beaucoup ulus 
d'aptitude, toutes choses étant égales a'ail- 
leurs, à réaliser aussi le beau dans ses 
œuvres, que celui dont la conduite viole 
plus ou moins les règles immuables de la 
vertu; et cela, à cause de l'analogie incon- 

(15) Les plas grands philosophes et moralistes du 
papnisAie ont reconnu les rapports intimes qui 
existent entre le bien et le beau. On connaît la ce- 
lèbre dénnliion de Torateur, Vir bonus dicendi' pe- 
rt'.'iK. Platon est très-explicite sur ce point. • La 
beauté, rélégance, de même que Tf^clal et le nom- 
bre des discours, dit-il dans son livre De cititaUf 
suivent la pureté des mœurs : Pulchra igitur oratio 
el cottcmnitas et deeus et nmmerut morum bonitatem 
ietpiuntmr. Et plus bas : c Ces diverses qualités 
abondent dans la peinture et tout ce qui s*y ratta- 
che, dans Tait de tisser les étoffes précieuses et 
dans toutes les autres industries, et même dans les 
corps et dans les autres plantes ; car, dans toutes 
ers variétés de Tart, il y a «quelque chose de beau 
on de laid, et ce qui est laid, irréjjulier et privé 
d'harmonie est synonyme de mauvais discours et 
de mauvaises mœurs , et au contraire, ce qui est 
beau et régulier, est synonyme et imitation de 
mœurs bien réfflées et bien ordonnées. • Est autem 
horum plena ptctura et omne huJH$modi artificium, 
plena Uetn texendi art et variandi atque n/i- 
ficatidi et omnis mnus cœterorum instrumetU&rum 
afectio , 4;aitii et corporum et reliquarum plantarum 
uêtura ; nam in omnibui Utis décorum quiddam ine$t 
9el indeeorum , et tndecorum quidem et nunuro ca- 
ren$ et inconcinnum iermanis turpis et improbi mon'i 
aermana iunt, contraria tero eontrarii, tempérait et 
boni ttùriê germana et imUamcnta. (De civitate lib. 
nij 

riaion est encore plus explicite dans le livre vi 



testiible que présentent le beau et le bien. 
Hais cette analogie réelle n'empêche pas 
l'existence non moins réelle d'un type idéal, 
que chaque homme, quelles que soient 
d'ailleurs les habitudes de sa viç, |)eui 
consulter, au besoin, soit dans les œuvres 
de la nature et du génie, soit dans le secret 
le plus profond de son esprit. Toutefois, ce 
ne sera que par une exception assez rare, 
que l'artiste , dont il s'agit, découvrira la 
veine du t)eau; car il est impo.^sible qu'un 
homme, dont les habitudes journalières ré- 
vèlent le désordre moral dans les actes et 
les pensées qui les déterminent, se nour- 
risse constamment des idées d'ordre, d'har- 
monie, de justes proportions qui forment 
les éléments du beau. Ce serait là un état 
de contradiction perpétuelle qu on ne sau- 
rait admettre dans une môme |»ersonne et 
qui est démenti, d'ailleurs, par l'histoire et 
1 expérience de tous les temps. Toujours, 
en effet, l'art est comme la littérature, l'ex- 

t)ression de Thomroe et de la société et, se- 
on que cette société se montre matérialiste 
ou spiritualiste, l'art se matérialise ou se 
spiritualise. 11 faut ajouter, pour être rigou- 
reusement exact , que l'art exerce , à son 
tour, une grande iniluence sur les mœurs de 
la société, en sorte qu'ils réagissent mutuel- 
lement l'un sur l'autre, comme cause et effet. 
C'est ainsi que la notion du beau et cie 
ses principes constitutifs dérive primitive- 
ment du bien. Les esprits d'élite , même 
dans le naganisme, comprirent cette vérité, 
et l'un a eux a dit avec autant de précision 
que de poésie : 

il 6 Jooe priifcfffttim, Jovis omnia plena, 

(ViBG., ecl. ui.) 

du même ouvrage, lorsquMl dit par la bouche de 
Soc rate. Porro et iptum pulchrum et ipium bonum^ 
ac timiliter in omntfrvi, quœ tune ut mutia puneba* 
nitis rursus secuudum ideam unam cujutque tau* 
qumn una tit ponenlei unumquodque id, quod e«l «f- 
pellamut. 

i Mais, ajoute-t-ilplus bas, la science et la vérité 
qui constituent le beau, étant nécessairement coa- 
tenues dans Tidée.du bien, comme la clarté et la 
vue des choses d*lci-bas dépendent du soleil, leur 
principe est par conséquent plus excellent çiu^ellea, 
bien que semblables à elles ; de même le bien doit, 
coiiimc principe essentiel du beau , quoiqu'il Im 
»oit semblable, oi'cuper la place la plus noble, la 
plus relevée : lUud iqilnr, quod verilatem illis âuœ 
inteltigentur, el iuUtligenli facuUatem prœbet, boni 
ideam este dieito, cautam tero scientio: et veritatii 
ut cogmoscendœ eam exislimam^ cum adeo pulchra 
hœc duo iinl^ cognilio ac verita$, tamen aliud î/isiijm 
et puldiriut his Uatuent recte itatueri$ ; iic etiam 
veto et veritatem^ quemadmodum illic lucem ac viium 
toli similia exittimare decet, iotem vero ip$um e$%€ 
nequaquam, ita et hie boni iimilem utramque exitti- 
mare convenit, bonum vero iptum alUrutram earum 
ttatuere non convenu^ ted auguttiore etiam loco ha- 
benda ett boni natura. (Edition de Schneider. Paris, 
1853.) 

Nous reviendront sur cette pensée, que le bien 
ou le beau moral, émanation direclc de Di^u, etit 
en déflnitivc le prinrip*; fondamental de looia 
beauté. 



IJ 



PKEMIERE DISSERTATION. 



SO 



V • 



Tous les éléments de la civilisation , Vhommt 
les a reçus de Dieu. Preuves manifestes de 
cette importante vérité, Réfutation de la 
théorie du progrès, tel que t'entendent les 
rationalistes du jour. 

Oui , rhomme a tout reçu de Dieu , non- 
seulement le sentiment du beau* mais en- 
core tous les autres éléments de la civilisa- 
;iion« Oui, il y a eu une civilisation pré- 
existante à toutes les autres que Dieu a ré- 
vélée au genre humain en le créant. L'or- 
gueil philosophique, rationaliste et pro- 
Î;res$iste, qui veut absolument se passer de 
)ieu en tout et partout, a beau le nier; il a 
l)eau opposer à Thistoire des temps primi- 
tifs du monde., telle qu'elle nous est racon- 
tée par la Genèse^ son roman favori du 
premier homme enfant de la nature, jeté on 
ne sait comment au milieu des bois, et ne 
a'étevant que graduellement et après des 
efforts inouïs à un certain degré de civili- 
sation. La science moderne a réduit en 
poussière ce roman de l'orgueil ; elle a fait 
justice de ces contes puérils imaginés pour 
expliquer, en dehors de la révélation, 
l'histoire de la société. Une nouvelle géné- 
ration d'historiens, de géographes, d*ar- 
chédlogues, de naturalistes et d'explora- 
teurs, a des titres différents, a découvert 
dans les monuments, les langues, les tradi- 
tions des peuples les plus divers, les plus 
op|>osés, des traces communes d'une civili- 
sation antérieure à toutes les autres, d'une 
science reçue et non acquise, d'une perfec- 
tion étonnante dans les œuvres de l'esprit, 
perfection qu'on chercherait vainement dans 
une source terrestre, et dont l'origine 
échappe à toutes les investigations humai- 
nes qui voudraient répudier le récit des 

,. (16) Qui ne sait que c*est aux dieux eux-mêmes, 
que la iradilion constante des peuples aUribua Tin- 
venlion el renseignement du commerce, de Tagri* 
culture, des sciences et des arts mécaniques et li- 
béraux? Les Muses étaient lilles d'un dieu et 
<t*une déesse, de Jupiter et de Mnémosyne. Platon 
ilonl les écrits exercèrent une si grande înQuencc 
ftur la philosophie de Tart, voulait que les artistes 
ë*appliquassent à réaliser le beau iaéal dans leurs 
! oeuvres ; mais il faisait remonter, le beau idéal- lu^- 
(lu'à Dieu, qu'il regardait comme le vrai prototype 
Ju beau et du bien. C'était là le fondement de sa 
philosophie, qui reflète en plusieurs points fonda- 
aientaux celle des livres saints dont il avait eu cer- 
tainement quelque connaissance dans le cours de 
ses longues et fréquenies pérégrinations. Je citerai 
plus d'une fois cet illustre philosophe. Nul , dans 
rantiquité, n'a développé avec autant de justesse 
et d'étendue les théories du beau idéal absolu, dans 
Tordre naturel. Saint Augustin s^est évidemment 
inspiré de lui en plusieurs endroits ; mais il l'a sur- 
passé, même lorsqu'il ne songeait qu'à l'imiier, 
grâce aux divines lumières de la révélation évan- 
géiique, qui le rendaient, à son insu, et plus chir et 
plus profond. 

Voici, eu quelques mets, le résumé de la théorie 
de Platon, sur le beau : L'imitation idéale étant la 
lin que se proposent l'art et la poésie, il ne peut y 
avoir, sans l'idée, ni imitation, ni ressemblance. 
Or, Dieu lit l'idée, et, soit nécessité, soit volonté, il 
la At unique, parce que, s'il l'eût créée multiple, 
•i4ic essence supérieure et commune eût dû préexis- 



temps primitifs consigné dans les liyres 
saints. 

Alors on a ri de l'homme de la nature, de 
Rousseau et de ses adeptes superficiels. 
Alors il a été clairement démontré que ce 
soi-disant état de nature , loin d'être Tétat 
normal de Inhumanité , n'en est que la dé- 
viation; et le sauvage ne s*est plus montré 
gue ce qu'il est réellement, un être dégradé, 
jeté en dehors de la société [)ar quelque 
catastrophe, ou tombé par suite du ma- 
térialisme qu'engendre une civilisation trop 
raffinée dans l'ignorance et la corruption. 

Et ce travail de réhabilitation se poursuit 
avec ardeur, et présente un spectacle ad- 
mirable aux veux de l'observateur attentif, 
et est mirabite in oculis nostris^ et de tant de 
richesses amassées par des explorateurs si 
divers rejaillissent tous les jours de nou- 
velles lumières sur Dieu et sur les condi- 
tions de l'humanité. <c On dirait, s'écrie un 
de nos grands poètes modernes, à la vue de 
cette impulsion étonnante qui ramène les 
sciences vers la révélation, pour la réhabi- 
liter et la confirmer, on dirait que le sénie, 
en expiation de quelque ancien blasphème» 
ne peut remuer un mystère sans en faire 
sortir le Dieu des Chrétiens (17). » 

Voilà le progrès réel de notre époque, 
car nous regardons comme indigne d'un si 
beau nom celui que les rationalistes, les 
progressistes et les huipanitaires du jour 
ont conçu en haine de l'Eglise, et qui n'est 
que le délire de l'orgueil numain. «'est-ce 
pas, en effet , le comble du délire, que de 
faire, à la façon d'Eugène Pelletan , table 
rase des traditions fondamentales, univer- 
selles de rhumanilé, telles que celle du 
péché originel, qui en explique si bien 
tous les mystères, pour se donner le plaisir 

ter, et celle-là eût été la véritable idée. Cette idée, 
dont l'auteur naturel est Dieu, c'est la source de 
toutes les imitations de l'art et l'origine de toutes \e9 
ressemblances. (République^ x.) Le caractère qui 
forme le beau dans les choses, n'est ni la conve- 
nance, ni l'utilité en général, ni l'utilité cause du 
bien, ni l'agrément, ni ces deux réunis. {Grand- 
Hinpiat,) Nous connaissons la voie qui mène l'es- 
prit à l'idée propre du beau, lorsqu'il s'élève de la 
beauté du corps à l'idée propre de T^me, vive lu- 
mière dont l'autre, plus faible, est un reflet, puisde 
la beauté de Pâme à la beauté intelligible en géné- 
ral, puis de celles! à la beauté divine en soi. (Le 
Banquet.) 

Indépendamment du beau purement idéal qui 
réside, selon lui, dans les essences contemplées par 
l'esprit, Platon admettait la beauté symbolique, 
image de l'autre dans l'étendue, objet de l'amour 
ici-bas, beauté des formes, en un mot, que l'organe 
de la vue fait connaître au corps et la géométrie à 
l'esprit {Phhède^ Phèdre); puis uyie autre beauté 
relative aux sons et à l'ouïe, qui, soumise au nom • 
bre comme la première, se manifesie par le chant, 
par la poésie, par la parole. I>e même que le Imniu 
dans la figure, est une image émanée du beau su- 
pi-éme ou de l'idéal du beau, de même les noms, 
élémenis du langage, dé{»endent de la nature de la 
chose idéale ou vraie qui est nommée. {Manuel de 
philosophie ancienne, par Charles Rehouvier, vol. Il, 
p-jg. iio et suiv.) 

(17) SouMtT, préface du pocrne La divine épopée. 



SUR LE BEAU IDEAL DANS LHHtûliE NATUliEL. 



21 

de rèYftr un progrès indéfini de Tesprit hu- 
main en dehors de la religion révélée, ou 
plutôt contre elle, et oela en dé|)it des en- 
seignements formels de Thistoire et de 
Teipérience de tous les siècles. Que nous 
apprennent , en effet , ces enseignements ? 
Que chaque peuple a eu ses périodes de 
gloire et de décadence; que Tun s*est 
élevé, pendant que l'autre dégénérait; 
qu'on a tu la civilisation et la barbarie se 
succéder à des époques et chez des nations 
diverses; mais que jamais, au grand jamais, 
on a vu, comme le prétendent nos progres- 
sistes modernes, les peuples des deux hé- 
misphères suivre une marche parallèlement 
ascendante de civilisation et de progrès. 
C'est là une brillante utopie dont le simple 
bon sens ferait justice, quand même la 
science et Thistoire ne 1 auraient pas déjà 
mise à néant. 

Ce qu'on entend par le beau idéal. Son ori^ 
gine. Sa nature. Son excellence. 

De cette révélation du vrai, du beau, faite 
directement à Thomme par Dieu, et qui 
constitue le beau absolu , il résulte que ce 
beau est idéal, en ce sens que Thomme n*a 
])as besoin de le chercher dans les choses 
extérieures, mais qu'il en trouve en lui- 
même le tvpe le plus élevé, à cause de Tex- 
cellcnce de sa nature, supérieure à celle 
dfis autres créatures. Et voilà Torigine du 
beau idéal, dans Tordre naturel , que nous 
appelons, pour cette raison, le beau idéal 
naturel (18). Saint Augustin en parle sou- 
vent dans ses écrits, et principalement dans 
les chapitres 30-40 de son livre : De la vraie 
religion. Cesi à ce type intérieur qu'il nous 
renvoie, pour le consulter, lorsqu'il s'agit 
de la beauté et de la convenance des choses 
ixéées. Il insiste sur cette remarque pleine 
de justesse, qu'on peut bien voir, distin- 

(18) C*est de ce beau que Chateaubriand a dit que 
les poêles anciens y ai1*ivcrent en iruuvanl, par Té- 
tilde et la réflexion, des formes qui n'ctaieut plus 
uaiu relies, mais qui étaient plus parfaites que la 
nature, et que les artistes appelèrent le beau idéal. 
(Génie du chriitianisme, deuxiètue j|>arlie, livre ii, 
cbap. il.) Nous invoquerons plus tu exleiuo le té- 
moignage du grand écrivain, lorsque nous traiterons 
du beau, dans Tordre surnaturel. 

Cicéron s*expriine d'une manière remarquable 
sur le beau idéal dbnt il est ici question, dans son 
livre de ÏOrateur : « Lorsaiie Phidias travaillait à 
une statue de Jupiter ou de Minerve, il ne s^attacbait 
point à copier un modèle, (quelconque, pour le re- 
produire fidèlement» mais il conlemplaik un certain 
type plus excelleiUk qui résidait, en lui-même, en 
sorte qu'entièrement attentif à ce type intérieur, 
il dirigeait son art et sa ni^in pour en reproduire 
Il ressemblance. iVec tv/a iUe arlifex (phiaiai)çum 
fateret lavis formam ùu( Iftiierrar, conlemplabaiur 
alianem a quo timililudinem duceret : ud ipgiui m 
Meute inùdibat specics puichritudiitis eximiœ quœ^ 
dam^quamintuem in eaque deRxtu^ adilUuê <tiitt7t- 
iudinem arUm el manum iiiri(jehal, (Cickro , Qralor^ 
t 5.) 

(19) Sed muUii finie est humana deleciatio, nec 
rolunt leudere ad lupertora, ut judicent cur i*ta ti^i- 
bilia placeani. Itaquesi quxram ab artifice, uno arcu 



it 



guer et sentir le beau ; mais en expliquer 
réssence , impossible : [)arce que le beau , 
comme le bien, étant Dieu, on ne saurait 
pas plus démontrer les principes de l'un 

Sue ceux de Tautre. En effet , il est aussi 
ifficile de prouver, en morale, qu'il fatit 
être juste envers son prochain, en arithmé- 
tique, que deux et deux font quatre, quecie 
dire le pourquoi des règles de convenance 
et d'harmonie, dont la pratiqj^e Adèle dans 
les œuvres d'art est pour nous la cause de 
tant de jouissances du cœur et de l'esprit. 
Pour peu que nous voulions raisonner ces 
jouissances, il nous fout nécessairement 
remonter à un principe divin, immuable, 
au-dessus de nous et de toutes les choses 
créées. « Mais, dit saint Augustin, la délec- 
tation pour elle-même est la fin dernière que 
se proposent la plupart des hommes (i9). 
C'est pourquoi , si je demande à un archi- 
tecte pourquoi, avant construit une arcade 
à l'une des ailes de son édifice, il en fait au- 
tant à l'autre, il me ré{)ondra, je crois, que 
c'est afin que les membres de son architec- 
ture symétrisent bien ensemble; mais si, 
poursuivant mon interrogation, je lui de- 
mande pourquoi cette symétrie lui fiaratt 
nécessaire, u me répondra que cela con- 
vient, que cela est beau et plait aux specta- 
teurs; mais il n'osera pas s'aventurer au 
delà, et, baissant les yeux, il témoigneiti 
sufilsamment par laque le pourquoi du beau 
lui échappe. » 

Mais, reprenant mes interrogations, je lui 
demanderai d*abord (20), si cela est beau 
|)arce qu'il platt, ou si cela platt parce qu'il 
est beau? 11 répondra, sans difficulté, que 
cela platt parce qu'il est beau. Je lui de- 
manderai incontinent pourquoi cela est 
beau? £t s'il chancelle, j'ajouterai : si c'est 
j)arce que les parties du Mtiment se corres- 
pondent, et que leur convenance réduit tout 
a l'unité? Et lorsqu'il aura découvert et 
• 

conttructo^ cur alterum parem contra in altéra partOi 
moliatur; retpondei^ credo : c Lî paria paribu$ wdi^ 
ficii membra 9espondeant, i Porro, «t pergam q^m- 
rere, id ipium cur eligal f dicet h«c decere^ hoc eue 
pulchrum, hoc deUciare eeruentei; nihil audebk 
ampliui. ItùUnatii enim recuwbit oncd's, et uwU 
pendeat non inuUigit. (Lib. Ih tera religiou^^ 

cap. 32J 

(20) Et priuê qwBtam ulrum ideo pulckra smC, 
quia délectant ; an ideo délectent, quia pulckra $un%k 
Quœram ergo deincepi quare tint pulchra ; et si ti-' 
iubabitur subjidam utrum ideo quia simiies sibi par- 
les stml, et aliqua copulatione ad unamxontenien'' 
tiam rediguniur. 

Quod cum ita esse campereritt inlerrogabô utrum 
Hanc ipiam umtalem^ qitdm cênv'mcuniur appetere^ 
summe impleanl, an^lontp infrajaceant, et eam quo- 
dam modo mentianturfQuod si ita ett (umn ejus non 
admonitus videat, neque fîuUkm speeiem, neque ullum 
otnnino esse corpus, quod non habeat unitatis qualê^ 
cunque vestigium; neque auantumvis pulcherrtmum 
corpus, cum ihtervatiit locorum necessario aiiwd 
alibi kabeat, posu assequi eam, quam sequilur^ uni- 
fnfem), quare, it hoc ita eit, jtagitabo ut refpon- 
dèal ; ubi videat ip$e unitatem hanc, aul unde videai ; 
quam 1 1 non videret, unde cognosceret et ouid tmita- 
relur corporum, species, et quid implcre ton ptsief ? 
(Lib. De vcra rellgionet cap. 39.) 



r 



PREMIERE DISSERTATIOlf. 



Bsoné qa*il en est ainsi, je le prierai de me 
dire si véritablement ces diverses |iarties 
réalisent l'unité qu'on leur attribue, ou si 
elles sont bien au-dessous et n'otTrent qu*un 
nimulacre de cette unité. En effet, qui ne 
voit, avec un peu d'attention, qu'il n*est au- 
cune ombre, aucune api^arence de corps, 
qui n'ait quelque trace d'unité ; mais aussi 
qu'il n'y a point de cor|)s, même parmi les 
plus beaux, qui puisse parvenir à cette 
unité complète, h cause des innombrables 
parties dont chacun se compose, et delà dif- 
férence des temps et des lieux qui les dis- 
tinguent? Or, s il en est ainsi, j'insisterai 
pour Qu'il rue réponde où il voit cette unité, 
et d'où il la voit? Que s'il ne la voyait pas, 
d'où la connattrait-il, et que serait le type 
original qu'imiteraient ces formes corpo- 
relles ou qu'elles ne pourraient imiter (21)? 

Ou ces difficultés demeureront à tout ja- 
mais insolubles, ou il faut en tirer, avec le 
Munt docteur, la conséquence rigoureuse 
Que ce sentiment intime de Tunité, dont 
1 application nous parait impérieuse en 
même temps qu'elle nous charme dans la 
pratique des arts, nous révèle nécessaire- 
orient la source d'où il émane, je veux dire 
l'unité, originale, souveraine, éternelle, de 
Dieu en qui sont renfermés tous les trésors 
de science et de beauté. Autrement, il fau- 
drait admettre des effets (et quels effets!) 
Mins cause, ce qui serait une absurdité. 

Tel est le principe du beau idéal dans l'or- 
dre naturel. Ce beau idéal naturel admis, on 
s'explique aisément pourquoi l'art est plus 
qu'une imitation servi le de la nature ; mais 
qu'il en est l'imitation embellie, perfection- 
née, donnant plus qu'elle, et mèmes'élevant 
parfois à un çenre de beauté, dont elle ne 
saurait fournir de modèle. Cela se conçoit 
quand on songe que Thomme trouve en 
lui-même un type du beau, supérieur aux 
motifs que lui en fournit la vie réelle. Sans 
«Joute, U est tristement déchu par le péché 

(21) C'CAt dans le même sens que Platon parle de 
ceux qui, en si grand nombre, avides d^enlendre et 
de voir, se délectent dans la beauté des voii, dns 
couleurs et des Usures, et dont la pensée est inca- 
pable de voir et de comprendre la nature même du 
beau. lUi, inquam, qui audiendi et sj>ectandi cupidi 
êUHtf pulchrii voctbus^ coloribus et figurU et omtit- 
èm, quœ ex talibut constant delectantur ; ip$iuê au- 
iem pulchri naturam cogitatio eorum tidere atque am- 
pîeeti non poteit, {Civita$ , lib. v.) Tandis que ceux 
4|ui s'élèvent jusqu^à Tessence du beau pour le con- 
sidérer en lui-même, forment le petit nombre. Qui 
vêTo ad ip$um pulchrum accedere et per u iolum 
tkkre pottunt nonne rariî (IdJ) C*est pourquoi, 
i^outent-ils, ils révent plutôt qu'ils ne vivent, ceux 
qui croient à Texistence des belles choses, sans s*in- 
quiéter du beau en lui-même, ou sans s'occuper de le 
suivre lorsqu'ils sont emmenés à le connaître : Ttim, 
qui reê puUhras eite exiêtimat ipsam veto puichtitU" 
iinem ueque putat eiie, neque^ si qui$ ducat ad cogni- 
llofiem ejuê te4nii potest^ utrum per tomnium an vere 
wipire nbi viaeturf Car, n'est-ce pas rêver que, 
iMiii dans le sommeil, soit étant éveillé, de regarder 
ce qui est semblable k une chose, comme cette 
cboae elle-même? Soniniare nonne idem, #fi, $ive 
dormieni^ guit^ lire wgilam guod alicui iimile eit. 



dont nous exposerons plus bas les lamenta- 
bles suites par rapport à son intelligence ; 
mais cette intelligence a conservé quelques 
restes de la science et de l'inspiration pri- 
mitive que Dieu lui avait communiquée, 
en la créant de son souffle divin (22). 

C'est un édifice, en ruines mais dont les 
frises et les colonnes à demi renversées at- 
testent encore Tantique splendeur, et font 
[paraître mesquines les constructions moder- 
nes qu*on y a juxtaposées après coup. 
Aussi, à mesure que Ton remonte de Tèro 
chrétienne au berceau du genre humain, 
on remarque une civilisation de plus en 
plus grandiose et développée. Les villes 
sont plus vastes, les temples, les palais sont 
plus liiagnifiaues, les travaux d'art, plus gi- 
gantesques. Qu'il me suffise de citer ici Ten- 
ceinte prodigieuse de Thèbes, les jardins 
suspendus de Babylone, les immenses mo- 
numents souterrains de Karnak, les pyra- 
mides d'Egypte, et ces colossales statues 
équestres en granit provenant des fouilles 
de Ninive,qui nous ont révélé un type, jus- 
que-là inconnu, de force, de grandeur et de 
majesté. 

Comment Vartiste conçoit et réalUe exté- 
rieurement le bemu idéal. On prouve^ par 
quelques comparaisons et par le témoignage 
(te saint Augustin^ sa supériorité sur le beau 
naturel. 

Lors donc que l'artiste veut produire le 
beau par Timitatiou de la nature, il ne »e 
contentepas d'étudier avec soin, pour les ex- 
primer ndèlement, les traits divers de l'ob- 
jet qu'il a sous les yeux; mais, s'élevaut par 
la pensée au-dessus de la réalité et faisant 
un retour profond sur lui-même, il se re- 
cueille dans le silence de la méditation pour 
consulter ce type idéal, invisible, du neau 
qui est en lui. 11 dit, comme les trois per- 
sonnes divines , avant de former son Ame : 
« Faisons ceci à notre image (23) : » et 

Itou stmt7e, sed ipsum e$$e censet cui est similef (Ibid.) 

Nous trouvons en nous, même après notre dé- 
chéance, le type de ce beau idéal, afTaiblt, il est 
vrai, mais supérieur néanmoins à tous ceux que 
nous fournit la vie réelle. 

' (22) Saint Augustin reconnaît formellement cette 
vériie, quand îl dit : Quid igitur restât, unde non 
' possil anima recordari primam pulehritudinem quam 
reliquit, quando de ipsis suis vitiis poust ? 

i Ainsi, poursuil-il, la sagesse de Dieu aueint 
fortement son but d*une extrémité à Tautre Ainsi, 
par elle, ce superbe architecte a contexturé ses œu- 
vres de manière k ce qu*eiles tendent à une fhi uni- 
que de beauté. » lia, per hanc summus ille ariifex 
opéra sua in unum finem decoris ordinata con- 
texuit. c C'est ainsi que ceUe bouté divine qui ne 
porte envie à aucune beauté supérieure ou infé- 
rieure, puisqu'il n*en est aucune qui ne vienne né- 
cessairement de lui, a disposé les choses de u^lle 
façon que personne ne soit teilemeni rejeté de la 
vérité, qu'il ne conserve encore quelque trace de la 
vérité. » Vl nemo ab ipsa veritaU dejiciatur^ ejus 
non excipialur ab aliaua effigie veritatis. (Lib. De 
ter a religione^ cap. 39.) 

(23) Faciamus kominem ad imaginem st simUiiU' 
dinemnostram, (Gen i,26.) 



SUR LE BEAU TDEAL DANS L^ORDUE NATUREL. 



S6 



bientôt une statue raTissante de grâce et de 
beauté sera le résultat de cet effort suprême 
de sa pensée et de sa volonté. 

Et voilà pourquoi 9 il n'exista jamais de 
femme aussi belle que celle dont le pinceau 
d' A pelles dessina les formes harmonieuses 
et Tattitude pleine de grâce et de douceur; 
et voilà pourquoi la nature ne produisit 
iamais une tête aussi belle que celle de 
TAppolon du Belvédère, ou aussi majestueuse 

3ue celle du Jupiter Olympien, cheF-d'œuvre 
e Pbidias; et voilà pourquoi, en un mot, 
pour ne pas multiplier de telles 'comparai* 
sons, le gazouillement des oiseaux n'appro- 
chera jamais des notes , aussi expressives 
que mélodieusc>s, d'une prima dona rendant 
les inspirations mélodiques d'un Mozart ou 
d'un Rossini. Je ne parle pas ici de la poésie, 
étrangère au plan de cet ouvrage, et qui» 
sous Ta plume d'un Homère, d'un Virçile, 
a créé des types de bravoure, de fidélité, de 
générosité et de grandeur d'âme dont on 
chercherait en vain les équivalents dans la 
vie réelle des hommes les plus célèbres de 
l'antiquité. 

Tel estl'td^ldu beau dans les arts; ils 
expriment donc, grâce à lui , mieux aussi 
que la nature elle-même ne saurait Texpri- 
iiier, la beauté physique et la beauté morale. 
S'il en était autrement, si les arts ne s'éle- 
vaient point, dans l'expression du beau au- 
dessus des conditions présentes de l'ordre 
naturel , ce serait dès lors chose parfaite- 
ment inutile d'imiter au prix de tant d'efforts 
et de labeur des types que nous avons jour- 
nellement sous les yeux , et il faudrait dire 
adieu à la peinture, à la sculpture, à la mu- 
sique et à la poésie. ^ 

« Reconnaissez donc, nous dit saint Au- 
gustin, la convenance suprême, divine, qui 
est en vous (34). N'allez pas la Chercher dans 
les objets extérieurs, rentrez en vous-même, 
car c'est dans Tbomme intérieur que réside 
la vérité i et si vous trouvez voire nature 
dégénérée exposée aux changements, élevez- 
vous au-dessus d'elle et au-dessus de vous- 
même. Mais rappelez-vous qu'en vous éle- 
vant ainsi, vous trouvez toujours, au-dessus 
de vous, votre âme raisonnante, émanation 
de la raison suprême de Dieu. Tendez donc 
finalement à ce Dieu, d'où procède la lu- 
mière elle-même de votre raison. » Et plus 
bas : « Confessez aue vous n'êtes pas ce 
qu'est cette vérité divine elle-même, puis- 
qu'elle ne se cherche pas elle-même, et que, 
pour vous, vous êles arrivé jusqu'à elle, en 
la cherchant, non dans l'espace des lieux. 



mais par le désir de votre cœur, afin que 
l'homme intérieur fût uni et assorti à l'bôte 
divin qui habite avec lui, non- par une vo- 
lupté infime et charnelle, mais bien élevée au- 
dessus des sens et toute spirituelle (25). é 
Il existe donc, dans l'ordre naturel , on 
l)eau absolu, indépendant des vicissitudes 
du temps, des caprices de l'opinion, des 
fantaisies de la mode, un l»eau qui consiste 
dans la vérité, dans l'unité, dans l'ordre, 
dans l'harmonie, c'est-à-dire dans les rap- 
ports des parties à un tout, et dans leurs 
convenances respectives; un beau qui réside 
primitivement et essentiellement en Dieu, 
source de toute beauté et de tout bien; 
un beau dont il a gravé l'empreinte dans 
notre âme, en la créant à son image, ei 
dont les œuvres de l'homme ne sont que le 
reflet, de même que l'homuie lui-même, avec 
toutes les autres merveilles de Tuniven 
n'est que le reflet de la sagesse, de la puis- 
sance, de la bonté et des autres perfections 
de Dieu. 

D'où vient chez les hommes la variété des dif- 
positions^ qui fait que les uns préfèrent un 
genre de beauté^ les autres un autre? 

De là cette connaissance et cet amour du 
beau qui s'épanouissent dans noire esprit ei 
dans noire cœur avec la raison , comme le 
jour avec le soleil. « Mais, dit le brillant et 
inj^énieux auteur de VEssai sur le beau^ la 
raison étant la même dans tous les hommes, 
d'où vient cette étonnante diversité dans les 
inclinations particulières qui nous i^ortent 
rapidement les uns à un genre de beau, les 
autres à un autre ? 

« C'est là, répond le P. André (26), une 
question qui n'en serait point une , si nous 
n'avions des philosophes qui ont levaient 
d'obscurcir la raison par le raisonnement. » 
Ensuite, ai)rès avoir réfuté ceux qui préten- 
dent que 1 éducation est la seule cause qui 
nous détermine à préférer une espèce de 
beau )>articulière à une autre, il poursuit en 
ces termes : 

« Pour en découvrir la vraie cause (de cette 
grande variété d'inclinations et de goûts 
relativement au beau), aurons- nous recours 
aux divers tempéraments des hommes? 

Cette variété ne vient pas de la différenie 
conformation des corps , qui influerait 
sur celle des âmes. 

« Chercherons-nous la raison de ladiffé* 



(34) Reco^nosee égiinr quœ sit summa convementia. 
NoU forms tre^ in le ip^um redû tn inierlore homine 
Imbilut veritQs ; etsi tuam naturam mutabilein ttit^ne- 
rû, transcende et teipsum. Sed metnenlo^ cum le 
trtaucendis, ratlonaniem animam le iranscendere. 
IHuc crgo tende unde ip$um lumen raliunis accendi- 
tnr. (Lib. ik vera rWtgtone, cap. 39.) 

^) Confilere te non esse quod ipsa est : siquidem 
se ipsa non quœritt tu autem ad ipsam quœrendo m- 
iiisii^ non locorum spatio. sed mentis affeclu, ut ipseiu' 
terior homo cum suoinhabiialvre^ non ififimael arnalif 



sed summa et spiritali voluptate conveniat. {Ibtd,) 
(i6) Yves Marie, dit le P. André, parce ^u il 
cuit jésuite, naquit en 1675 à Cliàleauliu en basse 
Bretagne. H mourut en 1693, après avoir rempli 
pendant la plus grande partie de sa vie les roiie- 
tions de professeur de uiatlicmatimies au collège de 
Caen. Parmi ses Œuvres philosophiques qui ont ètc 
pulilices par M. Cousin en 4S45, on remarque ton 
Essai sur le beau, qui. paru en 1741, a été songent 
réimprimé. La dernièrt» édition que nous suivons, 
ebi. celle d'Avignon (I8i7.) 



il 



PREMIERE DISSERTATION. 



» 



rence des Ames dans la différente confor- 
mation des corps qu'elles animent ? Je ne 
dis pas dans leur conformation extérieure, 
Terreur serait trop grossière ; je dis dans 
leur conformation intérieure, dans la diffé- 
rente construction du cœur ou du cerveau, 
dans la finesse ou dans la grossièreté, dans 
la mollesse ou dans la dureté des fibres qui 
en composent le tissu, dans les diverses 
qualités du sang et des humeurs, dans Ta- 
})ondance ou dans la disette des esprits; 
enfin, quesais-je? dans une certaine har- 
monie, dans une certaine sympathie, dans 
un certain unisson de nos organes avec cer- 
tains objets, d'o£i il résulterait dans nos 
Âmes diverses inclinations , divers pen- 
chants secrets pour un certain genre de 
beau plutôt que pour un autre? 

« C est une manière de philosopher assez 
i la mode. Nous savons que parmi ceui-là 
même qu*on nomme grands auteurs , il y a 
des esprits si enfonces dans la matière, 
qu'ils y veulent trouver la raison de tout. 
Esclaves de leurs sens, ils n*ont pas la force 
de s'élever plus haut, et quand ils ont fait 
lanatomie d un corps , ils croient avoir fait 
l'analyse de leur Ame. Nous leur rendrons 
plus de justice ; nous no prétendrons pas 
même que cette manière de philosopher sur 
la diversité de nos inclinations naturelles 
soit absolument fliusse en tout ; on peut lui 
accorder par exemple que le tempérament 
du corps diversifie nos goûts, par rapport 
aux biens du corps. Cela est dans Torcfre de 
ja nature ; mais ce n'est point là notre ques- 
tion. 

a II s'agit de trouver la cause de nos divers 
goûts spirituels, de cet amour de préférence 
que nous sentons quelquefois naître avec 
la raison pour un cçrtain genre de science, 
pour un certain gepre de vertu ; en un mot 
pour ces genres de beau sublime, et pour 
ainsi dire escarpés, où. l'on ne peut atteins 
dre que par des travaux pénibles qui coû- 
tent trop au corps pour les entreprendre 
sans y être déterminé par une force supé- 
rieure. A regard des biens sensibles, nous 
ne l'éprouvons que trop souvent : c'est le 
corps qui entraîne l'Ame à leur poursuite ^ 
mais ici, au contraire, nous éprouvons que 
c'est l'Ame qui entraîne le corps malgré lui 
dans les recnerches dont il n'a que faire, et 
dont il sait bien la punir, quand elle s'y ap- 
plique avec trop d'ardeur; contrariété Je 
penchants qui nous démontre à toutes les 
heures du jour la grossière illusion de ces 
philosophes qui vont chercher dans le corps 
la cause de la différence des esprits.» 

Senlimeni de Platon sur celle question. 

« Abandonné des philosophes modernes, 
consultons les anciens. Platon , le seul que 
je sache qui soit entré 1 A-dessus dans quel- 
({ue détail, a, sur la cause de Tamour du 
beau dans nos cœurs un système qui paraî- 
tra, sans doute, bien paradoxal, et où je con 



viens même qu'il y a quelques erreurs^ 
mais du moins donne-t-il une cause tout» 
spirituelle à un effet tout spirituel. 

Il suppose (27) que nos Ames, avant que 
d'être unies au corps, ont été admises par 
le Créateur à la contemplation du beau es- ] 
sentiel. C'est-à-dire que dans une autre ni» ' 
toute spirituelle qui aurait précédé uoUre '\ 
naissance, nos Ames ont vu en lui-même ce 
beau exemplaire et universel, qui contienl;, ' 
comme dans un tableau , tous les modèJes 
des plus parfaits ouvrages de la nature,, 
toutes les règles des sciences, toutes les 
lois de la vertu; que dans cette contempla- 
tion du beau universel, les unes ont été* 
plus frappées d*une certaine espèce de 
beau ; les autres d'une autre: celles-ci, par 
exemple, du beau de la philosophie oude^ 
la géométrie ; celles-là du beau politique ou» 
économique : les unes du beau de ^esprit 
et de l'art; les autres, de celui du coeur et 
des vertus civiles ; qu'ayant ainsi reçu delà» 
cause universelle chacune son empreinte* 
particulière, elles ont été envoyées dans des* 
corps où elles la conservent toujours cooi:- 




1 autre, il est vrai, d'abord ensevelis dans 
les ténèbres de l'enfance, comme dans uu 
profond sommeil ; mais qu'aussitôt que 1». 
raison vient à dissiper ces ténèbces ,rAme 
se réveille de son assoupissement, qu'eller 
demande le beau à tous les objets qui se 
présentent à elle ; d'oii il arrive, continue 
Platon, que si la réûexion lui en trace dans 
Tesprit quelques idées , ou si le spectacle 
de Ja nature lui en offre quelques images 
frappantes , son cœur à l'instant vote au de- 
vant de lui avec rapidité, surtout au-devant 
de ce beau particulier qui l'avait.autrefois 
le plus charmée dans le beau universel, el 
pour qui elle conserve toujours une prédi- 
lection déclarée par la réminiscciictk de sou 
premier amour. 

« A cette peinture , quoique plus séante 
à un poëto qu'à un philosophe^ onne laissa 
))as de reconnaître, compie l'ont observé les 
Pères de l'Eglise , que Platon avait lu les 
livres des Hébreux, surtout Moïse et Salor 
mon ; Moïse, puisqu'il admet un DieucréAr 
leur, et Salomon, puisqu'il admet.une sa- 
gesse, un Verbe, un beau éternel. ». 

Après avoir montré l'insufiisauce des caur 
ses particulières , physiques ou morales 
auxquelles on voudrait attribuer le phé- 
nomène dont il s'agit, le P. André en dé- 
couvre la source dans la cause universelle. 

Cette diff&ence de sympathie chez les hommes 
relativement aux divers genres de bemUéSy 
est un effet de la sagesse au divin Créateur 

Îmi a voulu répandre dans le monde moral 
a même variété que dans le monde physi- 
que. 

« C'est , dit-il, l'auteur de la natupc qrJ, 



î 



(27) Plit., in Phœdr. et aiiai poulin. 



SUR LE BEAU IDi!L%l. DANS I/ORDRE NATUREL. 



30 



en formant noft corps , jf a ré)>andu celte va- 
riété infinie de traits différents, qui foit une 
fies plus grandes beautés du monde sensi- 
ble. 11 fanait nous donner un moyen facile 
de nous distinguer les uus des autres. Ne 
peut-on pas dire par la même raison , que 
Dieu, en créant nos âmes« y a voulu met- 
tre une semblable diversité pour varier les 
agréments du monde intelligible , qui était 
4:ertaiueroent un principal dessein dans la 
construction de Tunivers? 

« Je considère le Créateur dans la formation 
du monde spirituel, comme le distributeur 
des génies, des talents, des vertus, im- 
l'rimant d*abord dans toutes les âmes qui 
sortent de s^s mains Tamour du beau en 
général, pour les réunir toutes par la même 
inclination, et inspirant à chacune d*elles, 
en particulier, un amour de prédilection 
pour un certain genre de beau, pour les 
distinguer les uns des autres; à celles-ci, 
Tamour dominant de la vérité, qui fait les 
grands philosophes et les grands géomè- 
tres; à celles-là Tamour de Tordre, qui 
fait les grands rois, les bons magistrats, 
les citoyens fidèles ; aux unes , Tamour 
des BiVis utiles, qui forme les artistes in- 
dustrieux , les grands architectes , les sa* 
ges capitaines , les habiles navigateurs ; 
aux autres Tamour des arts qui servent 
aux agréments de la vie ; la peinture , 
la musique, la poésie même, dont il sem- 
ble que Tunique but soit de plaire, mais 
que les bons esprits savent toujours rap- 
porter à Tutilite publique selon Tinlen- 
lion du. Créateur: c'est-à-dire, en un mol, 
que , de même qu'il y a un certain tempé- 
rament du corps qui, selon les lois de la 
nature, diversifie nos goûts par rap|)ort aux 
biens du corps, il y a aussi un certain tem- 
iiërament de Tâme, qui selon les vues de 
la Providence , diversifie nos goûts par rap- 
l>ort aux biens de Tesprit. 

« Au reste , ce n'est point là un paradoxe 
que j'avance. Rien de plus conforme aux 
idées les plus communes, et même si 
communes que Ton en a fait un pro- 
verbe: Heureuses, dit-on, les Ames bien 
nées : Gaudeani betu nati. Salomon se fé- 
licitait d'avoir été bien partagé dans la 
distribution des Ames : Puer aulem eram 
ingenioius ei êortilus ium animam bonam. 
(Sap. vJH, 19.) C'est encore le seul de la 
maxime universellement reçue que, pour 
bien réussir dans une science, dans un 
art, dans un état ou dans un emploi, il faut 
y avoir été foraié par les mains de la nature. 

(28) EêMi êur lettau. Huitième discours, p. i7l- 
280. 

(itf) lean ioacbim, célèbre antiquaire, né en 
1717â Ueiodall (Brandebourg). Entraîné par un 
goài décidé pour les arlt, il se rendit à Rome, après 
4Voir abjuré le luihéranisme (1756), el Tut nommé, 
•■ 1758, par le cardinal Alliaui, devenu son pro- 
toclcur ei soA ami, biblîolhécaire et inspecteur de 
la riche collection d*auliques. Plus tard, en 1763, il 
dcYÎnl président des antiquités de Rome et biblio- 
tliécaire du Vatican, A son retour d'un voyage en 
Alleniagnc, il mourut à TricstCi absassiiie par uu 



Ainsi, k la vue de ces divers goûts spiri- 
tuels qui caractérisent les hommes par rap- 
port au beau, n'en cherchons point d'autre 
cause , disons sans crainte avec te Sage, à la 
gloire du Créateur : C'est le père de la 
beauté qui, selon les divers desseins de sa 
providence, a établi cette admirable diver- 
sité dans les esprits comme dans les corps : 
Speciei generator kœc omniacomtUuit (&w. 
xui, Ik) (28|. » 

Je ne crois pouvoir mieux terminer celte 
dissertation sur le beau idéal absolu^auie 

Ear quelques citations d'un critique celè- 
re qui en posséda le sentiment k un haut 
d^gré, je veux parler de Winkelmann (29), 
C*est dans son écrit, intitulé : Du sentime$U 
du beau dans les ouvrages de Carif que noua 
trouvons des passages remarquables dont la 
reproduction ne pourra gue conQrmer, an 
les éclaircissant, les principes que nous 
venons d'exposer. Sans doute, le célèbre 
critique, de même que la plupart des philo- 
sophes de ces derniers temps, ne compte 
pour rien, dans ses appréciations, un Dieu 
créateur et la révélation primitive qu'il a 
laite à l'homme, encore moins celle bien 
plus ample et plus directe qui a eu liea 
dans la suite des temps par son propre Fils. 
Tout en déplorant cette espèce de respect 
humain, qui, depuis un siècle surtout, 
frappe de mutisme à l'endroit de Dieu et de 
sa révélation, des auteurs d'ailleurs recom- 
mandables sous tant de rap|K)rts, je dois 
avouer que celui dont il s'agit maintenant, 
reconnaît au fond l'un et l'autre, quoiqu'il ne 
les nomme point. Nos lecteurs en juge- 
ront. » 

Après avoir remarqué préalablement que 
c'est le beau rendu sensible qui constitue 
la beauté, objet le plus sublime de l'art, et 
que le beau étend son empire sur tout ce qui 
peut être |>ensé , con^u et exécuté, il s'ex- 
prime ainsi sur l'aptitude de le connaître. 

Nous possédons tous le sentiment du beau ; 
mais ce sentiment est bien affaibli chez ta 
plupart des hommes. 

« Il en est de cette aptitude de discerner 
le beau, comme du sens commun, que cha- 
cun croit avoir en partage, et qui néanmoins 
est plus rare que l'esprit même. Parce qu'on 
a des veux comme tout le monde, on se 
flatte d'avoir la vue aussi bonne que son 
voisin; et, de même qu'il n'jr a )K)int de 
femme qui s'imagine être laide, il n'y a 
personne qui se croie privé du sentiment 
du beau. Kien ne blesse davantage l'amour- 

nii<»érable qui avait gagné sa confiance en simulant 
un grand amour pour les arts. Winkelmann a beau- 
coup écrit sur Tbistoire et Testhétiaue de Tari. Ses 
deux principaux ouvrages sont : lliiioirs de rturt 
chez les ancienê (en allemand. Dresde, 1704, i vol. 
in-4*, traduits plusieurs fois en français), et If^iiii- 
meuli antichi inedUL Rume, 1767, i vol. in-lolio. 
trad. en franc, par Fantin-Desodoard, Paris, 1819, 
et réédité à Home avec de nombreuses et bellei 
gravures, en 18'il, p-^r Toichi di Carlo Mordac- 
«hiiii. 



SI 



PREMIERE DISSERTATION. 



52 



propre que de se voir soupçonné dépoorru 
06 Don goûty ou, ce qui revient au même, 
incapable de connaître le beau dans les ou- 
vrages de Tart. On veut bien quelqnefois, à 
la vérité, convenir du défaut d'expérience 
dans cette connaissance, mais ce n'est qu'a- 
vec douleur que nous avouons notre inca- 
pacité à cet égard. Il en est de cette percep- 
lion du beau comme du génie poétique : Tun 
et l'autre sont des dons du eiél qui deman- 
dent d'être cultivés, et qui, sans l'instruc- 
tion et l'exercice, seraient nerdus pour nous. 
« Quoique le ciel accorde à tous les êtres 
raisonnables le sentiment du beau, ils ne 
le possèdent pas cependant tous au même 
degré. La' plupart des hommes ressemblent 
h ces brins de paille qui tous, sans distinc- 
tion, sont attirés par la force occulte de 
Tambre, mais qui en retombent bientôt : 
voilà pourquoi leur sentiment du beau est 
d*une durée aussi faible que celle du son 

Ïu'on tire de la corde d'un instrument. Le 
eau et le médiocre leur font une impression 
également agréable, de même que 1 homme 
de génie est confondu avec celui qui n'a 
aucun mérite, par ceux qui poussent la po- 
litesse jusqu'à Texeès. chez quelques-uns 
le sentiment du beau est si sourd, que rien 
ne peut l'affecter; tel était, par exemple, 
celui du jeune anglais d'une illustre nais- 
sance, qui ne donna seulement pas le 
moindre signe de vie, pendant que je l'en- 
tretenais, en voiture, des beautés sublimes 
de l'Apollon du Belvédère, et des autres 
titatues do la première classe.... » 

Influence de réducation et du s(^jour des 
(jrandeB villes sur son développement. 

« Une éducation honnête et bien raisonnée 
fiait naître et donne un essor prématuré au 
sentiment du beau ; quoique une mauvaise 
éducation, en le retardant, ne puisse pas 
néanmoins l'étouffer tout à fait, ainsi que 
j'en suis convaincu par ma propre expé- 
rience. Cependant les grandes villes sont un 
séjour bien plus favorable que la province 
au prompt aévelop|)ement de cette percep- 
tion; et l'étude y contribue réellement 
moins que la société et la conversation des 
personnes instruites ; car, le grand savoir, 
disent les Grecs, ne sert de rien à la jus- 
tesse de l'esprit; et Ion voit que ceux qui 
âe sont distingués par leur profonde con- 
naissance dans l'antiquité, n'ont possédé 
aucune autre espèce de talent.... 

Une âme tendre et des organes flexibles sont 
les indices assurés de cette heureuse dis- 
position, 

« Dans l'adolescence, le sentiment du beau 
se trouve, ainsi que toutes nos autres idées, 
obscurci et émoussé par le choc de diffé- 
rentes passions, et ne se fait sentir que 
comme une titillation dans le sang, dont on 
ne peut ni déOnir la cause, ni assigner le 
siège. On doit s'attendre à trouver celte qua- 
lité plutôt chez les «eunes geni bien faits 

(30) Iliade, livre vi 



que chez d'autres, f arce que nos idées sont 
en général analogues à notre conformation; 
mais il faut cependant moins chercher cette 
analogie dans les formes, auedans l'es- 
sence et dans le caractère de 1 homme : une 
Ame tendre et des organes flexibles sont des 
signes heureux de ce don. On s'en aperçoit 
plus facilement encore, quand, à la lecture 
d'un livre, notre Ame se trouve doucement 
émue par des passages sur lesquels l'esprit 
ardent et impétueux glisse rapidement, 
ainsi que cela arrive, par exemple, en lisant 
la com[|araison que Glaucus fait àDiomède, 
de la vie humaine avec les feuilles que le 
vent enlève et disperse au loin, et qui se 
renouvellent quand toute la nature est ra- 
nimée par le printemps (30). 

Elle est plus sensible encore dans les enfants 
9at, élevés loin des arts^ montrent néan- 
moins pour eux une aptitude qui semble 
leur être innée. 

« 11 est aussi inutile de faire connaître le 
beau à celui qui n'est pas doué de ce senti- 
ment, qu'il le serait d enseigner la musique 
à celui dont l'oreille n'est pas musicale. Une 
preuve plus sensible encore de ce don, c'est 
lorsqu'on voit des enfants qui, élevés loin des 
arts, montrent néanmoins une a|>titude et un 

J)enchant naturels pour le dessi n, qui semblent 
eur être innés, comme l'e^t dans certaines 
[)ersonnes le goût pour la poésie et pour 
a musique. Comme d'ailleurs les belles for- 
mes du corps humain entrent dans la con- 
naissance du beau en général, j'ai remar- 
qué que ceux dont l'attention ne se fixe que 
sur les beautés dont la femme est susce^n 
tible, et qui ne sont que faiblement touchés 
de celles de notre sexe, ne possèdent point 
le sentiment du beau au degré nécessaire 
pour constituer un vrai connaisseur, ils 
seront même incapables de juger des ou- 
vrages des Grecs, dont les plus grandes 
beautés se trouvent princii>alement dans les 
statues d'hommes. 

Un plus haut degré de sensibilité et de per- 
ception est nécessaire pour juger des 
beautés de tari que de celles de la nature. 
Cette sensibilité 'doit être exercée de bonne 
heure et tournée vers des objets réellement 
beaux, 

« Il faut cependant plus de sensibilité et de 
perception pour juger des beautés de l'art 
que de celles de la nature; parce que dans 
l^irt, cette sensibilité est le résultat de la 
seule imagination, sans être excitée, comme 
au théAtre, par le geste, par la voix et par 
les larmes. Et comme cette sensibilité est 
bien plus vive, bien plus agissante dans la 
jeunesse que dans l'Age mûr, elle doit être 
exercée de bonne heure et tournée vers des 
objets réellement t>eaux, avant que l'Age 
vienne à émousser le sentiment; car alors, 
il faut l'avouer, nous ne sommes plus en 
étatderonnaitreetde distinguerle beau(31)r 

Il serait néanmoins injuste de cenciuio 

(3t) De ce que bien des peisonn*** admirent ft 



SDK LE BEAU IDEAL DANS L*ORDRE NATUHEL. 



de ce que noas venons de dire, que toutes 
les personnes qui admirent ce qui est mau* 
vais» ne soient pas douées de ce sentiment 
du beau. Car» de même que les onfants qui 
s*accoutument à regarder les objets de fort 
près apprennent à loucher, de même cette 
perception du beau peut se perdre, et même 
devenir vicieuse, et lorsque les objets qu'on 
présente à nos yeui, pendant les premières 
années que nous commençons à réfléchir, 
sont mauvais ou médiocres 

« On peut comparer le juste sentiment du 
beau à un plâtre bien coulant qu*on verserait 
>ur la tête de rApollon, et qui en couvrirait 
toutes les parties par un contact exact. Ce 
n*est point ce que la passion, Taroitié ou la 
complaisance nous engagent à admirer, qui 
(leut être l*objet de cette perception, laquelle 
doit être dépourvue de toutes vues person* 
nelles ou relatives, afin qu'on n'admire que 
ce qui est réellement beau par lui-même. 
Vous me direz, sans doute, mon ami, que 
je me livre ici h des idées platoniciennes, 
«t que de la manière dont je prends la chose, 
l>eu de personnes se trouveraient douées 
de Taptitude dont il est question. Bfais vous 
n*ignorez pas que dans Tinstruction particu- 
lière comme dans la législation civile, il faut 
monter Tinstrument au plus haut ton, 
parce que les cordes ne sont que trop su- 
jettes a se relâcher d'elles-mêmes. Je vous 
jiarle ici de ce qui devrait être et non de ce 
qui est, et mon raisonnement même doit 
être regardé comme une preuve de la vérité 
de ce que j'avance. IDu sentiment du beau 
damé les ouvragée de fart^ et sur les moyem de 
l acquérir. Paris, 1786, p. 2i3-2M.) 

Après Winckelmann , plusieurs écrivains 
français et étrangers ont traité, soit ex pro- 
fe$$o^ soit incidemment, de la théorie du 
lieau dans les arts. Nous donnons la nomen- 
clature de leurs ouvrages à la fin de cette 
première dissertation. Je la termine par 
Tanalyse du septième chapitre du volume in- 
titulé : Du beau^ du vrai et du bien, |)ublié 
tout récemment par M. Victor Cousin (92). 
Nous remarquons dans cette septième leçon, 
qui a pour titre :Du beau dans les objets^ 
la réfutation de diverses théories sur la na- 
ture du beau, en même temps que nous y 
retrouvons, avec des développements nou- 
veaux, les principales idées de Platon , du 
P. André et du célèbre Winckelmann. 

Théorie de M. Cousin sur le beau. — Il ne 
consiste pas plus dans ce qui est utile que 
dans ce qui est agréable. 

Après avoir réfuté l'opinion que le beau 
est ce qui platt aux sens, ce qui leur procure 
une impression agréable, M. Cousin prouve 
que celle qui met l'utile à la place de l'a- 
gréable n'est pas mieux fondée. « En effet, 
ce qui est utile n'est pas toujours beau, ce 
qui est beau n'est pas toujours utile, et ce 

qui en aiauvait, on ne doit pas en conclure qu'el- 
les sont loiitet privées du teniiment du beau, pult- 
2ue ce sentinieiit peut se perdre el mène se vicier, 
e wéBÊkt t|«e cdttt de la vue. par suite d*uiie ton- 



I 



qui est à la fois utile et beau est l>eau par 
un autre endroit que par son utilité. Un 
levier, une poutre sont assurément très» 
utiles; cependant on ne peut pas dire que 
cela soit beau. Un yase antique admira- 
blement travaillé est beau , mais on ne se 
demande |)oint, en Tadmirant, à quoi il 
servira. Enfin la symétrie et Tordre sont des 
choses belles et en même temps utiles sous 
plusieurs rapports; néanmoins ces deux 
choses ne sont point belles parce qu'elles 
sont utiles, ni utiles parce qu'elles sont 
belles. L* utile est donc entièrement diffé- 
rent dubeau, au lieu d'en être le fondement.» 

// ne consiste pas non plus dans la convenance 
des moyens relativement à leur fin, bien 

?u't7 soit vrai de dire qu*un objet n'est pas 
eau s*t7 ne possède cette convenance. Exem^ 
pie. 

« Est- il vrai , comme l'enseigne Platon 
dans son Hippias, que la beauté consiste dans 
hi parfaite convenance des moyens relatif 
VHment à leur fin ? Cette théorie, en mettant 
de côté l'agréable et Tutile pour ne consi- 
dérer que ce qui est comme il faut, nous 
rapproche de Tidée du l>eau , mais n'atteint 
)as encore cependant le vrai caractère de 
a beauté. Il y a, en effet, des objets très* 
bien disposés pour leur fin et que nous n'ap- 
pelons pas beaux. Un siège sans ornement 
et sans élégance, mais solide et bien en 
rapport, dans toutes ses parties, avec la fin 
h laquelle il est destiné, n*est point beau 
pour cela. Toutefois il y a ici celte diffé- 
rence entre la convenance et Futilité, qu'un 
objet, pour être beau, n'a pas besoin d'être 
utile , mais qu'il n'est pas beau s'il ne pos- 
sède de la convenance, s'il y a en lui désac- 
cord entre la fin et les moyens. » 

// n'existe pas davantage dans la propor^ 
/ton, qui est une des conditions de la beautéf 
mais qui n'en est quune. Exemple. 

« Le beau n'existe pas davantage dans la 
proportion, qui est une des conditions de 
la beauté , mais qui n*en est qu*une« Sans 
doute, un objet mal proportionné ne peut 
être beau ; mais ce n'est pas la proportion 
qui domine dans un arbre élancé, aux bran- 
ches flexibles et gracieuses, au feuillage 
riche et nuancé, dans la beauté territrie 
d'un orage , d'une grande image , d'un r^rs 
isolé ou d'une ode sublime. Ce qui nous 
fait admirer toutes ces choses n'est pas la 
même qualité qui nous fait admirer une fi- 
gure géométrique, c'est-à-dire l'exacte cor- 
respondance des parties. » 

// en est de même de Voréhre.qui est quelque 
chose de moins rigoureux que la propor- 
tion, et qui aboutit comme elle, comme 
r harmonie à f unité. 

« Ce que nous disons de la proportion, on 

giie habitude de msA voir ou de ne rolrque dos u^ . 

jets disgracieux. 
^32) Paris, cbes Diflier, 2* édition, IS54. 



S5 



PREMIERE DISSERTATION. 



Zù 



le peut dire de Tordre , qui est quelque 
chose de moins mathématique que la pro- 
fiortion, mais qui n'explique pas mieux ce 
qu*il y a de libre , de varié , d'abandonné 
dans certaines beautés. Toutes ces théories 
qui ramènent la beauté à Tordre, à Tbar- 
luoiiie , à la proportion , ne sont , au fond , 
qu'une seule et même théorie qui voit avant 
tout dans le beau Tunité; et assurément 
Tuniié est belle, elle est une partie consi- 
dérable de la beauté, mais elle n'est pas la 
beauté tout entière (33). 

Vunilé et la variété s^appliquent a tou$ la 

ordres de oeaulé. 

« La plus vraisemblable théorie du beau csl 
encore celle qui le compose de deux élé- 
ments contraires et également nécessaires : 
l'unité et la variété, voyez une belle fleur. 
Sans doute, Tunité, Tordre, la proportion, 
la symétrie même y sont; car sans ces qua- 
lités, la raison on serait absente, et toutes 
choses sont faites avec une merveilleuse 
raison. Hais en même temps, que de di- 
versité! Combien de nuances dans la cou- 
leur 1 quelles richesses dans les moindres 
détails! Même en mathématique , ce qui est 
beau, ce n'est pas un principe abstrait, 
c'est un principe traînant avec soi toute 
une longue chaîne de conséquences. Il n y 
a pas de beauté sans la vie; et la vie, c'est 
le mouvement, c'est la diversité. L'unité et 
la variété s*appiiquent à tous les ordres de 
beauté. » 

Trois ordres de beauté : la beauté physique^ 
la beauté intellectuelle,^ la beauté morafe. 

L'auteur fait ensuite Ténumération rapide 
de la beauté physique qui dérive des cou- 
leurs, des sons, des figures, des mouve- 
ments; de la beauté intellectuelle, plus 
sévère, mais non moins réelle, qui découle 
«les lois universelles , qui régissent les 
corps, de celles qui gouvernent l'intelli- 
gence, des grands principes qui contiennent 
et engendrent de longues déductions, du 
génie qui crée dans l'artiste, le poëte ou le 
philosophe; enfin, de la beauté morale qui 
naît de la liberté, de la vertu, du dévoue- 
ment et qui surpasse encore les deux autres 
beautés. 

Ces trois ordres de beauté se résolvent dans 
une seule et même beauté^ la beauté morale 
et toute beauté spirituelle. On le prouve 
par r examen d^un chef'4'omvre de sculpture^ 
par Fitude de Vhomme réel et vivant^ des 
autres êtres animés et de la nature tout 
entière. 

c II s'agit, maintenant, de rechercher Tu- 
nité de ces trois sortes de beauté. Or, nous 
|)ensons qu*eiles se résolvent dans une 
seule et même beauté, la beauté morale, 
entendant par li, avec la beauté morale pro- 

(33) Sans doute, et je ne sacbc pas que Ton pré- 
tende que Tunité est la bcsiulé elle-iuéine. Mais que 
l*unité soii avec la variélé qu*eUe eofendre néces- 
sairement , la condition londamentale de toute 



promeut dite, toute beauté spirituelle. Met- 
tons cette opinion à l'épreuve des faits. 

« Placez-vous devant cette statue d'Apol-r 
Ion, qu'on appelle l'Apollon du Belvédère/ 
et observez attentivement ce oui vous 
frappe dans ce chef-d'œuvre. Winkelmann, 
qui n'était pas un métaphysicien, mais un 
savant antiquaire, un homme de goût sans 
système, Winkelmann a fait une anaivse 
célèbre de TApoIlcn. Il est curieux de l'étu- 
dier. Ce que Winkelmann relève avant tout, 
c'est le caractère de divinité, empreint dans 
la jeunesse immortelle, répandue sur ce 
beau corps, dans la taille, un peu au-dessus 
de la taille humaine, dans l'attitude majes- 
tueuse, dans le mouvement impérieux, dans 
l'ensemble et dans tous les détails de la 
personne. Ce front est bien celui d'un dieu : 
une paix inaltérable y habite. Plus bas 
l'humanité reparait un peu et il le faut bien, 
X)ur intéresser l'humanité aux œuvres de 
art. Dans ce regard satisfait, dans le gon- 
lement des narines, dans Télévation de la 
lèvre inférieure, on sent à la fois une co- 
lère mêlée de dédain, Torgueil de la vic- 
toire et le peu de fatigue qu'elle a coûté. 
Pesez bien chaque mot de Winkelmann : 
vous y trouverez une impression morale. 
Le ton du savant antiquaire s'élève peu à 
peu jusqu'à l'enthousiasme, et son analyse 
devient un hymne à la beauté spirituelle. 

« Au lieu d'une statue, observez l'homme 
réel et vivant. Regardez cet homme qui , 
sollicité par les motifs les plus puissants, 
de sacritier son devoir à sa fortune, triom- 
phe de l'intérêt après une lutte héroïque, 
et sacrifie la fortune à la vertu. Regardez-lv> 
au moment où il vient de prendre cette ré- 
solution magnanime; sa figure vous ^mrai- 
tra belle ; c'est qu'elle exprime la beauté ue 
son Ame. Peut-être en toute autre circons - 
tance la figure de cet homme est-elle com- 
mune, triviale même; ici, illuminée uar 
Tâme qu'elle manifeste, elle s'est ennoblie, 
elle a pris un caractère imposant de beauté. 

« Considérez la figure de Thomme eu 
repos : elle est plus belle que celle de Ta- 
nimal, et la figure de Tanimal est [Aus belle 
que celle de la forme de tout objet inanimé. 
C'est que la figure humaine, même en i ab- 
sence de la beauté et du génie, réfléchit 
toujours une nature intelligente et morale ; 
c'est que la figure de l'animal réfléchit au 
moins le sentiment, et déjà quelque chosa 
de Tftme, sinon TAmc tout entière. Si de 
Thomme et de l'animal on descend à la na- 
ture purement physique , on y trouvera en- 
core de la beauté, tant qu'on y trouvera 
quelque ombre d'intelligence; je ne sais» 
quoi, qui du moins éveille en nous quel^ 
que pensée, quelque sentiment. Arrive*t-i>ii 
à quelc^ue morceau de matière qui n'ex- 

Erime rien, qui ne signiû^ non, l'idée du 
eau ne s'y applique plus. 

beanié, c*est ce que je crois avoir suffisamme il 
établi plus haut, et ce que M. Cousin lui-meiiie vi 
reconnaître bientôt: 



«7 



SUR LE BEAU IDEAL DANS L*ORDRE NATUREL. 



zn 



m Mais tout ce qui existe est animé? La 
tntlière est mue et i>énétrée par des forces 
qui ne sont pas matérielles, et elle suit des 
Sois qui attestent nne intelligence partout 
Tiréseirte. L'analyse chimique la plus subtile 
ne parvient point à une nature molle et 
înefte, mais ii une nature organisée à sa 
i manière, et qui n*est dépourvue ni de forces 
j Tri de lois. ]>ans les profondeurs de Tablme 
j comme dans les hauteurs des rieui, dans 
j ma grain d« saUe comme dans une mon- 
tagne gigantesque, un esprit immortel 
rayonme f traders les enveloppes les plu» 
grossières. ContempJons la nature avec les 
yeuT de i'ftme, aussi bien qu'avec les yeux 
du corps : partout une expression morale 
ncms frappera, et ta forme nous saisira 
€omme -no symbole de la pensée. Nous 
avons dit que chez Thomme et chez l'ani- 
mal même la fiKure est belle iwir Texpres- 
fiion. Mais quand vous êtes sur les hauteurs 
des Alpes on ^en face de Timmense Océan, 

auand^Yons assistez au lever ou au coui;her 
u soleil, à la naissance de la lumière ou k 
celle de la nuftt, ces imposants tableaux ne 
rrodmseirt-ils pas sur vous un effet moral 7 
Tous oes grands spectacles apparaissent-ils 
seolenierft pour apparaître 7 Ne les regar- 
dons-nous pas comme des manifestations 
4Hiiie puissance, d'une intelligence et d'une 
sagesse admirables; et, pour ainsi parler, 
la face de la nature n'est-eile pas expressive 
comme oelle de iliomme? La forme ne peut 
être une forme teute seule, elle doit être la 
forme de quelque chose. La beauté phj^sique 
«st donc ^ signe d'une beauté intérieure, 
•qui est la beauté spirituelle et morale, et 
«est 4à qu'-est de fond, le princii>e, l'unité 
du lieau. » 

Easuite, parlant dub^au idéal, il ajoute : 
« ÎM nature eu l'expérience nous fournit 
Toecasion de 4e concevoir; mais il en est 
essentiellement distinct. Pour qui la une 
/ers cençu, toutes les figures naturelles, si 
Jjelles qu'elles puissent être , ne sont que 
des simoiaores d'une beauté supérieure 
qu'ils |ne réalisent point. Donnez-moi une 
beUe «otion, fen imaginerai encore une plus 
belle. L'Apollon, lui-même, admet plus 
d'une critioue. L'idéal recule sans cesse, à 
Biesupe quon en approche davantage. Son 
dernier terme est dans l'infini, c'est-i-dire 
en Dieu, ou, pour mieux parler, le vrai et 
«bsolu idéal n'est autre chose que Dieu 
même. 

« Dieu, âant le principe de toutes choses 
doit être à ce titre celui de la beauté par- 
faite ett par conséquent de toutes les beautés 
naturelles qui l'expriment plus ou moins 
impariEutcment ; il est le principe de la 
, btàvAé^ et comme auteur du monde phy- 
* sique et comme père du monde intellectuel 
et du monde moral. Ne fout-il pas être es- 
clave des sens et des apparences pour s'ar- \ 
rétar aux mouvements, aux formes, aux 
5on6t aux couleurs, dont les combinaisons 
harmonieuses produisent la beauté de ce 
monde visible, et ne pas concevoir derrière ^ 
uitte scène magnifique et si bien réglée, . 



Tordonnateur, le géomètre, l'artiste su- 
prême? 

« La beauté physique sert d'c^nvetoppe h 
la beauté intellectuelle et i la beauté mo-- 
raie. La beauté intellectuelle, cette splen-« 
deur du vrai, cjuel en. peut être le princif>e, ] 
sinon le principe de toute vérité? La beauté 
morale compremi deux éléments distincts : 
la justice et la charité. 

« Ainsi Dieu est le principe des trois 
ordres de beauté, que nous avons distin- 
gués, la l>eauté physique, la beauté intellec- 
tuelle, la beauté morale. » 

Ensuite, après avoir fait remarquer com- 
ment la variété et le contraste des perfecv- 
tions de Dieu nous ramène à Tnnité de son 
être nécessaire et infini, et comment par 
l'être Que nous possédons nous avons quel- 
que idée de l'être infini de Dieu, et com- 
ment par le néant oui est en nous, nous 
nous perdons dans l'être de Dieu, toujours 
forcés de recourir à lui pour expliquer quel- 
que chose, et toujours rejetes en nous- 
mêmes sous le poids de son infinitude, l'au- 
teur poursuit et conclut ce remarquable 
chapitre en ces termes : 

« Ainsi l'être absolu, qui est tout ensemble 
l'absolue unité et l'infinie variété, Dieu est 
nécessairement la dernière raison, le der- 
nier fondement, Taccoropli idéal de toute 
b^uté. C'est là cette beauté merveilleuse 
que Diotime avait entrevue et qu'elle peint 
ainsi à Socrate dans le Banquet : 

« Beauté éternelle, non engendrée et non . 
« périssable, exempte de décadence comme 
« d'accroissement, qui n'est point belle dans 
« telle partie et laide dans telle autre ; belle 
« seulement en tel temps, en tel lieu, dans tel 
«rapport; belle pour ceux-ci, laide pour 
« ceux-là ; beauté qui n'a point de forme sen- 
« sible, un visage, des mains, rien de corpo- 
« rel, qui n'est pas non plus telle pensée ou 
« telle science (itrticuliere, qui ne réside 
« dans aucun ^tré différent d'avec lui-même» 
« comme un animal sous la terre, ou le ciel 
« ou toute autre chose ; qui est absolument 
« identiaue et invariable par elle-même, de 
« laquelle toutes les autres beautés partici- 
pe pent, de manière cependant que leur nais- 
se sance ou leur destruction ne lui apporte ni 
« diminution,niaccroissement,nile moindre 
«( changement!.-.. Pour arriver à cette beauté 
« parfaite, il faut commencer par les beautés 
« d'ici-bas, et, les yeux attaches sur la beauté 
« suprême, s'y élever sans cesse, en passant 
« pour ainsi dire par tous les desrés de l'é- 
« chelle, d'un seul beau corps a deux, de 
« deux à tous les autres, des beaux corps aux 
« beaux sentiments,des beaux sentiments aux 
« belles connaissances, jusqu'à ce que de 
« connaissances en connaissances on arrive h 
« la connaissance par excellence, qui n'a d'au - 
« tre objet que le beau lui-même, et qu'on 
« finisse par le connaître tel qu'il est. 

« O mon cher Socrate, continua l'étrangère 
« de Mantinée, ce qui peut donner du prix. 
• à cette vie, c'est Je spectacle de la beauté 
« éternelle.... quelle ne serait pas la destinée 
« d'un mortel à qui il serait donné de content- 



Ml 



PREMIERE DISSERTATION, 



40 



<( pler le beau sans mélange, dans sa pureté 
« et sa simplicité, non plus revêtu de chairs 
4 et de couleurs humaines, et de tous ces 
« vains agréments condamnés àpérir,àqui il 
« serait donné de voir face à lace, sous sa 
« forme unique, la beauté divine 1 » 

Tels sont les principes constitutifs du 
beau idéal absolu, principes de tous les 
temps, de tous les lieux, que Thomme n*a 
point imaginés, mais qu'il a trouvés, gravés 
par une main divine, dans son esprit et dans 
son cœur. Bien que la révélation évangéli- 
que, source elle*m6me d'un autre genre de 
beauté plus intime, plus élevée', que nous 
étudierons bientôt, nous en ait rendu la 
compréhension plus facile, en les éclairant 
d'un nouveau jour, au fond ils sont toujours 
restés les mêmes. On a pu le voir par les 
nombreuses citations que nous avons faites 
des ouvrages des principaux esthéticiens, 
depuis Platon jusqu'à Winkelmann. Trans- 
mis & l'homme directement par le Créateur, 
ces principes immuables ont constamment 
résisté à l'intluence pernicieuse des erreurs 
et des préjugés, et au moment où ils pa-^ 
raissaient devoir faire naufrage avec le genre 
humain tout entier, ils ont été sauvés avec 
lui par cette lumière dinine (aile chair^ que 
que nous avons vue descendre des deux sur la 
terre, pleine de grâce et de vérité. [Joan. i, 9.) 

Ce serait maintenant le lieu d'appliquer 
ces principes que nous venons d'exposer à 
chacune des âuatre grandes brancnes de 
l'art en particulier, je veux dire la musique, 
la peinture, la sculpture et l'architecture. 
Mais nous en ferons l'application avec au- 
tant d'à-propos et pliis de détails que nous 
ne pourrions le faire ici, à chacun de ces 
mots et à leurs relatifs, dans le corps du 
Dictionnaire dont cette dissertation n'est 
pour ainsi dire que la préface. Nous allons 
nous livrer à une deuxième, qui s y ratta- 
che nécessairement, sur les principes du 
beau dans Tordre surnaturel et divin, objet 
spécial de cette publication. Mais avant de 
I entreprendre, je crois devoir donner la no- 
menclature par ordre alphabétique d'auteurs 
des principaux ouvrages tant anciens que 
modernes, oui, en dehors de ceux déjà ci- 
tés dans cette première dissertation, ont trait 
à la philosophie de l'art ou aux principes 
dH beau dans l'ordre naturel. 

Aristotb, disciple de Platon. La poétique. 

Arnaud. Réflexions sur les sources et les 
rapports des oeauxnirts et des belles-lettres, 
in-8*. Extrait du tome 1" des Variétés litté- 
raires. Paris, 180*. 

Bàrthélbiiy (l'abbé J.-J.). Voyage du jeune 
Anacharsis. Paris, 1788, souvent réimprimé. 

Barthbz. Théorie du beau dans la nature 
et les arts. Paris, 1807, in-8*. 

Bbrtrati D. Du goût et de la beauté, consi- 
dérés dans les productions de la nature et 
dés arts. Caen, 1829, in-8*. 

BROVELLifSalvatorJ. 5»/6ma filosofico délie 
MU arti. Milano, 1816, gr. în-S". 



BuRKBR (Edmond). Recherche philosophi- 
que sur Corigine de nos idées du sublime e/t 
au beau, tracL de fanglais sur la septième 
édition. Paris, Pichon, 1803, iu-8\ 

CicoGNARA (Léop.). Del bello ragionamenti. 
Florence, 1818, in-*'. 

Crousaz (De). Traité du beau. Amster- 
dam, 1724., 2 vol. in-12. 

Dandrée (Eugène). Lettre à Jules de Lan- 
eival. Paris, 1807, in-8-. 

Dblestre (J.-B.). Etude des passions an- 
pliquées aux beaux-arts. Paris, 1833, in-8*. 

Desmarais (C). Du beau idéal. Paris, 1821 , 
in-8-. 

Droy (Joseph). Eludes sur le beau dans 
les arts. Paris, 1815. 

Goethe. Mémoires. (Deuxième partie, liv. 
IX.) Traduction de H. Blaze. Paris, 1829, et 
dans ses œuvres, passim. 

GuizoT. Etudes sur les beaux^arts en gér 
néral. Paris, 1853. 

HoGARTH. Analyse de la beauté. Londres, 
1753. Traduit par Jansen. Paris^ 1805, 2 vol, 
in-8\ 

Kant. Considérations sur le sentiment du 
beau et du sublime, traduit par Hercule 
Peyer-Imhoff. Paris, 1796, in-8'. . 

KÉRATRT. Du beau dans les arts d*imt7a- 
lion. Paris, 1822, 2 vol. in-12. 

Le Batteux. Les beaux-arts réduits à un 
même principe. Paris, f7W, in-12. 

Lbssing. Du Laoeoon^ ou des limites res- 
pectives de la poésie et de lapeinture, traduit 
par Charles Vanderbourç. Paris, 1802, in-8'. 

Malaspina. Délie leggi del belle applicate 
alla pittura ed architettura saggio. Pari.s 
1791. Milano, 1828, in-8'. 

MARCBNAT(De). Essai sur la beauté.Varis^ 
1770, în-8*. 

Martiononi (Ignazio). Del gusto in ogni 
maniera d^amene ietiera ed arti. Como, 1793. 

MossiAS. Théorie du beau et du sublime. 
Paris, Didot, 1824, in-8'. 

M AZURE. Philosophie des arts du dessin. 
Paris, 1838, in-8'. 

MiLLiN. Dictionnaire des beaux- arts. Pa« 
ris, 1838. 

MoNTABERT. Traité complet de la peinture. 
Tome IV, chap. 124; De la théorie du 
beau. Paris, Bossany, 1829. 

QuATREMÈRE DE QuiNCY. Essui sur la na- 
ture, le but et les moyens de limitation dans 
les beaux-arts. Paris, 1823, grand in-8'. 

QuiNTiUEN. De. institutione oratoria, etc. 

Reynold (Josué). Plusieurs Discours sur 
la peinture, traduits par Jansen, 1788 et 
18u6 ; Essai sur le pittoresque, dans ses rap- 
ports avec le beau et le sublime. Londres, 
1801. 

ScHLÉGEL (A.-G.). Leçons sur rhistoire et 
la théorie des beaux-arts. Paris, 1830, •in-8' 

Staël (Madame de). De r Allemagne. Paris, 
1804. 

ToLFFEE. Essai sur le beau dans les arts. 
Paris, Dubocbet, 1848,2 vol. in-12. 

ViTET (Ludovic). Etudes sur les beaux^ 
arts. Pans, 1846, 2 vol. in-12. 



41 



SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL. 



it 



DEUXIEME DISSERTATION 



SUR LE BEAU INDÉAL SURNATUREL OU DIVIN. 



De rarl chrétien. 

X^homme de science et de foi, qui étudie, 
•en véritable philosophe, les annales du 
christianisme, se sent écrasé sous Je poids 
de ses «uTres aussi multipjles que gigan- 
tesques. Pour ne parler ici que d« celles 
qui se rattachent aux arts dits libéraux, 
1 architecture, la sculpture, la peinture ei 
la musique, objet actuel de nos études, elles 
<»tfrent a rob.servateur attentif des sujets 
inépuisables de réflexions , et par-dessus 
tout, ce type de beau idéal surnaturel ou 
divin que le christianisme seul pouvait 
nous révéler. Tout Je monde connaît cette 
heureuse pensée de M. de Bonald : « La 
littérature est Texpression de la société. • 
Ce que cet illustre philosophe a dit de la 
littérature, nous pouvons, avec non moins 
de justesse, rappliquer aux beaux arts, et 
dans BOtre société chrétienne, à Tart trop 
tardivement appela chrétien. Nommer cet 
art, n'est-ce pas présenter à Tesprit Tidée 
d*une poétique puisée dans les inspira- 
tions dfes livres saints, dans les enseigne- 
ments et la vie de Jésua-Christ, des apô- 
tres et des martyrs, et dans les naïves et 
attachantes légendes des siècles de foi? 
N'est-ce pas rappeler un ordre d*idées et 
tie sentiments tes plus purs, les plus éle« 
vés, les plus dégagés du sensualisme de 
l'antiquité? Le mot est nouveau, mais la 
<;hose est aussi ancienne que le christia- 
nisme. L*art chrétien a commencé avec les 
peintures et les sculptures des catacombes, 
avec les hymnes chantées par Jésus-Christ 
et ses disciples, et répétées ensuite dans 
toutes les assemblées, tn ecclesiis^ présidées 
}*ar Pierre, Paul, et leurs successeurs. L*art 
chrétien remonte donc è Jésus-Christ. Nom- 
mer Tart païen, au contraire, est-ce, même 
en Tappreciant aussi favorablement qu'il 
est permis raisonnablement de le faire, 
aller au delà de Télëgance, de la grAce, de 
la régularité, de la beauté de la forme, en 
un mot, et de l'expression du beau moral 
tel qu*on pouvait le concevoir dans les con- 
ditions de la gentilité? 

Différence radicale qui existe entre Fart 
chrétien et Fart païen. Raisom de cette 
différence. 

Il existe donc une différence radicale 
entre ces deux arts, quoi qu'en disent les 
prôneurs exclusifs de l'antiquité grecque, 
et nos critiques panthéistes qui voudraient 
que Ton confonoit dans la même admira- 
tion les artistes païens et les artistes chré- 
tiens^ comme ils veulent qu'on honore du 
même respect et du même intérêt les cultes 
les plus divers, les plus opposés. Mais avec 

DICTJ03I1I. A'ESTBÉTlQCft. 



la meilleure volonté du monde on ne par- 
viendra jamais à assimiler deux éléments 
aussi profondément distincts que Tart grée 
et l'art chrétien. En effet, que remarquons- 
nous dans le premier? La prédomioation 
de la beauté de la forme, unie quelquefois, 
il est vrai, à une très-haute expression 
morale, autant que le paganisme pouvait r 
atteindre. C'est ce que nous avons d^ 
ap))elé le beau idéal naturel, pour compren- 
dre dans une déûnition commune et expli- 
quer d'après elle le beau physique et le 
beau moral antique, idéalisés, bien que 
prenant leur point de départ dans l'ordre 
naturel. 

Dans l'art chrétien, au contraire, que 
remarquons-nous? si ce n'est la prédomi- 
nation de l'inspiration surnaturelle, mysti- 
que, céleste, divine, que le christianisme 
seul pouvait nous révéler; prédomination 
tellement sensible, que la chair, participant 
elle-même de cette transformation divine, 
tend sans cesse à se spiritualiser. 

Le beau chrétien: pourquoi appelé beau idéal 
surnaturel et divin ; ne doit pas être con^^ 

. fondu avec le beau idéal naturel ou hn^ 
main^ comme on le fait communément. 
Inconvénients de cette confusion. Elle a 
été occasionnée par la réforme et la renais* 
sance^ et de nos jours par les systèmes des 
rationalistes^ des progressistes et des fansh 
tiaues de fart pour l art. 



Et voilà pourauoi j'appelle le beau chré- 
tien : beau idéal surnaturel ou divin, » 
pour expliquer convenablement les condi- 
tions essentielles de cet art qui, sans dé- 
daigner la beauté de la forme, s'élève au- 
dessus d'elle» au-dessus de ce monde ter- 
restre, matériel, pour aller découvrir dans 
les splendeurs du Verbe, ces types du beau 
et du bien qu'il est venu nous révéler lui- 
même, en nous communiquant directement 
la vérité et la vie dont il possède toute la 
plénitude. C'est faute devoir remarqué 
cette différence radicale qui existe entre le 
beau idéal « naturel » du paganisme et le 
beau idéal « surnaturel » des Chrétiens, 
que des écrivains et des artistes, très-distin- 
Çués d'ailleurs, se sont laissé aller aux plus 
étranges aberrations, soit dans l'examen 
comparatif des œuvres des deux écoles, soit 
dans la direction qu'ils ont cru devoir im- 
primer à leurs élèves. 

Et cela n'a rien d'étonnant, quand on 
songe à l'influence pernicieuse qu ont exer- 
cée sur l'esprit public la renaissance païenne 
et la réforme du xvi* siècle. Ces deux sœurs, 
unies par tant de liens, ont laissé pour hé- 
ritage trois siècles de dénigrement et da 



43 



DEUXIEME DISSERTATION. 



U 



calomnie, pendant lesquels Thistoire n*a 
été, selon 1 expression si juste et si éner- 
gique de M. de Maistre, qu'une conspira- 
lion flagrante contre la vérité. On sait com- 
ment les grands hommes et les grandes 
institutions du catholicisme furent immolés 
h ce paganisme renouvelé des Grecs et des 
Romains. On connaît les assauts redoublés 
que le dogme et fart chrétien ont eu à 
soutenir, même dans ces derniers temps, 
de la part des rationalistes, des soi-disant 
progressistes et des fanatiques de Tart 
« pour i*aK. » Nous reviendrons plus tard 
sur ces diverses considérations ainsi que 
sur cette réaction merveilleuse qui depuis 
cinquante ans se manifeste, de plus en plus 
sensible, en faveur de Tart chrétien. 

Nécessité d^ établir clairement les principes 
et les conditions du beau dans lart chré" 
. tien. 

Pour le moment, il importe d'établir 
clairement les principes et les conditions 
du beau dans cet art si longtemps méconnu. 
C'est ce que je vais essaj^er de foiire dans 
cette deuxième dissertation préliminaire 
aux nombreux articles de ce Dictionnaire, 
dont elle sera pour ainsi dire la clef en les 
reliant entre eux par un lien commun et 
par des considérations générales qui se 
rapportent à toutes les oranches de l'art 
chrétien envisagé au point de vue du beau 
surnaturel ou divin qui lui est propre. Et 
comme chacune de ces branches ae Vati 
catholique a son côté humain, nous les 
traiterons d'abord à ce point de vue, d'a- 
près les principes du beau idéal naturel 
aue nous avons i)Osés dans notre première 
issertation ; ensuite nous les considérerons 
au point de vue plus relevé du beau sur- 
naturel ou divin, tel que nous allons l'ex- 
poser dans celle-ci. Nous n'aurons donc 
qu'à appliquer à chacun des mots Aechiteg- 
ture,Sgglpturb, Musique et Peinture, et à 
leurs dérivés, les conséquences des princi- 
pes déjà établis in extenso dans nos deux 
dissertations, et, tout en payant un large 
et bien légitime tribut d admiration à la 
beauté idéale dans l'ordre naturel, nous 
apprendrons à connaître et à apprécier 
1 excellence incontestable de la beauté idéale, 
dans l'ordre surnaturel. 

La déchéance originelle de Vhomme et du 
monde physique^ et la réhabilitation de 
l'un et de iautre par le Verbe incarné; 
deux grands faits dont il faut nécessaire- 
ment tenir compte pour comprendre les 
véritables conditions du beau tdéal surna- 
turel et sa supériorité sur le beau idéal 
humain. 

Pour comprendre cette excellence du 
beau idéal chrétien ou surnaturel, il faut 
nécessairement tenir compte de deux grands 
faits autour desquels gravite l'histoire de 
l'humanité tout entière, je veux dire la 
déchéance de l'homme, dans son âme, dans 
son corps, avec celle du monde physiqpie, 
et la réhabilitation de Fun et de 1 autre par 



le Verbe incarné., d'abord darts le temps, 
ensuite, et plus complète, dans l'éternité 
après la résurrection générale des corps. Ces 
deux grands faits, soit qu'on les admette 
dans Je sens catholique à titre de dogmes 
inébranlables, soit qu on les admette dans 
un sens purement hypothétique et rationnel, ' 
peuvent seuls nous expliquer les évolu- 
tions diverses et mystérieuses de l'espril 
humain, et ses aspirations incessantes vers 
une beauté et une félicité qu'il sait ne 
pouvoir exister ici- bas. Faute d'en tenir 
compte, par la crainte de paraître trop reli- 
gieux, la plupart de nos esthéticiens ont 
méconnu les conditions essentielles de Tart 
chrétien et les véritables causes de sa su- 
périorité sur Tart païen, ou ne les ont connues 
que bien impanaitement, en sorte c|ue 
"n'ayant pas le fil qui seul pouvait les diri- 
ger sûrement dans le labyrinthe des opi- 
nions humaines aussi variées que contra- 
dictoires, ils sont allés constamment à la 
dérive, se laissant emporter à tout vent de 
doctrine, quand ils ont voulu juger les œu- 
vres d'un art tout surnaturel et divin. Qui 
ne voit, en effet, que la déchéance de 
l'homme et de ce monde par le péché, et 
leur réhabilitation par la révélation du 
Verbe incarné, se rattachant nécessairement 
à la création et à la révélation primitive, 
le lien qui unit, en les soudant l'une à Tau* 
tre, ces deux révélations et qui unit de 
même l'ordre de la création et celui de la 
rédemption, auxquels elles correspondent, 
établit des rapports étroits entre le beau 
surnaturel et divin et le beau naturel et 
humain. Et comme en fait de doctrine et («e 
morale proprement dite. Tordre de la créa- 
tion est surisse de beaucoup par l'ordre 
de l'incarnation, il en est de même, dans 
ces deux ordres, du beau naturel et hu- 
main par rapport au beau surnaturel et 
divin. C'est là une vérité qui ressortira, 
j'espère, avec plusieurs autres qui s'y rat- 
tachent, de l'ensemble de cette deuxième 
dissertation dont les deux principales di- 
visions sont déjà indiquées d'elles-mêmes, 
c'est-à-dire que dans la première nous ex- 
poserons la déchéance de Thomme et de ce 
monde physique par le péché, et dans la 
seconde et dernière, la réhabilitation de 
l'un et de Fautre, parle Verbe fait chair, en 
même temps que tes conséquences directes 
de cette réhabilitation pour la poétique de 
l'art qu'elle a transformé et divinisé. 

CHAPITRE PREMIER. 

DiCHiàlfGE DE l'homme ET DU MONDE PHYSIQUE 
PAR LE PÉCHÉ ORIGINEL. 

En quoi consistait la rectitude dans laquelle 
l nomme fut créé. Ses effets sur le monde 
physique lui-même. 

Au commencement des choses, Dieu créa 
l'homme droit. Or, cette rectitude consistait 
dans la soumission parfaite de l'esprit à 
Dieu et du corps à l'esprit. L'âme, créée h l'i- 
mase de Dieu, était naturellement et invin- 
ciblement portée à le contempler et à l'aimer. 



4S 



SUR LE BEAU IDEAL SUKIiATUREL. 



46 



Le corps, soumis à Tàme dans tous ses mou- 
vBments^ participait à ses actes et à sa féli- 
cité [3h). Les créatures inférieures étaient) à 
leur tour, soumises h l*liomme que Dieu avait 
établi sur eile, comme leur roi. Ainsi tout 
était dans Tordre, et rien m venait troubler 
celie belle harmonie; car le péché n'étant 
pas connu il n'exisiait point de peine, par 
conséquent il n'y avait pas de révolte 
dans les sens, point de concupiscence, point 
de douleur, point de calamités morales et 
physiques, tbut cela n'étant que la suite et 
la punition du péché. 

CommefU rhommê n'a point compris Tex- 
-cellenee 4e iu eonditton première, et Va 
ptrdUB. 

Mais l'homme élevé si haut ne comprit ^s 
Vexcellence de cet état de justice et de sain- 
teté originelle (35). Enivré de lui-même et 
séduit par la pensée d'un état plus relevé 
encore, il prêta l'oreille aux suggestions de 
]V)rgueil qui lui promettait la possession de 
la grandeur et de la science divine (M), Et 
t^mmeDieu, pourféprouYer,dem*me qu'il 
^nrait éprouvé les anges, afin de rendre son 
obéissance méritoire, hii avait laissé 'son 
libre arbitre, ii voulut en faire l'essai, et il 
tomba, déçu par sa propre liberté, sua liber- 
soie ieeeptus. W tomba, et toute Téconomie 
de ta création fut bouleversée 1 

i^omment la chute de thomme a été la plus 
profonde? Désastreuses conséquences de 
cette cAu/f , d'abord pour Phomme, ensuite 
pour la nature tout entière qui y a étéfor^ 
cément entraînée. 

fin effet, rbommeavait été, à cause de son 
excellence, placé k la tête de la création 
comme point intermédiaire entre Dieu et ce 
monde visible et matériel. En tombant, il 
entraîna Funivers dans une catastrophe 
commune, selonce principe, que l'accessoire 
suU toujours le sort du principal. Mais la 
chute de l'homme fut la plus profonde, parce 
que en se détachant de Dieu pour se com- 
plaire en lui-même, il était toiaobé de plus 
haut, et s'était par conséquent enfoncé da- 
vantage dans rabtme de la dégradation. C'est 
la pensée de saint Augustin, lorsqu'il nous 
dit dans son livre de la Cité de Dieu (37), que 
l'homme en tombant d'en haut est d'abord 
tombé sur lui-même. Mais en tomt)ant sur 
lui-même, il a dû nécessairement perdre de 
ses forces et tomber encore plus bas. Com- 
ment cela ? c'est que l'Ame s étant détachée 
de Dieu, le corps entraîné lui-même dans 
cette catastrophe a dû aussi se révolter con- 
tre l'Ame et la rendrej'esclave de ses appé- 
tits brutaux. Comme on voit un grand arbre 
qui domine une haute montagne, brisé par 
la violence de l'orage, tomber d'abord sur 
son tronc, et rouler ensuite avec les vastes 

(34) Feeit DoMhms kùwdnsm rectum, ( Eccle. ?n, 
30.) 

(35) Homo oim in lêomore etMf, non intellesii. 
(Pêal. XLvni, 13.) 

(36) Enftt iicut dn^ icienlei bonnm et malum.' 
itHn. tu. 5.) 



débris qu'il entraine, dans le creux de l'n- 
hlme; ainsi l'homme placé à la tête de la 
création, et le plus près de Dieu, est tombé 
d'abord sur lui-même, ensuite de chute eh 
chute, il est descendu jusqu'à la ressem- 
blance de la brute perses instincts cbarnela 
et grossiers (38). Voilà pour la déffradatioa 
de l'homme; voyons maintenant ceile de ce 
monde visible et matériel. 

Déchéance de ce monde visible et matériel. 

Le lien qui l'unissait au souverain Créa« 
teur ayant été brisé , toute la nature phy- 
sique fut associée à la déchéance de son 
mattre. Comme lui, elle tomba dans une dé- 
grtidation qui ne fit que s'accroître par la 
suite des temps , et dont les caractères ré-* 
pandus sur toute la surface du globe vien* 
nent à chaque instant attrister nos regards. 
Depuis, les créatures asservies au joug du 
péché dont elles sont devenues les instru- 
ments par la malice du démon et des mé- 
chants, n'ont cessé de soupirer après leur 
délivrance de cotte honteuse servitude. 

Ces effets déjà si désastreux de la déso- 
béissance originelle se sont aggravés encore 
de la malédiction particulière que Dieu lança 
sur ia terre souilfée par le péché, en la con- 
damnant à ne produire d'elle-même que des 
ronces et des épines au lieu des fleurs, des 
fruits et des plantes de toute espèce qu'elle 
étalait iadis avec profusion, sans que l'homme 
fût obligé de l'arroser de ses sueurs. 

Oui, le péché a ravi à la terre sa première 
fécondité : In sudore vultus tui. (Gen. lu, 19») 
II a déchaîné sur elle et sur ses habitants 
des fléaux de toute espèce, dont l'énuméira- 
tion seule fait reculer l'imagination d'épou- 
vante en même temps qu'elle est une écla- 
tante confirmation de cette sentence de l'Es- 
prit-Saint , que c'est l'iniquité qui rend les 
nations misérables (39). Que dis-je ! le péché, 
après avoir porté le trouble et la désolation 
dans le cœur de l'homme, les a portés dans 
tous les éléments. U a vicié l'air que pous 
respirons, l'eau oui nous désaltère et les 
aliments destinés a nous sustenter. N'est-ce 
pas la triste, la désolante réalité des choses 
d'ici-bas? N'est-ce i»as le cri de TEçlise 
dans ses exorcisme^i si variés, dans ses rites, 
dans ses bénédictions, dans toute sa liturgie 
si profonde, si mystérieuse, si peu connue f 

Comment rignorance entra dans le cemr de 
V homme a}9ec le péché et la concupiscence 
qui en est la suite. 

A peine Adam et Eve eurent-ils goûté du 
fruit qui devait les rendre semblables à 
Dieu par la science du bien et du mal, qu'au 
lieu de cette prétendue science ils s'aperr 
curent que des ténèbres épaisses obscurcis- 
saient leur esprit en même temps que le. ve- 
nin de la concupiscence s'in^ltrait dans tout 

(57) Chapitre 14. 

^58) Comparetuê ê$i jumentii intipientibut et <t- 
iftî/ff faclut eit illii. {PiaL xLVUi, 13.) 

(39) Miserai autem populos fadi peccaium, (Prow. 
XIV, 54 ) , 



47 



DEUXIEME DISSERTATION. 



4S 



leur cofps et le portait à la révolte contre 
l'esprit par des convoitises inaccoutumées. 
Ils remarquent nour la première fois qu'ils 
5^oht nus. Ils veulent cacher cette chaif agitée 
par les sens. Us fuient les regards de Dieu, 
eux qui conversaient familièrement avec lui 
dans le paradis terrestre, lorsau*il se mon- 
trait à leurs regards sous des lormes sensi- 
bles. Us se cachent, ils baissent les yeux 
vers la terre , honteux d*une telle dégrada- 
tion. Et voilà la science qu'ils ont trouvée 
en voulant s'égaler à Dieu, celle de la honte 
et des remords. 
C'est ainsi que l'ignorance pénétra avec le 

Eécbé dans l'àme de nos premiers parents, 
létre de Dieu, ses souveraines periections, 
la science des lois qui gouvernent le monde 
et président aux productions de la terre, la 
connaissance de soi-même, la première de 
toutes, après celle de Dieu; ces diverses 
sciences et tant d'autres qui leur étaient fa- 
milières, s'obscurcissent tout à coup à leurs 
yeux. De ces connaissances si profondes, si 
variées, il ne leur reste plus qu'erreur, 
mensonge et illusion, vaine complaisance 
et surtout un orgueil incurable qui a infecté 
toute la masse du genre humain et nous 
accompagne jusqu'au!tombeau. Au milieu de 
ces épaisses ténèbres, l'homme devient à 
lui-même un mystère inextricable, ignorant 
le secret de sa naissance, de sa vie et de sa 
mort. Son intelligence ainsi obscurcie et dé- 

Î gradée, s'abaissa jusqu'aux recherches de 
a vanité et se fit vaine comme elle (40V 

TroU vanitéêf filles de Vignorance originelle. 

£lle se fit et elle est restée vaine dans 
son culte, dans sa sagesse, dans sa science, 
trois vanités, filles de l'ignorance originelle, 
que nous n'aurons pas de peine à recon- 
naître chez tous les peuples en dehors de la 
révélation judaïque ou evangéiique. 

Vanité en religion: Vidolàtrie. 

La première de ces vanités, filles de l'i- 
gnorance, fut l'idolAtrie dont l'Ësprit-Saint 
nous a expliqué l'origine comme celle de 
toutes les erreurs qui ont souillé la terre. 
Voici comment il s'exprime à ce sujet dans 
le Livre de la Sagesse : « Tous les hommes 
privés de la science de Dieu (de la science 
révélée) sont vains et impuissants (41) ; » car, 
avant pu comprendre, par les biens visi- 
bles, le souverain Etre, ils n'ont point re- 
connu le Créateur par la considération de 
ses ouvrages, mais ils se sont imaginé ({ue 
le feu ou le vent ou l'air le plus subtil étaient 
les dieux qui gouvernaient le monde. Mais 
le comble de leur folie, c'est d'avoir donné 
/ le nom de Dieu à l'ouvrage de leurs mains, 
à l'or, à l'argent façonnés par la sculpture, 
et de s'être prosternés ensuite devant ces 
images, pour leur demander la santé, la for- 

(40) nomovanitati similis factus esr.(Ps.cxLin,4.) 
(il) Vofil sunt homines in quitus non subesi stÀen- 

lia Dd.(Stfp. XIII, i.) ^ ^ ^ . c 

(42) Sufèrvacuiias homtumm hœc advenu m orbem 

terrarum. ^Sap. xiv, 44. 



tune et tous les biens de la vie. C'est ainsi 
que la vanité des hommes introduisit les 
idoles dans le monde, et avec elles toute 
sorte de crimes (42). 

Vanité de la sagesse humaine. 

Seconde vanité, fille de l'ignorance origi- 
nelle, la sagesse humaine chez les diverses 
sectes de pnilosophes qui se sont succédé 
jusqu'à nous. 

Qui n*a entendu parler des philosophes 
païens, si vains dans leur science, si im- 
puissants dans leur doctrine, si peu d'accord 
entre eux, et tellement ridicules dans la 
plupart de leurs systèmes, que de l'aveu de 
l'un d'eux, il n'y a rien d'absurde (jui n'ait 
été avancé par un philosophe ? Saint Paul 
nous en a tracé, une peinture aussi vraie 
qu'énergique dans son EpUre aux Romains^ 
en disant qu'en voulant se faire passer pour 
sages^ ils ont joué le rôle d^nsensés (43), que 
leur cœur s'est couvert de nuages épais (44), 
et qu'en punition de leur orgueil vieu lésa 
livrés aux plus infâmes désirs (45). 

Sans doute, et il faut le reconnaître fran- 
chement, la sagesse antique avait conservé 
et même emprunté en partie des Juifs, des 
fragments non insignifiants des traditions, 
primitives, et maintes fois il lui est échappé 
des aveux bien remarquables sur Dieu, sur 
son unité et sur quelques-unes de ses per- 
fections. Mais quelques vérités de ce genre, 
plus ou moins clairement énoncées, ne pou- 
vaient point, mêlées qu'elles étaient au dé- 
luge d'erVeurs qui inondait la terre, préva- 
loir sur l'ignorance et les passions. Aussi la 
philosophie antique n'a-t-elle jamais été ca- 
pable de trouver et de promulguer un corps 
de doctrine et de morale approprié aux be- 
soins de l'humanité, qui consistent dans la 
connaissance de la vérité et dans la pratique 
des devoirs qu'elle impose. Tel est l'écueil 
contre lequel elle est venue constamment 
échouer, dans son impuissance visible à tous 
les yeux. 

Vanité de la sagesse moderne^ en particulier. 

Non moins impuissante, mais encore plus 
coupable, notre moderne philosophie n'a 
pas été plus heureuse malgré ses immenses 
prétentions. Cinquante ans d'etforts, aidés 
de la triple influence du talent, du crédit el 
du pouvoir que donne la direction des af- 
faires publiques, n'ont abouti qu'à une anar- 
chie intellectuelle et morale, la plus épou- 
vantable qu'on eût jamais vue, et dont nous 
sommes encore les tristes témoins. Que sont 
devenus, en effet, ces apôtres de la nature, 
de l'humanité, ces prêtres de la raison, ces 

Srands précepteurs du genre humain, ligués, 
isaient-ils, contre les abus, les supersti- 
tions, les préjugés? Et, après eux, ces so- 

(45) DieenUs se esse sofnentes^ stulti facti snuil 

(Rom. I, 22.) 
{AiyObssuratum est insipiens cor eorum, (i^ta., 

îi.) 
(45) hid., U. 



49 



SUR LE BKAU IDEAL SURNATUREL. 



£• 



pfaisles qui voulaient opérer la génération 
du christianisme par la glorification de la 
matière, par le culte de la chair, que sont- 
ils devenus? Maintenant, c'est le rationa- 
lisme allemand, naturalisé français, dont la 
théorie, cent fols plus obscure, plus nua- 
geuse que DOS mystères, voudrait se sub- 
stituer h la révélation évanj^élique , pour 
lancer Thumanité dans la voie au progrès 
absolu, indéfini. Son programme est magni- 
fique, car c*est celui de Tantiaue orgueil^u- 
roain qui répète encore, après quatre mille 
ans, « Je veux me nasser de Dieu (1^6).» Mais 
jusqu'ici nous n avons eu de lui que de 
vaines promesses, que de grandes phrases à 
effet, et je ne sache pas que messieurs les 
beaux esprits rationalistes, qui trônent dans 
nos salons et dans nos académies, aient, & 
eux tous, fait autant de bien, par la doc- 
trine et renseignement, qu'en fait chaque 
jour, dans un i simple hameau, un seul 
des quarante mille prêtres ré|)artis sur 
notre sol français pour instruire et consoler 
les âmes. 

Telle est la seconde vanité, fille de l'igno- 
rance originelle, la vanité de la sagesse hu- 
maine. 

Troisième vanité; celle de la science humaine. 
Affliction d'esprit qui s'y attache nécessai* 
rement^ et pourquoi ? 

Quelle est la troisième ? je l'ai déjà nom- 
mée ; c'est la vanité de toute science qui se 
|iose en dehors de la révélation. Ecoutons 
ici le plus grand, le plus célèbre de tous les 
savants : « Moi Ecclésiaste, c'est-à-dire Pré- 
dicateur de la sagesse, dit Salomon, je fus 
établi roi d^lsraêl dans Jérusalem, et lorsque 
j'eus été élevé à ce desré de puissance, je 
résolus moi-même de l'employer à la re- 
cherche et à l'examen de tout ce qui se 
passe sous le soleil ; car c'est là la pire oc- 
cupation que Dieu a faite aux enfants 
des hommes, en leur cachant les ressorts 
secrets des choses naturelles (^7). J'ai donc 
considéré tout ce qui se passe sous le so- 
leil, et j*ai vu que celui qui veut augmen- 
ter sa science augmente son travail (48) ; et 
j'ai trouvé que tout était vanité et afflic- 
tion d'esprit (U). » 

Pourquoi cette vanité et cette affliction des- 
prit attachées à toute science humaine? 
1* parce que l'acquisition de la science est en 
SOI un travail dur et opiniAtre. En effet, de 
môme que l'homme tut condamné à gagner le 
{lain matériel du corps à la sueur de son front, 
ainsi il fut condamné à gagner la science, 
nourriture de son Ame, au prix de veilles, 
de fatigues et de privations plus dures en- 
core à supporter que les peines corporelles ; 
2* parce que dans cette science, but de nos 
efforts, nous rencontrons à chaque pas des 
difficultés, <les contradictions et des mystè- 
res devant lesquels il faut nécessairement 

(46) Non seniam, {écr. ii, 30.) 
{liyBanc oeoÊpalionempetsimam dédit Deut ft- 
Uiê kominum^ «t occuparentur in ea. {EccU. i^ 13.) 



feire plier son orgueil et confesser son im- 

Fuissauce ; 3** enfin, parce que, à mesure que 
horizon des connaissances acquises s'élar- 
git, celui des connaissances qu'on ignore 
s'élargit également, mais dans une sensible 
disproportion, en sorte que des génies tels 
que les Newton , les Pascal, les Leibnitz, 
ont été amenés, à force d'études, à la con- 
viction de l'ignorance originelle et de son 
néant, et ont répété avec Salomon : /'aï 
étudié et vu tout ce qui se passe sous le so- 
leil, etfai trouvé que tout nest qtéc vanité ei 
qu'affliction d'esprit sur ta terre. 

Inquiétude continuelle de V esprit de Phomme 
produite par le désir impuissant de con- 
naître, qui lui est resté de la science pri* 
mitive qu'il avait reçue de Dieu. Effets. de 
ce désir impuissant dont il est tourmenté. ; 

Or qu'est-ce que celte affliction d'esprit, 
si ce n'est cette inquiétude vague, indéfi- 
nissable, produite par le désir impuissant 
de connaître dont nous sommes dévorés, et 
qui fait notre tourment ici-bas. Car, au mi- 
lieu des épaisses ténèbres que le péché a 
ramassées autour de nous, nous nous sen- 
tons entraînés par un instinct invisible à la 
recherche de la vérité. Quelc^ue chose nous 
est resté de cette science primitive dont le 
créateur avait orné l'esprit de nos premiers 
parents. De là vient que le nôtre se moût 
dans tous les sens pour se déi)Ouiller des 
nuages qui l'obscurcissent et secouer ce 
fardeau pesant de l'ignorance, qui lui dé- 
robe les secrets du présent et les mystères 
de l'avenir. De là vient cette curiosité in-* 
quiète et toujours active qui le porte, tantôt 
À la recherche de tout ce qui se passe dans 
le monde et de ses intrigues les plus ca- 
chées, tantôt aux sciences occultes des astres, 
des songes, des devins et de tout ce oui 
tient à la magjie, tantôt à Tétude plus réelle 
mais non moins vaine, quand elle n*est pas 
dirigée par la foi et l'humilité, des siècles 
passés. 

Autre effet de Fignorance originelle. Ce nesi 
qu'avec de longs efforts que l'homme par» 
vient à la simplicité et à la vérité^ dans les 
œuvres d'art et de l'esprit. 

Mais voici un autre mystère de l'huma- 
nité, que le péché originel seul peut nous 
expliquer, je veux parier de ces longs ef- 
forts auxquels sont soumis la plupart de 
ceux qui s'occupent des arts et générale- 
ment des œuvres de l'esprit, pour arriver à 
cette vérité, à cette simplicité qui en ibnt le 
charme et le prix. 

Sans doute, et nous en avons fait plus 
haut la remarque, le simple, le vrai et les 
autres conditions du beau sont choses natUr 
relies à l'homme, en ce sens qu'il en possède 
les premières notions gravées dans son Ame 
par le Créateur; d'où vient donc qu'il 

(18) Qui addilscieniiamadditeélaborein.(lbid.AS). 
(49) El ecce umersa immtas ei afiictio sptnfsw 
/M., 14.) 



SI 



DEUXIEME DISSERTATION. 



n 



éprouve tant de peine, tant de fatigue pour 
les réaliser dans ses œuvres d*art ou dans 
ses écrits? On commence presque toujours 
par la bizarrerie et l*affectation, et ce n^est 

2tt*après mille efforts répétés et mille 
preuves successives, que Von parvient à 
cette vérité, à cette simplicité, qui sont le 
caractère du génie et de la beauté. Pour- 
quoi cela? C'est que Thomme est,^ selon la 
pensée de Pascal, comme un roi détrôné, 
qui conserve encore le sentiment de sa pre- 
mière grandeur et de sa noble origine» en 
même temps ({ue le souvenir confus de 
cette beauté divine, incréée, qu il contem^^ 
plait jadis sans effort, et dont les principaui 
traits avaient été empreints dans son ame, 
alors vierge de toute souillure, par le souf- 
fle de Dieu lui-môme. Maintenant que sa 
raison s'est révoltée contre Dieu, et que son 
corps, à son tour, s'est révolté contre sa 
raison, il est obligé de secouer le joug de 
cette concupiscence tyrannique qui obscur- 
cit son entendement, en luttant sans relâche 
contre la nature déchue, en remontant le 
courant des affections terrestres qui Ten- 
tralnent, pour revenir à cette beauté tou- 

iours ancienne et toujours nouvelle, qui est 
)ieu. 

Et voilà comment la pratiaue des scien- 
ces et de& arts est devenue roccupation la 
plus longue, la plus pénible {Uanc occupa- 
iionem peêsimam}. Voilà comment un tra- 
vail dur et accablant s'attache à toute étude 
ici-bas (Qui addit tcientitun addit et labo- 
rem). Voilà comment la vanité et Taffliction 
d'esprit ont pénétré partout avec le péché 
{Et universa vanita$ et afflictio spiritus). 

Application des réflexioM qui précèdent aux 
natiom de la gentilité^ Observations par- 
ticulières sur quelques-unes d'entre ellesy 
qui se sont distinguées par la culture des 
sciences et des arts. 

Parmi les nations infidèles che^ lesq^uelles 
l'ignorance originelle se manifeste avec ses 
caractères les plus frappants, on peut citer 
les Egyptiens, les Indiens et les Chinois, 
qui depuis deuxmilte ans n'ont pas fait un 
l»as dans la civilisation, tandis que les peu- 
})les chrétiens, fécondés par le germe de vi- 
talité qu'ils ont reçu du Verbe divin» lu- 
mière et vie du monde,, ontfaitdes merveilles, 
tant qu'ils ont correspondu à leur vocation. 
Les nations païennes, au contraire, frappées 
d'impuissance et de stérilité, sont restées 
immobiles dans Leur dégradante supersti- 
tion, et le voyageur peut encore de nos jours 
observer au milieu d'elles la triste et éter- 
nelle reproduction des folies de la genti- 
lité. 

A la vérité, certains peuples, tels que les 
Etrusques d'abord, et les Grecs ensuite, ont 
excelle dans les soiences et les artSu Mais 
outre que ce n'a été que |)ar exception, on 

(^Ji Oa a coutiuno 4e faire remarquer, parmi 
ces circonstances favorables, les effets propices 4,u 
dimai pur et tempéré dont jouissaient les Grecs, 
la beauté de leur langtie et les exercices gymuasti* 



peut dire que ces peuples ainsi favorisés 
étaient néanmoins inférieurs à ceux qui 
avaient été plus rapprochés qu'eux de la ré- 
vélation primitive, comme les Babyloniens 
et les Ninivites dont les œuvres si gran- 
dioses,, à n'en juger même que d'après les 
rares fragments qui nous en restent, écra- 
sent Hmagination. De plus, pour ne parler 
ici que des Grecs oui ont joué le rAle le 
plus brillant dans les arts parmi ceux qui 
ont précédé immédiatement la venue de 
Jésus-Christ, il ne faut pas oublier, ainsi 
que nous en avons fait la remarque dans 
notre première Dissertation, que la faculté* 
de concevoir et de rendre le beau dans les 
œuvres d'imagination, ne tient pas essen- 
tiellement à la pureté des mœurs de ceux 
qui s'y livrent, et cela, pour les raisons que 
nous avons dites en cet endroit. Si donc il 
se rencontre parfois des artistes qui réalisent 
cette exception, de la manière que nous 
l'avons déjà exposé, il n'est pas étonnant que 
parmi tant de nations païennes un petit 
peuple comme le peuple grec Tait réalisée 
avec tant de distinction, grAce à un heureux, 
concours des circonstances les plus favorar 
blés, qui lui en ont facilité les moyens (50). 
Hais ce peuple, si privilégié du côté de l'in- 
telligence, n'a pas moins été enseveli que 
les autres dans les ténèbres de l'ignorance 
originelle, malgré ses sages et leur brillant 
enseignement. On peut même dire qu'à me- 
sure qu'il faisait nlus de progrès dans les 
arts et dans la philosophie, il s'enfonçait, 
davantage dans 1 abime de l'erreur et des 
superstitions; et cette réflexion est égale- 
ment vraie pour les autres peuples gentils 
(](ui se sont trouvés dans les mémos condi- 
tions que le peuple grec. L'histoire est là 
pour nous l'attester. Je dis plus, c'est qu'à 
partir de la prédication évangélique, toutes 
les nations païennes semblent avoir été 
frappées d'une stérilité absolue, en fait 
d'art ; et durant le laps des dix-huit siècles 

a xi se sont écoulés depuis, il serait impossi- 
e d'en citer une seule oui ait été, sous ce 
rapport, à la hauteur de la civilisation des 
peuplés chrétiens pris dans leur généralité. 
Ainsi, tout se réunit pour nous apprendre 
la déchéance primitive de l'humanité, et 
pour nous montrer dans l'ignorance origi- 
nelle qui en fut une des principales suites, 
la cause des iAiperfections; des faiblesses, 
des incertitudes et de toutes les misères de 
l'esprit humaiu. Mais si, dans un tel état de 
déchéance, Il a pu encore parfois, se dégar 
géant des ténèbres épaisses qui l'envelop- 

I raient, s'élever bien haut dans la compré* 
lension et l'expression du beau idéal na- 
turel , de quoi n'est-il pas devenu capable 
une fois qu'il a été illuminé des splendeurs 
de la lumière divine que lui a révélée avec 
tant de largesse et d'éclat le Verbe incarné! 
Or, ce sont les merveilleux effets de cette ré- 

Jues auxquels ils se livraient .WinckeUnaiMi donne 
^s^sez grands détails, à ce sujet, dans sa Réponse 
servailt d'appendice à ses Béftexionê $ur rtmtuuton 
det artiites gr^t dant (a peiniure et la fCN^furc. 



SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL. 



54 



relation divine sur les conditions du beau, 
transformé et surnaturalisé par elle , que 
nous allons considérer dans le chapitre sui- 
vant. 

CHAPITRE II. 

BEHABILrrATfO!! DE L*H0MMB PAR LK VERBB 

FAIT CHAIR. 

Contraste franpant entre Vaneientie société 
païenne dé t Europe et la société chrétienne 
actuelle de cette région.mLe peuple qui mar^ 
ehait dans les tmèbres a vu une grande 
lumière^ et le jour s'est levéoour ulairer 
ceux qui habitaient dans f ombre de la 
mort (51). 9 

Quel est ce peuple dont parlait jadis le 
prophète du Seisneur? Pour le connaître, 
nous n'avons qirà franchir par la pensée 
l'intervalle de drx-huii siècles, et, sans sor- 
tir des lieux que nous habitons, considérer 
ce qui existait à la place de ce qui existe 
aujourd'hui. Que verrions-nous alors? Au 
lieu de nos augustes basiliques consacrées k 
la prière et aux louanges du vrai Dieu, nous 
verrions des temples élevés aux dieux du 
mensonge ; au lieu de ces milliers d*asiles 
ouverts par la charité à tous les besoins, à 
toutes les infortunes, nous verrions des 
théâtres ruisselant du sang des animaux et 
même des victimes humaines; au lieu de 
ces institutions si variées où la jeunesse va 
«e former, en même temps qu'aux sciences 
^t aux arts, à Tétude et à la pratique de la 
loi révélée; nous verrions des écoles de 
philosophes où les opinions les plus erro- 
nées non moins que les superstitions les 
plus grossières seraient enseignées ou au- 
torisées; enfin, au lieu de notre société mo- 
derne si suj)érieure, malgré ses écarts, à la 
société antique, nous verrions la société 
païenne avec tout son cortège d'erreurs et 
de vices, dont le seul aspect nous épouvante, 
quels que soient d'ailleurs les désordres du 
temps où nous vivons. Voilà ce que nous 
verrions dans nos temples, dans nos mai- 
sons, sur nos places publiques, sur toute la 
surface de cette vaste contrée que nous ha- 
4)itons. Tels étaient nos ancêtres les païens, 
€ux dont saint Paul, qui les voyait de près, 
traçait le portrait dans ces brèves et éner- 
giques paroles : # Ils suivent dans leur con- 
duite la vanité de leurs pensées; ils ont 
l'esprit plein de ténèbres ; ils sont éloignés 
de la loi de Dieu, à cause de leur ignorance 
et de l'aveuglement de leur cœur, au point 
qu'ayant perdu tout es|)oir de salut, ils 
s^abandonnent sans retenue à l'impureté, à 
l'avarice et à toutes les œuvres immondes 
(52); et, dans un autre endroit, il dit qu'ils 
sont € sans affection, sans foi, sans miséri- 
H^orde (53). » 

(51) PoffuluM qni habitabat ifn tenebts vidit lucem 
magnam^ habitanlibut in regione umbrœ moriu lux 
ortaeât eis. (ha. ix, 2.) 

(52) Etjam non ambuleiUt *icut et génies ambu^ 
laài ta pûnilûte $ensM$ sui^ tenebris obscur atum ha- 
hsMtss inteitecium, alienaii a tita Ihi, per ignoran- 



Comment cette société a été illuminée par ta 
révélcUion du Verbe fait chair. Son igno- 
rance, ses doutes, ses contradictions sur 
les points les plus importants à connaitrCf 
dissipés par renseignement divin de Jésus* 
Christ. 

Or ce peuple a vu tout à coup une grande 
lumière qui se levait sur lui. Cette lumière, 
c'était la vérité divine elle-même, rendue 
accessible aux yeux et à l'entendement des 
simples mortels, sous une forme humaine 
semblable à la leur. C'était le Verbe de Dieu 

aue l'on voyait, pour la première fois, plein 
e grâce et de vérité, apporter lui-même la 
lumière et la vie à ce monde aveugle et 
corrompu. Et pour ne parler ici que dé cette 
lumière divine, afin de me maintenir dans 
les limites que m'impose mon sujet, faisons 
remarquer tout d*abord que le premier ca- 
ractère que les livres saints attribuent au 
Verbe incarné, c'est d'avoir été la lumière 
du monde, et d'être venu , en cette qualité, 
montrer aux hommes la voie qui conduit à 
Dieu, en faisant briller, au milieu des plus 
épaisses ténèbres , le flambeau de la vérité. 

Elle était, en effet, le grand mal de 
l'homme, l'içuorance originelle que nous 
avons exposée tout à l'heure, comme la 
suite et la punition du péché. Elle enve- 
loppait à peu près dans la même obscurité 
les grands et les petits, les savants el les 
ignorants. Partout les antiques traditions 
sur l'unité de Dieu et ses perfections , sur 
l'origine et la destinée de l'homme, sur la 
distinction du bien et du mal , sur les ré* 
compenses et les châtiments d'une autre vie, 
avaient été abandonnées ou altérées par des 
doctrines ridicules et dégradantes. Ces 
points qu'il nous importe si fort de con- 
naître, car ils nous touchent de bien près, 
étaient, depuis des siècles, l'objet de vaines 
recherches et l'aliment de perpétuelles 
contradictions. 

On se disputait pour savoir si le monde 
avait toujours existé, s'il était le produit 
d'une cause première ou simplement d'un 
aveugle hasard. On doutait des attributs 
essentiels de la Divinité, de son éternité^, 
de sa prescience, de sa providence dans. le 
gouvernement des choses d'ici-bas. Ces. su- 
blimes vérités, et tant d'autres non moins 
importantes, qui, grâce i la révélation, 
sont devenues en quelque sorte vulgaires 
parmi nous , étaient alors des niystères im- 
pénétrables, et au milieu de ce dédale d'er- 
reurs et de vains systèmes, l'esprit, sans fil 
pour le diriger, se précipitait dans un doute 
affreux, source de mille maux. Le genre 
humain cessemblait à un aveugle (]ui, ayant 
perda son conducteur, erre à Taventurt*, 
près de tomber, à chaque r^s, dans Tabtme 
qui doit l'engloutir. 

tiam quœ est m iUis, pr opter cœcitatem cordis ipso» 
mm, qui desperanles, semetipsos tradiderunlimpudir 
cilia^in operationem immundiliœ omnis, in avanliam. 
(Ephes. IV, 17, 18, 49.) 

(53) SiRf affectione, absque fcecfcre, $ine misericot^ 
dio.{nom, i, SlJ 



S5 



DEUXIEME DlSSERTAflON. 



M 



Mais^ tandis que ces épaisses ténèbres 
couvraient le monde , et lorsque cette nuit 
était au milieu de :sa course» le Verbe , 
splendeur du Père, est descendu des de- 
meures royales de la Divinité (^Sap. xvui, 
13, ih), et li s*«st fait chair et il a habité 
parmi nous, et nous Tavons vu plein de 
grâce et de vérité (/oan. i, H], et nous 
avons entendu sortir de sa boucne des pa- 
roles oui nous ont dévoilé des secrets 
jusque-là inconnus aux sages et aux savants. 
Elles nous ont révélé, en effet, Tunité de 
Dieu , la trinité des personnes , la création 
de Thomme, sa chute, son repentir, la pro- 
messe d'un libérateur qui écraserait la tète 
du serpent ennemi, et nous rouvrirait les 
portes du ciel où nous attend une félicité 
éternelle, ineffable, qui consiste dans la 
possession de Dieu , source de tout bien. 

Comment le Fils de Dieu a réiabli^par sa mo- 
rale sublime , nos rapports primitifs avec 
JHeu^ avec le prochain et avec nous-mêmes^ 
qusFégolsme avait brisés. Il nous réconcilie 
avec Dieu par le grand précepte de V amour 
divin. 

Non content de nous éclairer sur notre 
origine et nos sublimes destinées, Jésus- 
Christ nous indique encore les moyens de 
nous en rendre dignes , en rétablissant nos 
rapports, que les passions avaient brisés , 
avec Dieu , avec le prochain et avec nous- 
mêmes. Pour nous réconcilier avec Dieu, il 
nous prescrit de Taimer par- dessus toute 
<;hose, et aussitôt disparaît régoïsme humain 
de Tamour de soi poussé jusqu'au mépris 
de Dieu, pour faire place à ramour divin 
poussé jusqu*au mépris de soi-même; et en 
même temps disparaissent aussi , par une 
conséquence inévitable, les idoles païennes, 

Îui n'étaient que les passions de l'homme 
éifiées, pour faire place au culte d'un Dieu 
unique, dont la majesté va être adorée dans 
des temples élevés sur tous les points de 
l'univers. Unité admirable qui réunit', dans 
un même esprit et dans les mêmes rites ex- 
térieurs, les peuples de toutes les parties 
du globe. C'est elle qui faisait dire à Ba- 
hàm dans une vision prophétique : « Que 
vos pavillons sont beaux, d Jacob 1 et que 
vos tentes sont magnifiques, d Israël (54) ! » 

Av&c le prochain , par le deuxième précepte^ 
Umblable au premier ^ de la charité. 

En mfime temps, Jésus-Christ nous récon- 
cilie avec le prochain par les liens de la 
charité, dont il dit que c^est un commande- 
ment nouveau qu'il donne à ^qs disciples , 
de s'aimer les uns les autres, comme il les 
a aimés. (/(Hm. xiii, 34..) C'était, en effet, un 
commandement bien nouveau pour une so- 
ciété divisée depuis si longtemps en deux 

(54) Quant jmlehra tabernacula f«a, Jacob^ et ten- 
toria tua, Israël ! (Num. xxiv, 5.) 

(55) On sait combien était plus nombreuse cette 
dernière que la première. A Âtbènes, Ton coropiait 
seize esclaves pour un bemme libre, i% plus taiJ, 
dans toute retendue de Tempire romain, on comp- 



tikisses t celle des oppresseurs et celle des 
opprimés (5&); celle des maîtres et celle des 
esclaves, considérés comme la chose du 
maître et traités à l'instar de vils animaux ; 
dans une société qui passait au fil de Tépée- 
tous les captifs pris dans les combats, ou 
qui les «conservait» pour une servitude 
mille fois pire que la mort * dans une société 
qui exposait les enfants par milliers sur les 
places publiques; qui n*avait pas ouvert \m 
seul asile à 1 infortune , et qui ne connais- 
sait pas même le nom de l'humanité. 

A peine ce commandement nouveau est-it 
promulgué , que l'on voit les disciples du 
Christ ne faire qu'une famille de frères^ 
n'ayant « qu'un cœur et qu'une âme. » Union 
touchante qui fut le caractère distinctif d& 
l'Eglise, dès son berceau, et que les pro- 
phètes de la naissance du Sauveur avaient 
annoncée sous les couleurs les plus gra- 
cieuses, en disant que le loup paîtrait avec 
l'agneau, le lion avec la brebis, et qu'un en- 
fant les conduirait tous, parce que la terre 
serait remplie de la connaissance du Sei- 
gneur et de sa loi sainte. (Isa. xi, 6-9.) 

Avec nous-mêmes^ par le précepte du déta^ 

chement intérieur. 

Enfin, après nous avoir réconciliés aveo 
Dieu et le prochain, Jésus-Christ nous récon- 
cilie avec nous-mêmes par l'abnégation inté- 
rieure, qu'il nous impose comme la base de la 
vie chrétienne, dont lacharité est le sommet. 

Les plus grands ennemis de notre \m\ ,, 
et même de notre liberté, ce sont nos pais- 
sions. Qu'on leur lâche la bride, et l'on se 
donnera autant de tyrans domestiques qui 
ne nous laisseront ni trêve ni repos. Eu 
effet , « qui a résisté à Dieu et a obtenu la 
paix du cœur (56) ? » L'homme qui obéit en 
aveugle à l'entraînement des sens, est le 
jouet continuel d'un mirage trompeur. 11 
peut bien glaner çà et là quelques semblants 
d'indépendance et de félicité, mais de réa- 
lité, jamais. La réalité est un fantôme qu'il 
poursuit sans cesse , et qui sans cesse lui 
échappe au moment où il croyait le saisir. 
D'où nous viennent les guerres et les dis- 
pensions intestines qui nous tourmentent» 
si ce n'est des convoitises de notre cœur (57)? 
Or, comment nous soustraire à cette ty- 
rannie des passions , si ce n*est en leur li- 
vrant une çuerre incessante par le renonce- 
ment intérieur ; en résistant par Thumilité 
à l'orgueil , qui est l'élément de notre na- 
ture ; par l'esprit de pauvreté à celui de la 
cupidité, qui nous porte a l'oubli de tous 
nos devoirs; par la mortification à ce sen- 
sualisme charnel qui infecte toute notre 
substance de son venin contagieux? C'est 
par elle , en effet , et ce n'est que par elle 
que le Chrétien, digne de ce nom, ac^juiert 



tait douze esclaves pour un liomme libre, c^est-à- 
dire dix millions d'bommes libres et cent vingt mH- 
lions d*esclav€8« 

(56) Qttff restitit Deo.elpaesmhabâii ? {Joèix.A.) 

(57) Vnde bella et lites m vobis, nonne ex concifk^ 
icentiiê Hstris î (iac. iv, I.) 



K7 



SUR LE ÏKAU IO£AL SURNATUREL. 



sa 



la Traie liberté et la vraie félicité. En cooi- 
battapl, par la foi et la patience, les ré- 
Toltes de la chair» il se soustrait de plus en 
plus'à la domination des sens» et obtient 
par là ce calme de Time» cette sainte indé* 
pendance de Tesprit * qui nous rapprochent 
le plus de la Divinité. Où voit-on» en effet, 
l'expression de la souffrance» des cuisants 
remords et des soucis rongeurs» si ce n*est 
dans les traits décomposés des hommes im- 
mortifiés? Où voit-on» au contraire» la séré- 
nité de Tinnocence et de la paix du cœur» si 
re n'est {larmi les fidèles disciples d*un Dieu 
soufflant et mortifié ? 

MfTveilleuatt conséquences de la pratitpic de 
C abnégation sur tes types jusque -là incon- 
nus de beauté^ même extérieure^ que nous 
offrent les saints. 

Admirable vertu de Tabnégation, qui re- 
nouvelle le vieil homme de jour en jour» 
rélève graduellement , le transforme à Ti- 
mage vivante de Jésus-Christ lui-même» et 
répand snr toute sa personne ce doux reflet 
de la Divinité» que nulle langue humaine ne 
saurait exprimer 1 De là ces types incomf^a- 
rables de saints et de bienheureux» dont 
ia peinture chrétienne nous a retracé la 
physionomie tendre et sereine» douce et 
inspirée » naïve et sublime à la fois , tynes 
célestes et divins que Tart païen le plus 
avancé ne connut point, et qu*il ne pouvait 
point connaître» sans la révélation. De cette 
transformation de lanaturehumaine en Dieu» 
le degré le plus élevé sur la terre est 
Textase» et 1 on conçoit facilement qu'une 
sainte» extatique comme Thérèse, repro- 
duite par le pinceau d*un artiste inspiré 
comme Tétait Fra-Angelico, surpasserait 
autant les plus belles Vénus» même les 

Elos belles Minerves de Tart grec» que le 
eau idéal chrétien rem|)orte sur le beau 
idéal humain 

C*est ain^ que Thomme» déchu parle 
péché » a été relevé de Tignorance et de la 
corruption originelles, par la doctrine et la 
morale de Jésus-Christ. Toutefois, sa réba- 
biFitation n*est que commencée ici-bas ; elle 
ne sera pleinement accomplie, comme celle 
de ce monde phvsique» qu au grand jour de 
la résurrection dfe la chair. C*est ce que nous 
allons voir dans le chapitre suivant. » 

CHAPITRE III. 

BiHABIUTATION» PAB LE VBRBB FAIT CHAIB » 
DE CB MOBDB VISIBLE BT MATÉBIBL. 

Saint Paul s*est servi d'une expression 
Basai belle que vraie » en disant que Dieu » 
de qoi procèdent toutes choses» nous a ré- 
concilies à lui » et le monde tout entier en 
Jésus-Christ (58)» et en nous disant dans un 
autre endroit que toutes les choses visibles 



(58) Deus état in Chrislo mundum reconciliaiu 
sibi^(Il Cor. v, 19.) 

(58) Quoniam in râso eondita tunt universa in 
eœtis et in Urra^ wihiiia et invitibilia, sive throni^ 
êiwe dominaikmes^ site principtuus, êite poUêlaies : 
#iiijifa peripivm» ei in ipio crédita sunt, (Caia«s. i» 6«) 



et invisibles de Tunivers» dans les rieux et 
sur la terre» avant été établies et renfermées 
en lui » et créées par lui et en lui (59)» il a 
plu à Dieu le Père de lui donner une plé- 
nitude entière de puissance, et de se récon- 
cilier toutes les créatures par lui , en paci- 
fiant tout ce qui est sur la terre et dans les 
cieux, par le sanç qu'il répandrait sur la 
croix (60), et dont il arroserait, pour Tanéan- 
tir» le titre de la dette que nous avions con- 
tractée par le péché (Coloss. ii» \k)^ en sa 
formant f^t le même sang une épouse bien- 
aimée» sainte etimmaculée. Or, cette épouse, 
e*est son Eglise qui est véritablement son 
corps mystique » et chacun de nous » chaque 
fidèle» nous sommes ses membres formés de 
lachair et des os de Jésus-Christ, dormant 
sur la croix, comme Eve a été formée cor- 
porellement de la chair d*Adam» lorsqu'il 
dormait. 

Comment notre chair d'abord a été exaltée 
dans Chumanité de Jésus-Christ 

Admirons d*abord ici Texaltation de la 
chair à un degré de gloire et d*honneur 
inouï. Cette chair de boue» de misère et de 
péché, un Dieu s*en revêt, pour ne jamais 
plus la quitter ; il s'identifie avec elle; il en 
subit volontairement les besoins » les dou- 
leurs, les incommodités, et même la mort» 
pour nous affranchir nous-mêmes un jour de 
toutes ses misères» en ressuscitant dans la 
même chair, glorieuse» incorruptible» comme 
le « Premier-né d*entre les morts (61). m 
Mais , en attendant » de combien d'honneur 
nelacomble-t-il pas? en l'associant à tous ses 
mérites ; en faisant de nos corps ses propres 
membres» et en même temps les temples du 
Saint-Esprit ; en les nourrissant de sa chair 
divine qui dépose en eux le (jerme de la 
résurrection future et de la bienheureuse 
immortalité. Ces corps, il est vrai, seront un 
iour ensevelis dans la terre et deviendront 
la pâture des vers. Mais» au jour marqué» 
la terre les rendra fidèlement à Dieu comme 
un dépôt qui lui avait été confié. Elle les 
rendra splendidement transformés de Top- 
probre à la gloire, de la pourriture à Tincor* 
ruptibilité, de la mort à l'immortalité; mai$ 
avant la mort et la résurrection » nos corps 
intimement unis à l'âme, sont associés à ses 
mérites et à toutes ses vertus N'est-ce pas» 
er. effet, par les organes corporels que 
/âme rend à Dieu un culte perpétuel de 
prière, de louange, princiimlement dans les 
temples qu*ils lui ont élevé, en même temps 
que par eux aussi » elle exerce dans les hô- 
pitaux et dans les autres asiles consacrés A 
rinfortune» le ministère touchant et sublime 
de la charité? 

Voilà comment cette chair de boue et de 
péché a été exaltée et surnaturalisée à uu 

(60) Quia in ipso placuit omnem plenitndinem inka" 
bitare ; et per sum reconciliare omnia in tpsKiii, pacjh' 
fieans per ganguinem crucis eju*^ $ive qjiœ in Urri^ 
êite quœ in cwli» sunt. {Cotosi. i, i9, zO.) 

(61) Primugemluê cxmoriuii. {ibid,^ 16.) 



59 



DEUXIEME DISSERTATION* 



60 



tel point que rhomme, de charnel qu*il 
était même dans l'esprit, est devenu spiri- 
tuel même dans la chair. 

Notre chair ainsi exaltée a amené également 
la réhabilitation des autres eréatures que 
Dieu avait placées au-dessous d'elle^ et celle 
de tout ce monde visible et matériel. 

Or cette chair, qui est de sa nature moins 
excellente que TAme, mais plus excellente 
que toutes les autres choses créées, comme 
nou's Tavons vu plus haut, d'après saint Au- 
gustin, ayant été ainsi réhabilitée par la 
chair divine du Verbe, et par les conséquen- 
ces directes de son incarnation, a dû entraî- 
ner dans cette réhabilitation ces mêmes 
créatures que le vieil Adam avait entraînées 
dans sa chute et dans sa dégradation. Saint 
Paul ne nous laisse aucun doute à ce suiet, 
car, indépendamment des textes si précis 

Sue nous venons de citer de ce grand ajDÔtre, 
dit positivement encore , dans son Épltre 
aux Ephésiens, qu'il a plu à Dieu et père 
de Jésus-Christ, lorsque la plénitude des 
temps serait arrivée, de restaurer toutes 
choses dans le Christ, soit dans les cieux, 
soit sur la terre (62). 

Cette réhabilitation du monde visible et maté- 
riel devant être successive^ comme celle 
de la créature intelligente^ il importe d'en 
établir Vordre et l'économie. Mais il con- 
vient d'exposer d'abord les degrés princi- 
Îiux par lesquels celle dernière arrive peu 
peu à son entière réhabilitation. 

Mais cette restauration devant être suc- 
cessive, comme celle de la créature intelli- 
gente dont nous avons parlé plus haut, il 
importe d'en établir ici Tordre et l'économie 
d'après le témoignage des livres saints, de 
l'Eglise, de ses docteurs et de sa divine 
liturgie. Tout cela touche essentiellement 
aux conditions intimes du beau idéal sur- 
naturel dans l'art chrétien, comme nous le 
verrons bientôt. Parlons d'abord des degrés 
successifs de la réhabilitation par le Christ 
et son Eglise, de la créature intelligente et 
spirituelle. Elle a une connexion étroite 
avec celle du monde visible, qui nous oc- 
cupe actuellement, puisque, non-seulement 
elle la détermine ainsi que nous venons de 
le voir, mais encore elle en détermine les 
phases diverses, par lesquelles elle (loit ar- 
river h son complet développement. Je 
m'explique. 

L*homme résénéré parle baptême n'arrive 
que par degré à l'état d'homme parfait, in 
virum perfectum^ h la plénitude de Jésus- 
Christ, in mensuram œtatis plenitudinis 
Christi. {Ephes. iv, 13.) Or ces degrés cor* 
respondent à trois Ages différents , comme 
ceux de notre existence matérielle, savoir : 
l'enfance, la jeunesse et la virilité. Dans 
chacun de ces degrés, qui sont : le baptême, 
la possession de Dieu dans le ciel, et la ré- 
surrection générale des corps, nous sommes 



successivement délivrés de chacun de nos 
trois grands ennemis, qui sont : le péché, la 
concupiscence et la mort. 

Le baptême efface en nous le péché origi- 
nel et même actuel; voilà l'eniance spiri- 
tuelle, qui est le premier degré : Quasi mode 
geniti. (J Petr. ii, 2.) Mais la concupiscence 
reste, et il faut la combattre sans relAche, 
par la prière, la vigilance et les sacrements. 
Plus tard, après la mort elle est éteinte dans 
le ciel oh ne règne que la charité ; et voilà 
le deuxième degré. Enfin, la mort, ce troi- 
sième et dernier ennemi, sera détruite : iVo- 
vissima autem inimica destruetur mors 
{ICor. XV, 26), lorsque, par la résurrection 

{générale, nos corps jusque-là ensevelis dans 
e tombeau, et étrangers à la félicité de TAme 
dans le ciel, seront associés à notre Ame et 
à sa transformation glorieuse en Jésus- 
Christ; et voilà le troisième et dernier de- 
gré, qui est Thomme parfait : In virum ptr- 
fectum. 

Telle est, d'après les témoignages formels 
des livres saints, des docteurs et de la liturgie 
sacrée, l'économie de la réhabilitation suc- 
cessive, et enfin définitive du chrétien régé- 
néré par le baptême, devenu ainsi enfant de 
l'Eglise et mort dans l'amitié de son Dîeut 

Sour ressusciter ensuite avec tous ses élus« 
lais si la créature intellisente et spirituelle 
n'arrive ainsi que par degré à son entière 
délivrance et à sa dernière perfection, il en 
est de même des créatures intelligentes el 
insensibles, qui composent le monde visible 
et matériel, et cela, d'après les mêmes au- 
torités que nous venons de citer plus haut. 

On expose les diverses phases qui doivent 
également marquer la réhabilitation de ce 
monde visible et matériel. Splendidement 
créé des mains de Dieu^ il est entraîné dans 
la chute de l'homme et de sa dégradation. 

En effet, ce monde visible et matériel 
avait d'abord été embelli de toutes les ma- 
gnificences de la création. Mais l'homme, 
qui avait été placé à sa tête pour en être la 
clef de voûte, étant tombé, il entraîna néces- 
sairement dans sa chute tout cet édifice de 
la création. 

Il offrait partout des signes nombreux de 
cette triste dégradation , lorsque Jésus- 
Christ, nouvel Adamy est venu le régénérer 
et l'affranchir^ en se l'unissant étroitement 
dans son humanité qui embrassait et com- 
prenait le. monde tout entier. 

De là vint que les éléments furent boule- 
'versés, l'air vicié, et que la terre elle-même 
perdit sa première fécondité. Aussi, toutes 
les créatures abîmées par la corruption du 

{)éché offraient partout aux regards effrayés 
es signes frappants de leur décadenee et de 
leur servitude , lorsque le Verbe éternel 
vint les purifier et les affranchir, en se les 
unissant étroitement par rincarnation« dan3 
son humanité qui embrassait et représen- 



(62) In ditpenêatione plenitudinis temporum iu$laurare omnia in ChristOf quœ în calist et ffuœ in terrai 
«MAI, in ipso. (Ephes, i, 10.) 



<f 



SUR LE B£Àl] IDEAL SURNATL'REL. 



tail le momie tout entier. C'est pourquoi, 
de même qu*Adam établi aundessus 4es 
créatures, les avait entraînées dans sa chute 
et dans rinimitiédeDieu, ainsi Jésus-Christ, 
noQTei Adam, établi au-dessus de ces mêmes 
créatures^ par son corps humain, devait en 
vertu de son union intime avec elles, les 
réhabiliter, les aflTranchir et les réconcilier 
avec Dieu. Or il Ta fait, selon cette belle 
expression de TApAtre, déjà citée :«Dieu se 
réconciliant le monde en Jésus -Christ : Deu$ 
eraiinChrUio mundum reconeUian$ iibi{ti3). 

Comment Jé$u$-Christ a réconcilié également 
le monde avec Dieu^ en employant ht cho- 
MfM erééee à son uioge^ en les bénissant^ 
en le$ arrosant de son sang^ et en en faisant 
la matière des sacrements quil instittuiit. 

De plus, Jésos-Christ a réconcilié le 
monde avec Dieu et i*a réhabilité en em- 
ployant les choses créées h son usage, en 
les bénissant avant le repas, en les arrosant 
de ses larmes, et plus tard de son sang, en- 
fla en roulant qu'elles servissent de matière 
el d'instrument à la communication de la 
grâce divine par les sacrements. C'est ainsi 

J[ue Teau, l'huile, le vin et le froment, qui 
ureni toujours d'un usage si vulgaire et si 
général parmi les hommes, sont devenus, 
par la volonté de Jésus-Christ, la matière 
des sacrements du baptême, de l'extrême 
onction et de l'Eucharistie, c'est-à-dire de 
toal ce qu'il y a de plus touchant, de plus 
relevé dans le culte chrétien, en même 
temps que chacun de ces éléments est le 
symoole naturel de la vertu surnaturellequ'il 
communique par le sacrement auquel il cor- 
respond, en' vertu de l'institution divine de 
Jésus-Christ (M). 

Hais, indépendamment de cette institu- 
tion divine gui a établi les sacrements, l'K- 
glise a continué après Jésus-Christ, et elle 
continue encore tous les jours la réhabilita- 
tion de la knatière en la purifiant par des 
bénédictions et des exorcismes souvent réi- 



térés, en la faisant servir à la structure et à 
l'embellissement des temples qu*elle élève 
au Très-Haut, en remployant dans les actes 
les plus augustes de son culte et de sa mys- 
térieuse liturgie. 

Néanmoins^ cette réhabilitation n'est que corn- 
mencée^ de même que celle de Vhomme iei^ 
bas. 

C'est ainsi que par Jésus-Christ et son 
Eglise sont réhabilitées même les créatures 
insensibles, qui avaientété entraînées dans 
la dégradation du péché. Toutefois, leur 
réhabilitation n'est pas complète ; elle n'est 
cpxe commencée, comme celle de l'homme 
ici4)as. Dieu permet que dans ce monde 
d'épreuves néressaires, où l'ivraie est sans 
cesse mêlée avec le bon grain, les méchants 
les asservissent au joug du péché et s'en 
servent tous les iours pour l'offenser. C'est 
pourquoi, selon fe langage de TApôtre, elles 
attendent avec grand désir la manifestation 
glorieuse des enfants de Dieu (05), assujet- 
ties qu'elles sont présentement à la vanité 
(66), |>ar la cupidité des hommes et la malice 
des démons. £t elles ne le sont pas volon- 
tairement; mais elles s'y soumettent, à cause 
de celui qui les y a assujetties, dans l'espé- 
rance qu'elles ont reçue de lui, qu'elles se- 
raient délivrées elles-mêmes un jour de cet 
asservissement à la corruption, pour parti- 
ciper à la gloire et à la liberté des enfants de 
Dieu (67). Elles soupirent donc toutes dans 
cette attente, comme une femme qui est dans 
le travail de l'enfantement (68). 

Cette réhaùitttation ne sera complète qu*aprè$ 
la résurrection de la chair. 

Et non-seulement elles, mais encore nous 
qui possédons les prémices de l'Esprit par 
les dons surnaturels que nous en avons re- 
çus, nous gémissons en nous-mêmes, at- 
tendant avec impatience l'entière adoption 
divine, qui aura lieu par la résurrection de 
la chair (69). Alors Dieu créera de nouveaux 



(6S) Ces belles paroles de saint Paul doivent 
s^eotendre particalièreuient de rinimolation de Jé- 
sat sur la croix. Mais, c pourquoi , demande saint 
Jean Chrysostotne, a-t-il voulu être immolé sur la 
c:roix, en un lieu élevé, et non sous un toit? 
C*élalt« répond le saint docteur, afin de purifier 
Tair vkié pir le péclié : Ut aeris naturam jmrgaret. 
La terre aussi a été puriûée par celte immolation, 
car le sang coulait sur eliedu cétéde Jésus-Christ^ 
Pnrgabutur item et terra, fiuebat enim a lalere Ban- 
ffm in ipsam. Et voilà pourquoi, continue le saint 
docteur, Jésus-Christ a voulu souffrir la mort hors 
la ville et les murs de Jérusalem , pour nous ap- 
prendre ^ue son sacrifice éialt universel, et quMI 
vottlait s'olfrir pour toute la terre, et que, par con- 
séquent, la purification était commune, et non spé- 
ciale à un peuple, comme pour les sacrifices qui 
avalent lieu chez les juifs : Iddrco extra urbem et 
nuemUf ut àiuas unhersale tacrificium esse quia pro 
universû terra erat oklatio: et purgationêm iiem es$e 
eomwÊMmem , non peeuliarem, quemadmodum apnd 
Judmos. f (Homil. De Cruce et Latr,) 

(64) On peut ajouter, dans Iti sens des considéra- 
lions qui précédent, que Fempire ti grand, si uni- 



versel du démon sur les hommes et sur toutes les 
choses créées devenues esclaves du péché, a été sin- 
gulièrement amoindri depuis (-«ncamation du Verba, 
de même que celui deTidoUtrie, Tœuvre satanique 
pr excellence. (Dngentiumdœmonia.[PsaL xcv,5.]) 
tes deux conséquences incontestables et incontes- 
tées de rincarnation , ont été immenses dans les 
destinées du monde ei de Thumanité. Or celte 
guerre que le Fils de Dieu éuit venu livrer au 
c Prince de ce monde, i TEglise la poursuit et la 
poursuivra sans relâche jusqu*à la fin des temps. 

(65) Nam exspeelatio ereaturœ revelationêm /i/io- 
rum Dei extpectat, (Ram. vni, i9.) 

(66) yamitati enim creatura tubjeeta est mm wo- 
Uns. (/M.,iO.) 

(67) Sed propter eum qui subjeeU eam in tpe : qsim 
et ipta creatura liberabUur a urvitute corruptienU, 
in libertatem gloriœ filiornm Dei. (Ibid.^ i0,21.) 

S 68) Omnis creatura inqemUcit st parturit usque 
lue. (Ibid,, 22.) 

(69) Non solum autem t//a, sed et not ipsi primitias 
spirilHS habentes, et ipsi intra nos gemimus adoptio- 
nem fihomm Dei extpectantes, redemptiencm corporis 
nostri. (I»td., 35.) 



€5 



DEUIIEMC DISSERTATION. 



61 



cieux, et une nouvelle terre, et il effacera 
jusqu'au souvenir de ce monde corrompu 
(70). 

Maintenant le moment est venu d'exami- 
ner s'il est vrai que le christianisme ait 
annihilé la matière et lui ait ravi la place ho- 
norable qu'elle doit occuper dans les œuvres 
de la création. 

Réponse à Vaccuialion qu'on porte contre 
le christianisme d'avoir trop ravalé la 
matière. 

Que penser aujourd'hui de nos écrivains- 
sensualistes et soi-disant progressistes, qui 
arcusent le catholicisme de ravaler la ma- 
tière, de la frapper d'impuissance et de 
nullité? que penser de ces écrivains, si ce 
n'est qu'en ceci comme en beaucoup d'au- 
tres points, ils calomnient gratuitement le 
catholicisme dont ils méconnaissent la vaste 
et profonde sagesse ? Inconsidérés propaga- 
teurs de je ne sais quel système de trans- 
formation religieuse et sociale, vous dites 
que jusnu'à présent le catholicisme a trop 
exalté 1 es[)rit aux dépens de la matière ; 
qu'il est temps de réhabiliter celle-ci etde lui 
restituer la place honorable qui lui revient 
dans les œuvres de Dieu. Hél qui la lui a ra- 
vie, cette place honorable, si ce n'est la con- 
voitise des sens dont vous encouragez par 
principe les folles exigences? Qui Ta res- 
pectée le plus, cette matière, ou de Jésus- 
christ (}ui Ta élevée par son union hypos- 
tatique jusqu'à la divinité, ou de vos maîtres 
<jui n'ont jamais pu l'exalter au delà de 
l utile ûu du positif? qui, maintenant, Tho- 
iiore le plus, ou de l'Eglise catholique oui 
la consacre aux œuvres de charité, qui 1 a- 
dopte sous mille formes à la structure, à la 
décoration de ses temples, à la splendeur de 
ses cérémonies, ou de vos disciples qui la 
sacrilient tous les jours aux caprices Je la 
vanité ? ou ûes chrétiens qui respectent 
leurs corps comme les temples du Saint- 
Esprit, ou de vos partisans qui les prosti- 
tuent à tous les excès? Maintenant silen- 
cieuses, ces créatures élèveront la voix 
contre vous, au grand jour de la résurrec- 
tion de la chair, qui sera aussi celui de leur 
délivrance. Elles demanderont à Dieu ven- 



geance de la servitude où vous les faites gé- 
mir encore ici-bas; et alors vous verrez ces 
nouveaux cieuxet cette nouvelle terre, vers 
lesquels ne se portèrent peut-être jamais vos 
yeux, appesantis qu'ils étaient par ce vaines 
et terrestres pensées. 

Telle est, non d'après les vains caprices 
de l'imagination, mais bien d'après le texte 
formel des livres saints, des Pères et des doc- 
teurs, la théorie catholique de la réhabilita- 
tion de ce monde visible et matériel. 

Combien ce dogme de la réhabilitation par le 
Verbe fait chaire de la créature intelligente 
et de ce monde visible^ a dû modifier pro^ 
fondement les conditions de l'art et de la 
poésie. Témoignages remarquables de Châ- 
teaubriand à ce sujet. 

Or qui ne voit combien une semblable théo- 
rie, avec celle de la réhabilitation de la créa« 
ture intelligente, spirituelle, qui la suppose 
nécessairement, a dû bouleverser de fond en 
comble les conditions de Tart etde la poésie, 
au point de vue dusentiment religieux etde 
l'expression des caractères et des passions. 
Sous ce dernier rapport, notre immortel 
Chateaubriand n'a rien laissé à dire à ceux 

3ui viendraient après lui. Nous ne pouvons 
oncque renvoyer le lecteur au livre deuxiè- 
me de la seconde partie de son Génie du chris- 
tianisme^ qui traite de la poétique chrétienne 
dans ses rapports avec les caractères ; et au 
livre troisième et suivant où il est question 
de cette même poétique chrétienne, dans ses 
rapports avec les passions. Néanmoins, je ne 
puis résister au désir de citer quelques-uns 
des passages les plus saillants de ce livre 
admirable. 

« S'il existait une religion qui s'occupât 
sans cesse de mettre un irein aux passions 
de l'homme, cette religion augmenterait 
nécessairement le jeu des passions dans le 
drame et dans l'épopée ; elle serait plus fa- 
vorable à la peinture des sentiments que 
toute institution religieuse qui, ne connais- 
sant point des délits du cœur, n'agirait sur 
nous que par des scènes extérieures. Or 
c'est ici le grand avantage de notre culte sur 
les cultes de l'antiquité : la religion chré- 
tienne est un vent céleste qui enfle les voiles 



(70) Egocreocœios novoi et terram novam,elnon 
trunt m memoria priorOj et non ascendeni super eos. 

ilsa. Lxv, i7.) Cest dans leiiiënie sens que saint 
^ierre, après avoir parlé de ranéantisseiuenl par 
le feu du monde actuel, ajoute : c Nous attendons, 
selon la promesse de Dieu, de nouveaux cieux et 
one nouvelle terre, oui seront le séjour de la jus- 
tice. Novos vero cœlas et novnm terram secunaum 
pnnniêiaipitus exspectamusjnqttibusjuslilia inliabi- 
tat, I (Il Petr, m, 12, 13.) Saint Jean n'est pas 
moins explicite, lorsqu'il noiis dit dans TÂpoca- 
lypse Ixxi, 1) : Et vidi cœiuin ufjvum et terram nu- 
vam. Primum enim cœlum, et prima terra abiit^ et 
mare jam non est. Faut-il prendre à la lettre ces 
nouveaux deux et celte nouvelle terre ? Sans entrer 
ici dans une discussion qui sortirait de mon plan, 
je me bornerai à faire observer que les expressi<His 
lient il s'agit ont été prises littéralement par le» 
plus grands docteurs de l'Église. Je citerai seule- 



ment saint Jean Chrysostome, qui s'exprime ainsi 
dans son homélie sur l'immortalité de l'àiue, à 
l'endroit où il commente le passage de saint Paul, 
Omnis creatura ingemiscit^ etc., rappelé plus haut : 
€ Tout périra, non pour être anéanti, mais pour 
être changé, et la mort ne sera qu'un germe d'im- 
mortalité... Nouveaux cieux, nouvelle terre. Ce ne 
sera pas vous seul, 6 homme, qui serez afiraochi 
des liens qui vous enchaînent à la mortalité, à U 
corruption; toutes les créatures le seront avec vous, 
régénérées comme vous à une exisieuce nouvelle. 
Elles ont participé à votre servitude ; elles partici- 
peront à votre liberté. Devenues corruptibles avec 
vous, elles deviendront avec vous incorruf^tibles. 
La terre, nourrice de l'homme, fut enveloppée dans 
sa disgr^e. Réhabilitée avec son royal pupille, elle 
recouvrera sa première magnificence au juur où, 
transforme lui-même, rappelé au trône de Dieu, «m 
pè.c, il sera rendu à son antique gloire. > 



G5 



SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL. 



0$ 



de la vertu, et multiplie les orages de !a 
conscience autour du vice. » 

Ensuite, après avoir démontré par la dif- 
férence radicale que le christianisme a a|>- 
l»orlée h la signification respective des mots 
qui désignent les vices et les vertus, tels que 
orgueil et humilUé^ comment les bases de la 
morale ont été changées parmi les hommes, 
du moins parmi les hommes chrétiens de- 
puis la prédication de TEvangile, Chateau- 
briand fait remarquer comment cette trans- 
mutation de principes montre la nature hu- 
maine sous un jour tout nouveau, à tel 
point que nous découvrons dans les passions 
des rapports que les anciens n*y voyaient 
pas. 

« Donc, pour nous, conclut-il, la racine 
du mal est mvanité^ et la racine du bien la 
charité; de sorte que les passions vicieuses 
sont toujours un composé d*orgueil, et les 
luissions vertueuses un composé d'amour. 
— Pourquoi les passions qui tiennent au 
courage sont-elles plus belles chez les mo- 
dernes que chez les anciens? Pourauoi avons- 
nous donné d'autres proportions à la valeur, 
et transformé un mouvement bruta! en une 
vertu? C'est par le mélange de la vertu chré- 
tienne directement opposée h ce mouvement, 
Vhumiiité. De ce mélange est née la magna-' 
nitniti OU la générosité poétioue , sorte de 
passion (car les chevaliers l'ont poussée 
jusque \h) totalement inconnue des anciens. 

« llndenos plus doux sentiments, et peut- 
être le seul qui appartienne absolument à 
l'âme (les autres ont quelque mélange des 
sens dans leur nature ou dans leur but), c*est 
l'amitié. Et combien le christianisme n'a-t-il 
point encore augmenté les charmes de cette 
passion céleste, en lui donnant pour fon- 
dement la charité? Jésus- Christ dormait 
dans le sein de Jean ; et sur la croix avant 
d*expirer, Tamitié Tentendit prononcer ce 
mot digne d'un Dieu : Mater, ecce filius tuus ; 
diêcipule^ eece mater ttM. [Joan, xix , 26 et 
27.) Mère, voilà ton fils; disciple, voilà ta 
mère. » Et plus bas : 

« Cette chaleur que la charité répand dans 
les passions vertueuses leur donne un ca-* 
ractère divin. Chez les hommes de l'antiquité 
l'avenir des sentiments ne passait |)as le 
tombeau oCi il venait faire naufrage. Ainsi, 
frères^, é|»oux, se quittaient aux portesde la 
mort, et sentaient que leur séparation était 
étemelle. Le comble de la félicité pour les 
Grecs et les Romains se réduisait à mêler 
leur cendres ensemble ; mais combien elle 
devait être douloureuse, une urne qui ne 
renfermait que des souvenirs 1 Le poly- 
théisme avait établi l'homme dans les région» 
du |>assé; le christianisme l'a placé dans les 
diamps de l'espérance. Le principe de nos 

(71) On sait, en effet, combien ce penchant avait 
éite loatériaiisé chez tes gentils, et en particulier 
tkez les Grecs et tes Romains. Tout, parmi eux, 
Ims, couiumes, institutions, tendait sans cesse à 
ravaler le sexe presqu*au niveau de la brute. 11 ne 
taul donc poiiit 8*étonncr si, à leurs yeux, la femme 
n'éfaU qu'un iostrumeut de grossière volupté, et 



amitiés n*est point dans ce monde : deux 
êtres qui s'aiment ici-bas sont seulement 
sur la route du ciel où ils arriveront en- 
semble, si la vertu les dirige : de manière 
que cette forte expression des poètes, exhaler 
êon âme dans celle de son ami, est littérale- 
ment vraie pour deux Chrétiens. £n se dé- 
pouillant de leur corps, ils ne font que se 
dégager d*un obtacle qui s'opposait à leur 
union intime, et leurs Ames vont se con^ 
fondre dans le sein de r£ternel. x 

A cette peinture (que nous avons dû né- 
cessairement abréger) de Vamitié chrétienne^ 
Tillustre auteur fait succéder celle de Va^ 
mour passionné qui joue un si grand rôle 
dans la poétique des peuples modernes. Ce 
n*est que parmi eux qu'on a vu se former ce 
mélange ùes sens et de TAme, cette espèce 
d'amour dont l'amitié est la partie morale. 
C'est encore au christianisme que l'on' doit 
ce sentiment perfectionné ; c'est lui qui, ten- 
dant sans cesse à épurer le cœur, est parve- 
nu à jeter de la spiritualité jusque dans le 
penchant qui en paraissait le moins suscep- 
tible (71j. Voilà (Jonc un nouveau moyen de 
situations poétiques que cette religion si 
dénigrée a fourni aux auteurs mêmes qui 
l'insultent ; on peut voir dans une foule de 
romans les beautés qu'on a tirées de cette 
passion demi-chrétienne. 

« Cet amour n'est ni aussi saint que la 
piété conjugale, ni aussi gracieux que le 
sentiment des bergers; mais, pius poignant 
que Tun et l'autre, il dévaste tes Ames où il 
règne. Ne s'appuyant point sur la gravité du 
mariage, ou sur Tuinocence des mœurs 
champêtres, ne mêlant aucun autre prestige 
au sien, il est à soi-même sa propre illusion» 
sa projire folie, sa propre substance. Igno- 
rée de l'artisan trop occupé et du laboureur 
trop simple, cette passion n*existe que dans 
ces rangs de la société où l'oisiveté nous 
laisse surchargés du poids de notre cœur, 
avec son immense amour-propre et ses éter- 
nelles incertitudes. 

« Il est si vrai que le christianisme jette 
une si éclatante lumière dans Tabime de nos 
passions, gue ce sont les orateurs de 
l'Ëglise, qui ont dépeint les désordres du 
cœur humain avec le plus de force et de vi- 
vacité. Quel tableau Bourdaloue ne fait-il 
pas de l'ambition 1 Comme Mas^illon a pé- 
nétré dans les replis de nos Ames, et exposé 
au jûurnos penchants et nos vices. « C*est le 
« caractère ae cette passion, dit cet homme 
« éloquent, en parlant de l'amour, de remplir 
«le cœur tout entier, etc ; on ne peut plus 
« s'occuper qued'elle ; on en est possédé, eni- 
« vré; on la trouve [lartout; tout enre trace 
« les funestes images; tout en réveille les in- 
« justes désirs; le monde, la solitude, la pré- 

slls choisissaient de préférence, chez les hommes, 
les types de la beauté physique. On connaît leur 
prédilection infâme pour les jeunes garçons, et Ton 
sait que.les philosophes eux-mêmes donnaient dans 
cet étrange désordre de Tesprit et des sens, et ne 
prenaient pas même la peine de s'en <'ac(r.*.r. ' 



<I7 



DEtUEME DISSERTATION. 



es 



€ sence, réioignemenl, les objets les plus in- 
«drfféreniSfIesoccupationslesplussérieusesy 
€le temple saint lui-même, les autels sacrés, 
«{«s mystères terribles en rappellent le sou- 
« venir {72).» L'espace nous manque pour re- 
produire le beau chapitre 3, dans lequel 
ChAteaubriand analyse la Phèdre de Racine, 
plus passionnée encore que Didon, parce 
qu'elle n*esi qu'une épouse chrétienne. Sous 
la plume du grand poète français, pénétré 
à son insu de Tesprit chrétien, 1 épouse 
de Thésée se montre en effet plus pas- 
sionnée, plus coupable et plus tourmen- 
tée par le remorcis que ne l'ont repré- 
sentée les poètes antiques. C'est un type 
complètement transformé. 11 en est d'autres 
encore plus remarquables, puisqu'ils ne 
doivent rien au paganisme, parmi lesquels 
l'illustre et pr«^mier défenseur de la poé- 
tique chrétienne a choisi Julie d'Etange, 
Clémentine et Héloïse. Je ne puis que ren- 
voyer le lecteur au chapitre S, d ailleurs 
bien connu, dans lequel Chateaubriand trace 
de main de mattre une esquisse aussi fine 
que profonde de ces trois caractères si di- 
versement et si admirablement nuancés. 
Hais je ne saurais passer sous silence le 
chapitre 9 qui termine le livre iir de la 
secohdè partie et qui traite du vague des 
passions^ attendu qu'il est la conclusion natu- 
relle enmème tempsque le complément de tou t 
ce que l'Auteur vient d'exposer touchant la 
transfot*mation morale opérée par l'influence 
du principe chrétien dans le cœur de l'homme. 
Ici encore, l'on ne peut que citer. 

« Il reste à parler de l'état de l'Ame qui, 
ce nous semble, n*a pas encore été bien ob- 
servé : c'est celui qui précède le développe- 
nient des passions, lorsque nos facultés 
jeunes, actives, entières, mais renfermées, 
ne se sont exercées que sur elles-mêmes, 
sans but et sans objet. Plus les peuples 
avancent en civilisation, plus cet état du 
vague des] passions augmente ; car il arrive 
alors une chose fort triste : le grand nombre 
d'exemples qu'on a sous les yeux, la multi- 
tude des livresqui traitent de l'homme etde 
ses sentiments rendent habile sans expé- 
rience. On est détrompé, sans avoir joui ; il 
reste encore des désirs et l'on n'a plus d'il- 
lusions. L'imagination est riche, abondante 
et merveilleuse ; l'existence, pauvre, sèche 
et désenchantée. On habite avec un cœur 
plein un monde vide'; et sans avoir usé de 
rien, on est désabusé de tout. 

€ L'amertume que cet état de l'Ame répand 
sur la vie est incroyable; le cœur se retourne 
et se replie en cent manières pour emplover 
des forces qu'il sent lui être inutiles. Les 
anciens ont peu connu cette inquiétude se- 
crète, cette aigreur des passions étouffées qui 
fermentent toutes ensemble ; une grande 
existence publique, les jeux du Gymnase et 
du Champ de Mars, les affaires du Forum et 
de la place publique, remplissaient leurs 

(Tî) Massillon, l*fiftfaiif prodigue^ première par- 
lie^ 



moments et ne leur laissaient aucune place 
aux ennuis du cœur. 

« D'une autre part, ils n'étaient pas enclins 
aux exagérations, aux espérances, aux 
craintes sans objet, à la muoilité des idées 
et des sentiments, à la perpétuelle incons- 
tance, qui n'est qu'un dégoût constant; dis- 
|)Ositions que nous acquérons dans la société 
des femmes. Les femmes, indépendamment 
de la passion directe qu'elles font naître chez 
les peuples modernes, influent sur les autres 
sentiments. £Iles ont dans leur existence un 
certain abandon qu'elles font passer dans la 
nôtre; elles rendent notre (caractère d'homme 
moins décidé ; et nos passions, amollies par 
le mélange des leurs, prennent à la fois quel- 
que chose d'incertain et de tendre. 

€ Enfin les Grecs et les Romains, n'éten- 
dant guère leurs regards au delà de la vie» 
et ne soupçonnant point de plaisirs plus 
parfaits que ceux de ce monde, n'étaient point 
portés comme nous aux méditations et aux 
désirs par le caractère de leur culte. For- 
mée pour nos misères et pour nos besoins, 
la relivion chrétienne nous offre sans cesse 
le douDle tableau des chagrins de la terre el 
des joies célestes; et, parce moyen, elle (ail 
dans le cœur une source de maux présents 
et d'espérances lointaines d'oil découlent 
d'inépuisables rêveries. Le Chrétien se re- 
garde toujours comme un voyageur qui passe 
ici-bas dans une vallée de larmes, et qui ne 
se repose qu'au tombeau. Le monde n'est 

Kint l'objet de ses vœux, car il sait que 
omme vit peu de jours (Job xiv, 1), et que 
cet objet lui échapperait vite. 

« Les persécutions qu'éprouvèrent les 
premiers Chrétiens augmentèrent en eux ce 
dégoût des choses de la vie. L'invasion des 
Barbares y mit le comble, et l'esprit humain 
en reçut une impression de tristesse, et peut* 
être même une teinte de misanthropie qui ne 
s'est jamais bien effacée. De toutes parts s'é* 
levèrent des couvents, oik se retirèrent des 
malheureux trompés par le monde, et des 
Ames qui aimaient mieux ignorer certains 
sentiments de la vie que de s'exposer à les 
voir cruellement trahis. Mais de nos jours, 

Îuand les monastères ou la vertu qui y con- 
uit ont manqué à ces Ames ardentes, elles 
se sont trouvées étrangères au milieu des 
hommes. Dégoûtées par leur siècle, effrayées 
par leur religion, elles sont restées dans le 
monde, sans se livrer au monde; alors elles 
sont devenues la proie de mille chimères ; 
alors on a vu naître cette coupable mélan- 
colie qui s'engendre au milieu despassions^ 
lorsque ces passions, sans objet, se con- 
sument d'elles-mêmes dans un cœur soli- 
taire (73). » 

A ces belles pages sur le vague des pot- 
sions qui caractérise les peuples modernes, 
nous pourrions ajouter que la même influence 
de l'esprit chrétien a imprimé chez eux à la 
physionomie humaine une sensibilité, une 
énergie, une étonnante variété d'expression 

(73) Ginie du christianisme , livre m, chap. 19. 



0» 



SUR LE BEAU IDE.VL SURNATUREL. 



19 



aue Ton cberchorait vf inement dans les types 
de l'art antique, si froids, si monotones dans 
leur régularité. De là une différence bien 
sensible, surtout dans la peinture, soit 
quant à Texécution, soit quant à Teffet, entre 
«;es types et ceux deTart moderne et de l'art 
chrétien en particulier. Mais n'anticipons 
point : cette réflexion et plusieurs autres 
qui s'v rattachent, trouveront mieux leur 
place dans le cœur de l'ouvrage et, en partie, 
dans le chapitre 3 et suivants de cette dis 
sertation. 

CHAPITRE IV. 

DKS QGATmS PRIIICIPAUX CABAGTÈRES D*EX- 
PBESSION, PR0PBE8 A l'aBT CHRéTlBIl. 

Le premier de cee caractères eit la grandeur. 

Nous venons de voir auel champ immense 
«t tout nouveau offre i 1 imagination de l'ar- 
tiste chrétien la réhabilitation successive de 
l'humanité par le Verbe, avec ses consé- 
quences dans le présent et dansTavenir, en 
même temps que la transformation morale 
et f)h7sique qui en est résultée pour les in- 
dividus. Dans le cours de mon Dictionnaire, 
je reprendrai, pour lui donner les dévelop- 
pements qu'elle exige, cette (hèse si impor- 
tante et si féconde en aperçus d'un (^and in- 
térêt. L'objet de ces deux dissertations pré- 
liminaires étant de poser les principes 
qui doivent servir de base aux jugements 
que nous aurons à porter ensuite sur les 
œuvres de l'art, je termine celle-ci par l'ex- 
posé des principaux caractères qui sont pro- 
{rres à l'art chrétien et qui en révèlent toute 
'excellence. Or ces caractères sont : la 
grandeur, le mystère et l'amour ; je m'ex- 
jrfique. 

Dieu seul pouvait nous faire connaître 
Dieu. C'est ce qu'il a fait, lorsque, sortant de 
)a lumière inaccessible qu'il habitait, il est 
devenu comme l'un de nous, nous laissant 
voir et toucher dans sa propre chair cette lu- 
mière cachée jusque-là dans ses profondeurs 
infinies. C'est alors que nous avons vu cet 
Homme-Dieu « plein de grAre et de vérité, » 
el que nous avons entendu sortir de sa bou- 
ebe des paroles ineffables sur l'unité, l'infl- 
nilé et l'éiçfnité de Dieu, sur ses perfections 
adorables, si étrangement méconnues ou 
défigurées par les fables des poêles et les 
folies de la gentilité; aussitôt se sont écrou- 
lés des milliers d'idoles avec leur culte 
tantôt riant, tantôt sanguinaire, tantôt vo- 
luptueux, mais toujours terrestre et charnel : 
Jénova qui n'a d'autre nom que celui de 
l'Etre, Jéhova, le Dieu des armées, qui est 
assis sur les chérubins; qui vole au milieu 
des airs dans des chariots de feu ; qui, d'un 
seul mot peut anéantir des millions d'uni- 
vers, Jéhova domine de toute la hauteur du 
ciet, roi vmpe avec sa cour mesquine de 
dieux et de demi-dieux. Sans doute, à l'aide 
de quelques traditions antiaues échappées 
au naufrage des vérités révélées, les {)Oëtes 
et les artistes ont pu s'élever parfois à une 
grande hardiesse d'image et de pensée. 



Ainsi, Homère a bien pu nou» représenter 
Jupiter ébranlant tout 1 Olympe d'un simple 
mouvement de son sourcil. Mais ces images 
sont rares dans les poètes antiques, tandis 
que nos livres saints semblent se jouer con- 
tinuellement avec le sublime de pensée et 
d'expression. 
Or ces idées si hautes, si magnifiques, 

3ue le Verbe fait homme est venu nous 
onner de Dieu, ont imprim*é nécessaire- 
ment à Tart chrétien un caractère de subli- 
mité qu'on chercherait vainement ailleurs. 
Les anciens ont-ils quelque chose de com- 
parable, pour les paroles et pour le chant, à 
notre Te Deum laudamus^ surtout lorsqu'il 
est exécuté par des milliers de voix et ac- 
compagné de la grande harmonie de l'orgue 
et des cloches dans une immense iȉsilique. 
C'est ce caractère de grandeur morale, pro* 
pre à l'art chrétien, qui lui imprime un 

fenre de beauté auquel n'atteignit jamais 
art des anciens. Quels types, en effet, pour 
cet art que la plupart des dieux et des demi- 
dieux qui étaient le thème ordinaire de ses 
inspirations. Combien ces types étaient vul- 
gaires, et trop souvent ridicules ou indé- 
cents 1 11 a fallu tous les efforts du génie 
pour les idéaliser, et l'on sait que de tout 
temps, même pendant la plus belle époque 
de l'art grec, le génie n'a été qu'une heu- 
reuse exception fiarmi les artistes. Ceux, au 
contraire, qui ont travaillé sous l'inspira- 
tion du christianisme, n'ont eu, en quelque 
sorte, qu'à se laisser diriger par son soufile 
divin, pour multiplier dans nos basiliques 
des œuvres d'une incomparable granoeur. 
Mais aussi, quels types inspirateurs, qua 
ceux de Jésus-Christ Dieu et homme, de 
Marie, Vierge et Mère de Dieu, des esprits 
célestes , avec leur hiérarchie, des vierges, 
des justes et des martyrs ? 

Nous reviendrons en leur lieu sur ces 
types incomparables et inépuisables de 
beauté. Observons seulement ici que ce 
caractère de grandeur chrétienne qui nous 
occupe maintenant fait aue nos temples 
chrétiens, plus grands nar leurs dimensions 
matérielles que ne I étaient les temples 
païens, le sont encore par leur caractère 
auçuste, et surtout par la majesté des rites r 
qui s'y opèrent aux principales solennités. 
Nous reviendrons plus tant sur cette consi- 
dération. Tel est le premier caractère propre 
è Fart chrétien, la grandeur. Le second, 
c'est le mystère 

Second caractère de fart chr/tien^ le 

mystère. 

Avec la doctrine de l'unité et des perfec- 
tions divines, nous a été révélée la Trinité 
des personnes, trinité inénarrable dont Dieu 
a voulu imprimer Timage nécessairement 
imparfaite dans l'Ame humaine, trinité dont 
le nombre mystérieux joue aussi un grand 
rôle dans les 'types, les symboles et les tra- 
ditions primitives de l'humanité. A ce mys- 
tère s*en rattache un autre, non moins au- 
guste et non moins fécond en nouvelles 



Tl 



DEUXIEME DISSERTATION. 



7Î 



insptrat.îf>n$ pour les beaux arts, celui de 
rincarnalion. Le Verbe, dans son amour in- 
fini pour rhumanitéy a voulu se l'unir par 
<ies liens si étroits qu'il no fût avec elle 

Îu'une m^me personne en deux natures. 
>n a vu alors la justice, la miséricorde et la 
paix s'embrasser, par une étreinte commune 
dans cette personne du Verbe incarné, où 
«Iles s'étaient^ donné rendez-vous depuis la 
prévarication* du paradis terrestre. Jésus 
médiateur entre Di«u et les hommes, vient 
réconcilier le monde avec son créateur, pa- 
cifiant par son sang le ciel et la terre, nous 
ouvrant ensuite la porte des cieux où son 
humanité sainte doit intercéder pour nous 
sans relâche, jusou'à ce (|u'à travers bien des 
peines, bien des dangers^ bien des épreuves, 
nous avons mérité de la contempler nous- 
mêmes (Jans sa gloire. 

En attendant, assaillie par les tempê- 
tes redoublées qui traversent sa marche 
laborieuse et semée d*écueils , TËglise 
demande appui et protection à son cé- 
leste époux; mais ce n'est pas elle q^ui 
prie, c'est le Saint-Esprit, qui prie en elle 
et pour elle, qui lui inspire la rorme de ses 
cérémonies et Fonction de ses chants divins. 
C'est iUi qui nous apprend, au milieu des 
dangers et des amertumes de la vie, à a|H 

ÎtelerDieu^ mon Père; in quo clamamus Abba 
Pater) {Rom. viii, 15), ce Dieu que l'homme 
jadis osait à peine appeler Maître ou Sei- 
gneur. C'est lui encore qui, par son action 
invisible et pénétrante, nous détache gra- 
duellement de la terre et nous fait désirer 
les ailes de la colombe, pour aller nous re- 
poser dans le sein de Dieu. La terre elle- 
même déjà délivrée en partie du joug du 
péché, par le san^ du médiateur, qui a 
coulé sur elle, gémit et soupire comme une 
femme dans l'enfantement, après cette dé- 
livrance parfaite qui n'aura lieu qu'à la ré- 
surrection des corps. Et c'est le Saint-Esprit 
qui pousse ainsi toutes les créatures inani- 
mées à leur entier affranchissement, en les 
purifiant par ses cérémonies, ses expiations, 
ses exorcismes, du reste de souillure qu'elles 
ont conservé du péché. 

De là ce mélange de joie et de tristesse, 
de crainte et d'espérance, expression vraie 
d'une réhabilitation laborieuse et non ache- 
vée qui domine dans la liturgie chrétienne 
et dans ses chants en particulier. De là cette 
inélancolie qui s'élève dans le cœur du 
Chrétien même le plus fidèle, à la vue d'une 
délivrance assurée par le sang d'un Dieu , 
mais à chaque instant compromise par la 
faiblesse de sa nature et par les occasions 
nombreuses de chute semées sous ses pas, 
délivrance commencée dans le temps, mais 
qui ne doit être certaine et définitive qu'à 
la porte de l'éternité. Ainsi tout, dans la 
vie du Chrétien, est mystérieux comme son 
culte ; tout, jusqu'à ses joies et ses périls, 
jusqu'à ses craintes et ses espérances. Tel 
est le deuxième caractère de la poétique 
<;brétienne, le mystère. Passons au troi- 
sième, je veux dire « l'expression de l'amour 
divin. » 



Troisième caractère de lapoéiiquevhrAiefme^ 
V expression de Vamour divin. 

Ainsi que nous en avons fait d^à la re- 
marque, le christianisme, avec ses grands 
et ineffables mystères, en révélante l'homme 
un monde nouveau dMdées> d^i mages et de 
sentiments , a singulièrement élargi la 
sphère de son intelligence et de son amour. 
Principalement dévoués au culte de la 
forme, les artistes grecs ne virent rien 
au delà de la beauté humaine, et dans leurs 
comi^ositions les plus terribles ils eurent 
toujours soin d'éviter un çenre d'expression 
trop énergique cjui aurait pu blesser leur 
délicatesse. De là ce calme, cette placidité, 
je dirais presque ce froid glacial que nous 
remarquons dans leurs plus célèbres monu- 
ments de peinture, et de tels hommes, non* 
seulement étaient étrangers à l'enthousias'^ 
me de l'amour divin, mais encore de l'amour 
profane, ils ne connaissaient guère que le 
eùié matériel. 




me, en quittant le Créateur pour se recher* 
cher lui-même, est devenu malheureux, en 
se trouvant, Jésus est venu lui apporter cet 
aliment de l'amour divin, Ignemveni milUre 
in terram. (Luc. xii, &9.) On connaît les 
résultats merveilleux de cet élément nou- 
veau dans le monde qui en a été transformé. 
Hais on n'apprécie peut-être pas assez son 
influence sur l'art qui n'est que l'écho 
fidèle des sentiments du cœur numain. 11 
est hors de doute que celui de Pamour 
profane dérive de cette influence chré- 
tienne, si l'on ne le considère que dans ce 
qu'il a de généreux, d'exalté, d'immatériel. 
Cela est si vrai, qu'on n'observe que chez 
les nations modernes cette transformation 
de l'amour humain, tandis que, même de 
nos jours, nous le voyons encore réduit à 
l'état d'instinct naturel chez les infidèles et 
en particulier chez les mahométans. 

L'amour profane, ainsi modifié et jusqu'à 
un certain point spiritualisé par le génie 
chrétien, doit offrir et offre réellemeni dans 
ses divers genres d'expression au moyen 
des arts et de la poésie, iies analogies frap- 
pantes avec ceux de l'amour divin. Et, en 
effet, y a-t-il quelque chose de plus tendre 
et de plus exalté, dans la langue de l'amour 
profane, que les chants séraphiques d'an 
François d'Asisses, d'upe Thérèse et de tant 
d'autres martyrs qui se consumaient dans 
lamour de Dieu I Comme l'amour humain, 
celui-ci a ses délires, je dirais même ses 
emportements dans ces personnages extati- 
ques devenus « fous d'amour, » eux-mêmes 
le disent, dans l'enthousiasme et les trans- 
ports lie l'amour divin. Jamais on n'entendit 
la lyre d'un poëte chanter des vers •comme 
celui-ci, par exemple, de la vierge d'Avila, 
« Je me meurs du regret de ne pouvoir 
mourir. » Que muero perque non muero^ qui 
revient à la fin de chaque strophe de son 
cantique célèbre. 11 faut lire cet admirable 



75 



SLR LE BEAU IDEAL SURNATUREL. 



ti 



cbant tout entier, nour se faire une idée de 
cet amour qui, selon Texi^ression de Thé- 
rèse elle-même, pénètre la moelle du c^Bur. 
Mais il ne la ronge pas, comme Tamour 
prolSane, et ce n*est point là la seule diffé* 
rence qui le distingue de celui-ci; car, 
ButantTun est égoïste, jaloux , inquiet, con- 
centré en lui-même , autant Tautre est ex- 
jpansif, généreux , large , c^lme et sérieux 
Çlh), Vous n'avez qu'è jeter les yeux sur un 
tableau de Taddée, de Dominique Bartolo 
ou de Lorenzo di Credi (75), pour recon- 
naître c^t heureux mélange d*ivresse et de 
sérénité, de paix et d*extase, de calme et de 
ravissement , que révèlent les traits des 
4inges et des bienheureux. 

Tel est cet amour qui a inspiré la com- 
position des chants , des tableaux et des 
«laines de Part catholique, non, toutefois, 
avec l'exaltation et Timpétuosité qui se 
révèlent dans les cantiques de quelques 
saints personnages, mais avec cette expres- 
sion douce, céleste, quoique très-animée et 
toujours uénétrante, qui est le cachet ordi- 
naire de I amour divin. 

Quatriimt caractère de la poétique chré- 
tienne^ la grâce et la naïveté. 

Aux caractères de grandeur, de mystère 
et d*amour, que nous révèle la poétique 
chrétienne» il faut ajouter ce mélange de 
Çrace et de naïveté qui prête un charme 
inexprimable à ses compositions dont il 
iempère -admirablement la gravité. Prenons 
pour exemple la naissance du Verbe incarné. 
C*est oelle d'un Dieu, mais d'un Dieu en- 
lant. Elle est chantée par les anges dans les 
r.ieux» célébrée par la joie champêtre des 
bergers, annoncée par une étoile miracu- 
leuse qui, des confins de l'Arabie, dirige 
irers le nouveau-né les trois mages aveo 
Jeurs riclies présents. Que de chants suaves 
«t gracieux n'inspire pas tous les jours à ia 
lyre chrétienne Marie, rose mystique , lis 
de (lureté, source claire et limpide que ne 
souillèrent jamais les eaux bourbeuses de 
la concupiscence ; jardin semé de toutes 
sortes de fleurs, de vertus , où ne pénétra 
jamais le serpent corrupteur! Marie, reine 
des anges, mère de Dieu et des hommes, 
étoile lumineuse dans les ténèbres de la 
vie, toor de sûreté contre les orages, refuge 
constamment ou vertaux pécheurs ; Marie fut 
toujours pour les sculpteurs, les peintres et 
les musiciens, le type par excellence de la 
grâce, de la douceur et de l'aimable pureté; 
type unique auquel nul ne saurait être 
eomparél type merveilleux, enfanté avec tant 
d'autres merveilles par la naissance dans 
la chair, de Celui qui n'a cessé de conserver 
néanmoins la vie oivine, éterneHe, qui lui 
est propre 1 Nous y reviendrons dans le 
cours de cet ouvrage. 

C'est ainsi que i*lncarnation a fourni à 

(74) Lire, pmir plus de développement, le parallèle 
aussi juste quliigénieux entre V amour terrestre et Ta- 
mourcéUttê, qui est à la fin des Mémoires du princo 
de Uohenlobe. (i vol in-8*. Lagny, à i^aris, 1855.) 

DlCT10?i?(. pEsTHÉTIQl'K. 



la poétique chrétienne ces quatre carac- 
tères de grandeur, de mystère, d'amour, de 
grâce et de naïveté qu'elle possède exclu- 
sivement à toute autre. Et ces quatre grands 
caractères, TEglise les énumère tous les 
jours dans ce beau cantique d'adoration, 
d'amour et de reconnaissance, dont 1« 
début fut improvisé par les anges dans 
les cieux. Gloire à Dieu dans les deux et 
paix sur la terre aux hommes de bonne 
volonté. (Luc, ii, 14.) Nous vous louons^nous 
vous bénissons^ nous vous adorons^ nous vous 
glorifions , nous vous rendons des actions de 
grâces à cause de votre grande gloire. Sei- 
gneur^ Roi du ciel^ Dieu^ Père tout^puissant ^ 
Seigneur y Fils unioue de Dieu^ Jésus-Christ, 
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu^ Fils du 
Père, ô vous qui effacez les péchés du monde, 
ayez pitié de nous : vous qui effacez les péchés 
du monde, accueillez notre supplication ; vous 

Sui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié 
e nous. Parce que vous êtes le seul saint, le 
seul Seigneur, le seul Très-Haut, 6 Jésus^ 
Christ, avec le Saint-Esprit^ dans la droite 
Je Dieu le Père, Amen, 

Toute l'économie du christianisme est 
renfermée dans ce cantique d'adoration, de 
louange et de prière : l'unité, la grandeur 
de Dieu, la trinité des fjerscnnes, 1 incarna- 
tion du Verbe, Fils de Dieu, Açneau de Dieu 
qui efface les péchés du monde, les besoins 
et les misères de l'humanité, ses supplica- 
tions réitérées vers le ciel. Il n*esl donc pas 
étonnant nu'il renferme aussi toute l'éco- 
nomie de la poétique chrétienne, qui n'est 
elle-même que la traduction du dogme et 
du rite catholique,àla fois mystérieux, gra- 
cieux et sublime. On chercherait vaine- 
ment quelque chose d'analogue dans les 
autres poétiques de l'art. Celui des Chré- 
tiens ne s'explique donc que par le principe 
qui le détermine et le dirige dans ses quatre 
grands moyens d'expression, qui sont ia 
sculpture, la peinture, la musique et l'ar- 
chitecture, que la liturgie appelle à son 
secours. El ce principe n'est autre que l'in- 
carnation du Verbe réparateur de I homme 
et de l'univers déchus par le péché. En voici 
une preuve frappante entre toutes les 
autres. 

Vous êtes près d'une grande ville, à Reims, 
par exemjde. C'est au moment où le crépus- 
cule commence à envelopper la cité de son 
demi-jour. Au-dessus de ses toits pressés et 
de son incessantcagitation, vous apparaît 
dans le lointain la basilique chrétienne, 
masse imposante au'on prendrait pour une 
montagne, mais dégagée ))ar ses tours aé- 
riennes, évidée par ses longues fenêtres 
ogivales, ses sculptures de dentelle, ses 
pinacles et ses clochetons. Le bourdonne- 
ment sourd et harmonieux de ses cloches 
frappe en même temps vos oreilles, et vient 
compléter l'émotion qui vous a déîà saisi. 

(75) Trois célèbres peintres de Véeole mystique 
iialieune. Nous reviendrons avec plus de détails sur . 
celte école, au mol Pei?ïtitre. utstioce. 



3 



75 



DEUXIEME DISSERTATION. - SUU LE BEAU IDEAL SURNATUREL 



n 



Vue secrète impulsion vous entraine vers le 
portail de la cathédrale, majestueuse préface 
de rédifice, dont la configuration hiératique 
et les myriades de statues qui le décorent 
sont autant de symboles mystérieux. C*est 
avec regret que vous détournez les yeut de 
ce sublime poëme, écrit sur la pierre, pour 
pénétrer dans Tikitérieur du temple. Cet 
intérieur est déjà un magnifique symbole. 
Cest la nèf, navUy le vaisseau, car il figure 
admirablement par sa longueur et rare 
aigu d^'sa voûte le vaisseau de TEslise, 
battu par la tempête et toujours debout. 
La lasilique elle-même a la forme d'une 
croix, pour vous rappeler l'instrument 
du grand sacrifice qui se renouvelle tous les 
jout*s dams le temple auguste. Au chevet de 
cette croix repose , comme il reposait au 
chevet du Calvaire, THomme-Dieu victime, 
tète et point de départ de tout le culte chré- 
'tien. Mais déjà les accents de la prière se 
'sont fait entendre; déjà vos oreilles ont été 
frappées du murmure doux et solennel de 
Torgue, qui , tantôt accompagne amoureuse- 
ment des chants de louange qu'on dirait Té-* 
cbo de ceux du ciel, tantôt promène seul dans 
la mystérieuse profondeur des nefssesrlarges 
et mélancoliques accords. Vous croyez alors 
entendre le irémissement des vitraux, vous 
croyez voir les statues d*anges et de saints 
se mouvoir, s*associer à ce concert ineffa- 
ble de prières et d'actions de grâces. Alors 
le peuple fidèle, agenouillé sur les dalles du 
temple, semble avoir perdu sous ces voûtes 
saintes Tempreinte de la souillure et des 
passions mondaines. Agrandi par tant de 
mjrstères augustes dont il a été le principal 
objet et qui se renouvellent tous les jours 
|H)ur lui (tant son âme est d*une valeur ines- 
timable devant Dieu), il apparaît, ce qu'il 
est véritablement devenu par la médiation du 
Ver t>e incarné, une race choisie ^ — un sa- 
cerdoce royal (IPetr. ii,9)^— une nation sainte 
(/6M.), — wn peuple (Tticquisilion (/6tcf.), ra- 
cheté au prix d'un sang divin. C'est ce que 
nous découvririons plus particulièrement, si 
nous entrions pi us avant dans la signification 
de ces cérémonies, de ces ornements, de ces 
cantiques sacrés. Nous verrions que Tâmede 
tous ces rites syml)oliques et mystérieux, c'est 
la réhabilitation de l'homme déchu et celle de 
ce monde visible et matériel entraîné dans sa 
chute et dans sa dégradation. C'est ainsi que 
ce monde matériel iui - môme se purifie , 
s*ennobht , se dégage de jour en jour de la 
servitude du |>éché, en prêtant ses éléments 
divers àTarchitecture , à la sculpture, à la 
|ieinture et h la musique chrétiennes , et ses 
éléments acquièrent ensuite une nouvelle 
jterfection des rites mystérieux qui s'accom- 
plissent dans le temple saint à l'érection et 



à l'embellissement duquel ils ont déjà con- 
tribué. Lisez attentivement le rituel romain 
et vous verrez que nous ne parlons pas ici, 
en figures, mais qu'il s'agit d'augustes et 
sensibles réalités* Oui, l'homme tombé et 
relevé de sa chute jusqu'à Dieu descendu 
jusqu'à l'homme, voilà la clef non-seule- 
ment des dogmes du christianisme, mais 
encore de ses rites ; non-seulement de ses 
rites, mais encore des arts consacrés à son 
culte, dont ils sont les sublimes et éloquents 
interprètes. £t si la clef de tant de mystè- 
res n était point dans l'Incarnation , oil la 
trouverions-nous? 

Tels sont les principes qui doivent nous 
diriser dans nos appréciations des œuvres 
de lart chrétien , soit que nous les consi- 
dérions en elles-mêmes, soit que nous les 
envisagions dans leur rapport avec l'art 
païen. Ce seront , par conséquent, ceux qui 
nous guideront dans cet ouvrage. Il sera 
entièrement rédigé sur un plan réel , quoi- 
que non apparent , la forme de dictionnaire, 
excluant nécessairement toute ordonnance 
symétrique dans la distribution des matiè- 
res. Une table analytique et raisonnée de ces 
dernières que nous donnerons à la fin do 
volume rendra visible à l'œil le plan que 
nous aurons scrupuleusement observé pour 
('esprit. Ce plan nous est clairement tracé 
par les deux dissertations préliminaires qui 
précèdent. Nous le suivrons pour la plupart 
des articles de ce dictionnaire ; c'est dire que 
nous les traiterons au double point de vue 
du beau humain ou naturel et du beau divin 
ou surnaturel. Tout en payant aux chefs- 
d'œuvre de l'art antique un large et bien 
légitime tribut d'admiration qu'on ne saii- 
raitleurrei'usersans injustice, nous établi- 
rons solidement , j'aime à le croire, que les 
chefs-d'œuvre de l'art chrétien ne leur sont 
nullement inférieurs sous le rapport de la 
beauté de la forme , et que de plus , ils les 
surpassent évidemment par un autre genre 
de beauté qui leur est propre, je veux dire 
cette expression mystique^ surnaturelle ou 
divine, que les plus grands artistes païens 
ne pouvaient pas même soupçonner. 

Nous complétons cette deuxième disser- 
tation par la liste des auteurs dont les ou- 
vrages ont plus ou moins trait à l'Esthétique 
chrétienne. C'est forcément que nous em- 
ployons cette formule restrictive, attendu 
3u'il n'existe pas d'auteur jusqu'à ce jour, 
u moins à notre connaissance, qui ait trai- 
té , ex professo , du beau dans Vart chrétien^ 
tandis qu'il en est un grand nombre qui ont 
traité, ex professa^ du beau en général^ comme 
on a pu le voir par la liste que nous en avons 
donnée à la suite de notre première disser- 
tation oréliminaire. 



Vr TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS OUI ONf ECRIT SUR L ESTHETIQUE CHRET. 74 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

INS DIVERS AUTEURS DÔKT LES OUVRAGES ONT PLUS OU MOINS TRAIT A L^ESTHÉTIQUIÎ 
CHRETIENNE» EN CE QUI CONCERNE LA MUSIQUE, LA PEINTURE, 

LA SCULPTURE ET LARCHITECTURE. 



Adami (Ernest Daniel). Diaerimiiom MlosoptUi 
\itusieaU iur les beautés sublimet du emul dam lu 
cantiques du service divin, Leipsik^ 1750, in-i*. 

Alberiu>inc. -TàuM. Vart él ParchéologU en 
BMande, i vol. in-S", (chez Victor Didron, litNndiïe 
Archéologique, rue Haatefeuille, i5, à Paris). 

Alcuui. De musica » apud Gerbert. De uriptO' 
tibus ecdesiasticis, 

ALLim et GnEiaTiET, Aiicttfit Bourbonnais, 2 voL 
fn-fol. Desrosîers. 

Allou (Mgr). Notice sur la cathédrale de Meaux , 
î vol. in-«*. 

Ahgblis (Paul de). Descriptio et delineatio basilicm 
Sanetm^MariŒ'MajoriSy Roms, 1621, in-fol. 

Augeloni (Loui&). Livre sur la vie et lis ceuvrei 
«€ Guia'Arexxo, 1811, 1 vol. in-8\ 

Anndes archéoloaiques dirigées par M. Didron. — 
Collaborateurs : MM. Amé de Coussemaker, Carel, 
Félix Clément, de Guilhermi, Gaucherel» de Girar- 
ikM, Tabbé Jouve, Lemaiscred'Anstaing, A. Lenolr, 
la Fons de Méliquot, de Mellel (comte), de Roisin, 
Hamé, de Schnaase, de Soultrait, Tabbé Texier, 
F. de VerneKh, Vidiet Leduc, etc., etc., U beaux 
volumes in-i", avec de nombreuses et magnifiques 
gravures. 

Arinchi. Roma subterranea , novissima ; Rome , 
4651, in-foL avec planches. 

Art et archéologie en province. Revue dirigée 
par M. E. de Montlaur ; Moulins, Desrosiers. 

Artaud de Montoa. Peintres primitifs , Paris, 
Cbalamel. 

AuBER (L*abbé). Histoire de la cathédrate de Poi- 
tiers, 2 vol. \n^\ 

Augustin ( Saint ). Confessions » liv. tx , in-4*, 
1843. 

AuhAlien de Réomée. MAsicœ disciplina , apud 
Gerbert. 

AvzAG (Mme F. d'). Mémoires sur des statues 
mfmboliques de l'église de Saint-Dengs, in-S". 

B 

BÀim (ioseph). Mémorie storico- entiche, Rome, 
iSi8« 2 vol. in A\ 

Baebàt, Musart et de Barthéleht. Pierres 
Umbales du moyen âge en France^ 1 vol. in-foi., 
texte et planches, Viclor Didron. 

Bàrd (Joseph). Statistique générale des Basili- 
ques et du culte, dans la ville et la province ecclésias- 
isque de Lgon, 1 vol. grand in-S" avec planches, 
1842, ouvrage épuisé, matière de 4 vol. in-8*' de \n 
Kbrairie de PariSi 

Nouveau Guide d'archéologie Lugduno-Burgunde, 
Approuvé par NN. SS. les é\éques de Langreset de 
Dijon ; 2* édition, un fort vol. grand in-8* illustré, 
Lyon. 1847. 

Derniers mélanges de littérature et d'archéologie 
sacrée, approuvés par NN. SS. les évèques de Lan^ 
l^res, Metz, Strasl)Ourg ; 1 immense voL grand- 
raisin, matière de 4 vol. in-S** de la librairie pari* 
sienne, illustré, édition épuisée, Lyon, 1847. 

Teori^deir architettura Bizantina orientale nd 
Ponente, dal v* ai mu* secolo^ inclusivamente, spie- 
§ata co* monumenti di Ravenna, 1 vol. grand-rai- 
sin, Lyon» 1842, imp. de Louis Perrin. 

Lettres sur Vienne en Danphiné, brochure grand 
iil-^, Lyon, I83i^ imp. L. Perrin^ 



Revue basilicale de Borne, 1 vol. Irt-ll, 184& 
Monographie de Notre-Dame de Boura^n-Bresse^ 
2* édition, 1818, imp. Milliet-Bottier, à Bourg. 

Monographie de Saint-Maurice de Vienne, in-8*. 
Vienne, imp. Timon, frères, 1858. 

Monographie de Notre-Dame de /)d/f (Jura), dans 
la statistii^oe de rarrondissement de celle ville, plir 
A. Marquiâet , sous-préfet ; Dôle , 1841 , imp. 
Prudont. 

Archéologie de V insigne collégiale et du beffroi de 
Beaune, 1 vol. in-4* avec planches, Beaune, 1836, 
imp. B. Dejussieu, édition épuisée. 

Monographie de la basilique abbatiale de Saint* 
Philibert de Toumus, in-8'*, 1847, Lyon, imp. 
Gufot. 

Monographie de Saint-Vincent de Chaion et ée 
Notrè'Damede Beaune, iD-8*, Beaune, 1845, imp. B. 
Dejussieu. 

Journal d'un pèlerin, dans le 1*' volunle surtout, 
revue d*une foule de monuments bourguignons; 
1845. 

Monographie de la cathédrale de Mett, dans le 
vo|uilie publié p^r le congrès archéologique réuni 
dans cette ville en 1846. 

Monographie de Saint* Apollinaire dé Valence^ 
Vienne, 1853. 

Monographie de Notre-Dame des Doms d^ Avignon^ 
Marseille, 1855, Rev. méridionale, n* 4. 

Nécessité d'une réforme dans la décoration fixe et 

meuble des églises (in-i** 1845, Lyon, imp^ Guyoty. 

Bastard (Comte de). Reproduction des manuscrits 

de r abbaye de Saint * Martial de Limoges, plusieurs 

volumes in-folio. 

Batissier. Histoire de Car: monumental, grand 
in-8». 

Bernard (Saint). De cantu seu cotreclione anti- 
phonarii, 

Bertt. Dictionnaire de l" architecture au moyen 
Age. in-8% Dôrache, 1845. 

Biographie universelle de Michaud, Paris, 1810-- 
1840, in-8». 

Blaviniac. Histoire de l'architecture sacrée, danM 
les anciens évéchés de Genève, Lausanne et Sion^ 
1 vol. in-8'', chez V. Didron. 
BoissÉRÉE (Sulpice). Cathédrale de Cologne, in-4*'. 
BoLDEtTi. Osservazioni su i cimiteri di Santi-Mar^ 
fin, Rume, in-l'ul. 
BoMA (Jean^. De divina psatmodia» 
Bordes. Histoire des monuments anciens et mo- 
derues de Bordeaux, 2 vol. in -4**, Victor Didron. 
BoRGAETS (L*abbé) et Duval. Etudes sur le gra- 
duel de Reims, S vol. in-4*, Maliues, 185i. 
Bosio. Roma sotterranea, Rome, 163i, in-fol. 
BoiitE (L*abbé). Chasuble de saint Rambert, in-8'. 
BoiiRASSÉ (L^abbé). Les cathédrales de France^ 
1 vol. in-8^ 

Dictionnaire d'archéologie chrétienne,^ \o\. In -4% 

Migne. 

Archéologie chrétienne. Tours, 1840, 1 vol. in-8*« 

Bulletin archéologique , publié par le Comité 

historique des arts et des monuments, 6 vol. iii-8*. 

Bulletin mOndHental, dirigé par M.deCaumont, 

iO vol. in-8*. 

BuRNEt (Charles); Histoire générale de la musi' 

J}ue depuis les temps les plus reculés jusou'à nos 
ours, précédée d'une dissertation sur la musique awe 
ÊtUienSf Londres, 1 776-1 78d, 4 vol. in-4*. 



79 



TABLE ALPHABETIQUE 



«) 



Bozomiifemfi (De la). Hi$toire archiUeturaU dt la 
mlU d'OfUam, 2 vol. in-4*, Victor Didroo. 



Cahie» et Màrti!<. Vitraux de la ealkidrale de 
Bourges^ in-foL 

Cajiéto (L*abbé). Monographie de la cathédrale 
d'Aueh, inlî. 

CApROXffiEB, DE Keghel, etc. VUraux dé la cathé- 
drale de Tournai^ 4 yoL in-foL 

Cauiio5t (De). Coun d"" antiquités monumentales^ 
6 vol. in-9» avec 6 atlas ïu-A'. 

Statistique monumentale du Calvados^ A v. Id-8*. 

Abécédaire archéologique, i vol. in-S*. 

Chapvt. Vues fnttoresques des cathédrales fran- 
çaises^ 1823, iii-i», (texte de M. de Jolimont). 

Chateaubru:«d (F. pe ). Génie du christia- 
nisme. Les martyrs. Etudes historiques. 

Chobon et Adbien Lafate. Encyclopédie musicale, 
Roret, 5 vol. in 8^ 

CiAMFiJii. Vetera monimenta, Rome, 1690, in-fol. 

De sacris œdi/iciis a Constantino constructis ,' 
Rome, 1691 et i(>93. 

CiONACCi (Francesco). Dell* origine i progressi 
del canto uclesiastico, 1655, 10-8". 

Claib (H.). Les monuments d'Arles antique et 
moderne, Hi-8*. 

Cloet (L*abbé). De la restauration du chant litur- 
gique, iii-8''. 

CocBBT (L'ablié). Statistique des arrondissements 
d'Yvetot, de Dieppe, du Havre^ in-4*. 

CoBDiEB (L*abbéj. Lettres à Edouard sur les ca- 
tacombes romaines, 1 vol. iD-8^, 1854. 

CoucHAUD. Eglises byzantines en Grèce, 1 vol. 
grand in-4" avec planches, Victor Didron. 

CoussEMAKEB (Ë. de). Histoirc de l'harmonie au 
mouenàoê, 1 vol, in-l<*avecplancbe8, Victor Didron. 

Cbo9-Nâtbbvieillb. Monuments de Carcassonne, 
1 vol. in-8*. 

Cbosnieb (L*abbë). Iconographie chrétienne, 1 
vol. in-8*. 

CaozES. Notice sur la cathédrale d*Albi, in-8*. 

Cucherat (L*abbë). Cluny au xi* siècle, grand ïn-S". 



Danjod. Bévue de la musique religieuse, 4 vol. 
;bk8*, Paris, chez Blanchet. 

Dasst (L'abbé). Monographie de V église Saint- 
Antoine en Dauphiné, 1 vol. ln-8'', Victor Didron. 

Delamabbe (L'abbé). Essai sur la cathédrale de 
Coutances, grand ïn-É'*, Victor Didron. 

Delsaut. Monographie de Saint- J acques de Liège, 
In-fol. 

Dbschaiip de Pas. Essai sur le pavaae des églises 
antérieurement au^iy' siècle, 1 vol. iii4*', Victor Didron. 

DiDBON. Histotre iconographiaue de Dieu, in-^**. 

DiDBOM et DuBAMD. Munucl d'iconographie chré- 
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89 



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<5 



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in-8*. . 

WoiCEz (E.). Statistique monumemtale de Pancien 
Beauvoisis, 



Zardetti (Cari.). Monumenti Christiani, in-^* 
ZiTERMANN. De bosHicis, iu-4*. 



tamm 



DICTIONNAIRE 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE 



00 



DU BEAU DANS L'ART CHRÉTIEN. 



A 



ÀCCE^ 1 POETIQUE, ACCENT TONIQUE. 

oy. Tonalité. 

ACCORDS. Voy, ConsonnaKce. 

AGRICOLA. Compositeur du xv* siècle, 
élève d'Ockeghem. Voy. Musique. 

ALBl (Cathédrale d*] (76). Si dans notre 
France peu connue et si digne de Tètre, i I exis- 
te un chef-d*œuvre qui, à certains égards, n'a 
pas son pareil dans le monde ; ce cbef-d'œu- 
vre, c'est la cathédrale d'AIbi. Ce n'est pas 

2ue sous le rapport architectural , cette 
glise ne soit inférieure à nos plus renom* 
mées. On concevra facilement qu'il en 
doive être ainsi, en considérant qu il s'agit 
d'une vaste construction toute en briques, 
comme on en voit tant dans une région où 
il est impossible de se procurer drautres 
matériaux. C'est pourquoi, sauf un hardi 
clocher et un merveilleux porche dont nous 
parlerons plus bas, l'extérieur de la cathé- 
drale albigeoise n'offre qu'une grande et 
lourde masse d'une teinte rouge foncé, qui 
est celle de la brique exclusivement em- 
ployée à sa construction. Mais quand on 
pénètre dans l'intérieur de ce vaste temple, 
auquel prépare si peu la vue de Textérieur» 
on est saisi du contraste frappant qu'ofih'e 
' une immense surface recouverte dans tous 
les sens de riches et magnifiques peintures 
qui se déroulent aux regards encnantés de 
1 heureux spectateur d'une telle merveille. 
Et, comme ce genre de peinture est une des 
parties principales de la décoration de nos 
temples catholiques dont il relève si bien 
la beauté, nous devions, sous ce rapport, 
un article spécial à la splendide cathMraie 
d'AIbi. 

Ce fut une idée vraiment grandiose, que 
de concevoir et de réaliser sur une aussi 
vaste échelle cette magnifique ornementa.- 

(76) Située dans une belle plaine et sur une émi- 
nence dont la base est baisnée par les eaux du 
Tarn, la ville d'AIbi, nommée par les Romains Ci- 
vUà$ Albieniium, éuil de la première Aquitaine 

3ui avait Bourges pour métropole, et elle continua 
'en dépendre sous le rapport ecclésiastique, lors- 
qu'elle eut été dotée d'un siège épiscopal. Cet évè- 
chc était devenu de bonne heure un des plus riches 
de France. Le chapitre était composé de chanoines 
réguliers de Saint Augustin, cl ce fut le Pape Boni- 
face VIII qui le sécularisa en it91. I/évéché d'AJIii 
fut érige en archevêché en 1676. Par acte passe à 



tion. Ne f)Ouvant, à cause de l'imperfection 
des matériaux dont ils disposaient, élever 
une cathédrale comme celle de Chartres oa 
de Reims, les évêques et le chapitre d'AIbi 
voulurent que, par une riche compensation, 
la peinture murale étalât toutes «ses magni- 
ficences sur les parois intérieures de l'édi- 
fice, au point d'en métamorphoser complète- 
ment l'aspect. C'est {pourquoi ils étenairenl 
sur toute cette surface une immense couche 
bleu de ciel, sur laquelle les pinceaux les 
plus habiles delà France et de l'Italie de- 
vaient dessiner en compartiments harmo- 
nieux des milliers de figures célestes d'an- 
5 es, de saints, de saintes, éblouissante image 
es splendeurs du paradis. 
Mais avant de tracer une esquisse rapide 
de ce chef-d'œuvre d'iconographie cnré- 
tienne , nous ne saurions complètement 
omettre quelques-unes des parties princi- 
pales de l'édince, qui, au double point de 
vue de l'architecture et de la sculpture, ne 
le cèdent en rien à leurs analogues qu'oa 
ne se lasse d'admirer dans certaines de 
nos églises le plus en renom. Nous voulons 
parler du péristyle et du porche découpé 
de la srande porte latérale, non moins que 
du jubé et de tout l'ensemble du chœur 
merveilleux de. cette basilique. 

La cathédrale primitive, fondée sous le 
titre de Sainte-Croix, entre le palais des 
comtes d'Albigeois (aujourd'hui l'an^hevô- 
ché) et Ja métropole actuelle, avait pris« 
dans la suite des temps, le vocable de sainte 
Cécile, qui lui est resté. Plus d'une fois il 
avait été question de rebâtirent édifice sur 
des dimensions et avec une magnificence 
proportionnées à là richesse et à l'impor- 
tance de révôché et du chapitre, qui étaient 
des plus considérables de France. Divers 

l'archevêché de Paris, en 1675, l'archevêque el le 
chapitre de Bourges consentirent à ce eue l'Eslise 
d'AIbi, érigée en archevêché et déiachée de la métro» 
pôle de Bourges, jouit des mêmes droits ei préroga- 
tives sur les cinq évêchés <)ui étaient égalemet dé- 
tachés de cette vaste province, à savoir : Cahors, 
Rodez, Mende, Castres et Vabre, aux conditions que 
l'archevêque de Bourges prendrait 15,000 livres de 
revenu annuel sur cciiii de l'archevêché d'AIbi, d 
que celte séparation ne pourrait nuire ni préjudicier 
à la qualité de patriarche et de primat d Aquitaine, 
attachée au siège de Bourges. 



ALE 



D^ESTHETIQUE CHReTlENNE. 



ALB 



90 



legs avaient été Cails successivement, dans 
ce but, par les comtes d'Albigeois, ftar Ray- 
mond, comte de Toulouse, \iar Maifred, vi« 
comte de Narbonne, et sa femme Adélaïde, 
et par Traincavel, vicomte de Béziers, lors- 
que le cardinal Bertrand de Castapet, évo- 
que d*Albi, dans la seconde moitié du xiir 
siècle, dressa et réalisa, en partie, le plan 
de la nouvelle cathédrale, à laauelle il con- 
serva le vocable de sainte Cécile, et dont il 
fK>sa la première pierre le jour de TAssom})- 
tion, en 1282, à son retour de Rome où il 
était allé presser la canonisation de saint 
Louis. L'œuvre de Bertrand de Castanet fut 
continuée par Bérold de Fargis et Jean de 
ik)ya ses successeurs directs. £ii 1383, Guil- 
laume de la Voulte termina la dernière ar- 
cade du côté du couchant, et éleva le clo- 
cher au niveau de la toiture. L'église ne 
put être consacrée que le 23 avril 1480, et 
ne fut terminée qu'en 1512. 

La tour^ le pérUtyle et le porche de la 
grande porte latérale. — OEuvre de Louis 
d'Amboise, premier du nom, évoque d'Albi, 
la tour, construite en briques, comme le 
corps de l'édiGce, produit néanmoins un 
bel effet, è cause de son ampleur et de sa 
hauteur, qui est de 280 pieds, à partir de la 
base, et de VOO au-dessus du niveau du 
Tarn. Formée de plusieurs étages en re- 
traite, elle se termine par une plate-forme 
octogone. Elle est située à la partie occi- 
dentale de l'église tournée vers Torient, et 
y adhàre, mais sans porte d'entrée, contrai- 
rement è l'usage presque universel qui veut 
que la grande porte des églises orientées 
s ouvre au couchant. Ce qui paraît avoir 
déterminé cette disposition particulière , 
c'est l'intention d'établir au bas de Téglise 
un cbcDur spécialement destiné aux omces 
de la paroisse. Il existe, en effet, dans cette 
cathéarale, de môme que dans celles de 
Besançon, de Ma^ence, et quelques autres, 
aux deux extrémités de la nef longitudinale, 
deux chœurs qui se regardent, celui de la 
paroisse .et celui du chapitre. Il résulte 
d'une telle disposition, que la porte princi* 
pale doit ôtre nécessairement latérale h l'é- 
difice. C'est ce qui a lieu pour la cathédrale 
d'Albi. La Grande porte u'entrée, pratiquée 
au Hanc méridional de l'édifice, s'élève sur 
un vaste et beau péristyle, de forme carrée, 
où l'on arrive par un magnifique escalier à 
larges et nombreuses marches en pierres de 
laifle. Le porche extérieur qui la précède, 
et qui fut commencé par Louis d'Amboise, 
offre une ordonnance a laquelle rien, dans 
ce genre, ne saurait ôtre comparé. Il se 
compose de quatre grandes arcades è vide, 
fort élancées, surmontées d'un couronne- 
ment è jour. Que la sculpture flamboyante 
du IV* siècle (1^* moitié) a fouillé, ouvragé, 
contourné avec un art et une délicatesse 
incroyables. On comparerait cette œuvre 
étonnafite à un bijou finement ciselé, si ce 
n'était le grandiose de ses proportions qui 
offrent un harmonieux mélange de grâce et 
de majesté. Ce porche délicieux sert comme 
d'introduction à un autre chef-d'œuvre non 



moins admirable de sculpture ; nous vou* 
Ions parler du jubé et de Tenceinte du 
chœur au'il sé^>are dans la grande nef. 

Lejuhé et le ehceur, — Ce fut une idée 
véritablement belle et bien conforme è celle 

3ue les prophètes nous donnent de la pré* 
ication, (uie la création de ces ambons ou 
tribunes élevés primitivement dans la par- 
tie antérieure du sanctuaire, et du haut des- 
quels le diacre chantait Tévangile , et l'é- 
voque annonçait la bonne nouvelle du sa- 
lut. Ces arotons, dont plusieurs existent 
encore dans les anciennes basiliques, furent, 
au XIII* siècle, remplacés par les jubés, qui 
l'ont été à leur tour, maisdisgracieusement, 
quant è l'emplacement et quant è lalorme, 
par nos lourdes chaires à prêcher. L'on ne 
saurait trop regretter, au double point do 
vue liturgique et archéologi(|ue, la destruc- 
tion de la plupart de ces jubés, effectuée 
pendant le xviii* siècle, époque désastreuse 
pour nos monuments religieux. Parmi ceux^ 
en petit nombre, qui ont résisté au vanda- 
lisme des architectes soi-disant restaura- 
teurs, de ce temps-là, il n'en est point cer- 
tainement de plus remarquable que celui 
de la cathédrale d'Albi. Tout ce que l'ima- 
gination peut se figurer de richesses, disait 
M. RomaRnesi, dans son rapfiort au minis- 
tre des cuites (1832), n'approche point de la 
vérité. J'ai vu tout ce aui existe en ce genre, 
tant en France ({u' en Belgique et en Hol- 
lande : je n'ai rien vu d'aussi riche et d*un 
travail plus délicat. Des esquisses faites à la 
hâte, et môme les lithographies les plus par- 
faites peuvent b peine en*donner une idée. 
C'est le dernier gothique dans toute sa ri- 
chesse. 

Trois portes pratiquées dans le jubé, et 
remarquables par leurs fines et innombra- 
bles moulures conduisent de la nef dans 
le chœur. La magnificence de ce jubé, au- 
auel nul autre ne saurait ôtre comparét 
étonne l'imagination elle-môme. On doit en 
dire autant de toute la vaste enceinte du 
chœur qui n'en est en quelque sorte que la 
prolongation, et autour de laquelle on peut 
librement circuler pour en admirer le tra- 
vail aussi riche que délicat. Cette belle clô- 
ture, surmontée de panaches élégants, or- 
née de moulures et de statues de grand prix» 
donne au chœur, quand on le considère des 
tribunes supérieures» principalement de 
celle du fond , l'aspect d'un magnifique 
écran qui s'étale avec grâce dans la somp* 
tueuse basilique. En faisant extérieurement 
le tour de cette magnifique clôture» on y 
admire soixante et douze belles statues de 
grandeur presque naturelle, qui représen- 
tent les grands et les petits prophètes ainsi 
que les femmes célèbres de l'Ancien Tes- 
tament ; on a réservé pour l'intérieur , 
comme la partie la plus digne, les statues 
des apôtres et celles des anges musiciens 
qu'on voit au dossier des stalles canoniales 
et qui sont ravissantes de forme et d'ex- 
pression. Tout, dans ce vaste intérieur du 
chœur, pavé, boiseries, ornements, est en 
rapport avec la magnificence de Tédlûce ; on 



91 



ILE 



DICTIONNAIRE 



ALB 



92 



ii*y désirerait (}u*un maltre-autel gothique 
au lieu de celui tout moderne qoe le mau- 
Tais goût du xYiu* siècle a substitué à fan- 
eien. Hais ce sont les peintures de la voûte 
et des chapelles qui font la principale beauté 
de la cathédrale albigeoise. Elles vont 
maintenant absorber notre attention. 

Peintures. — C'est le plus grand ouvrage 
h fresque qui ait jamais existé. 11 sufQt pour 
s en convaincre, d'observer que la cathé- 
drale d*Albi est un vaste édifice, à une seule 
nef, qui présente une longueur dans œuvre 
de dm pieds, une largeur de 54 pieds pour 
la nef, et de Sk avec Tes chapelles, et une 
hauteur de 92 pieds 6 pouces, sous clé de 
voûte, ce qui donne un ensemble de dimen- 
sions supérieures à celles de Tancienne ca- 
thédrale de Vienne en Dauphiné (77). Ce 
vaisseau, dont les voûtes sont arc-boutées 
par des contreforts en tambour peu saillants, 
otTre cette particularité, qu'à l'instar des 
églises d'Espagne, il n'a ni croix ni bas cô- 
tés, ce qui le fait paraître encore plus long 
et plus élevé qu'il ne l'est réellement; dans 
tout son pourtour intérieur règne une ga- 
lerie fort simple courant au-dessus des ar- 
cades de ses nombreuses chapelles oui sont 
elles-mêmes entièrement peintes à la fres- 
que» comme tout le reste de l'édifice. La 
grande voûte est toute ogivale, et ses arê- 
tes encadrent heureusement les divers su- 
jets représentés sur cette immense surface, 
qui n embrassent rien moins que la des- 
cription par ordre chronologique, à partir 
du bas de l'église, des principaux person- 
nages de TAncien et du Nouveau Testa- 
ment. « Des arabesaues peintes en blanc et 
rehaussées d'or, présentent aux yeux ravis 
le type de la grâce et du bon goût, des for- 
mes enchanteresses et un contour non 
moins pur qu'élégant. Des anges s'y balan- 
cent dans des enroulements de feiHllage ; 
les patriarches, les prophètes, les saints, les 
vierges, les martyrs, se détachent de ces 
arabesques sur ces voûtes étincelantes d'or 
et d'azur. Le stvle du dessin, le jet des dra- 
peries, la simplicité des poses de ces pein- 
tures magnifiques, tout annonce en elles 
l*école italienne, à l'époque de sa glo'.rc 
^78). » La louche qui y domine est celle de 
l'école de Pérugin, ce maître de Raphaël, . 
c'est celle, par conséquent, ou à peu près, 
de la première manière du célèbre peintre 
d'Urbin, la plus belle, la plus parfaite, au 
point de vue de l'esthétique chrétienne. 
Aussi, les formes des loges du Vatican, que 
nous avons visitées, ne nous paraissent 
point supérieures à celles moins connues 
et bien plus grandioses d'ailleurs comme 
dimension, de la cathédrale d'Albi. Que ces 
peintures soient, en bonne partie, sinon en 
totalité, d'artistes italiens, c'est ce que ren- 
dent plus vraisemblable les rapports fré- 
quents des évoques fondateurs de la basili- 

(77) Cette belle église, à trois nefs, dont la prin- 
cipale était jadis occupée par un jubé, a dans œuvre, 
VS81 pieds de longueur, et 80 pieds de hauleur, sous 
clé. ba largeur intérieure est de 107 pied», et sa lar- 



que albigeoise avec cette région, et surtout 
l inscription suivante qu'on lit encore dans 
les deux premiers compartiments des tri- 
bunes de droite, en se dirigeant vers le 
chœur : Franciseus Doneta^ pictor Uatus^ 
de Carpa^ fecit. « On est étonné de leur 
fraîcheur et de leur conservation, dit l'au- 
teur de la nouvelle et intéressante mono- 
graphie de la basilique. Cet immense tra- 
vail, commencé en 1502,- par Louis d'Am- 
boise, deuxième évoque de ce nom, fut 
continué et achevé en 1510, par Charles 
Robertet, son successeur.... La voûte est 
parsemée de médaillons et de tableaux ; on 
y voit la suite des patriarches et des pro- 
phètes, c|ui se termine par la figure de Jé- 
sus-Christ tenant le livre ouvert des Evan- 
giles où se trouve l'accomplissement de 
cette ancienne loi ; viennent ensuite les 
saints et les martyrs de la loi nouvelle. Ou 
y a entremêlé de temps à autre des figures 
symboliques, telles que les Vertus, la Théo- 
logie, la Musique personnifiée, des écus- 
sons et des emblèmes religieux (voir la 
Description naïve de l'église Sainte-Cécile, 
de 1684, à la bibliothèque d'Albi). Que l'on 
se représente, dit M. du Mège, les voûtes 
d'un temple qui a plus de 300 pieds de lon- 
gueur, qu'on en calcule les courbes et les 
développements ; qu'on étende sur le*tout 
une teinte d'azur ; que sur ce fond, dont la 
couleur éthérée parait doubler la hauleur 
de l'édifice, on retrace par la pensée ces 
tortueux rinceaux d'acanthe, ces enroule- 
ments gracieux que l'on admire dans les 
palais de la belle Italie, que ces arabesques 
délicates empruntent à l'albâtre sa blancheur, 
et qu« l'or seul en rehausse les élégants 
contours ; que des êtres célestes se jouent 
dans les feuillages ; que les prophètes, les 
vierges, les saints y soient représentés, que 
la pureté du dessin, la simplicité des poses 
annoncent l'école de Raphaël et rappellent 
les fresaues du Vatican, que l'or brille par- 
tout, qu il étincèle sur lazur, qu'il forme 
les nervures des voûtes et les principales 
lignes architecturales, et l'on aura une idée 
imparfaite encore de l'ensemble magique 

3ue présentent les somptueuses voûtes de 
ainte-Cécile. » « C'est un monument à 
Eart, » dit M. de Chateaubriant, « auquel sous 
eaucoup de rapports nul autre ne peut 
être comparé. Son architecture est cnar- 
mante, et ses peintures, au-dessus de tout 
ce qui existe en c^ genre ; ce n'est pas seu- 
lement une église, (yest encore un admira- 
ble Musée. » 

Dans cette cathédrale qui porte depuis si 
longtemps le vocable de Sainte-Cécile, la 
peinture, ainsi que les autres arts, a large- 
ment payé son tribut à 1& reine de l'harmo- 
nie. L'apothéose de cette patronne de la 
musique y est retracée en plusieurs en- 
droits, et notamment à la grande voûte où 

geur extérieure, de iii pieds, 

(78) Guide du voyageur en France. (Firmin IHdol 
18S8.) 



« 



ALL 



D ESTRETIQUfi C&RETI£NNNE. 



ALL 



^ 



la sainte e$tre(>résenté6 sous les plus beaux 
traits» dans l'attitude d'une douce et ravis- 
sante extase, entourée d'anges musiciens 
qui semblent se jouer dans les étinceiantes 
arabesques dont la voûte est semée. Les fi- 
gures des autres vierges-martyres, telles 
que sainte Catherine» sainte Agathe, sainte 
LHcie, ne sont ni moins belles, ni moins 
expressives, et même du pavé du temple, 
le spectateur peut sans effort distinguer 
leurs regards si doux, si pénétrants, qui 
semblent toujours dirigés vers lui. Le buffet 
du grand orgue établi au bas de l'église au- 
dessus de la voûte du deuxième cnœur est 
orné de la statue de la sainte et de celles 
d*un grand nombre d'anges et d'autres per- 
sonnages tenant des instruments de musi- 
que à Ta main. Enfin, sur la plate-forme du 
magnifique jubé on remarque des pupitres 
constamment dressés. Ainsi, tout annonce 
que ce temple, dédié sous l'invocation de 
la patronne de la musique, est, par excel- 
lence, le temple de l'harmonie sacrée. Jadis 
la fête de Sainte-Cécile qu'on y célébrait 
avec beaucoup de pompe, attirait tous les 
ans à Albi, des divers points du Languedoc 
une foule de musiciens qui venaient se join- 
dre aux amateurs de la ville pour y honorer 
par un erand festival leur commune pa- 
tronne. Ils étaient largement indemnisés 
parle chapitre de leurs frais de voyage et 
de séjour. Alors le clergé pouvait beaucoup 
dans l'intérêt des arts, parce qu'il dispo- 
sait d'abondantes ressources pour t;elâ. 11 
n'a point manqué, tant s'en faut, èuneaussi 
noble mission ; et lorsque le philosophisme, 
avec son ignorance ou sa mauvaise foi, lui 
demandera compte de sa gestion, (redde ra- 
tionem viUicationii iuœ) il n'aura, pour toute 
réponse, qu'à lui montrer ces- splendides 
monuments dont il a couvert le sorfrançais, 
el dont les maçnifiques restes font encore la 
gloire la plus belle, la plus pure, de notre 
pays. Foy. Expasssioii , Catagoiibbs , Dbs- 
8», Psiutobb. 

ALCUIN. Aumônier de Cbarlemagne, au-, 
teur d'un Trai$é $ur Ui huit ions tTéglise. 
Voy. ToNALrri. 

ALLEGORIE. Plus ou moins familière à 
l*homme qui aime à symboliser les pensées 
que lui retrace son esprit et les sentiments 

Sue lui révèle son cœur, l'allégorie est tin 
es éléments les plus féconds du beau dans 

n9iHUloiredelapeinturê chrétiettne,au moyen âge. 

(90) On voit des exemples de celte manière de 
représenter Jésus-Cbrist, sur un dyptique d'ivoire, 
sculplé, selon toute apparence, vers le septième ou 
le huitième siècle, et publié par Gori, etc. etc. 
Cest par eitension du même principe, que les pa- 
Irlarcnes, les prophètes et les apôtres étaient quel- 
quefois peints jeunes et sans barbe. 

(81) Parmi les monuments de sculpture où est 
représenté le Bon Pasteur, je citerai de préférence 
coinme les plus remarquables pour le mérite de la 
pose et de rexécution, ceux qui ont été publiés par 
Bosio, pag. 59-5i3; par Aringhi, tom. 1, pag. 291- 
619, et tom. II, p. i43-267; parmi les peintures, 
celles qu'on trouve gravées dans Bosio, p. 307-527, 
ri dans Aringhi, tom. U, pag. 25-303. Ces peintures 



les arts. Bile élève, elle ennoblit la nature 
physique, en la spiritoaiisaot; elle offre de 
plus 1 avantage de ne montrer que par des 
signes les objets qu'on ne veut révéler qu'à 
un petit nombre d'initiés. C'est principale- 
ment sous ce dernier rapport, que les artistes 
chrétiens primitifs affectèrent le symbo- 
lisme à la peinture et à la sculpture. Ils re- 
Srésentèrent Dieu et sa puissance sous* la 
gure d'une main sortant d'un nuage ou d'un 
rayon qui descendait du ciel. Ce ne fut que 
plus tard qu'on se hasarda à peindre « l'An- 
cien des jours » tel qu'il avait apparu à Da- 
niel, sous les dehors d'un vieillard majes- 
tueux, assis sur des nuages, débrouillant le 
chaos et faisant jaillir la lumière du sein des 
ténèbres, t Tantât, « dit Emeric-David (79), 
en parlant des peintres du iv*au vi' siècle, 
« pour rappeler la divinité de Jésus-Christ, 
ils nous peignent un adolescent doué d'une 
grâce et d'une beauté immortelles, foulant à 
ses pieds nus le lion et le dragon (80); tan- 
tôt, pour honorer sa mission, sous 1 emblème 
du bon Pasteur, ils le représentent comme 
un jeune berger, sans barbe, d'une taille 
élégante, portant sur ses épaules la brebis 

3ui s'égare (81); ou bien sous l'emblème 
'Orphée, ils le peignent assis au haut d*une 
montag^ne, un instrument de musique dans 
ses mains, entouré d'animaux cruels, qu'il 
charme par la douceur de ses accents. 
« Cette image d'Orphée entouré d'animaux 

Ju'il charme par ses accords, fut employée 
ans les peintures chrétiennes les plus an- 
ciennes, comme un emblème de la mission 
de Jésus -Christ. (Eus. Laud. Constant. ^ 
1. XIII, c. 25. — Aringhi, I. vi, c. 21, etc.) 

« Cet Orphée allégorique est représenté as- 
sis, coiffé d*un bonnet phrygien et jouant de 
la Ivre. C'est ainsi qu'on le voit dans Bosio 
(p. 239, 255), et dans Aringhi (tom. I, p. 527, 
563). Les gravures publiées par ces deux 
antiquaires sont faites d'après les peintures 
du cimetière de saint Calixte. Elles sont du 
même style et très-remarquables oar leix* 
élégance. On voit dans l'une d'elles, au- 
dessus d'Orphée, Timagedela Vierge tenant 
l'Enfant Jésus sur ses genoux : ce fait an- 
nonce que cette peinture est postérieure à 
l'an 431. Nous lerons remarçiuer tout à 
l'heure que les peintures des cimetières de 
saint Calixte, de saint Marcellin, etc., ne da- 
tent pas toutes de la même époque. C'est en 

sont des iv*, v* et vi* siècles. Elles existent en- 
core à Home, dans les catacombes de Saint-Callixte, 
de Saint-MarcelUn, de Sainte-Agnès, etc. 

Le Bon Pasteur tient souvent en main une flûie 
à sept tuyaux. Quelquerois il est représenté comme 
un nomme de quarante à cinquante ans, avec U 
barbe, mais ces exemples sont rares. (Bosio, p; 
ÎÎ3.— Aringhi, lom. II. p. 189.— Boldetti, p. 200.) 
Il est presque toujours jeune et sans bart)e. Les 
chrétiens peignaient déjà Pimage allégorique du Bon 
Pasteur sur les calices employés au saint sacrince, 
et même sur leurs verres a boire, à la fin du se- 
cond siècle de TEglise, dans le temps de TcrtuUien. 

De pudicitia, c. 8 et 10— Aringhi, t. XI, 18, tom. 

1, pag. 51.) 



1 



95 



ALL 



MCTIONNAIRE 



ALL 



M 



ivirlant de celles dont il s'agit ici, gai sont 
l'es plus anciennes, que Boldetti a dit : Elles 
sont bonnes, sinon excellentes. Suone^ te 
non excellenii. Ce savant les croyait du temps 
de Néron (Osterv. §opra ctm. de S. Mart.j 
I. I9 p. 5, c. 18)9 ce qui me paraît une er- 
reur. 

« Des allégories éffalemont ingénieuses et 
intéressantes rappellent, en le voilant, le 
double mystère de la mort et de la résurrec- 
tion du Sauveur. Nouveau Daniel, Jésus est 
entièrement nu parmi des lions, dont sa grAce 
naissante a désarmé la férocité (82) ; nou- 
veau Jonas, il est dévoré par la baleine qui 
doit le rendre à la lumière dans trois 

{'ours (83); agneau soumis et éclatant de 
>]ancheur, il expire au pied d'une croix, 
Ju'il arrose de son sang (84); phénix ra- 
ieux, vainqueur des esprits de ténèbres, il 
s'élève dans les airs ou se pose à la cime 
d*un i)almier, emblème de sa victoire (85). 
S*agit-il de peindre les miracles de rHomme- 
Dieu? les artistes, voulant exprimer sa puis- 
sance surnaturelle, le représentent encore 
comme un beau jeune homme sans barbe, 
qui tient un sceptre ou une baguette dans 
ses mains; c*est ainsi qu'ils nous Tof- 
freut, multipliant les pains, guérissant le 
paralytique, ressuscitant Lazare, et même, le 
sceptre seulement excepté, entrant en triom- 
phe dans Jérusalem, ou comparaissant de- 
vant Pilate (86). Malgré l'incorrection du 
dessin, on croit voir que dans ces occasions 
les artistes grecs ne craignaient point de 
consulter les beaux ouvrages de leurs an- 
cêtres ; ils semblaient du moins n'avoir to- 
talement oublié ni les proportions ni les 
t)oses faciles des chefs-d*Œuvre honorés dans 
'antiquité. » 

On a de la peine à détacher ses regards 
de ces sujets primitifs et allégoric|ues de l'art 
chrétien, si fidèlement reproduits dans les 
belles gravures d'Aringhi et des autres an- 
tiquaires que nous venons de citer. Cette 
expression antique de l'art qui s'essaye à 

(S2) Bosio, p. 235 387.— Arînghi. toin. I, pag. 
543, 567 ; lom. il, pag. 405-199.— Dans toutes cea 
peintures, Daniel est eniièrement nu et tient les 
bras en croix. On le trouve vêtu, sur un sarcophage 
publié par Cianipini, {De $acri$ œdif.^ tab. nu 
p. 14.) 

(83) Bosio, p. Î25449.— Aringbi, tom. I, p. 539; 
toin.ll, p. 71, 91, 97, 105.— Jonas est toujours nu; 
il est quelquefois représenté avec la barbe, mais ra- 
rement. Bosio, p. 289. — Aringhi, tom. i, pag. 617; 
lom il, p. 331. 

(84) Casali, De vet, saer. Christian, rit. part. 1, 
c. 1, 0. 3. — Ciampini, Vetera montm., c. 25, tom. 1, 

(S^ Casali, loco cit, pag. 5. — Aringhi, tom. I, 
pas. 295.— Ciampini, Vêlera monim.^ c. 8, tav. 16; 
c. 29, Uv. 47, c. 27, tav. 52; tom. Il, p. 61, 162. 
Toutes ces mosaïques subsistent. Celle de sainte 
Praxède, que Ciampini donne à la pag. 148, a été exé- 
cutée vers l*an 818; le Phénix y est représenté avec 
une auréole. Celle de saint Cônie et saint Damien 
qu*on voit à la page 61, date de fan 350 ou environ. 
Le Phénix y est peint dans les airs; sa tête étincelle 
de neuf rayons. 

(86) Aringhi, tom. I, p. 289,295; lom. Il, p. 59- 
159. — Biionarotti, Yati antichi di rétro ^ tuv. 7, 



devenir chrétien ; cette transition de Tuo k 
l'autre , qui se révèle graduellement aux 
yeux de 1 ot>servateur9 est pour lui du plus 
vif intérêt, sans parler de cette grâce naïve 
et touchante que le génie» déjà spiritualisé* 
des peintres catholiques a imprimée à leurs 
compositions primitives. 

« Les portraits de Jésus-Christ, » continue 
Emeric-David, « offrent un autre caractère. 
Dans cette sorte d'images, où généralement 
l'allégorie dut cesser, la beauté du Christ 
s'évanouit presque toujours avec elle. C'est 
l'opinion de Tertullien, de saint Basile et de 
saint Cyrille, qui paraît avoir dirigé la main 
du sculpteur et du peintre. Quelquefois les 
traits conservent une sorte de grandeur; 
mais ce mérite est rare ; plus souvent ils se 
dégradent; les sourcils s'arrondissent, la 
tête s'allonge, elle devient maiçre et même 
triste et vieille (87). Ce n'est point ici Teffet 
de l'ignorance ou ou hasard. Les artistes ont 
été évidemment conduits parleurs opinions 
religieuses ; on n*en peut douter, puisqu'on 
voit fréquemment dans le môme monument, 
d'un cdté, le bon Pasteur, Jonas ou Jésus- 
Christ même opérant des miracles, représen- 
tés jeunes, ornés de toute la beauté où l'art 
pouvait atteindre , et de l'autre, Jésus; qui 
prêche devant ses disciples, portant la barbe» 
maigre, bien plus Agé que les traditions de 
l'Eglise ne l'enseignent, dénué entin Je tonte 
grâce et de toute muesté (88). 

« Lorsque le concile Quinuexi.f tenu à 
Constantinople en 692, ordonna de préférer 
la réalité aux images, et de montrer le Christ 
sur la croix. Aniiquai ergo figuroê et um-" 
braSf ut veritatie eigna et emracteret Eceltêim 
traditoê, amplectentee^ gratiam et verilatmn 
proponimut, eam ut legis implemenium «MCJ- 
pientee, Jtaque jubemus^ etc. {ConeU. 

?minitext. in TruUo^ can. 82.) L'esprit d'aï- 
égorie, malgré ce décret, ne s'anéantit poim 
entièrement. Le génie des Grecs semblait se 
refuser à peindre Jésus-Christ couronné 
d'épines, percé d'un coup de lance, époisé 

p. 51, etc. — Quelquefois Jésus-Christ est repré- 
senté opérant des miracles, vieux et une baguette à 
la niaiii. (Aringhi, tom. H, p. 329, 353.) QuelqM- 
fois aussi, on le voit préchant, au milieu de ses dis- 
ciples, jeune et sans barbe. (Aringhi, tom* I, a. 
377-321.) 

(87) Annghi, lom, 1, p. 295-307. — Clam|M, 
Vet. manim., t. H, tav. 27, p. 102. — id*, ùe mkt. 
œdif., tav. 15, p. 42; Uv. 14, p. 49 ; tav. 30, p. 131, 
— On peut consulter les médailles grecques où ta 
représentée la tète de Jésus-Christ. Elles soni en- 
vers dansDuCau^e, Famil, aug, Byzant, p. 116-131. 
— Parmi les anciens portraits de Jésus-%hrist qM 
les artistes ont dû considérer comme des tTpes ori- 
ginaux, il faut compter encore celui que I on ei|^ 
serve à Rome dans la chapelle de Saint-Jein4e-idi- 
tran, dite Sancta sanctorum. Il est gravé, aitift pei 
fidèlement, dans Thistoire de cette chapelle'iioiM 
par Marangoni, ainsi que dans les NoitziàeéellÊm^ 
cre teste de SS. apostoli Pietro et Paolff^ du lavviC 
Cancellieri. M. Renou a gravé danssi^ fûffeigt^S* 
gtfpte (pL 110) une tête syrienne, dessinée sur li 
nature, où il croit avoir retrouvé & peu près letyis 
que la plupart des artistes du moyen kge ont safd 
et enlaidi. 
^ (8ï<) Voy, 1c sarcophage de marbre du v* siècle 



fî 



ALL 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



MU 



98 



par Fagonie. Les Latins eux-mêmes, qui 
connurent plustdtque les Grecs ces peintures 
loçubres, paraissent ne les avoir adoptées 
qu i regret. Longtemps encore, après avoir 
peint Jésus souffrant, ils le re()résentèrent 
sur la croix, jeune, sans barbe, inaccessible 
i la douleur, coiffé d*un bandeau royaU 
d*une mitre ou d'une tiare, et quelquefois 
même assis au milieu de ce bois mystérieux, 
eomme sur un trAne (89). 
^ « Hais peu è peu les peintures chrétiennes 
s^approcbèrent davantage du genre histori- 
que. Souvent Tallégorie se confondit si bien 
avec l'histoire, qu on ne la distingua pres- 
que plus. Cette erande révolution, gui devait 
enfin conduire à un nouveau perfectionne- 
meni, ne servit pendant longtemps qu'à dé- 
gjrader la figure du Christ. Les peintres 
s'attachèrent à exprimer dans les traits du 
Sauveur crucifié les effets de ses souffran- 
ces; et, incapables d'apprécier les difficultés 
de ce genre d'imitation, ces dessinateurs 
ignorants enlaidirent de plus en plus l'hom- 
iBe-Dieu, en croyant donner à son visage 
une expression vive et touchante. » {Voir les 
crucifix publiés par Gori, Vet. dipt., t. III, 
tav. 16 et 17, pag. 116 et 265, etc., etc.) 

Quelques mots sur ces dernières réflexions 
du savant et judicieux historien de la pein- 
ture chrétienne pendant le moyen Age. Ce 
n'est pas de prime-saut qu'on a jamais at- 
teint la perfection dans n'importe quelle 
branche de l'art. Les peintres grossiers, dont 
il est ici question, ouvrirent, peut-être sans 
s'en douter, une voie divine à la peinture 
hiératique, en s'attachant à ce nouveau genre 
d'expression à la fois humaine et divine dans 
les souffrances de l'Homme-Dieu. Dans cette 
nouvelle phase de l'iconographie chrétienne, 
le génie mystique des peintres vraiment ca- 
tholiques s'éleva graduellement jusqu'aux 
dernières limites, en quelque sorte, d'un- 

Penre de beauté surhumaine, ineffable, que 
art antique n'eût jamais soupçonné, et son 
point de départ ne fut et ne pouvait être 
que les naïfs et incorrects essais des peintres 
dont il vient d'être parlé. 

Ici nous quittons le domaine de l'allégorie 
pour entrer dans un nouvel ordre de types. 
IVoir ee mot et ceux J&sus-Christ, Vierge 
Maeib, etc.) 



ALLEGRl (Gregorio). Célèbre composi- 
teur de l'école romaine. Voy. Musique. 

AMBROISE (Saint). Restaurateur du chant 
liturgique. Foy. Chant liturgique. 

Ambroise de Lorrenzo, peintre Siennois. 
Pot/ Peinture 

AMëTHYSTE. Couleur symbolique. Voy. 
Couleur. 

AMIENS (Cathédrale d*). L'origine de 
cette grande et ancienne ville, autrefois capi- 
tale de la Picardie, se perd dans la nuit des 
âges. Elle s^appelait Samarobriva, du temps 
de Jules César, oui y tint une assemblée 
générale des Gaulois. Elle fut embellie par 
Antoine et Marc-Aurèle , et considérée dès 
lors comme une des plus importantes cités 
de la Gaule Belgique. Tombée successive- 
ment au pouvoir des Gépides, des Alains, 
des Vandales et des Francs , elle fut dévas- 
tée par Attila, pendant le règne de Mérovée 
qui y avait été proclamé roi et porté à son 
trône sur un bouclier. Les Normands la 
brûlèrent trois fois. Elle eut beaucoup à 
souffrir des Impériaux qui, sous François I" 
et Henri II, cherchèrent, mais en vain, à 
s'en emparer. Ses habitants embrassèrent 
avec transport l'umon éminemment nationale 
et catholique qu'on appela, à siiuste titre, la 
Sainte Ligue, et qui plus tard a été calomniée 
par l'ignorance ou la mauvaise foi. On sait 
par quel stratagème, après s*6tre soumise à 
Henri IV, elle fut prise par les Espagnols. 
Henri IV ne la recouvra qu au moyen d'un 
siège long et dispendieux. ^ 

Amiens , aujourd'hui ville de 52, U9 ha- 
bitants (90), est baignée en partie par la 
Somme qui, dans l'intérieur delà cité, se 
divise en onze canaux. Extérieurement, le 
canal formé par cette rivière contourne au 
nord de remarquables boulevards qui, sur 
une étendue de 5 kilomètres, ceignent la 
ville dans toute sa circonférence. 

Mais, la merveille d'Anâens, c'est sa ma- 
gnifique cathédrale, chef-d'œuvre de l'archi- 
tecture ogivale, dont les premiers fonde- 
ments furent jetés en 1220 durant l'épisco- 
pat d'Evrard de Fouilloy, et sous la direc- 
tion de Robert de Luzarches, ainsi nommé 
du lieu où il était né. En 1288, TédiOce 
sauf le haut des tours (91) qui flanquent le 
portail, était entièrement terminé. 



qtt*ao croit être celui d*01ybrius et de Julienne sa 
trmoie, dans Ariughi, tom. I, p. 30i, 505, et dans 
Boiuri. (Aom. lolfer., tav. 25 et 26, p. 99.) — On 
fcoi remarquer ceUe différence sur la même face 
du même monument, dans Aringlii , ib., p. ^S-299. 
— L*idée de peindre Jésus-Christ vieux dans ses 
portraits petit avoir pris sa source dans i*opinion de 
aainl Irénce, qui croyait que le Sauveur était mort 
k%t de prés de cinquante ans. (S. Iren., Contra hœ^ 
^et., 1. If, c. 22, p. 147, 148.)~Touii*s ces choses, 
a« snrphis, durent varier durant tout le cour*» du 
moyea ^ge, suivant les opinions religieuses des ar- 
tistes ou celles des supérieur» ecclésiastiques qui 
les dirigeaient. La laideur du Christ pouvait être 
«ne allq^rie, de même que sa beauté; elle pouvait 
être le symbole de son mépris pour les grandeurs 
kinmaines, de sa descente dans le tombeau, etc. 
C e»t en ce sens que quelques docteurs ont cru re- 



connaître Jésus-Christ dans un emblème égyptien 
représentant un hibou qui porte une croix sur la 
tête. (Factui tnm sicut nycticarax in domicilio.) 
(P$al, Cl, 1,) Jacub. Bosius,/>e triumph, crue, 1. v, 
c. 10, p. 472. — Casali, p. il. 

(89) Casali, p. 2. — Ant. Bos., p. 581. — Arin- 
gbi, tom. Il, p. 555. — Ciampini, Veter, monint., 
tom. 11, tav. 15, p. 48. — Gori, De mitra, cap. Jei^ 
Chri$U crucifix., c. 1, § 5 et 5 ; c. 8, } 2 et 8 : Iti 
êymb. litt, med, ro., tom. Ul, p. 96 et seq., p. 176 
et seq. 

(90) Ce chiffre est celui du dernier recensement 
oniciei de la population de la France. 

(91) On pense que celte partie ne fut construite 
que vers Tan 1590, par Pierre Largent, maître des 
ouvrages de Téglise d'Amiens, après Thomas et Re- 
nault de Corroont, qui avalent eux-mêmes succédé 
à Robert de Luzarches. 



89 



AMI 



DICTIONNAIRE 



AMI 



leo 



Les deux plus belles cathédrales gothi- 

Îues sont, à mon avis, Reims et Amiens ; 
eims, pour son extérieur, et Amiens, pour 
son intérieur, ce qui ne veut pas dire quô 
l'intérieur de Reims ne soit réellement beau, 
et l'extérieur d'Amiens, disne de toute notre 
admiration. Peut-être faudrait-il ajouter que 
la cathédrale de Chartres, est celle qui ré- 
sume le plus Qdèlement la beauté intérieure 
d'Amiens et la beauté extérieure de Reims, 
et qu'à ce titre elle mérite, en somme, d'oc- 
cuper le rang le plus élevé. Cest d'ailleurs 
celui que plusieurs de nos archéologues lui 
ont assigné, en l'appelant le Parthénon du 
moyen âge. (92) Quoi qu'il en soit, ces trois 
merveilleuses basiliques brillent parmi leurs 
sœurs d'un si grand éclat, que l'ami de l'art 
chrétien aprèsles avoir tour à tour étudiées, 
n'éprouve pas un médiocre embarras pour 
les classer, selon leur mérite, et, qu en der- 
nière analyse, le sentiment qui finit par do- 
Hiiner chez lui et par absorber tous les au- 
tres, c'est celui d'une profonde et indicible 
admiration. 

Dans l'impossibilité où nous sommes de 
donner de la cathédrale Amiénoise une des- 
cription en forme, qui comporterait tout un 
volume, nous nous bornerons à faire res- 
sortir dans ce Dictionnaire, les principaux ca- 
ractères de beauté naturelle et surnaturelle 
que nous révèle, tant à l'extérieur qu'à l'in- 
térieur, cette merveille du style ogival. 

Commençons par le grand portail, l'un 
des plus vastes que l'on puisse voir. Formé 
de trois porches ornés d'un çrand nombre 
de statues, de bas-reliefs et d autres sculp- 
tures d'un goût pur et sévère, il en impose 
è l'observateur le moins impressionable par 
l'élégance, la majesté, l'harmonie de ses li- 
gnes et de ses nobles proportions. C'est 
pourquoi, il présente un ensemble dont le 
caractère est facile à saisir, malgré les dé- 
tails infinis de sculpture dont-il est parse- 
mé» ces détails concourant tous admirable- 
ment à l'effet général. Cette ré'flexion s'ap- 
plique du reste, à tout l'édifice. Il en est 
f>eu de ce genre qui offreà un si haut degré, 
a variété dans l'unité, et la grandeur mo- 
rale qui en résulte nécessairement. Mais 
à la grandeur morale vient se joindre la 
grandeur physique dans un temple, qui 

Far ses vastes dimensions, présente au loin 
aspect d'une montagne de pierre ouvragée, 

(92) La cathédrale de Chartres, dit M. A. Reis- 
chenperger, est, comme ensemble, le monument le 
plus magnifique que j'aie jamais admiré, et je crois 
avoir vu en ce genre, loul ce qu'on vante le plus. 
Ce peuple de siaïues et de figures, cette structure 
gigantesque seraient écrasants, si cela n'exhalait 
pas J4( ne sais quel parfum de sainteté et d'harmo- 
nie surnaturelle. En regardant ces portails, les ca- 
tacombes de Rome me sont involontairement reve- 
nues dans la mémoire, et j'éprouvais le même sen- 
timent que si les saints qui les gardent étaient cou- 
chés dans les sépulcres des premiers martyrs. 
{L'Art et t Archéologie en Allemagne; Annale$ ar- 
chéologiques, tom. aIII, 1853.) 

(93; Voici les principales dimensions de l'édifice: 
loiignenr dans œuvre, i34 mètres 80 centimètres ; 
hauteur sous clef de voûte, 44 mètres, y compris la 



de la base au sommet, ait centre dé la ville 
qu'elle domine de toute sa hauteut*. (93J 

Le porche du milieu, appelé dii « baii- 
veur« » ou, mieux encore, du « beau Dieu 
d'Amiens, » nous offre en effet le Christ, de- 
bout sur le pilier qui sépare la pdrte en 
deux valves, à l'instar de la statue placée 
au portail septentrional de Reims. « Le Fils 
de Dieu semble présider un concile au- 
guste , formé par ses apôtres rangés autour 
de lui et reconnaissables encore a leurs at- 
tributs et à leurs pieds nus. Rien n'égale Irt 
beauté et la majesté de cette statue colos- 
sale du Christ, bénissant de la main droitel 
et devant tenir, de la gauche, le nou- 
veau code destiné à régénérer le monde, il 
foule sous le pied droit un lion et sous le 
pied gauche im dragon; au-dessous sont 
deux animaux que M. l'abbé Du val, dans 
une savante disseitation, a parfaitement fait 
reconnaître comme l'aspic et le basilic (94)^ 
On voit la même idée tr«[duite sur un cha-* 

fiteau de l'église de Rertaucourt, bâtie en 
095. En avant des deux derniers animaux# 
est une vi^ne , emblème de l'Ëgiise et de 
r£ucharistie(95). Au-dessous est un roi, que 
l'on croit être Philippe-Auguste , sous le 
règne duquel la cathédrale tut commencée^ 
en 1220. 

<c A ses côtés sont deux vases d'oii s'élan- 
cent deux plantes : à droite un lis, symbole 
de la royauté française ; à gauche le rosier 
dont la fleur formait le centre de l'ancien 
sceau de la ville d'Amiens, dit des Mar- 
mouzets (96). Les jambages de la porte sont 
décorés, à droite, par les cinq vierges sages, 
tenant leurs lampes droites; à gauche, 
par les cinq vierges folles, dont les lampes 
sont renversées (97). Au-dessous des premier 
res est l'arbre chargé de fruits, auquel sont 
suspendus des en(*ensoirs ; au-dessous des 
vierges folles, est l'arbre desséché qui 
reçoit dans son tronc la cognée destinée 

à l'abattre (98) Le stéréobate qui règne 

dans toute la longueur du portail sa corn-' 

{>ose , en bas, d^ne élégante mosaïque^ 
drmée de quatre feuilles et de deux rangs 
de médaillons quadriJobés , renfermant di- 
verses sculptures; les vingt-quatre bas- 
reliefs du porche central représentent à peu 
près, comme à Notre-Dame de Paris, et 
dans le même ordre, les emblèmes de:^ vices 
et des vertus, en opposition (99). 

saillie de la clef. Hauteur de la flèche établie sor 
le transsept, 143 mètres 70 centimètres. 

(94) Super aspidem et basiliscum ambulabh^ et 
conculcabis leonem et draconém, (P*al, xc, 13.) 

(95) Ego sum vitis vera , et pater meus agrieoUt 
est. (Matth. xv. 1.) 

(96) On pourrait y voir également le lys et lé 
pommier du Cantique des cantiques (ii, 2, 5), âlr^ 
ut lilium inter spinas , sic arnica mea inler filias,.i 
sicut malus inter ligna sylvarum sic diUctUê bmm 
inter filios.,. 

(97) Matth. XXV, 1-12. 

(98) Jam enim ucuris ad radicês arborùm pottM 
est; ùmuis enim arbor, quœ non facil ftuctum à#- 
nicm, excidetur et in ignem miltetur. (Dan, iv, 7 
seq. ; Matth. m, 10.) 

(99) NimvêlU description de la cathédrmU £A* 



IM 



AMI 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



AMI 



i02 



. c Le t.vtnpan représente la* grande scène 
da Jugement dernier ,.en quatre tableaux, 
que nous ne pouvons qu'indiquer som- 
mairement. Au V et au â% quatre anses 
sonnent de la trompette et réveillent les 
morts dans leurs tomneaux; au milieu, Far- 
ehange saint Michel, ayant à ses c6tés deux 
anges qui sonnent de la trompette, pèse dans 
sê. balance deux Ames, dont Tune (celle du 
Jnsie) , figurée par un agneau crucifère, est 
introduite par sain tPi erre, qui tient une clé, 
dans le Paradis, symbolisé par un édifice 
terminé en flèche,, où elle reçoit sur la tête, 
des mains d'un ange, la couronne des éluâ; 
tandis que l'autre âme (celle d'un réprouvé), 
sons la forme d'un monstre, est précipitée 
par on ange, armé d'une épée flamboyante, 
dans l'énorme gueule (espèce de goufire) du 
dragon infernal. 

c Au 3* tableau, Jésus-Christ, portant un 
manteau bordé d un çalon d'or et parsemé 
de croissants et de croix grecques , et ayant 
è ses côtés la sainte Vierge et saint Jean- 
rEvangéliste , agenouillés , juge tous les 
humains. 

c Au <^* tableau : Le Fils de Dieu trône 
dans les nuages, sa barbe courte distingue 
la seconde personne de la sainte Trinité de 
la première. Ses mains tiennent des rouleaux 
déployés, sur lesquels sont sans doute ins- 
crites de terribles sentences, et des épées 
courtes ou badelairts dont la pointe aboutit 
à sa bouche (100). Sa tête est ornée du nimbe 
et de la croix grecque, et non du triangle 
mvstique, comme l'a démontré le dessin 
fidèle d'un artiste, un de nos collaborateurs. 
A sa droite, un ange tient le soleil dont les 
irayons sont écourtés; un autre, à sa gauche, 
poVtela lune dont le croissant est montant 
et nan au commencement ou à la fin d'une 
de ses |>ériodes, comme on l'a encore avancé 
è tort (101). Sur les chapiteaux des colon- 
nes sont placés divers groupes :du côté des 
élus, en avant, un patron puissant dans les 
régions célestes élève un voile rempli d'â- 
mes, sous l'emblème de jeunes enfants. 
Cette composition est d'une expression su- 
blime. Au sixième chapiteau, un ange sort 
d'un édifice ajouré d'ogives et de trèfles dé- 
licatement découpés. Il tient une couronne, 
tandis que d'autres, aux environs, portent 
des vases, des fleurs, emblèmes des récom- 
penses destinées aux justes. 

« Du côté de l'enfer, se voient les scènes 
les plus terribles. » (lOâ) Nous les omettons 
pour abréger, et nous passons aux voussu- 
res du porche. 

« Ia naie immense de ce porche, bâtie 
sous l'évèque Arnoult, de 1236 à 1247, s'ou- 
Tre de 60 centimètres de plus qu'à la cathé- 
drale de Reims. On y remarque tous les su- 
jets qui, d'après une convention générale, 
figurent dans les édifices chrétiens de l'âge 
d or du catholicisme ; toutes les cathédrales 



de cette époque instruisent les fidèlesy^ou 
exposent à leurs yeux les mêmes sujets ; la 
disposition, la place en peuvent varier, mais 
on y reconnaît toujours la même pensée et 
la même intention. Les représentations 

Îneuses qu'on ne rencontre pas aux mêmes 
ieuxque dans d'autres églises, se retrou- 
vent dans les stalles, les fresques, les vitrauxi 
qui existent encore ou que l'histoire faitre-* 
vivre. 

« Huit cordons des vastes voussures du 
porche sont décorés de statues dont l'en- 
semble figure le ciel ouvert. La cathédrale 
de Paris ne compte à la voûte de son portail 
centrai, que six cordons qui ne sont pas 
peuplés de 150 statues, comme ceux d'A- 
miens. 

« 1" cordon, (à partir du fond). — Douze 
anges joignant les mains, sont plongés dans 
un profond recueillement à l'aspect de la 
M^gesté divine. 

V 2* cordon. — Quatorze anges présentent 
des âmes sous la figure de petits enfants 
qu'ils portent dans leurs bras ou euident par 
la main, emblème touchant des célestes gar- 
diens auxquels la bonté divine nous confie 
en naissant, pour nous aider h lutter contre 
les démons nos ennemis. Ils sont munis 
de deux paires d'ailes qui semblent desti- 
nées à seconder leur active surveillance. 

« 3* cordon. —Quatorze martyrs, la palme 
à la main, célèbrent leur glorieux triomphe 
acheté au prix de leur sang. 

« i* cordon. — Seize docteurs tiennent à la 
main les livres par lesquels ils] ont éclairé 
le monde. Quelques-uns élèvent des calices 
à coupe hémisphérique. On y remarque plu- 
sieurs de ces moines laborieux, si injuste- 
ment dénigrés par quelques écrivains du 
XVIII* siècle; ils oubliaient, ces philosophes ^ 
que ces hommes vénérables avaient cultivé 
les esprits, comme ils avaient cultivé les 
champs stériles des barbares, dès le com- 
mencement du moyen âge ; 

« 5* cordon. — Dix-huit vierges célèbrent 
dans leurs chants purs le triomphe de l'A- 

Sneau ; la plupart tiennent des livres, des 
eurs et des vases allongés du haut et ren- 
flés du bas, comme des fioles ; 

« 6* cordon. — Vingt vieillards exécutent 
un concert avec divers instruments ; on en 
distingue un, à gauche, qui tient sur ses, 
genoux un orgue portatif à quatre rangs de 
tuyaux, qu'on avait pris jusqu'à présent 
pour une flûte de pan ; les autres portent 
d'une main des instruments usités au lui* 
siècle, tels que rebecs, lyres, guitares, har- 
pes, huchets, oliphants, etc ; de Tautre main, 
ils élèvent des noies; 

« 7* cordon. —Do sein de Jessé endormi, 
s'élance une vi^ne qui s'enlace autour de 
vingt-six rois, glorieux ancêtres du Messie 
et de sa sainte Mère ; à droite, on reconnaît 
David à sa harpe, et Jésus-Christ autour 



fliîeiu, par M. Goze, ( I vol. iu-i*, i847, p. iâ et (101) Percussa est terlia pars solis et Urtta parg 

15. ) . •* lunœ. (Job viu, 12.) 

(100) Proeedit gtadius ex utrâque parte acutus, nt (102) Nouvelle description de la cathédrale d'A" 

ffse percutiai gentes. {Apoc. xix, 5.) mieus, p. 0-8. 



tes 



AMI 



DICTIONNAIRE 



AMI 



104 



duquel sont perchées des colombes dési- 
gnant les dons du Saint-Esprit; à gauche, 
en haut, est la sainte Vierse tenant un livre 
comme son Fils et entourée de grappes de 
raisin (103). 

« 8* cordon. — Vingt - huit personnages 
tiennent des lambels ou phvlactères, qu ils 
déroulent de plus en plus 'k mesure qu'ils 
s'élèvent vers le sommet de la voûte, comme 
pour signifier que la vérité se manifeste 
d'autant plus qu on se rapi»x)che de Dieu 

« Toutes ces statues étaient rehaussées 
par une coloration appliquée avec ménage- 
ment ; une teinte rougeâtre animait les visa- 
ges et les chevelures, des traces noires mar- 
quaient les sourcils et les prunelles, et des 
lignes brunes bordaient les vêtements et les 
ouvertures des édifices (105), etc. » 

Sur le plan supérieur, on voit le Père 
éternel tenant un lambel et une épée nue 
dans chaque main. 

Nous ne dirons rien du portique, adroite, 
où Ton voit sur le pilastre de la porte une 
^Ue statue de la Reine du ciel, diversgrou- 
pes représentant Adam et Eve^ et leur ex- 
puliion du Paradii terrestre^ et aux murs 
de face, les Rois mages^\e Baptême deClovis^ 
plus bas, la Fuite en Egypte^ le Massacre des 
Innocents f saint Louis en prière auprès 
d'une chapelle gothique^ etc. Nous ne dirons 
rien non plus du portique à gauche, dit de 
saint Firmin, à cause de la statue de ce saint 
évèque et apôtre d'Amiens, qui orne ce por- 
tique^ dont le tympan au haut de la porte 
est enrichi d'une foule de sculptures repré- 
sentant plusieurs traits de la légende du 
saint martyr. Seulement, nous appelons 
l'attention de l'observateur sur les cinquante 
deui statues colossales qui , en y compre- 
nant les douze apôtres, sont adossées aux 
colonnes du bas du portail : « Leur tète est 
abritée par des dais composés d'édifices, qui 
permettent d'étudier tous les genres de 
construction en usage dans le xiu* siècle. 
Leur réunion forme des villes qui consti- 
tuent une espèce de couronne aux saintes 
images ; leurs pieds reposent sur des nuées 
placées sur des consoles variées et fré- 
c|uemment supportées par des démons ; ces 
idées allégoriques expriment la puissance 
des saints qui, souvent ignorés et persécu- 
tés sur la terre, régnent dans le ciel sur les 
villes qu'ils ont honorées de leurs vertus, 
et sur les démons qu'ils ont vaincus. 

« Les supports sont la plupart fantasti- 
ques; deux méritent, en particulier, d'être 
remarqués ; ils sont sous te portail droit, à 
gauche, et représenteraient la Synagogue 
sous la figure d'une femme aux yeux bandés. 
Les grandes statues ne peuvent facilement 
ôtre déterminées ; on y reconnaît, au portail 
droit : la sainte Yierge ei sainte Ëtisabethf 
Vange Gabriel^ à droite ; à gauche, Salomon^ 
la reine de Saba^ Uérode^ les rois Mages por- 

(103| Isa. XI, 4, 4, 3. 

(104) On reconnali parmi les premiers, à gauche 
Noise, et à droite Âarou. 



tant leurs présents, etc. Au portail gauche, 
les saints Firmin et Denis^ sainte Ulphe^ etc. 
Dans ces productions, dit l'auteur de VÈssai 
historiée sur les arts du dessin en Picardie 
(106), rien n'est servile, rien ne sent l'école 
ni la tradition ; tout est spontané, et l'heu- 
reux fruit de talents qui, peut-être, s'igno- 
raient eux-mêmes. 
« Sous les deux petits porches du grand 

Sortait il n'y a que trois cordons chargés de 
gures d'anges, de rois ou de vieillards; on 
en compte dix au premier, douze au se- 
cond et quatorze au troisième. 
' « Au ()ortail droit consacré à la sainte 
Vierge, au trumeau du fond est sa statue 
qui a été très-bien appréciée par l'auteur 

3ue nous venons de citer. Son manteau, 
it-il, est relevé avec grâce, et son agence- 
ment n*a ni la trop grande simplicité des 
statues du xii* siècle, ni les mouvements 
exagérés de celles des Ages suivants. Sa 
figure est d'une beauté à la fois grave et 
douce; tout respire, dans cette statue, la di*^ 
Knité et la sérénité qui doivent caractériser 
la mère de Dieu, sans ce mélange de pas- 
sions humaines et de sentiments vulgaires, 
qu'à des époques postérieures on a donné à 
ses images. Ce n'est pas un dragon qu'eHe 
foule, mais le serpent à tête de femme, 
comme on le voit dans l'histoire de nos pre- 
miers pères, sculptée sur trois rangs au 
f)iéd estai de cette même statue. Le tympan 
ainsi que celui du porche de gauche) se di- 
vise en trois tableaux 

« La belle galerie qui surmonte ces trois 
porches correspond exactement au triforium 
de l'intérieur. On y remarque une denteHe 
festonnée qui broche sur l'archivolte, au lieu 
d'être appendue au-dessous, comme c'est 
l'ordinaire, et des arcs secondaires en plein- 
cintre, formés d'un tore, gui rappelleraient 
le stj^le roman. Les pyramides qui terminent 
les piliers-butants, qui séparent les porches, 
offrent encore quelques traces de ce style 
dans les figures srimaçantes et les colon- 
nettes courtes de leurs bases. 

« Au-dessus de ce premier portique, une 
autre galerie, très-élégamment tréfiée, con- 
tient vingt-deux statues colossales d'une 
exécution assez grossière ; les têtes sont ea 
général trop volumineuses, mais les figures 
de quelques-unes ne sont pas sans dignité ; 
les draperies sont à longs plis, et huit 
d'entre elles tiennent leurs manteaux, ce 
qu'on remarque d'ordinaire dans les statues 
exécutées depuis le règne de Philippe le 
Hardi, jusqu'à celui de Charles V, cest-è- 
djre de 1280 à 1360. On a dit que ces figures 
représentaient les rois de France, mais quel- 
ques archéologues soutiennent qu'elles dé- 
signent les rois, ancêtres de la sainte Vierge. 
Du reste, ils n'ont aticun des insignes qui 
caractérisent nos anciens monarques; leurs 
sceptres se terminent par des feuillages 
épanouis, pluiôt que par des oommes de 

(i05) Nouvelle description de la cathédrale cTA- 
miens; pages 40, ii, 12. 
(i06) Par M. RigoUot, fiag. i03, 407. 



ItS 



AMI 



DESTIIETIQUE CHRETIENNE. 



AXf 



ioe 



irin. On ifuperçoit nulle part des fleurs de 
lis. 

« La slatue du centre est montée sur un 
lion et tient è la main un glol)e surmonté 
d*unecroii. Plusieurs cathédrales, entre au- 
tres celles de Chartres et de Reims, mon- 
trent encore sur leurs façades ces statues 
royales. Notre-Dame de Paris les a vues dis- 
paraître en 1793, avec la plupart de celles 
qui décoraient ses porches (107). La rose oc- 
cidentale, dite de mer, est entourée d'une 
bordure è feuilles entablées et de tores al- 
ternant avec des scoties ; pour empêcher Teau 
de séjourner dans les moulures creuses, 
trois masques, placés à leur partie inférieure, 
servent è les dégorger en cas de pluie, (uir 
leurs gueules ouvertes. Au centre des ner- 
vures nambloyantes de C'A magnîQaue ocu- 
Lus, est récusson des Coquerels, d'une fa- 
mille d'anciens maïeursde la ville d'Amiens. 
Les ouïes inférieures des tours sont en 
OKîves peu aiguës à trois retraites, décorées 
d autant de colonnes; leur style est mâle et 
élégant à la fois, et elles gagneraient beau- 
coup à être débarrassées des ignobles cloi- 
sons, revêtues d'ardoises, qui les obstruent, 
ainsi que des abat-vents monstrueux qui 
engorgent les ouïes supérieures. 

« Lorsqu'on examine le portail jusqu'à 
cette hauteur, en cachant avec la main la 

girtte supérieure, on jouit de l'aspect d'une 
çade qui, aux plus belles proportions dans 
son ensemble, joint la plus grande perfec- 
tion dans ses détails. Si l'on regarde de la 
même manière le haut de la façade achevée 
en 1401, on est choqué des défauts qui la 
déparent. La galerie dite des sonneurs est 
trop basse ; les grands trèfles qui la bordent 
en bas ne correspondent pas avec ses piliers ; 
ils auraient été mieux remplacés par la série 
de losanges trèfles qui parcourt le bas du 
grand comble. 

« Les tours aplaties d'avant en arrière ont 
deux ouïes sur leurs faces et une seule sur 
leurs côtés; en élevant davantage la tour de 
gauche, on a rendu cette irrégularité plus 
choquante; de plus, on l'a terminée par un 
couri)nnement a jour, dont les ouvertures 
ne sont pas toutes tréflées ; le nu des murs 
de cette même tour est racheté par des or- 
nements mesquins, tels que des arcades 
feintes ou panneaux, des colonnettes sculp- 
tées le long des arêtes des piiiers-butants ; 
on commençait à perdre de vue le système 
pyramidal, qui contribue tant à la majesté 
et à la beauté des ibonuments du moyen 
âge. Ce système consiste à établir, au point 
culminant des édifices, une ligne fictive, 
qui arrive au sol plus ou moins inclinée et 
qui sert de limite aux différentes élévations, 
de sorte que le tout forme une pyramide 
composée de plusieurs autres. La tour de 
gauche, plus basse, est plus en rspport avec 
Pétroitesse de la foçade, à laquelle les pre- 
miers architectes de la cathéarale auraient 
donné plus de largeur si les chapelles laté- 



rales de la nef étalent entrées dans le plan 
primitif. Un commencement de fronton, au- 
dessus des ouïes, était d'un meilleur goût 
Que les accolades de l'autre tour; ces ouïes, 
fonnées de colonnettes et de tores, seraient 
plus élégantes si d'énormes abat-vents, 
comme partout ailleurs, n'interrompaient 
pas leur contour. 

« Nous pensons ne pas nous écarter des 
idées'des premiers architectes, en émettant 
l'opinion que les tours devaient avoir une 
terminaison pyramidale, qu'au centre de- 
vait s'élever une haute flèche hexagonale, 
disposition cjui se serait accommodée à la 
forme aplatie des tours; c'est, au reste, un 
préjugé de croire que les évôchés ne pou- 
vaient pas avoir de tours égales en hauteur; 
le manque d'argent ou le changement dans 
les plans a été la seule cause de cette im- 
perfection. Plusieurs cathédrales, en France, 
ont des tours symétriques, sans être le siège 
d'un archevêché. 

«Oncompte, dans ce nombre, celle de Pa- 
ris, qui n'obtint ce titre qu'en 1023, celles 
de Toul, de Bayeux, etc. 

« Nous ne croj^ons pas néanmoins que la 
cathédrale d'Amiens gagnêt beaucoup au 
rehaussement de satour basse, quand même 
on la construirait dans le style de l'autre, 
si Ton ne trouvait pas en même temps le 
moyen d'élargir la façade jusqu'à une grande 
hauteur, à partir des porches. Nous avons 
assez de peine, nous, hommes de peu de 
foi du XIX* siècle, à réparer les œuvres 
pleines de verve des fervents chrétiens du 
xiH*. Attendons gue le sentiment du beau 
et du çrand revienne avec le flambeau de 
la religion échautfer nos cœurs glacés et il- 
luminer nos intelligences obscurcies par 
d*épaisses ténèbres. Nous pourrons alors 
porter, sans témérité, la main sur les œu- 
vres de nos pères et les achever selon l'es- 
prit dans lequel elles ont été conçues. 

« Dans la galerie des sonneurs on voyait 
autrefois un groupe représentant la sainte 
Vierge tenant l'enfant Jésus, accompagnée 
de saint Pierre et de saint Paul, comme l'at- 
teste une gravure exécutée sous Tépisco- 
pat de Mgr François Lefebvre de Caumar- 
tin, de 1618 à 16&â.0n devrait rétablir cette 
représentation qui, dans d'autres églises 
du même temps, rappelait d*anciens usages, 
tels que le chant de certaines hymnes, lors 
des processions qui se faisaient k des épo- 
ques fixes sur ces galeries élevées (108).» 

Le cdié sejptentrional de la noble basi- 
lique est, malgré les nombreuses statues qui 
le décorent, moins orné et moins dégagé 
que le côté opposé. 11 est longé par une rue 
étroite, et de plus obstrué en partie par 
des juxta-positions , et même, disons le 
mot, par d'ignobles écuries. Le portail de ce 
côté est soutenu par des colonnes annelées. 
On remarque au tympan un vitrai^e qui a la 
forme d'une araignée, bur le piédestal qui 
supporte la statue de saint Firmin le Gon- 



(107) Oii est en train de les remplacer. (Sote de (108) Noweliê deuription de la ctUkédraie dTA' 

Cttuteur.) MnVfn,pag 47-43. 

DlCTIOH!!. D*ESTBÉTIOtE. 



i^ 



107 



Aia 



MCTlOiNNAIRE 



AMI 



108 



fesseur, et que l'on croirait être celle de^ 
saint Honoré» qui aurait été rapportée du* 
portail du midi, on voit des reliefs effacés 
qui représentent rAnnonclalion et la Visi- 
tation. On admire au-dessus les nervures 
délicates de la splendide rosace du nord. 

Le portail méridional, dit de saint Honoré 
ou de la Vierge dorée^ à cause de la belle 
statue de la Vierge, posée sur le pilier cen- 
tral du porche, est remarquable par l'élé- 
gance de sa construction. 1*1 est surmonté 
d*un pignon fleuronnéqu*accompagnent deux 
légers campaniles dont la forme pyramydale 
augmente l'effet on ne peut plus gracieux. 
Tout le pourtour de la cathédrale, principa- 
lement a ce cAle méridional , est environné 
d*une forêt de statues, de pinacles et de 
clpchetons. 

« La chapelle de la sainte Vierge, bâtie 
en 1292, fait un très-bel effet par son pro- 
longement conforme au système pyramidal 
(109). Ses piliers-butants sont couronnés 

f)ar six belles statues assises et couronnées; 
a première paraît être David pinçant de la 
harpe, et la dernière une reine iouant d'un 
instrument semblable à une vielle. 

« C'est ainsi que se présente aux regards 
du chrétien et de l'ami des arts le peuple 
des saintes images qui, depuis plus de six 
siècles, anime la noble cathédrale d'A- 
miens 

. « Rien n'est comparable au spectacle que 
présente la vue perspective des arcs-bou- 
tants de la cathédrale, contemplés de la ter- 
rasse oui s*étend au bas des grandes fenê- 
tres ; l'habile crayon de Chapuy a très-bien 
rendu ce magnifique tableau. Les pyramides 
qui terminent les piliers-butants du chœur 
sont d'un beau caractère et bien préférables 
à celles de la nef, qui sont groupées lour- 
dement et d'un style dégénéré. Ceux des 
angles, vers les transsepts, ont seuls con- 
servé leur ancien caractère. A la nef les 
an*s-boutants sont doubles, sans ornements, 
et par cette raison d'un aspect sévère, tandis 
que ceux du chœur sont évidés par de lé- 
gères ogives garnies de nervures tréilées, 
alternativement arrondies et ilamboyantes ; 
ce qui indiquerait un remaniement fait dans 
cette partie de l'édifice à une époque où le 
dernier style commençait à devenir à la 
mode. ^ 

« Lds an*.hitectes de Notre-Dame d'Amiens 
ont fait servir à l'ornementation ces contre- 

(iOO) Cette gradation pyramidale donne à Téglise 
d*AaiieM une beauté que n'ont pas celles de Beau- 
YaU ci de Cologne ; leurs architectes, venus après 
Rutarl de Luiarches , ont voulu faire plus moid 
que rbonme de génie, ne pouvant rien créer d aussi 
parDidl. Mous avons fait le parallèle de Noire-Dame 
d*Amiens ei dé Sainl-Pierre de Beauvaîs dans le 
deuxiètue volume, pas. 59, des Arehites de Picar^ 
4iê^ par MSI.«I>usevcl, Ooie et le baron Lafons. Ceux 
qui ont entendu M. le baron de Roisin lire son 
beau travail sur la cathédrale de Colcfne, à la 
st^anœ pnblique de la société des antiquaires de la 
Picardie, ont pu juger ce monument célèbre ; au 
reste, ce savant a rendu pleine et entière justice à 
la basilique amiénoise. 



forts qui font ressembler d'autres églises, 
comme celle de Paris, è un édifice étayé de 
tous côtés, parce çiue leur trop grande pro- 
jection n'est pas interrompue à propos par 
des obélisques élancés. Ces additions de 
masses verticales ne contribuent pas seule* 
ment au décor, mais encore à la solidité ; 
car en chargeant les piliers elles empêchent 
le déversement que causerai! la poussée de 
la multitude des voûtes qui se croisent dans 
tous'les sens (110).» 

Au centre de l'édifice s'élève la flèche aé- 
rienne ({ui le domine à une grande hauteur 
et qui jadis était entièrement dorée. C'est 
l'œuvre d'un simple charpentier du village 
de Cottenchy, appelé Simon Tanneau. Cette 
flèche si légère^ si élancée, est, après celle 
de Strasbourg, la plus haute de France. Le^^ 
salamandres et les autres ornements qu'on 
y remarque, rappellent le style du temps de 
François 1". Elle a 65 mètres 36 centimè- 
tres de hauteur, à partir des combles de l'é- 
difice, et 113 mètres 70 centimètres du pavé 
jusqu'au coq dont elle est surmontée. 

ùi cathéclrale d'Amiens a-t-elle été con- 
struite $ur le modèle de celle de Cologne, 
avec laquelle elle a des traits frappants de 
ressemblance, ou bien est-ce Je ddme de 
Cologne qui a été érigé sur le type amié- 
nois? Telle est la grave, l'intéressante que^ 
tion qui a été naguère agitée parmi les ar- 
chéologues les plus distingués du nord de 
la France et des bords du Rhin (111). Elle a 
abouti, historiquement et arcbéologique- 
ment, à une conclusion en faveur de la ca- 
thédrale d'Amiens. Historiquement, il a été 
démontré par des documents authentiques 

Îue cette dernière basilique, commencée en 
220, était complètement terminée en iSK, 
lorsque les murs du dôme de Cologne 
étaient à peine à fleur de terre (112). Ar- 
chéologiquement, il a été également démon- 
tré au moyen de l'étude comparative des 
plans et détails respectifs de ces deux no- 
bles basiliques, que les architectes de Co- 
logne avaient successivement fait de larges 
emprunts à celle d'Amiens, et même à 
d'autres édifices français qui offrent un style 
analogue à celui de l'ancienne capitale de 
la Picardie. On trouvera toutes les pièces 
de cet important dét)at dans les trois remar- 
quables articles auxquels il a donné lieu, el 
qui ont été publiés dans le Vil* volume des 
Annales archéologiques y année 184>7. Le pre- 

(110) ^amvelU description de la caikédrak dTA- 
wùens, pag. 2S40. 

(ill) HM. Sulpice Boisserée. Reincbeaspofer, 
baron de Roisin ei Félix de Vemetlb. 

(I li) La cathédrale de Colofoe n*a éié conunes- 
cée, au plus tél. qu*en ii4S, sous répiscopal de 
Conrad de Hochstedlu, qui a son tombeau dans une 
des chapelles du rond-point. Gérard, mon avani 
1302» eu fut le premier architecte ou matlre de 
Fœuvre. Il commença par le chœur, qui ne fut oen* 
sacré qu*en I3i2. Ainsi, les travaux de celle partie 
de rédiiice durèrent soiiante-quatone ans, peodaal 
lesquels ils durent être, à plusieurs reprise», tnter- 
rompus. 



f09 



AMI 



DESTHETIQLE CHRETIENNE. 



Am 



i4U 



mier et le troisième sont de M. Félix de 
Verneilh^et le second est de M. le baron de 
Boisin. Us sont accompagnés d'une excel- 
lente gravure (dessin de M. Th. Olivier) du 
plan des chœurs de Cologne, d'Amiens et 
de Beauvais. Dans l'impossibilité où nous 
sommes d'en donner ici, même une simple 
analyse qui dépasserait les limites que nous 
.imposeat la nature et les conditions de cet 
ooTrage, nous nous bornerons à reproduire 

3ue!ques-unsdes passages les plus saillants 
u troisième et aernier article de M. de 
Verneilh, qui résume les deux précédents 
et leur sert de conclusion. 
«Ayant vu et analysé avec soin la métro- 

Kle de la Picardie , nous ne pûmes jeter 
i yeux (c'était vers 1839) sur les planches 
magnitiques de la Monographie de Càlo^ 
one, sans être aussitôt frappé d'une ana- 
Tojgie Qu d'une parenté évidente assurément. 
Cette idée , d'autres Tavaient-ils eue avant 
nous? Nous ne savons , mais nous le croi- 
rions volontiers , tant elle nous semble na- 
turelle. Ce qui nous étonna le plus alors, ce 
fut de voir dans quelles étranges méprises 
on tombait toutes les fois que Fun voulait 
coniparer les dimensions de la cathédrale 
de Cologne à celle de nos autres gjrands 
monuments du mo^en âge. Il y a pied et 

Ïûed, comme on sait : pied allemand, pied 
irançais, pied romain, piod métrique (113). 
On confondait tout; on disait communé- 
ment, par exemple, que les voûtes de Co- 
logne avaient cent cinquante pieds de hau- 
teur, tandis qu'elles sont beaucoup moins 
élevées que celles de Beauvais, qui n'en 
ont que cent quarante-deux. Puis on prenait 
continuellement une cdte pour une autre ; 
et certes, il n'est point hors de propos de 
répéter ces réflexions ; car encore aujour- 
d'hui, dans la réponse de M. Boisserée, tous 
les chiffres sont inexacts, sont faux, et tous 

les raisonnements pèchent par leur base 

« La parenté de Cologne avec Amiens 
n'est point jpour nous un fait isolé, extraor- 
dinaire, qui trouve jusqu'à un certain point 
son explication dans des relations ignorées 
d'évéque à évéque, d'architecte à architecte, 
de corporation a corporation, mais qui reste, 
après tout, un accident, un phénomène. 
Cest le plus curieux, le plus saillant d'une 
série de faits analogues. Nous le montre- 
rons, le premier maître de l'œuvre de Co- 
logne n'a pas seulement connu et imité la 
catbMrale d'Amiens , mais celle de Beau- 
vais, mais celle de Troyes, mais la Sainte- 
Chapelle de Paris. U a pris en France, par- 
lool où elle se trouvi^it, cette architecture 
ogivale qui n'existait point en Allemagne ; 
il la prise uniquement en France, parce 
qu'elle v était née, parce que nulle part ail- 
leurs elle n'était parvenue au même degré 
d'avancement et de perfection ; et, si l'archi- 

(115) Dans Tusage vulgaire on prend 80u%ent 
un mètre poor uois pieds. 

(114) "Voir à] ce mot ce qae nous éisons nous- 
Bénies du rôle au'a joué la France dans la prati- 
que des arts, et de la priorité qn^elie a attribuée à 



tccture Offivale est ainsi d'origine exclusi- 
vement irançaise,ce n'est point encore là 
un accident, un phénomène. Le style ogi- 
val ne pouvait naître indifféremment do 
tous les styles romans, ni partout en même 
temps; il devait se former lentement, dans 
une région déterminée et plus ou moins 
restreinte, dans celle qui, par sa prospé- 
rité, par sa science, par sa littérature , pré- 
cédait momentanément dans la voie de la 
civilisation les autres régions de l'Ëurone 
occidentale, c'est-à-dire dans la France uu 
nord (IH). Voilà le système que nous avons 
déjà soutenu dans cps Annales à troisjre- 
pnses différentes (115), et celui que nous 
chercherons encore à faire prévaloir. Voilà 
l'idée mère qui nous guide ou qui nous 
é^re, mais en laquelle nous mettons har- 
diment toute notre confiance. 

« Ainsi que nous en avions pris l'enga- 
gement , nous donnons , rapprochés sur la 
même feuille et mis è la même échelle , les 
deux plans d'Amiens et de Cologne , ce qui 
est essentiel pour que l'on juge d'un coup 
d'œil, non pas seulement de la forme et des 
proportions, mais aussi des dimensions. 
(]es plans sont arrêtés l'un et Tautre à la 
ligne médiane des transsepts , comme l'exi- 

Î;eait notre format , mais cela importe peu. 
I s*agit uniquement de la fonaation pre- 
mière de Cologne , qui ne comprenait que 
le chœur et ne s'étendait même pas jus- 
qu'aux portails latéraux, dont l'arrangement 
actuel a donné lieu, comme on sait, à des 
discussions fort animées. Peut-être n'est-il 
pas permis de dire que cei deux plans $0 
couvrent fun C autre , selon Ténergique ex- 
pression de M. Beinchensperger ; mais, lors- 
qu'ils ne se confondent pas, ils se sui- 
vent du moins de bien près. Dans le chœur 
des deux basiliques, le nombre des tra-^ 
vées, des chapelles rayonnantes, des pi- 
liers, des contre-forts est le même ; le mémo 
est celui des fefaêtres et des meneaux do 
chaque fenêtre. Pas une nervure de plu.s 
d'un côté que de Tautre , car c'est la cnuta 
d'un clocher qui a occasionné à Amiens la 
reconstruction de la voûte du calchidique. 
Il n'est pas jusqu'aux escaliers conduisant 
des bas-côtés du chœur aux galeries, qui ne 
soient en même nombre et placés au même 
endroit. 

« Dans la largeur, toutes les dimensions 
se correspondent admirablement bien ; ainsi, 
le premier et le second bas-côtés sont iné- 
gaux entre eux de la même façon. Mais, 
dans la longueur, le plan de Cologne parait 
sensiblement plus développé, même en te- 
nant compte des deux travées supplémen- 
taires quoffre la chapelle terminale d'A- 
miens. C'est d'abord en cela, et principale- 
ment par l'épaisseur des contreforts , que 
les proportions diffèrent. Au reste, le rap- 

quelques-unes de ses provinces, touchant la ùé- 
epuverle du $tyU ogival. (iVoltf de hauteur é) 

(li5) Origine Irançaiu de VarMuctun oaivale, 
— AnnaUs archéoL , vol. Il, page 155*; vol. Ul, 
pages 1 et M. 



Ilf 



AMI 



DICTIONNAIRE 



AMI 



ili 



port des pleins et des vides serait» mais non 
de beaucoup, à Tayantage d*Ainiens. 
« Lorsque le plan de Cologne s*éloigne du 

Slan d'Amiens , c'est pour suivre celui de 
^auTais. Ainsi, déjà Tarchitecte beauvaj- 
sien avait rendu parallèles, au lieu de les 
faire divergents, les murs latéraux des cha- 
pelles rayonnantes, excellent moven de for- 
tifier à leur base les contreforts de Fabside» 
sans alourdir l'ensemble de Tédificè. Déjà 
aux piliers ronds et cantonnés de quatre 
colonnettes du rond-point il en avait substi- 
tué d*autres «n faisceau allongé, et déjà il 
avait donné l'exemple de diminuer la cha- 
pelle de la Vierge pour la rendre toute pa- 
reille «ux six autres. Remarquons aussi 
q^ue la cage des escaliers était carrée exté- 
rieurement-, comme elle Test à Cologne, et 
que ces escaliers s'ouvraient sur les bas-cô- 
tés, non dans les chapelles.— OEuvre gflchée 
et Flicktoerk (116) tant qu'on voudra, que 
cette pauvre cathédrale de Beauvais ; mais 
il est grandement à craindre qu'on ne l'ait 
copiée quelque part. — Oui, les piliers de 
Beauvais étaient trop grêles et trop espacés ; 
oui , le grand vaisseau était trop lar^e d'un 
mètre, et cette dimension ne pouvait con- 
venir qu^à un ^Sdifice aussi robuste que la 
cathédrale de Chartres. Oui, sans doute, il 
valait mieux réduire la nef, en augmentant 
les bas-côtés et les chapelles , que de tenter 
pour la seconde fois une œuvre presque im- 
possible. Pourtant tout n'était pas mauvais 
dans ce plan trop hardi , et tout n'aura pas 
été dédaigné. 

« Pour apprécier la valeur de ces ressem- 
blances et pour se convaincre , rien de tel 
Îue de comparer Amiens et Beauvais à 
eims, leur commune métropole, ou même 
les cathédrales d'Amiens et de Beauvais en- 
tre elles. Nous n'allons point jusqu'à Char- 
tres, jusqu'à Bourges (117), monuments 
qui commencent à s'éloigner beaucoup, 
mais non, certes, autant que Cologne, de 
la province et de la date d'Amiens. Nous 
nous arrêtons à Reims où sont réunies 
toutes les chances possibles de parenté et 
d'analogie. £h bienl la royale i)asilique, 
commencée neuf ans seulement avant la ca- 
thédrale d'Amiens, quatorze ans avant celle 
de Beauvais , ne leur ressemble pas moitié 
autant c^ue le dôme de Cologne. Le chœur 
seul était en voie d'exécution; le chœur 
seul s'offrait comme un modèle naturel aux 
architectes d'Amiens et de Beauvais ; mais 
son influence, pour évidente qu'elle soit, 
n'en a pas moins été très-re^treinte. La 
forme des piliers, l'arrangement des bas- 
côtés, doubles dans la partie droite et sim- 
ples dans la partie demi-circulaire du chœur,^ 
Ja prééminence de la chapelle de la Vierge: 
voilà tout ce qu'emprunte lé plan d'Amiens. 

(116) Expression allemande, dont s'était servi 
il. Sulpice Boiftserée, eu parlant de la cathédrale 
je Beauvais. {Noté de routeur.) 

(117) Le cboBor de Chartres, aussi vaste, par 
parenthèse, que celui de Cologne, et le chœur de 
btnirgesnous présenteraient uniype très-distinct qui 



Mais d'ailleurs, au lieu de quatre travées, 
le chœur de Reims n*en avait aue trois, dont 
l'une beaucoup plus resserrée que les au- 
tres; au lieu de sept chapelles, il n'en avait 
que cinq, d'une forme arrondie. Entin, et 
cette observation n'est pas moins vraie pour 
Beauvais, d'un monument à Tautre, le rapport 
des pleins et des vides varie du simple au 
double, ce qui dénote un progrès immense. 

« Entre Amiens et Beauvais, ces deux ca- 
thédrales bAties à quelques lieues et è quel- 
ques années l'une de 1 autre, l'analogie ne 
pouvait qu'être grande; mais les différences 
sont très-grandes aussi, surtout en éléva- 
tion. C'est ainsi, par exemple, que les bas- 
cdtés du chœur de Beauvais ont un triforium 
et des fenêtres hautes qui prennent jour 
par-dessus le (oit des chapelles. 

« Non, le doute n'est point permis è cet 
égard; ce n*est pas par hasard ou parTeffet 
dune certaine conformité "âe style, que le 
même plan se trouve reproduit deux fois à 
cent lieues de distance.Evidemment Cologne 
a tout pris à Amiens et Beauvais, ou Beau- 
vais et Amiens à Cologne ; mais lalnesse 
des deux cathédrales irançaises ne saurait 
être mise en question, et nous ne voulons pas 
admettre un seul moment cette seconde ny- 
pothèse. 

^ Personne n'ignore que la cathédrale 
d'Ahiiens a été bâtie de 1220 è 1282. On n'a 
jamais contesté et sans doute on ne contes- 
tera jamais ces dates ; nous allons pourtant 
donner ici les documents historiques sur 
lesquels elles s'appuient. 11 ne suffit pas do 
connaître le moment de la fondation pre- 
mière et celui de Tachèvement; nous avons 
besoin de déterminer l'âge relatif des diffé- 
rentes parties de la cathédrale. » 

M. de Verneilh prouve en effet péremp- 
toirement, mais trop longuement pour que 
nous puissions reproduire ici celte démons- 
tration, que chaque partie de la cathédrale 
d'Amiens est antérieure aux parties corres- 
pondantes du dôme de Cologne. Pour Beau- 
vais, dit-il, nous nous contenterons de rap- 
peler que le chœur, commencé en 1225, était 
achevé longtemps avant 1272 (c^r, è cette 
date^ on relevait sa voûte écroulée), et que, 
dans les diverses restaurations dont il fut 
Tobjet, on a respecté la basse œuvre entière 
et les contre-forts supérieurs, en grande 
partie. 

Ensuite il entre dans les détails du paral- 
lèle entre les deux édiQces et il fait ressor- 
tir les traits nombreux de ressemblance 
qu'ils présentent à l'observateur attentif. Il 
y a néanmoins des différences, dont les 
unes tiennent aux temps, aux circonstances, 
les autres à la volonté des architectes; cel- 
les-ci sont à l'avantage d'Amiens... En dé- 
finitive, le pian du chœur de Cologne, sans 

dérive directement de Notre-Dame de Paris, ou, si 
Ton veut, de TégUse abbatiale de Saint-Denis : il 
est caractérisé par des bas-côtés doubles jusqu'au 
rond-point, et par de très-petites ch'apelles qui ne 
peuvent pas remplir tout rintervalie des contre- 
foiis. 



113 



AMI 



DESTHETIULE CHRETIENNE. 



AMI 



1U 



ëlre tout à fait irréprochable, vaut un peu 
mieux que celui d'Amiens, beaucoup luieux 
que celai de Beauvals, mais il est lait avec 
ces deux autres plans, et il n'offre, à coup 
sûr, rien de neuf ni d'original. M. de Roi- 
sin passe ensuite à l'élévation respective 
des deux cathédrales. 

« II n'est plus besoin de dire que l'analo- 
gie continue (c'est le plus souvent une con- 
séquence nécessaire et forcée ) ; mais elle 
se produit encore, alors même que la di- 
yersilé serait possible. Ainsi, le dessin ou 
tracé des fenêtres inférieures diffère peu, 
quoique l'architecte de Cologne ait eu aussi 
en vue un autre et un meilleur modèle. 
Dans la Aau/f «cstitre, où Ton n'était plus aussi 
étroitement enchaîné par le plan à terre, où 
les contre-forts surtout pouvaient librement 
changer de forme, la ressemblance augmen- 
terait presque au lieu de diminuer; car 
Cologne suit Amiens jusque dans ses bi- 
zarreries. Les dimensions, d'abord, sans 
être identiquement les mêmes, conservent 
leur premier rapport. Nous regrettons de 
n'avoir pas meeuré la hauteur sous clef de 
la grande voûte du dôme, mais on se trompe 
probablement lorsqu'on lui donne 9 pieds 
de plus qu'à celle d'Amiens (118). Bien que 
toute la haute œuvre de Cologne nous ait 
semblé réellement un peu plus élancée, la 
différence, au moins, quant aux voûtes, ne 
devrait guère dépasser 1 mètre. Nous avons 
la mesure exacte de la voûte d'Amiens, 
prise, il est vrai, en avant des six marches 
du chœur, lesquelles n'existent pas à Colo- 
gne : elle est de k3 mètres et de U mètres, 
y compris la saillie et l'épaisseur de la clet 
br, la hauteur du grand vaisseau de Colo- 
gne serait, selon M. Boisserée, de trois fois 
sa largeur, d'axe en axe, exactement, ce 
qui ne ferait que ki mètres, 10 centimè- 
tres (119;. 

« C'est surtout pour les contre-forts, que 
la ressemblance est significative : de part et 
et d*autre ils sont cruciformes^ et cette dis- 
position parait avoir été adoptée, pour la 
})remière fois, par l'architecte qui termina 
e chœur d'Amiens. » M. de Yerneilh ex- 
pose les raisons de cette adoption qui a été 
imitée par Cologne, de même que la so- 
briété relative de décorations au portail sep- 
tentrional. Ne pouvant suivre l'éminent ar- 
chéologue dans ses savant et judicieux dé- 
veloppements, nous allons droit, pour la 
reproduire, à l'opinion qui termine sa re- 
marquable dissertation touchant la valeur 
respective des deux cathédrales comparées 
entre elles telles qu'elles existent, comme 
si Tune n'avait pas servi à l'autre, comme 
si elles avaient été portées dans le même 
nombre d'années au même degré d'achève- 
ment. 

Voici comment il s'exprime, après avoir 
au |>réalable fait observer qu'une seconde 
édition, revue, corrij^ée, considérablement 
augmentée, vaut ordinairement mieux que 

(118) Voir la Ulre do M. de Keisiii, AnMles .ir 
chéoL, vol. VU, pag. 18i. 



la première, et que cela necltange poini son 
ordre de date. • , 

« Le dôme de Cologne, dans cinquante 
ans, remportera aisément en beauté, non 
fias en intérêt, sur les monuments religieux 
du monde. De même, le chœur seul acnevé^ 
l'emporte sur son modèle d'Amiens. Mais 
cette supériorité, évidente, au total, s'amoin* 
drit en de certaines parties, au point de de- 
venir douteuse. Ainsi, pour les bas - cêtés, 
pour les chapelles, pour toute la basse œu* 
vre, enfin, nous aimons autant Amiens que 
Cologne. Les profils architecturaux sont 
plus fermes, les sculptures plus sévères et 
d'un plus grand effet dans la cathédrale 
française. Puis, nous en faisons l'aveu, ces 
demi-fenêtres du chœur allemand, avec leurs 
roses et leurs ogives interrompues qui vien- 
nent se perdre aans une massive muraille, 
nous déplaisent souverainement, sans par- 
ler de celles qui sont tout à fait bouchées. 
— Si nous ne fermions pas exprès les yeux 
sur les magnificences des stalles d'Amiens 
et de la clôture extérieure du chœur, nous 
inclinerions décidément contre le dôme. 
Mais, dans la haute œuvre, il n*v a plus à 
hésiter; Amiens est médiocre et Cologne in- 
comparable. £t ce n'est point seulement en 
raison de l'extrême richesse du dôme que 
nous nous prononçons ainsi : les ornements, 
plus abondants, sont en même temps d'un 
goût meilleuret d'uneélégance plus grande, 
-y Ce n'est point h cause des cordons infé- 
rieurs qui contournent les colonnettes d'A- 
miens ; outre que Ton ne s'est accoutumé 
que graduellement h sacrifier les lignes ho- 
rizontales aux lignes verticales, nous n'a- 
vons nullement* la même horreur que M. 
Boisserée* pour cette gracieuse guirlande de 
fleurs ot de feuillages qui court d'une ex- 
trémité a l'autre du grand vaisseau, en em- 
brassant, sans les interrompre, les faisceaux 
de cc»lonnes qui descendent des voûtes. — 
Non, c*e$t (^ue le haut-chœur de Cologne, 
malgré les dimensions énormes de ses con- 
treforts qui ne laissent jamais apercevoir à 
la fois plus d'une fenêtre, est réellement 
une merveilleuse création, et de plus une 
construction excellente. On sait combien il 
est rare que les arcs-boutants neutralisent 
complètement la poussée des grandes voû- 
tes ; eh bien I l'écartement des murs qui dé- 
t)asse un pied k Amiens, est h peine sensi- 
>le à Cologne : c'est l'indice le plus sûr 
d'une construction soignée. 

« Voilà pour la valeur intrinsèque des 
deux monuments. S'il s'asissait ensuite 
d'apprécier le mérite relatii des premiers 
arcnitectes d^Amiens et de Cologne ; s'il s'a- 
sissait de juger, non pas ce qu^nt dessiné 
Leurs successeurs, mais ce qu'ils ont des* 
sine eux-mêmes, ce qu'ils ont bAti et non ce 
qu'ils auraient pu bâtir, si leurs conceptions 
avaient été moins disproportionnées avec 
le^ ressources s\ir lesquelles ils devaient 
raisonnablement compter; s'il s'agissait en- 

(119) Cin«fuante et cent cinquante pieds ro* 
mains. 



il5 



AMI 



DICTIONNAIRE 



AMI 



116 



(Vu de mettre en balance les services qu*ils 
ont rendus, les progrès qu*i)s ont fait feîre 
h l'art, nos conclusions seraient bien diffé- 
rentes. Le mérite de Tun, nous l'avons as- 
sez -prouvé, est avant tout un mérite d'in- 
vention; celui des autres un mérite de 
perfectionnement. Nous placerions donc, 
sans scrupiile, notre Robert de Luzarches 
au-dessus de tous les maîtres inconnus de 
l'iBuvre do Cologne (120). » 

Intérieur de la cathédrale. 

Un des plus beaux intérieurs de temple 
catholique, pour ne pas dire le plus beau^ 
c'est, sans contredit, celui de la cathédrale 
(l'Amiens. Lorsque vous pénétrez par la 
]K)rte principale sous (*.es voûtes gigan- 
tesques, dont la hauteur égale l'immensité, 
vous êtes saisi d'une admiration indicible 
et d'un profond recueillement. Si vous vou- 
lez ensuite vous rendre compte de vos im- 
pressions, vous en découvrirez aisément la 
c^use dans rélancement prodigieux des 
voûtes et dans la hardiesse de leurs retom- 
bées; dans l'élégante légèreté des piliers 
dont les nervures, à mesure Qu'elles s'élè- 
vent pour rejidndre la voûte, s épanouissent 
en mille faisceaux; dans la longue galerie à 
arcades, et dans la frise richement sculptée 
(particulière à cette église), qui contournent 
si gracieusement tout l'édifice; dans les su- 
perbes fenêtres qui contribuent si bien à 
son évidement; en un mot, dans Tétonnante 
variété de lignes très-heureusement com- 
binées avec Funité parfaite d'ensemble et 
d'exécution. Cet intérieur, est,, en eff^t, un 
des plus homogènes, comme iV est un des 
plus vastes qu'il soitpossible-de rencontrer. 
La maîtresse^voûte mesurant 130 pieds , 
60ns clef, est une des plus liantes qui existent 
dans Tunivers catholique» et la plus haute 
de toutes les églises de France, après celle 
de fieauvais (121). Sa longueur dans œuvre, 
({ui dépasse hOk pieds, n& le cède guère 
qu'à celle de la cathédrale de Reims, qui en 
lUAsure 428. 

Un tel intérieur réunit donc éminemment 
la grandeur physique et la grandeur mo-^ 
raie. Ajoutons v cette grandeur surnaturelle 
qui découle nécessairement des conditions 
hiératiques, liturgiques et symboliques, 
inhérentes au temple catholique, et nous 
aurons devant les yeux un dés types les 

Elus grandioses, les plus saisissants de la 
eauté en architecture que le génie chré- 

(120) M. Bo'sserée a répondu à ce second article 
de M. de Venieilb, par une lettre au directeur des 
Annalei Arehéologiqueê, insérée au tome Vlll de , 
celle revue. M. de Yerneilb a répliqué, à son tour, 
par un autre article publié dans le inéme volume, 
(!t dans lc(|iiel il explique et développe la thèse 
qu*il avait S(»utenue dans les précédents, en fai- 
sant, entre autres choses, ressortir Panatop^ie cons- 
tante, continuelle, qui existe entre ta cathédrale de 
Clologne, la Sainte-Chapelle de Paris et la cathé- 
drale de Limoges, deux cbefs-d^œuvre de Tarchi- 
tecture ogivale, qui sont, Tun et Tautre, d'une date 
évidemment antérieure à celle du déme aUcmand. 
Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ces 



tien ait inspiré. Trouverions-nous dans la 
longue nomenclaturedes édifices innombra- 
bles consacrés aux dieux par les architectes 
de la Grèce et de Rome, un intérieur de 
temple qui, je ne dirai point, ressembUt, 
mais seulement approchât de celui-ci? On 
sent bien, en circulant sous ces voûtes^ ^- 
gantesques, qu'un athée serait mal à l'aise 
dans ce temple si digne de la grandeur de 
Dieu (122). 

^lainteaant, si nous passons, dans un exa- 
men forcément rapide, aux détails des 
ornements principaux qui le décorent, nous 
y trouverons, comme pour l'extérieur,^ ma^ 
tièro à réloge et à la critique. 

Les trois grandes rosaces de l'ouesl, d» 
l'est et du septentrion, figurant les quatre 
élérMfitSj sont justement admirées, à cause 
de la variété et de l'éclat de leurs couleurs. 
Elles ont environ 100 pieds de circonféren- 
ce. La première, appelée rose de iwer, repré- 
sente la terre et Pair; la deuxième, le /ni, 
parce que le rouge y domine, représente, 
tout le long de sa circonférence, la célèbre 
roue de la vie humaine; la troisième, l'eou,. 
est la plus remarquable. On regrette néan- 
moins que les meneaux et compartiments do- 
ces troisjbelles rosaces soient, à cause de leur 
style flamboyant, en désaccord avec le style 
purement ogival \ie la grande nef et du 
transsept. 

La chaire à prêcher, supportée par trois 
statues allégoriques, la Foi, l'Espérance et 
la Charité, et surmontée d'un ange qui tient 
à la main un livre ouvert où sont écrits ces 
mots : Hoc foc et vives , est T'œuvre d'un 
sculpteur habile d'Amiens. Construite aux 
frais de M. de La Motte, évèque d'Amiens 
(t23), elle ne rappelle que trop par ssl forme 
lourde, épaisse et sans caractère, la ma- 
nière de cette époque si néfaste à l'art chré- 
tien. C'est dire qu'elle contraste désagréable- 
ment avec le style du monument. 

Les dix chapelles des deux bas-côtés of- 
frent plusieurs tombeaux, statues, tableaux 
et autres objets d'art, qui doivent fixer l'at- 
tention du visiteur. Mais, ajoutées après 
coup, elles ne sauraient racheter par la 
beauté des détails, l'altération si préjudicia-. 
ble qu'elles ont causé au noble édifice, ea 
masquant les deux grandes lignes de fenê- 
tres qui complétaient jadis celles du rang 
supérieur, et donnaient à tout l'édifice une 
transparence et une légèreté qu'il ne pos- 
sède plus maintenant au même degré. 11 en 

deux nouvelles pièces qui n^ont» d'ailleurs, rien 
changé au fond du débat. 

(ifl) Cette dernière compte 14 pieds de plus que 
celte d*Âmiens. Mais il faut observer que B«;auvais 
n*a de terminé que le chœur, tandis que la grande 
voûte d'Amiens, supérieure d'ailleurs, comme cou* 
slruciion et commç effet, à celle de ^eauxais, se pro- 
longe sans interruptipn, d'une exli^cniité k l'autre 
de Pédiiicei^sur unç longueur de plus do 400 pieds. 

(1^) Cette réflexion lut faite par Napoléon Bons* 
parte , lorsqu'il visita la cathédrale «l'Amiens, ae« 
roiupaguë d'un nombreux et brillant élat-major. 

{m\ Klk co^Mii ^,000 f. 



117 



AMI 



D*ESTH£T1QUE CHRETIENNE. 



AMI 



IIS 



est autrement des chapelles des bas-c6tés 
da chœur, qui entraient dans le plan primi- 
tif de la basilique. Elles offrent, comme 
celles des bas-côtés de la grande nef, quoi- 
que dans une moindre proi)ortion, plusieurs 
objets d'art, dignes d'être remarques. 

Celle dédiée h saint Eloi, où repose le 
chanoine Adrien de Lamorlière, auteur des 
Antiquités d'Amiens^ ont des vitres où sont 
peints divers traits de la vie du saint pa- 
tron des orfèvres, avec les costumes du 
temps. Les cavaliers portent des casques 
pointus, des tuniques, et sont montés à |)oil 
sur leurs chevaui. 

c Les cinq chapelles qui suivent sont très- 
remarquables par les ornements des croi- 
sées, consistant en vitraux peints sur les* 
quels sont retracées plusieurs légendes, 
relatives à la vie des saints qu'on y révère. 

« Dans la chapelle Ae Saint FrançoiidAs- 
MÙeê on remarque une assez bonne c^pie du 
Christ aux angeê de Lebrun. C'est aux murs 
de refend de cette chapelle qu'existent plu- 
sieurs colonnes appelées piliers sonnants ; 
ils ont une réputation un peu usurpée, car 
le son qu'ils rendent ne ressemble guère à 
celui d une cloche, et d'ailleurs, plusieurs 
autres piliers autour du chœur rendent lîcs 
sons pareils aux leurs. On dit que les car- 
reaux du pavé qui se trouve vis-à-vis, sont 
coupés de deux lignes transversales, pour 
perpétuer le souvenir du massacre des ca- 
tholiques en cet endroit par les protes- 
tants, en 1561. 

« La chapelle de la Vierge, ou Petite Pa- 
roisse^ occupe le chevet ou rond-point de 
l'église, elle est vaste et ornée d'un admi- 
rable groupe en marbre blanc, rejprésentant 
VAssompti&n de la sainte Vierge. On doit en- 
core ce bel ouvrage à un maître de la con- 
frérie du Puy, nommé François Dufresne. 
11 en fit don en 1637, à la cathédrale où il 
était d'abord placé dans la nef. Cette cha- 
|ieile renferme aussi deux tableaux, peints 

Cr Fortj[, assez estimés des connaisseurs. 
! premier a pour sujet la mort de saint 
françoif Xavier^ et le second le retour de 
FEnfant prodigue. 

€ Vis-a-vis cette chapelle est le tombeau, 
en marbre blanc du chanoine Guillain Lu- 
cas, fondateur de VEcole des orphelins, ou 
enfants bleus de cette ville. Parmi les sta- 
tues qui décorent ce riche mausolée, on re- 
marque un génie funèbre qui, sous le nom 
de Petit pleureur, jouit d'une grande celé- 
briié en France. Ce chef-d'œuvre est dû au 
ciseau du sculpteur Blasset. Sous une arcade 
pratiquée dans le bas du monument, on 
a|)erçoit la statue, aussi en marbre blanc, du 
cardinal de Lagranse, évèque d'Amiens, et 
surintendant des iinances sous Charles V. 
Il mourut en U(â, h Avignon, où il s'était 



retiré à i'avéuement au trône de Charles 
VI (12i). » 

« Le mur de clôture du chœur offre de re- 
marquables groupes en pierre, reproduisant 
divers traits de la vie de saint Firmin, évè- 
que d'Amiens; ses prédications, ses conter^ 
êions, son emprisonnement, son martyre ; te 
découverte de son tombeau, par saint Salte^ 
à Saint-Acheul ; son exhumation et sa trans^ 
lation. Ces sculptures présentent encore des 
restes de peinture polychrome , nouvelle 
preuve à ajouter à tant d'autres du rôle 
important que jouaient la peinture et la do- 
rure dans la décoration des temples, durant 
le moyen âge. Dans des niches inférieures» 
on voit les statues couchées de Ferri de 
Beauvoir, évèque d'Amiens, et d'Adrien de 
Hénencourt, doyen de la cathédrale qui, en 
li87 et 1527, fit élever ces monuments. On 
lit au bas de curieuses inscriptions en vers 
formant neuf quatrains. 

« Un doul)le perron de six marches con* 
duit au chœur. L'entrée principale, les por-»* 
tes latérales et les ouvertures sous les arcs 
autour! du sanctuaire, sont fermées par i\e% 
grillesenferartistement travaillées, qui méri* 
lent l'attention des connaisseurs; mais ca 
qui frappe surtout les regards, c'est la ma- 
gnifique boiserie des stalles qui rèsnent h 
droite et à gauche du chœur. Cette boiserie 
surpasse en élégance et par la richesse de 
ses détails, tout ce que les meilleurs ou- 
vrages de ce genre offrent de plus beau ; les 
sujets des grands bas-reliefs qui la déco- 
rent sont tirés de l'Ecriture sainte. On y a 
aussi représenté les divers états delà société 
et les vices sous des emblèmes assez dilli- 
ciles à expliquer. Ce superbe ouvrage fut 
commence enlSOS et fini en 1522. Il fut exé-^ 
cuté aux frais du chapitre et d'Adrien da 
Hénencourt (doyen), par Alexandre Huet.^ 
Arnoult Boulin, Jean Turpin et Antoine 
Avernier. 11 coûta en tout 9,U8 livres 1} 
sous 3 deniers. Le principal ouvrieri Jean 
Turpin, gagnait par jour sept sous, y com- 
pris son apprenti (125). 

« Près du lutrin, sculpté en style gothi- 
que, on lit les épitaphes des Mil. de L^ 
Motte, de Bombelleset de Chabons, évèques 
d'Amiens. De là on tourne ses regards vers la 
belle vitre qui décore l'abside du sanctuaire^ 
et que donna Bernard d'Abbeville en 1269. Le 
sanctuaire est séparé de la nef par une balustia • 
de en marbre blanc,- à hauteur d'appui. Deu^ 
grands candélabres en bois doré sont placés 
sur cette balustra<ie et servent à sa décora- 
tion. Les jambages des arcades du rond^ 
point sont revêtus d'un riche lambris da 
marbre. Les bustes en médaillons des qua- 
tre évangéiistes, et leurs symboles, ornent les 
premiers piliers du sanctuaire. Contre ces 
mêmes piliers et les suivants, sont des an- 



{ità) ruite à la cathédraU d: Amiens, par M. B. 
D.... pas. 28, 29. 

(125) Voir, pour plus de détails, sur ce chef- 
d*oeuvrede la tulpture sur bois, qui surpasse par ses ^ 
diuiensious autant que par su beauté les stalles da 



Brou, d'Anvers, de Rouen, etc., la Description des 
stalltA ie la cathédrale d'Amiens, par MM. Jourdain 
et Duval, aujourd'hui chanoines de cette église. 
(N^ie de routeur.) 



419 



Mil 



DICTIONNAIRE 



ANC 



ISO 



ges portant des torches garnies de cier- 
ges. 

« L*autel, construit à ]a romaine, est isolé; 
sa principale décoration consiste en un bas- 
relief représentant JésuS'Christ au jardin 
deêOliviert. Sa table est surmontée d'un gra- 
din ffarni de plusieurs chandeliers en bronze 
ilore, 

« Derrière cet autel on voit une gloire 
exécutée en 1768, par M. Crislophe, archi- 
tecte ; quelques artistes la regardent comme 
un bon morceau d'architecture moderne. 
Plusieurs personnes cependant la croient 
lourde et peu convenable à un temple go- 
thique. Cette gloire est formée de rayons 
et de nuages , parmi lesquels paraissent 
deslanges et des chérubins (125^) a 

Pour mon compte , je me permettrai de 
dire que tout cet appareil ae rayons, de 
nuages, d'anges et de chérubins, que celte 
c gloire» en un mot, triste produit d'une 
époque de décadence, est ici, comme lignes, 
'Composition et effet, un déplorable ana- 
.chronisme, un contre-sens véritablement 
Iftcheui, surtout à ce point culminant de 
l'intérieur de la basilique. Lorsque je vis 
cette « gloire » pour la première fois, je re- 
venais de TAllemagne, de la Belgique où 
j'avais pu remarauer, notamment à la cathé- 
drale d Anvers, des contre-sens de ce genre; 
et quoique j'y fusse en quelque sorte habi- 
tué, l'éprouvai une pénible surprise , à la 
vue d une telle puérilité dans un templeaussi 
majestueux. Indépendamment du complet 
désacord {de style avec l'édifice, que pré* 
sente cet appendice malencontreux, il offre 
l'inconvénient encore plus grave d'eu abré- 
ger la longueur d'une «centaine de pieds , 
en obstruant au moins e^ partie , cette 

f)erspective du rond-point de l'abside, dont 
'effet est toujours] si beau, si mystérieux. 
iMalheureusement d'autres cathédrales de 
France, et des plus belles, ont été ainsi^ 
^qu'on me passe l'expression) aveug/^e^ par 
le goût stupide de ces architectes du i^viii* 
siècle, qui s'imaginaient «embellir» disons 
plus, « réhabiliter» ces barbares édifices 
gothiques^ en les affublant de maints coli- 
fichets soi-disant usités dans l'architecture 
antique, et qui ne servent qu'à les déshono- 
rer (126). 

Heureusement, la cathédrale amiéfiois^ 
est trop vaste et trop bien prise dans son 
ensemble, pour qu'un sembUole hors-d'œu- 
vre puisse nuire à l'effet général, comme 
il le ferait dans un autre intérieur qui 
aurait de moindres proportions. 

Il m'a été donné cle contempler,, dans les 
conditions les plus favorables, ce magnifia 

S[ue intérieur ; c'était un jour de grande 
été, k l'issue de la messe pontificale et au 
moment où celle de midi allait commencer; 
les valves de la basilique étaient ouvertes,. 

(125*) Visite à la cathédrale d^Amiens , pag. oi-ôi. 

(iHi) Nous citerons, entre autres cathédrales go- 
lliiqiies qui se trouvent dans ce cas, celles de Sens, 
d*Aaxerre et de Narbonne, avec la diflcrencc, qu'au 
lieu de c gloire i c'est un énoi*iue baldaquin soutenu 



pour laisser sortir et entrer la foule très- 
compacte ce jour là. Du milieu du parvi« 
où je me trouvais alors en face du splen- 
dide et immense portail delà basilique, mes 
resards plongeaient sous sa gigantesque et 
sublime voûte atix nervures croisées jus- 
qu'aux grandes fenêtres de l'abside, ulanant 
sur des milliers de tètes de cette foule c-om- 
pacte qui agrandissait encore à l'œil l'im- 
mense f)erspective du temple, en même 
temps qu'elle lui communiquait le mouve- 
ment et la vie; les sons de l'orgue, de cet 
instrument mystérieux qui est la voix inté- 
rieure de nos temples, n'avaient pas encore 
cessé ; ils murmuraient gravement et se per- 
daient sous les nombreuses arcades des nefs 
dont'les échos répercutaient cette harmonie 
pleine de majesté, tandis que celle des bour- 
dons et des cloches, qui sont la voix exté- 
rieure de la basilique, s'exaltait en majes- 
tueuses volées, dans les airs, au-dessus de la 
grande cité. Sous l'empire de l'émotion douce 
et profonde à laquelle j'aimais à me lais- 
ser aller, je compris mieux que jamais ; 
combien 1 action liturgique, aveoson cor- 
tège obligé de la multitude des fidèles qui 
y prennent part, complète admirablement» 
en la rehaussant de toute sa poésie divine, 
la beauté incomparable de nos temples chré- 
tiens. Voy. Albi , Basiliques , Feangb , 
Reims, Sculpture, Statuaire, STRASBOuaa» 
Style ogival, Style roman. 

ANKUIO (Félix). Né en 1560, composi- 
teur rom. Voy. Musique. 

ANGËLICO (Fra) de Fiésole. Célèbre 
peintre mystique. Voy. Peinture, et Hra- 

ANGES. Parmi les types les plus nobles» 
les plus be-aux et les plus variés de la sta- 
tuaire et delà peinture chrétienne, figurent 
les anges, êtres célestes, privilégiés, aui tou- 
chent cependant par tant de points à la terre 
et à l'histoire de l'humanité. La création des 
anges eut-elle lieu avant celle de c-e monde 
sensible, ou bien après, et immédiatement 
avant celle de l'homme ? Saint Basile, dans 
son Bexaméron^ ou Livre de six jours^. 
incline pour le premier sentiment, lorsqu'il 
s'exprime ainsi : « 11 est permis de conjec- 
turer que, antérieurement à la création de 
ce monde visible, il existait un ordre de 
ciréatures p^us parfaites, indiqué par TApô- 
tre, quand il dit ; Tout a été créé par lui (Jé- 
sus-Christ ) tant les choses visibles que l$$ 
invisibles^ soit les dominations, soit les prtfi- 
cipauêéSf soit les puissances, soit les vertuê, 
(Coloss.f 1, 16), c'est-à-dire les armées des. 
anges auxquelles les archanges président. Il 
était convenable qu'à ce monde préexistant 
pieu ajoutât un monde nouveau qui fût et 
l'école Qù l'homme devait s'instruire, et le 
domicile de tous les êtres destinés à naître 
au à mourir. Avec lui, et au même moment, 

par quatre Golionnes, d'ordres grecs, qui écrase le 
maître- autel et masque entiércnieut la vue du romU 
point el de sa chapelle terminale. Celte dîtpoftiiion, 
ainsi que j ai pu nrcii convaincre de mes propres 
veux, est cm^orc plus vicieuse que celle d Aiuiens. 



îti 



ANG 



DESTHETIQUE CHRETIENNE 



ANC 



Itt 



fut créé le temps dont la scccessioQ conti- 
nue allait commencer pour rouler sans cesse 
et ne s'arrêter jamais dans son cours; le temps 
qui se compose de parties où le passé n'est 
|iltts, TaTenir n'existe pas encore, et le pré- 
sent échappe avant même qu'il soit connu. • 
L'opinion de saint Basile est commune 
parmi les autres Pères de TEglise. L'incer- 
titude qui existe touchant l'époque précise 
de la création des anges vient de ce qu'il 
n'en est pas dit un seul mot dans le récit de 
Moïse. Saint Jean-Cbrysostome« dans son 

f>remier sermon sur la Genèse, nous explique 
a cause de ce silence, à loccasion du pas- 
sage. Au commencement Dieu a fait le ciel et la 
/erre (Gen., 1,1.) «Pourquoiyi^ditlesaintDoc- 
teur,« Moïse ne nous donne-%-il pas d'abord 
la création des anges et des archanges? car 
si Touvrier se fait reconnattre à son ouvra- 
ge , n'était-ce point par cetordre de créatures 
qu'il fallait commencer, comme nous don- 
nant la plus iiaute idée de la |)ui>sance du 
Créateur? Nous admirons le ciel, l'astre du 
jour, les beautés du firmament. Les esprits 
célestes ne sont-iJs pas encore plus resplen- 
dissants de beauté? Pourquoi donc emme- 
ner sur la scène des objets d'une nature in- 
férieure, plutôt que de nous transporter aus- 
sitôt dans une région plus élevée? C'est que 
Moïse avait affaire à des Juifê, à un peuple 
dont l'intelligence dominée par les sens, ne 
jiouvait prendre un essor aussi haut, h un 
|>euple qui, nouvellement sorti de l'Egypte, 
l'imagination encore remplie du culte gros- 
sier qu'il y Toyait établi, aurait conçu dif- 
dcilement delà divinité une idée spirituelle. 
C'était donc par des asj>ects sensibles qu'il 
fallait l'y amener. Voilà pourquoi l'histo- 
rien porte leurs regards sur le ciel, la terre, 
la mer et les autres parties de la création 
iSont tous les yeux étaient ffappés. Quand 
leurs esprits auront acquis plus de matu- 
rité, C6 sera le moment de leur parler des 
vertus célestes, comme le fera David dans ce 
psaume. Vouê qui êtes dans les cteiix, 
louez U Seigneur^ louex^le du joluê haut d^ 
firmament ; anges du Seigneur j louez-^le tous. 
Armées du Seigneur ^ louez-le toutes de con- 
cert : car il a commandé^ et toutes choses oni 
été créées ; il a parlé ^ et tout a été fait. (Psal. 
CILTIII, 1, 7). 

« Dans le temps môme où les sublimes 
ieçona devaient trouver des intelligences 
mieux disposées à les entendre, quand un 
testament nouveau aura été donné au mon- 
de, TApôtredes nations suivra la même mé- 
thode que le législateur des Juifs. Saint Paul 
B triera aux Athéniens le môme langage que 
Oise aux Hébreux. 11 ne les entretiendra 
ni des anges ni des archanges, mais du ciel 
et de la terre {Act. xvn, 9k). Dieu qui a fait 

(i5t7) C^est pourquoi les angi^, qui appartiennent 
ëniineiiinienl à cel ordre de sub.slan<:es ont été 
eoui parés k la lumière, qui est ie plus l^er, le plus 
subtil de tous les corps, et ont été représentés couinie 
des éclairs, des souffles et des étincelles. (Voir les 
cliap. 1 et X du prophète Eséclilel.) Saint Jean Da- 
mascèie, dans son traité De angelis (cliap. 3), dit- 
quc ce aimt autant de lumières émanées de la Iu- 



le monde, étant le Seigneur du ciel et de la 
terre, n'habite point «ians des temples bfttis 
par des hommes. Qu'il ait è (larler aux fidè- 
les de Colosses, son langage sera bien plus su- 
blime: Toutes choses ont été créées par lui^ 
tant celles du ciel que celles de la terre^ les 
visibles et les invisibles^ soit les trônes^ soit 
les dominations^ soit les principautés^ soit 
les puissances^ ont été créés par lui et pour lui. 
{Coloss. 1, 16). 

« L'évangéliste saint Jean, écrivant poar 
des disciples plus parfaits, embrasse tout 
l'ensemble de la création, ne s'arrêtant pas 
aux détails: Toutes choses, dit-il, ont été 
créées par lui, et, sans lui, rien n'a été fait de 
ce quia été fait {Joan. 1,3), tant ce qui se mon- 
tre aux reganls que ce qui leur échappe. En 
quoi tous ces saints personnages se confor- 
mant è la f>ortée de leurs auditeurs, imi- 
tent la conduite des instituteurs oui propor- 
tionnent leurs leçons X rintelligence de 
leurs disciples. Législateurs d'une nation 
plongée dans une ignorance universelle, en- 
core dans les langes d'une première enfance, 
ils se bornent à des leçons suffisantes pour 
lui faire connaître l'existence d'un Dieu 
Créateur. Paul et Jean l'évangéliste, prenant 
les hommes pour ainsi dire au sortir de l'é- 
cole, les élèvent à des connaissances d'un 
ordre bien supérieur, avec l'attention de 
rappeler sommairement les premières ins- 
tructions. Harmonie parfaite entre l'Ancien 
et le Nouveau Testament. L'Ancien expose 
la création fiar le spectacle des choses visi- 
bles ; et quelle idée David nous donne déjà 
de la puissance du Créateur, par ces paroles : 
// a commandé et tout a été fait {Psal. xxxu, 
0). Le Nouveau nous le montre dans la pro- 
duction des substances invisibles (127). » 

La suite des temps n*a fait que confirmer 
la justesse de cette réflexion de saint Jean- 
Chrysostome En effet, nous voyons d*abord 
les Pères les plus anciens commencer par 
nous donner la description aussi exacteque 
poétique des neuf chœurs des anges. En- 
suite les peintres orientaux, et à leur suite, 
les Italiens, se hasardent à nous les repré- 
senter tantôt sous la figure de tètes d'enfants 
ailées, tantôt à mi-corps, mais avec quatre 
ailes, deux qui partent de la tète, et les 
deux autres, des deux extrémités inférieures 
du buste qu^elles termineiK ainsi de la ma- 
nière la plus légère et la plus gracieuse. 
Enfin, nos peintres catholiques occidentaux 
les représentent sous l'apparence de l'hom- 
me. « Seulement, et c'est comme un carac- 
tère indélébile,les deux ailes restenttoujours 
attachées sur les épaules de l'ange, parce 
que l'ange, comme le dit toujours son nom 
(ft77tW) est le messager ou l'envoyé de Dieu, 
(128) et que pour aller plus ra| idementoù 

mière incréëe, dont elles ont la splendeur. Ils M'ont 
l)esoin ni de langue, ni d*oreilles; mais ils commu- 
niquent leurs pensées et donnent leurs conseils, 
sans le secours de la parole ni des sens : Sed sine 
ulla fffobati urmoniB are mutus sine sensu sua corn-' 
muHicanl et consilia. 
' (\i») L'Ancien cl le Nouveau Tesumcui .ibondciit 



ifk 



ÀiNG 



DICTIONNAIRE. 



ANC 



it4 



le souverain maître lui ordonne de se ren- 
dre, il semble s'armer de celinstrument de 
locomotion. 

c Ainsi, Ggure humaine, complétée parles 
ailes de Toiseau et resplendissante de lu- 
mière, telle est comme forme et comme cou- 
leur, la plus ordinaire représentation sous 
laquelle la poésie et Tart nous montrent 
Tanse. 

«Quanta la poésie, Dante est une mine à 
descriptions. Au chant xxxi du Paradis^ il 
dit : Je levai les yeuXy et^ comme le matin la 
partie orientale ae l horizon eet plus éclatante 
que celle oii le soleil se couche^ ainsi, lorsque 
mes yeux montèrent comme d'une vallée sur 
une colline^ je vis, au sommet, une place qui 
surpassait en éclat toutes les autres. Comme la 
partie du ciel où Con attend ce char que Phaéton 
ne sut pas guider s'embrase davantage, tandis 
que des deux côtés la lumière s'amoindrit, ainsi 
cette oriflamme de paix {la sainte Vierge) flam^ 
bloyait au milieu , en faisant pâlir également 
les splendeurs autour d'elle. Dans ce milieu, je 
vis plus de mille anges avec les ailes ouvertes 
et tous différents d'éclat et d'attitude. —Y oi^ 
là le foyer lumineux où brillent et bouil- 
lonnent les Ilots de ces natures célestes; 
voici maintenant quelques rayons qui s'é- 
chappent de cette source. —Dante, au chant 
viir du Purgatoire, dit : Je vis sortir du ciel 

et descendre deux anges Leurs robes, 

vertes comme les petites feuilles qui viennent 
téclore, frappées et agitées par le vent de 
leurs ailes, vertes aussi, flottaient en ar- 

rière Je distinguais bien leurs têtes 

blondes , mais l'œil était ébloui par leur face, 
comme une faculté qui succombe à de trop 
grands efforts. — Au chant vi* du Purga- 
toire, Dante décrit ainsi le premier ange 
qu'il voit : Une lueur m^ apparut , qui venait 
sur la merf et (f un mouvement si rapide, que le 
vol d'aucun oiseau ne pourrait l'égaler. Ayant 
un peu détourné les yeux, afin d'interroger 
mon guide, je la revis plus lumineuse, et 
déjà plus grande. Puis, de chaque côté, m'ap- 
paraissait ie ne sais quoi de blanc, d'où sor- 
tait peu a peu quelque autre objet , blanc 

comme le premier rotct l'ange ae Dieu.... 

Vois comme il dédaigne les moyens humains. 
Il ne veut point de rames ni d'autres voiles que 

ses ailes Vois comme il les tient dressées 

vers le ciel. Il bat l'air de ses plumes éter- 
nelles, qui ne muent point comme la cheve- 
lure des mortels. — Plus s'approchait de 
nous C oiseau divin , plus brillant il appa- 
raissait, de sorte que de près les yeux ne 

en exemples île ces messages que Dieu se platt à 
contter à se • anges. Nous citerons entre autres ceux 

Îue nous fournissent les histoires d^Abraham, de 
etli, de Jacob, de Moise, de David, de Daniel, de 
Tobie, sans parler de ceux que nous révèlent les 
annales du Nouveau Testament, et parmi lesquelles 
TAnnonciation tient le premier rang. D'ailleurs 
saint Paul ne nous déclare- 1 il pas expressément, 
dans son Epttre aux Hébreux, que les anges sont les 
iLinistres, les envoyés de Dieu auprès des hommes 
pour tout ce qui concerne leur salut. ISonne omnes 
sntU adminislratorii spiril%$ , in mimsierium missi 
ffropter eos qui hœreditaiem copient ialutit? (Hœbr., 



pouvaient soutenir sa splendeur Fm béa- 
titude était peinte sur son front. — Au chant 
xu* du Purgatoire n Dante ajoute quel- 
aues traits à son tableau : Vois un ange qui 

s apprête à venir vers nous La belle 

créature venait vêtue de blanc, et son visaet 
scintillait comme on voit trembler l'étoile du 
matin. Elle étendait les bras , et puis elle ou- 
vrit les ailes. 

« Quiconque a regardé les peintures mu- 
rales de l'Italie , les roosaïc[ues de la Grèce, 
et les émaux byzantins disséminés eu Eu- 
rope, reconnaîtra que les anges de Giotto et 
d'Orcagna, de Fra Angelio et du Pérugin; 
que les^anges de Saint-Luc en Livadie et de 
Sainte-Sophie de Salonique; que les anges 
de l'inappréciable reliquaire byzantin de 
Limbourg (129) ne sont qu'une autre ex- 
pression, une expression parle dessin* des 
anges tels que Dante les décrit. Mêmes 
formes, mêmes ailes, mêmes lumières ; la 

fioésie et la peinture ont traduit en deux 
angues , l'une par des paroles , Tautre 
par des lignes et aes couleurs , une pensée 
absolument identique (130). »» 

Quanta la classification et aux attributions 
respectives des neuf chœurs des anges, voi- 
ci comment s'exprime saint Denis l'Aréo- 
pagite, dans son Traité de la BiérarchU 
céleste : 

« Le chœur innombrable des anges se par- 
tage en trois hiérarchies différentes. La pre- 
mière se compose de ceux qui sont toujours 
devant la fhce de Dieu, et qui lui sont unis 
d'une manière plus intime et plus imtné- 
diate. Ce sont les brûlants séraphins , ainsi 
nommés à cause des feux du divin amour 
qui les consument sans cesse; les lumi- 
neux chérubins , ainsi nommés à cause des 
lumières pures et sublimes dont leur intel- 
ligence est éclairée, et les trônes, qui, 
comme leur nom le fait assez entendre, 
sont ce qu'il y a de plus élevé parmi les in- 
telligences célestes. Tous ces esprits, por- 
tés sur les ailes du plus ardent amour, sont 
entraînés par d'invincibles transports vers le 
souverain bien, et s'efforcent sans cesse de 
s'approcher de plus en plus vers la source 
qui les enivre. L'excellence de leur nature 
paraît assez par le rang sublime qui leur 
a été donné. Placés sur ie seuil même du 
sanctuaire auguste qu'habite la Divinité, ils 
ne voient que Dieu au-dessus d'eux , et 
laissent au-dessous, aune distance infinie* 
toute créature visible et invisible. Leurs 

1, 14.) Il ne faut donc point s'étonner du rôle si im* 
portant et si poétique que la légende elle-même lent 
a attribué. 

(i29) C'est un reliquaire de la vraie croix , d'une 
valeur considérable et d'une beauté sans pareille*, 
d'origine byzantine, datant du x* siècle probable* 
ment; îl est couvert d'émaux translucides sur Umà 
d'or. Il provient du trésor de la catbédrale de Trê- 
ves, et fut livré par le dernier archevêque électeur 
de Trêves au duc de Nassau, qui l'a donné récem- 
ment à la catbédrali*. de Limbourg. 

(130) leottoffraphie des an§es^ par M. Didrom 
(Annalfê archéologiques, ton). Xl> p^ 3S5'5i.) 



l» 



ANC 



D*ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



ANC 



lt$ 



Toiz et leurs concerts ressemblent au fré- 
missement d'une multitude innombrable de 
torrents. Us crient sans cesse : Gloire et 
béiMictian êoU au Seigneur! {Apoc. t» 
11.) D'antres fois, ils font retentir ces pa- 
roles, ou plutôt ce cantique, si digne du 
Dieu qu'ils adorent : Saini^ Sainte Sainte 
est le Seigneur, te Dieu de$ armées ; toute la 
terre est remplie de sa gloire. {Isa. vi, 3.) 

c La seconde hiérarchie renferme les do- 
minations, les vertus et les puissances. Les 
dominations sont ainsi appelées, parce 
qu'elles dominent les autres anges, quelles 
sont fîbres de toute espèce de contrainte , 
et servent Dieu avec la plus sublime indé- 
pendance. Le nom de vertus indique assez 
que ces esprits possèdent une force, un 
courage indomptable, qui se manifestent 
dans toutes leurs actions, et qui font aue 
rien de ce qui pourrait diminuer les lu- 
mières divines qui éclairent leur intelli- 
gence ne trouve ac^ès dans leur volonté. 
Leur unique occupation est de s'efforcer 
de devenir semblables de plus en plus à la 
Divinité. Enfin, les puissances , qui sont 
sur la même ligne que les dominations et 
les vertus, sont chargées de veiller aux 
destinées du monde, et d'empêcher aue les 
esprits pervers ne lui fassent tout le mal 
que leur sumère leur méchanceté. 

« La troisième hiérarchie se compose des 

{rincipautés , des archanges et des anges, 
es principautés ont pour attributions de 
commander aux anges, qui leur sont infé- 
rieurs en dignité, et de les disposer à exé- 
cuter les ordres de Dieu. Leur soin est de 
veiller sur les grandes divisions du monde, 
comme par exemple sur une contrée, sur 
un rojraume. Les archanges, placés entre 
les principautés et les anges, sont en quel- 
que sorte le lien qui les unit, et tiennent 
tout à la fois et des uns et des autres. Leurs 
fonctions consistent à annoncer aux hommes 
Jes choses de Dieu, et à éclairer Tes prit des 
prophètes. Enfin les anges cx>mpletent et 
terminent toute la céleste hiérarchie. Ce 
«ont, pour ainsi dire, les messagers onli- 
Jiaires que Dieu emploie pour communi- 
quer avec les hommes. Us viennent nous 
annoncer ses volontés, et nous conduisent, 
comme par la main, jusqu'à la connaissance 
de sà nature. Voilà pourquoi l'Ecriture at- 
tribue à ces Esprits en particulier le soin 
de tout ce oui nous concerne. C'est ainsi 
qu'elle appelle l'ange Michel le guide et le 
chef du peuple Juii, et qu elle en dit autant 
de quelques autres anges, qu'elle appelle 
égiement les guides et les chefs des autres 
peuples.! 

La représentation de ces neuf chœurs des 
anges , divisés en cercles concentriques qui 
aboutissent à un cercle commun, Jésus- 
Christ dans sa gloire au plus haut des 
rieux , forme le sujet des grandes roses oc- 
cidentales de plusieurs de nos cathédrales 
ogivales. Rien d'éblouissant, de magique , 
de grandiose comme ces immenses et 
magnifiques rosaces, lorsque, frappées des 
ra vons du soleil couchant, elle projettent 



dans l'enceinte sacrée qu'elles éclairent d'un 
jour mystérieux, ces anges, ces séraphins, 
ces chérubins aux mifle et scintillantes 
couleurs. Rien qui ressemble aux magni- 
ficences du paradis, comme ces roses trans- 
Sarentes qui nous en retracent avec tant 
'éclat et de poésie les incomparables splen- 
deurs. L'art antique offre-t-il quelque 
chose qui ressemble, même de tres-lom, 
à ces brillantes verrières, et surtout à ces 
roses éblouissantes? Elles sont le chef- 
d'œuvre de la peinture sur verre, comme 
cette peinture elle-même est la reine delà 

Eeinture chrétienne en général. Dans les 
ranches si variées de celle-ci, nous pou- 
vons admirer sous mille formes différentes 
la reproduction du tvpe angélique. La sta- 
tuaire, celle des siècles de foi, nous le ré- 
vèle également avec une admirable va- 
riété d invention et a?ec une t>eauté ravis- 
sante d'expression. Il y aurait à énumérer 
par centaines les œuvres d'art qu'il a ins- 
pirées ou embellies. 

Celui des livres du Nouveau Testament 
qui offre à l'art le plus grand nombre de 
types d'anges, c'est, sans contredit, VApoca» 
lypse de saint Jean. Nous y soyons d'abord 
hgurer sous cette dénomination les sept 
évêques d'Ephèse, de Smyrne, de Pereanie, 
de thyatire, de Sardes, de Philadelphie et 
de Laodicée. (Apoc.^ ii, m.) Ensuite, c'est 
l'ançe fort et puissant qui crie à haute ?oix» 
du naut des cieux : Qui est digne d'ou- 
vrir le livre d'en lever les sceaux? (Apoc^ 
V.) Puis, ce sont les quatre anges qui, porté:^ 
aux quatre coins du slobe, retiennent les 

auatre vents du monde pour les empêcher 
,e souffler sur la terre, sur la mer et sur 
aucun arbre ; c'est un autre ange qui monte 
du côté de TOrient , ayant dans la main le 
sceau du Dieu vivant et criant à haute voix 
aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir 
de nuire à la terre et à la mer, de ne point 
les frapper, non plus que les arbres, jusqu'à 
(■e qu'ils aient marqué au front les serviteurs 
de Dieu. (Apoc. xii.) Après que les justes 
ont été marqués au front , nous voyons tous 
les anges se tenir autour du trône de l'A- 
gneau, des vieillards et des quatre animaux, 
et se prosternant le visage contre terre, 
adorer Dieu et chanter : Amen^ benedie- 
/ton, gloire^ sagesse^ actions de grâces^ hon- 
fleur, puissance et force à notre Dieu^ dans 
tous tes siècles des siècles. Amen. (Apoc. 
vu.) 

Le chapitre vin nous montre les sept 
ançes qui se tiennent devant Dieu, toujours 
prêts à exécuter ses ordres. On leur donne 
sept trompettes. Après qu'un autre ange qui 
se tenait devant l'autel ayant un encensoir 
rempli de parfums , a offert à Dieu ces par- 
fums, qui sont les prières des saints, et a 
jeté ensuite sur la terre l'eno^ensoir rempli 
du feu de l'autel d'où viennent des ton- 
nerres, des voix, des éclairs et un grand 
tremblement de terre, les sept anges qui 
avaient les sept trompettes, en sonnent 
l'un après l'autre , et il en résulte successi- 
vement des prodiges, des monstres, des ca- 



m 



ANC 



DICTIONNAIRE 



ARC 



Itt 



lamilés de toute espèce qui désoient la terre. 
{Àpoc. IX.) 

Cependant Tapôtre insf)iré TOit un autre 
ange fort et puissant^ qui descend du ciel^ 
revêtu d'une nuée et ayant unarc-en-ciel sur 
la tête. Son visage était comme le soleil^ et ses 
pieds comme des colonnes de feu. Il mit son 
pied droit sur la mer, et son pied gauche sur 
la terre. Et il cria d'une voix forte comme 
un lion qui rugit. Et après qu'il eut criéy sept 
tonnerres fir7nt entendre hurs voix.... Alors, 
poursuit l'eiiléde Pathmos, l'ange que f avais 
vu, qui se tenait debout sur la mer et sur la 
terre, leva sa main au ciel^ et jura par celui 

?mi vit dans les siècles des siècles, qui a créé 
e ciel et tout ce qui est dans le ciel, la terre 
et tout ce qui est aans la terre, la mer et tout 
ce qui est dans la mer, qu'il n'y aurait pltis de 
temps : mais qu'au jour où le septième ange 
ferait entendre sa voix, et sonnerait la 
trompette, le mystère de Dieu s'accompli" 
rait, ainsi qu'il l a annoncé par les prophètes 
ses serviteurs, {Apoc. x, 1-7.) Or, ce septième 
ange ayant sonné de la trompette, on entendit 
de Grandes voix dans le ciel qui disaient : 
« L empire de ce monde a passé à notre Sei- 
gneur et à son Christ, et tl régnera dans les 
siècles des siècles. Amen. » 

Alors les vingt-quatre vieillards, qui sont 
assis sur leurs trônes devant Dieu, se pros^ 
ternèrent et adorèrent Dieu, en disant : « Nous 
vous rendons grâces. Seigneur, Dieu tout- 
puissant, qui êtes, qui étiez, et qui devez 
venir, de ce que tous êtes entré en posses- 
sion de votre grande puissance et de votre 
règne étemel, » tîtc, etc. Alors le temple de 
Dieu fut ouvert dans le ciel, et on vit l arche 
d'alliance dans son temple, et il se fit des 
éclairs, des voix, des tonnères, un tremble- 
ment de terre et une grêle effroyable. {Apoc. 

XI, 15-19.) 

Au chapitre suivant nous lisons le récit 
du combat des bons et des mauvais anges. 

// se donna une grande bataille dans le 
ciel. Michel et ses anges combattaient contre 
le dragon; et le dragon avec ses anges com- 
battaient contre lui. Mais ceux-ci furent les 
plus faibles, et depuis ce moment ils ne pa- 
rurent plus dans te ciel. Et ce grand dragon, 
cet ancien serpent, qui est appelé diable et 
satan, qui séduit tout le monde, fut préci- 
pité en terre et ses anges avec lui. (Apoc. 

XII, 7-9.) 

Quels tableaux, quelles images, quelle 
))Oésie dans tout ce récit apocalyptique, dans 
ces scènes toutes plus grandioses les unes 
que les autres, qui se déroulent sur cet im- 
mense théâtre qu'on appelle la terre et les 
cieux 1 Et, poumons borner aux anges, com* 
bien leur rôle est sublime et varié dans ces 
magnifiques scènes, auprès desquelles les 
plus gr^indes de VIliade ne seraient que des 
jeux d'enfants. Remarquons particulière- 
ment ici la justesse profonde de cette pensée 
de saint Jean Chrysostome, rapportée plus 
haut, que le Nouveau Testament nous révèle 



les substances invisibles que rAncien noos 
avaità peine laissé entrevoir. En effet, iodé* 
pendamment de saint Jean Tévangéliske» les 
autres apôtres, et particulièrement saini 
Paul (131), nous exposent clairement Fori* 
gine, l'excellence et la mission de ces esprits 
célestes. Les saints Pères également, neus 
venons do le voir, s'en sont beaucoup occa- 
pés dans leurs écrits. On sait tout le parti 
qu'ont tiré de ce type bien supérieur aux çé^ 
nies de l'antiquité, la légende et la tK>ésie des 
chrétiens. Il offre encore une richesse de 
sujets et de motifs on ne peut plus nobles^ 
gracieux et touchants, aux peintres et aai 
sculpteurs qui , à l'exemple des artistes do 
moyen Age et de leurs fidèles imitateurs, les 
Cornélius, les Steinle, les Hauser, les Ower- 
bek, auront soin de l'étudier sérieusement 
dans les saintes Ecritures, dans les Pères, 
dans la liturgie et dans les œuvres d'art qui, 
exécutées sous l'heureuse influence de celte 
triple inspiration, l'ont reproduit avec au- 
tant de variété que de bonheur. (Voir, pour 
les détails et descriptions qui s'y rapportent, 
plusieurs articles de ce Dictionnaire, entre 
autres, ceux-ci : Amiens, PsiNTuas gbbA* 
TIENNE, Peinture htstiqde, Sgvltueb, Sta- 
tuaire, Reius, Strasbourg, Types.) 

ANGLETERRE (Cathédrales d*). Yoy. Di- 
mensions. 
ANIMAUX SYMBOLIQUES. Voy. Anges. 

ANIMUCCIA (Jean). Elève de Goudimei, 
compositeur romain. Foy. Musique. 

ANTHEMIUS de Trallbs. Architecte de 
Sainte-Sophie de Constantinople. Foy. Coo-^ 

POLES. 

ANTIENNES de sainte Agn^s, de saint 
Martin, DE sainte Lucie. Foy. Modes bcolé- 

SIASTIQUES. 

ANTOINE DE Ferrare. Peintre élève de 
Gaddi. Yoy. Peinture. 

ANTOINE DE Venise. Peintre, élève de 
Taddeo Gaddi. Voyez Peinture. . 

ANVERS (Catbédrale d). Voy. Divbih 

SIONS. • 

APOCALYPSE (Scènes de l'). Voy. Amn. 

APOTRES. Voy. Types, Amiens, Stras- 
bourg. 

ARCHITECTURE. Art de bâtir. 

L'architecture est l'expression la plu& 
vraie, la plus sensible des sociétés humaines^ 
C'est sur ses pages de pierre que sont tra* 
ces en caractères ineffaçables les croyances, 
les mœurs, le çénie, la gloire et la décadence 
des peuples divers. Témoin fidèle des ré- 
volutions des empires > elle raconte aux «^ 
nérations qui se succèdent l'histoire des 

!;énérations passées. Moins accessible que 
a peinture et les manuscrits aux injures 
du temps, elle conserve intact, à travers las 
siècles, le souvenir d'événements qui, sans 
elle, seraient restés ensevelis dans un étoniel 
oubli. On ne saurait donc porter trop de 
respect aux monuments publics, surtool 
quant il s'agit de ceux qui furent érigés paf 



(131) Voir Rom. vin, 38. / Cor. iv, 9 ; ii, 10; Coloss. ii, 18. // Thess. i, 7. / Tim. ni. 16; v, il; 
iiii, 1. // Cor. Il , 14; Col. \, 8; m, 19; iv, 14. et leschap. i,ii,\i et iiuUc VEpitre auxUéèreux. 



1» 



ARC 



DESTHETIQUE CHIŒTœNNE. 



ARC 



ISO 



le ehristianisme, véritable point de départ 
des sociétés modernes. Comment nier l'in- 
flnenee universelle de ce nouveau principe 
de civilisation? La transformation qu'il a 
opérée dans les arts, la littérature, la poli- 
tique et la philosophie des nations euro- 
péennes, est tellement visible, que leur his- 
toire, sous quelque rapport au*on Ten visage, 
se rattache nécessairement a celle de la re- 
ligion, qui les prit au berceau de la barbarie 
et les éleva peu à peu de l'état d'eniance à 
Tige de la virilité. Quel plus riche thème 
fut iamais offert à la plume de l'écrivain ou 
h l'eloauence de Torateur, que l'action admi- 
rable oe ce principe qui domine toute notre 
histoirel Cette donnée nous a valu les plus 
beaux livres écrits dans ces derniers temps. 
Elle est devenue nécessaire à tout écrivain 
qui veut sortir de cette ornière des préjugés 
aveugles que plusieurs siècles de haine et de 
calomnie contre le christianisme et son gé- 
nie, avaient creusée de plus en plus large et 
profonde. Elle Test surtout pour quiconque 
s'occupe de la philosophie de Tart chrétien. 
Les anciens avaient dit avec raison : Ab Jo- 
re princtptum. Ce principe qu'ils suivaient 
dans leurs théories, ne le perdons jamais de 
vue dans les nôtres. Avant de parler de Fart 
chrétien, il faut nécessairement se préoccu- 
per du principe chrétien qui l'inspire et le 
domine. A Christo frincipium ; tout est là. 
Tel a été aussi Totyet de notre deuxième 
dissertation préliminaire. Maintenant il ne 
s'agit plus que d'appliquer les principes po- 
sés à cnacun des quatre grands arts libéraux. 
Nous commençons par l'architecture, qui 
fait le sujet de ce premier article. 

Les conditions essentielles de cet art ne 
sont autres que celles que nous avons pré- 
cédement dénnies, en parlant de l'art en gé- 
néral ; c'est-à-dire , dans les détails , l'har- 
monie , la variété ; dans l'ensemble , l'unité. 
Il faut j ajouter les conditions de convenance 
dans la distribution intérieure, dans le goût 
des ornements intérieurs et extérieurs , et 
principalement dans le caractère général du 
monument qui doit être facile à saisir et in- 
diquer à première vue la destination à la- 
quelle on a voulu le consacrer. Un monu- 
ment quelconque n'est réellement beau 
9u*autant qu'il réunit toutes ces conditions 
'harmonie, de convenance et d'unité. Les 
règles, sans doute, sont très-simples et pa- 
rtissent de prime abord devoir être d'une 
facile exécution. Et cependant , combien de 
fois n'ont -elles pas été violées plus ou 
moins ouvertement , surtout dans la cons- 
truction de nos modernes édifices? La liste 
de ces constructions manquées , avortées , 
ne saurait trouver place dans cet Quvrage ; 
d ailleurs, elle serait malheureusement 
beaucoup trop longue. 

(I3i) Qee dirons-nous de la découverte toute ré- 
reaCe des mines de Ninhre ? de ces temples-palais 
àoH la coDstructioB remonte au delà de sept siè- 
rles avant notre ère, et qui eux-mêmes iravaient 
que Tf sm f à Mt é d^autres temples- palais érigés par les 
plus anciens rois d'Aftsyrie* au moins onze ou douze 
ccau ans avant Jésus- Çbhst. Gomme ces magniu* 



Ce sont les monuments chrétiens, qui 
doivent fixer notre attention. Nous allons en 
étudier l'architecture au double point de 
vue de la pratique des règles éternelles et 
immuables du beau dans l'ordre naturel, qui 
lui est commune avec les monuments anti- 
ques, et de l'expression mystique qui lui 
est jpropre et qui constitue le beau dans 
l'ordre surnaturel. Pour mieux faire ressor- 
tir ces deux points de ressemblance et de 
différence qui existent entre Tarchitecture 
chrétienne et l'architecture antique , nous 
allons d'abord tracer une esquisse rapide 
de celle-ci depuis Torigine de la civilisation 
jusque aux catacombes, premier point de 
départ de l'architecture chrétienne, dont la 
beauté nous apparaîtra toujours ancienne et 
toujours nouvelle , à travers les phases di- 
verses par lesquelles elle a passé. C'est 
d'ailleurs une chose des plus instructives, 
des plus intéressantes, esthétiquement par- 
lant, que de mettre ainsi en regard l'expres- 
sion des différents genres d'architecture des 
anciens, et celle des grands monuments de 
Tarchiteclure des chrétiens. 

D'abord, l'immense plaine de Sennaar, 
théAtre des premiers grands travaux que les 
hommes aient entrepris, nous offre les cé- 
Tèbres ruines de Babylone, et principale- 
ment le palais de Nemrod, Tantique Babel^ 
gigantesque terrasse de 2,082 pieds de tour 
et d'une nauteur de 50 à 200 pieds, de locci- 
dent à l'orient (132). 

Ensuite, les rives du Gan^e et celles du 
Nil nous révèlent la plus ancienne architec- 
ture après celle des Babyloniens, dans ces 
immenses excavations souterraines, qui, 
comme à Bahar, à Ellora, à Eléphantis et 
non loin de l'ancienne Thèbes, offrirent aux 
vivants un abri contre un soleil de feu, et 
aux morts des sépulcres aussi solides que 
les rocs, dans la profondeur desquels ils 
avaient été taillés. Plus tard, nous verrons 
ces peuples, à mesure qu'ils se j*épandront 
dans la ulaine, occupés a élever sur la sur- 
face de la terre ces temples, ces sépulcres 
recelés jadis dans ses flancs. Les tours py- 
ramidales de granit, sur le plateau du Dékan 
et dans les monts Gathes d'une part, et de. 
l'autre, les célèbres pyramides de Chéops , 
de Chéphrem et de Idycerinus attestent cette 
transformation importante dans l'art et les 
mœurs de ces deux nations. 

D'une autre côté, la Tartarie nous pré- 
sente d'abord ses tentes en peaux de bétes, 
ensuite ses maisons, ses édifices en terre 
cuite, en faïence, en porcelaine, indice cer- 
tain d*un nouveau genre de vie chez ce 
peuple devenu sédentaire d'errant qu'il 
était. 

Bien des siècles doivent s'écouler avant 
que nos voyageurs européens découvrent 

ques débris d*un art aussi ^andiose qu'original in- 
téressent particulièrement a cause des admirables 
statues quils nous onl rëyélées, nous nous en oc- 
cuperons spécialement au mol Sculpture, En 
ailcndant, nous recommandons à nos lecteurs les 
IHniertationt sur les mottnnienln de A'tm'rffdeM.L^a* 
jurd, et de MM. BoUa cl Flandin. 



I5t 



ARC 



DICTIONNAIRE 



ARC 



m 



dans les forêts du Nouveau-Monde des rui- 
nes de yastes édifices, des inscriptions, qui 
offrent une analogie frappante avec celles 
des monuments indiens ou tartares; nou- 
velle preuve de ce grand lait d'une commu- 
nauté d*oriKine parmi tous les habitants dii 
globe, que 1 incrédalité medeme avait essayé 
de nier. 

Non loin de TEgypte, dans lantique Idu- 
mée, aujourd'hui 1 Arabie Pétrée, nous ad- 
mirons ces temples, ces palais étages en 
galerie dans les flancs des montagnes, dont 
les ruines imposantes sont encore là pour 
attester l'accomplissement des prophéties^ 

Ecoutons Jérémie (c. xxix) : L'orgueil 
de votre cceur vous a séduits ^ dit-il aux 
Iduméens descendants d'Esaû , vous qui 
habitez dans le creux des rochers 9 et qui 
tâchez de monter jusqu'au sommet des 
monts. Quand vous auriez élevé votre 
nid aussi haut que Vaigle , je ne vous en 
arracherais pas moins. Ce sont en effet, 
dit M. de Laborde, qui a visité cette con- 
trée, des étages de marbre ou de granit su- 
perposés à plusieurs rangs de colonnes, 
dont la physionomie gigantesque étonne 
l'œil par son caractère cTaudace et de fierté. 
Les magnifiques ruines de Palmyre, les 
pylônes et les propylées de l'Egypte, s'effa- 
cent, malgré leur renom , devant un tel as- 
pect. 

La Grèce nous montre d'abord les ruines 
cyclopéennes de ses édifices pélasgiques, 
monuments d'une énoque et d'une école 
bien différentes de celles de Périclès, et qui 
offrent dans leur style et dans leur carac- 
tère une ressemblance frappante avec les 
constructions étrusques érigées vers le 
même temps. Mais Tart grec, transformé plus 
tard par les Hellènes, après la conquête d'E- 
pine, nous a laissé des restes non moins 
importants de cette deuxième époque dans 
les fameuses statues éginétiques découver- 
tes en 1811, par déjeunes artistes allemands, 
et devenues aujourd'hui un des principaux 
ornements du musée de Munich (133). Ceux 
qui les ont étudiées avouent y avoir décou- 
vert le cachet d'une beauté mAle et d'un faire 
qui rappelle le caractère expressif dans sa 
rudesse, énergique et grandiose dans sa sim- 
plicité, de fart assyrien ou d'origine assy- 
rienne. Cette seconde période architecturale 
de la Grèce, nous montre d'abord l'ordre 
dorique dont les membres principaux furent 
empruntés à la cabane de bois, son type 
primitif, type sévère, qui indique les mœurs 
austères qui président ordinairement au 
berceau cies nations. A mesure que ces 
mœurs deviendront plus polies ou plus 
corrompues, la molle lonie nous présentera 

(153) Ces statues, de marbre et de 5 pieds envi- 
ron de hauteur, décoraient le fronton du niagnili- 
oue temple de Minerve, élevé dans Tile d'Egine, vers 
i année 519 avant notre ère. Au centre paraissait 
Minerve, debout avec le casque, le bouclier et la 
lance. Acquises par le roi de Bavière, elles furent 
restaurées à Liome par le célèbre statu::ire Tborn- 
vralsen, et placées dons la glyptothéque de Munich, 
où on les admire encore aujourd'kiiii. t Le corps 



sa volute élégante, gracieusement recour- 
bée, et Corinthe étalera son chapiteau sculpté 
en feuilles d'acanthe. Enfin, arrivés à cette 
troisième période de l'architecture grecque, 
nous voyons l'Acropolis, le Partbénon , lo 
tmple cie Thésée et tant d'antres adimnfaiiis 
monuments se dessiner avec leurs lignes si 

f>ures sous un ciel plus pur encore, et rêvé- 
er aux générations futures ce goût exquis 
pour la beauté de la forme, que la nature 
avait si libéralement départi aux anciens en* 
fants de la Grèce. 

Les Romains font la conquête de ce pays 
célèbre. L'art grec survit à leur victoire; 
mais ce peuple de géants l'élève à la hau- 
teur de sa taille et 1 adapte à la largeur de 
son horizon. Il lui imprime ce cachet de 
solidité et de grandeur gu'il imprimait i 
toutes ses œuvres. Il le laçonne» le déva- 
Iop()e, le transforme à sa manière dans ré- 
fection de ses temples, de ses bains, de S9» 
aqueducs, de ses arcs triomphaux^qu'il érige 
avec une profusion incroyable sur la vaste 
surface de son empire. Qui de nous n'en a 
pas admiré la majesté, la hardiesse et l'in- 
destructible solidité dans les antiques villes 
d'Orange, de Nimes, d*Arles l'Impériale^ 
comme dans celles de Saintes, de âens ou 
d'Autun, surnommée la sœur et l'émule de 
Rome, soror et cemula Romœ? Nous ne par- 
lons pas ici de la basilique romaine qui 
trouvera sa place bientôt. 

Dn élément nouveau , sinon comme dé- 
couverte, au moins comme application sys- 
tématique et universelle, la voûte, devient 
le caractère distinctif de l'architecture ro- 
maine. Plus tard , l'architecture chrétienne 
s'en emparera pour l'approprier merveilleu- 
sement à la structure de ses temples, en 
leur communiquant, parla suppression de 
l'architrave, cette physionomie qui les distin- 
gue des autres édifices. 

Nous ne saurions terminer ces quelques 
lignes consacrées à l'art des Romains, sans 
citer au moins les merveilles architecturales 
de Palmyre, auxquelles ils eurent autant 
de part que la reine Zénobie, et les ruines 
magnifiques du temple que les Antonin éri* 
gèrent en l'honneur du Soleil dans la ville 
syrienne de Balbek. 

Sans doute, les chefs-d'œuvre de styles 
si divers d'architecture, dont nous venons 
de tracer la rapide esquisse, se recomman- 
dent tous indistinctement par les quaUtte 
essentielles du beau qui sont l'unité dans 
Tensembie, l'harmonie et la variété dans 
les détails. Mais, en outre, chacun a le genre 
d'expression qui est propre au style arcU- 
tcctural d'après lequel | il a été conçu et 
exécuté. Or, quelle étonnante variété d'ex- 

des guerriers appartieni à Tart le plus pur; Tex- 

(pression irop naïve du visage et rarrangemeot de 
a chevelure sonl un sacrifice fait à la tradition, t 
dit M. Aboul, dans un récent Mémoire sur Egiae, 
envoyé par cei élève de Técole françaist d*AtbèMS 
et par son condisciple M. Victor Guér'm k Pacadé- 
mie des Inscriptions et Belles-Lettre; nous reviea- 
(Irons sur ce Mémoire, à Tarlicle Sculpture, 



IS 



BAS 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



BAS 



154 



pression et de caractère dans ces types ar- 
chitecturaux que l'histoire de cent peuples 
divers, d*accord avec les monuments et les 
descriptions qui nous en sont restées, dé- 
roule a nos yeux. Elle est aussi grande, cette 
rariété, que celle des mœurs, des coutumes, 
des institutions nationales dont larchltec- 
ture n'est que le reflet. Et c'est là une con- 
dition de teauté qui consiste dans l'harmo- 
nie du caractère moral d'un peuple avec 
celui de ses monuments, harmonie bien plus 
sensible dans l'art des anciens que dans ce- 
lui des modernes, abstraction faite des peu- 
ples qui ont osé être franchement catholi- 
ques dans les beaux-arts, comme dans les 
croyances et les pratiques de leur culte. 
Parmi ceux-ci, de même que parmi les an- 
ciens, c'est la religion qui a joué le grand, 
pour ne pas dire 1 unique rôle, dans Part et 
dan& la société. Hais l'art chrétien, admira- 
ble comme l'art ancien, dans la prodigieuse 
Tariété de ses types divers et même dans 
celle non moins étonnante des motifs de 
chacun de ces types en particulier, l'a été 
encore plus par le caractère toujours mys- 
tique , toujours surnaturel , des temples 
qu'il a conçus et élevés au vrai Dieu. C'est 
ce qu'il nous sera facile de voir dans les 
trois grandes divisions] de l'architecture 



chrétienne que nous allons parcourir, et que 
nous donnent les styles Basilical ou latin. 
Roman ou le ^pUin cintre^ Ogival ou Carc 
aigu, ( Voir ces trois moU^ après celui de Ca» 

TACOMB^S.) 

ARCS-BOUT A NTS. Voy. Roman. 
AREZZO (Gui d'). Célèbre didacticien de 
musique (x* siècle). Voy, Modes, Tona- 

UTÉ. 

ARLES. (Eglise Sainte Trophime. CloI- 

TBB.) Foy.ScCLPTURB. 

ARTS LIBÉRAUX et occupations men- 
suelles. Vôy. Reims. 

ASSOMPTK)N. Analyse du chant de k 
messe de cette solennité. Foy. Modes egglA- 

KIASTIQUES. 

ASSYRIR. Etat avancé de ce peuple dans 
la civilisation. Voy, Statuaire. 
AUGUSTIN (SAinT).'Foy. Cbant litor- 

OIQUB. 

AURÉUEN DE Reom ÉB. Auteur dun TraiU 
de musique, Voy. Tonauté. 

AUTEL. Voy. Catacombes, Roman. 

AVE REGlffA COELORUM. Caractère du 
cette Antienne. Voy. Modes EccLésusTiQUBt. 

AVIGNON. Manuscrits de chant, de la bi- 
bliothèque de cette ville. Voy. MANUscRrr». 

AZUR. Couleur symbolique. Voy. Cou- 
leurs. 



B 



BACH ( Jean-Sébastien]. Célèbre compo- 
siteur et organiste, né à Élsenach en 1685. 
Voy. MusiQUB. 

BARNABA. Né en Toscane et mort en 
1150, le plus ancien peintre connu, parmi 
ceuE du moyen Age, après André Rico. Voy. 
Psihturb. 

BARTHOLOMEO (Fra). Peintre italien. 
Voy. Peinture. 

BASILE (Saint). Son opinion sur les an- 
ges. Voy. Anges. 

BASILIQUES. Les Chrétiens ayant été ren- 
dusà la liberté par la conversion de Conslan- 
liu, songèrent k substituer des temples aux 
catacombes où, pendant trois siècles, ils 
avaient dérobé leur culte aux investigations 
de leurs persécuteurs. Dans certaines villes 
ils choisirent, à cette fin, des temples païens 
déjà abandonnés ou affectés à cette desti- 
nation par les édits des empereurs. Mais 
dans la plupart des cités ils témoignèrent 
de la répugnance à faire servir aux céré- 
monies de leur religion les édifices jadis 
consacrés au culte impur du paganisme, 
Bans parler d'autres considérations de con- 
Tenance liturgiuue dont fl sera question plus 
bas. Ils s'attachèrent de préférence aux ba- 
siliques où se rendait orainairement la jus- 
tice et où se traitaient les affaires de com- 
merce. C'est ainsi que plusieurs de ces édi- 
fices furent bientôt convertis en églises ou 
servirent de modèle à celles qu'on voulait 
bâtir, non sans avoir subi, au préalable, des 
modifications inspirées par le génie chré- 
tien et par les nécessités du service di^in, 



modifications qui se développèrent sous 
1 influence de cette double cause et finirent 
par constituer pour l'architecture des égli- 
ses chrétiennes un type universel gui n'a 
cessé d'être plus ou moins suivi jusqu'à 
nos jours. 

Or, ces basiliques consistaient en une 
vaste enceinte formant nn carré long ter- 
miné en hémicycle ou demi-cercle, couverte 
d'une charpente toute unie, ayant des ga- 
leries ou bas-côtés surmontés ordinairement 
de tribunes. Rientôt, sous l'empire des 
idées mystiques qui devaient exercer une 
si grande influence sur les constructions 
religieuses, on voulut donner à la basilique 
chrétienne la forme d^une croix, en allon- 
geant les deux extrémités de la nef trans- 
versale gui séparait l'hémicycle des trois 
ou des cinq nefs. En même temps les pla- 
tes-bandes qui formaient les entre-colonne- 
ments furent converties en arceaux cintrés. 
Ce système de voûtes ne tarda pas à rem- 
placer en plusieurs lieux les lambris qui 
couvraient rédifice, auquel il prêta ainsi un 
caractère plus sévère, plus solennel. Avec 
ces modifications et plusieurs autres que 
nous indiquerons plus l>as, la basilique ro- 
maine devint, au moins quant à ses disposi- 
tions principales, le type obligé de toutes 
les églises importantes qui devaient être 
érigées dans la chrétienté. Les plus ancien- 
nes furent bâties à Rome par l'empereur 
Constantin. De ce nombre était la basilique 
de saint Jean de Latran, cathédrale de Rome, 
mère et maîtresse de toutes les églises, 
réédifiée à plusieurs reprisesi comme noud* 



155 



BAS 



DICTlOiNNAlRE 



E4S 



1» 



Texposerons en son lieu ; celle de Saint- 
Paul hors les Murs, dévorée (Pabside et le 

Îrand portail exceptés) par un incendie en 
823, et maintenant presaue rétablie sur le 
plan primitif; enfm, celle de Saint-Pierre 
sur le mont Vatican, démolie au xvi* siècle 
et remplacée par la nouvelle basilique du 
même nom. 

On voit par le simple exposé qui précède 
quel intérêt puissant s*attache, même au 
seul point de vue de la pure esthétiaue, à 
la description des basiliques, et de celles de 
Rome en particulier. Ces temples augustes, 
dont plusieurs, tels que Saint^Laurent hors 
les Murs, Sainte-Marie-Majeure, subsistent 
encore dans leur forme antique, fourni- 
raient à Tobservateur chrétien un sujet. iné- 
puisable d'études et de réflexions. Par leurs 
sites respectifs qui %e marient si heureu- 
sement aux grandes lignes de Thorizon ro- 
main, par leur destination si opposée à celle 
des édifices sur les ruines desquels elles 
ont été élevées, par le mélange de souvenirs 
))aïens et de souvenirs chrétiens qu*elles 
rappellent nécessairement à Timagmation 
de robservdteur attentif, elles offrent, à un 
très-haut degré, ces contrastes et ces har- 
monies dont la réunion forme un des prin- 
cipaux éléments du beau dans l'art, et prin- 
cipalement dans l'art chrétien. On les voit, 
comme on les voyait, il y a quinze cents 
ans, s'élever de distance en distance autour 
de la ville éternelle qu'elles entourent 
comme d'une ceinture de gloire et de pro- 
tection. Elles sont disséminées au dehors de 
la cité sainte, parce qu*elles reposent toutes 
sur les ossements des apôtres ou des mar- 
tyrs, à l'endroit oii ils répandirent leur 
sang {extra portam passi sunt) ou bien aux 
lieux où ils furent ensevelis. Elles reposent 
pour la plupart sur les débris des monu- 
ments les plus célèbres du paganisme, et 
tandis que, par exemple, la basilique de 
Saint-Pierre écrase de tout son poids les 
restes des jardins et du cirque de Néron, 
elle porte jusqu'aux nues sur son dôme 
majestueux cette croix, ignominie aux yeux 
des gentils, mais aux yeux des chrétiens 
répandus actuellement dans tont l'univers, 
la vertu, la sagesse de Dieu, l'instrument 
de la régénération du monde. C'est ainsi 
que la Home nouvelle, comme le monde 
nouveau dont elle reste toujours la capitale, 
est la Rome ancienne complètement retour- 
née. Les mystères saints qu elle célébrait 
jadis furtivement dans les catacombes se 
sont étalés au grand jour dans des temples 
splendides , élevés par enchantement au- 
tour de sa vaste enceinte, tandis que les 
statues des dieux et des césars qui domi- 
naient autrefois cette fière cité, sont des- 
cendues de leurs colonnes et de leurs tem- 
ples maintenant abandonnés, pour s'ense- 
velir éternellement dans les ruines et la 
poussière: DepoiuU poUntes de sede et exal- 
tavit humiles. (Ltic. i,'52.) 

Si les Romains du siècle d'Auguste repa- 
raissaient aujourd'hui dans leur antique 
capitale, de quel étonnement ne seraient-ils 



pas saisis, témoins d'un tel bouleversement 
dans ses édifices, et d'un tel contraste entre 
les anciennes et les nouvelles pratiques re- 
ligieuses de ses habitants? Leur surprise 
surait grande, surtout à la vue des basiliques 
chrétiennes et des rites mvstérieux qui ont 
lieu dans leur enceinte. Mais notre étonne- 
ment ne doit-il pas être plus çrand encore, 
lorsqu'à vec le flambeau de la foi nous envisa- 
geons un contraste aussi extraordinaire? 
Quand on se figure en effet que dans ces tem- 
ples magnifiques, qui surpassent en richesse 
et en étendue tous ceux de la gentilité, on a 
vu depuis quatorze cents ans les souverains 
pontifes successeurs d'Aaron, vicaires de 
Jésus-Christ, oflTicier dans tout l'éclat de 
leur dignité suprême, on a entendu jadis 
les homélies éloquentes 'des saint Grégoire, 
des saint Léon, on a assisté à ces conciles 
célèbres où se débattirent les plus grands 
intérêts du monde chrétien; quand on 
pense à Tantiquité et à l'illustration des 
chapitres qui desservent ces basiliques, aux 
cérémonies imposantes qui s'y déploient 
dans les grandes solennités, aux chants har- 
monieux dont elles ne cessent de retentir; 
quand on les considère en un mot comme 
les types les plus anciens, les plus vénéra- 
bles de l'art chrétien, envisagé sous ses 
divers aspects, on se demande s'il existe 
dans l'univers catholique des temples dont 
l'histoire et la description ofl^rent un plus 
haut degré d'intérêt? Aussi, les papes, non 
contents de les avoir entretenus ou restau- 
rés magnifiquement, ont voulu qu'ils fus- 
sent longuement décrits et splendidement 
figurés, il n'est pas une des sept basiliques 
de Rome, qui n'ait sa monograpnie spéciale^ 
et même chacune des principales d'entre 
elles en possède plusieurs, enrichies de sà^ 
vantes recherches et ornées de superbes 
gravures. Je citerai, entre autres, le grand 
ouvrage de Paul de Angelis, chanoine de 
Sainte-Marie -Majeure, et un autre tout ré- 
cent et des plus remarquables (formai in- 
folio), intitulé : Le quattre principali Boêi" 
liche di Romay par Valentini. 

Ce serait une erreur de penser que les 
basiliques primitives furent comme l'en- 
fance de l'art chrétien. Nous espérons éta- 
blir bientôt qu'elles furent dès le principe 
de parfaits modèles de nos temples cbi%- 
tiens, autant sous le rapport de la distribu- 
tion matérielle, que sous celui de l'exprès-, 
sion religieuse qui doit en résulter, ou, 
(pour me servir d'un langage mieux ea 
rapport avec le but de ce Dictionnaire) au- 
tant sous le rapport de la symétrie, de 
l'harmonie et des eonvenances architectu- 
rales, que sous celui du caractère mystique, 
symbolique qui convient aux édifices con- 
sacrés au culte liturgique. Or, ainsi que 
nous l'avons déjà fait remarquer, c'est dans 
la réunion de ces deux conditions que con- 
siste la beauté, soit matérielle, soit spiri- 
tuelle de nos temples saints qui furent con- 
struits dans l'un des trois grands styles qui 
se sont succédé, c'est-à-dire, le style laiin 
ou basilical, le style romain et le style ogi- 



1S7 



BAS 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



BAS 



13S 



YftL Sans doute ces trois grands styles chré- 
iieas se distinguent les uns des autres par 
des différences qui ne sont ni insignifiantes, 
ni peu nombreuses. Toutefois, malgré ces 
Tariantes obligées que nous étudions avec 
soin, ils offrent des traits frappants d*une 
ressemblance générale quant à Tensemble 
de leur distribution, et quant à la nature de 
fimpression qu'ils produisent. Et, pour 
€omœen4U)r par les basiliques, nous divi- 
serons cette importante matière en quatre 
Sartiiis principales. Dans la première, nous 
onnerons, d'après les auteurs les plus com- 
pétents, le véritable sens de ce mot basilique 
et nous énuipérerons toutes celles qui exis- 
taient à Rome avant les persécutions. Dans 
la seconde, nous examinerons les motifs qui 
I>ortèrent les chrétiens du iv* siècle à adop- 
ter la basilique latine comme type de leurs 
temples sacrés. Dans la troisième, nous ra- 
conterons sommairement l'histoire de la 
fondation des principales basiliques chré- 
tiennes de Rome. Dans la cjuatrieme enGn, 
nous nous attacherons particulièrement à la 
description esthétique de ouelques-unes 
des principales églises actuelles de Rome, 
telles que Sainte-Marie-Majeure , Sainte 
Agnès et Saint-Paul hors Jes Murs, qui ont 
le mieux conservé la distribution et le ca- 
ractère des anciennes basiliques, ce qui ne 
nous empêchera point de faire des excur- 
s onsdans certaines autres villes d'ltalie,aui 
I ossèdenty comme celle de Pise, par exemple, 
iies cathédrales du genre basiiical dignes de 
toute notre admiration. Mais la forme de 
Dictionnaire que nous avons choisie pour 
cet -ouvrage, nous forçant nécessairement 
a restreindre le présent article à ce que nous 
avons à dire des basiliques en général, nous 
distribuerons les deux autres parties selon 
Tordre des lettres alphabétiques auxquelles 
correspondent les noms des basiliques ^que 
nous devons décrire. 

Pénétré de la haute importance que pré- 
sentent Thistoire et la description de ces 
célèbres églises, je n*ai rien négligé pour 
me procurer les documents qui les concer- 
nent. Non content de les avoir étudiées sur 
lés lieux, j'ai recherché et compulsé dans 
plusieurs grandes bibliothèques tous les ou- 
vrages qui pouvaient m'éclairer sur un des 
sujets les plus riches, les plus intéressants 
dlout un esthéticien ait à s'occuper. J'ai 
trouvé des autorités plus que suffisantes pour 
étayer mes jugements et mes observations 
de preuves et de témoignages irrécusables. 
J'avoue même que les fatigue^ que m*ont 
occasionnées ces recherches, ont é(é plus que 
compensées par le charme que j'ai trouvé à 
parcourir le$ documents anciens et moder- 
nes qui se rattachent aux types primitifs de 
l'art chrétien. 



3 



PREMièRB PARTIE. — Défitiitian (le la basili- 
que^ — Enumération de celles qui exis- 
taient à Rome à la fin des persécutions. 

Le mot basilique, dérivé du grec^ Baoi- 
>ccoy, signifie, demeure royale. C'e.'t le 
sens que lui dooiie Isidore, archevêque de 
SéviJIe, dans son v* livre Des origines^ lors- 
que, rapprochant l'ancienne destination de 
ces édifices de celle qu'ils avaient reçue 
plus tard du christianisme, il s*exprime en 
CCS termes : « On appelait d'abord biasiliques 
les demeures des rois, d'où leur vient le 
nom qu'elles portent; maintenant on ap- 
pelle de ce nom les temples, demeures du 
vrai Dieu, parce aue c'est dans leur enceinte 
u'on offre un culte et des sacrifices au Roi 
es rois, au Dieu de l'univers (134). » 

Il paraît que les Romains n'inventèrent 
pas la basilique, et qu'ils n'apprirent à con- 
naître ce genre de monument qu'après leur 
guerre avec Philippe de Macédoine et le roi 
d'Epire. Il est à remarquer, en effet, que lo 
sens de ce mot qui exprime l'idée de de- 
meure royale, indique que ces sortes de con^ 
structions tiraient leur origine- d'un pays 
où commandait un roi. C'est le sentiment do 
M. Ramée, dans son excellent Manuel d ar- 
chitecture générale^ tome II, page 28 et 20. 

On sait que primitivement les rois avaient 
coutume de rendre la justice dans une des 
salles de leur palais. Lorsqu'ils eurent fait 
construire plus lard des édifices séparés où 
les juges exerçaient ce droit en leur nom, ce- 
lui de basilique ou de salle royale fut 
conservé à ces édifices et finit même parleur 
être exclusivement consacré. Ces basiliques^ 
d'abord spécialement réservées aux magis- 
trats, eurent ensuite une autre destination, 
par la faculté accordée aux négociants et 
Danquiers d'y traiter leurs affaires de com- 
merce. Cette double destination de la basi- 
lique était déjà un fait établi sous l'empe- 
reur Auguste, comme le prouve la définition 
que donne Vitruve, dans un passage du v* 
livre (chapitre l") de son Traité d'archilec- 
ture^ ainsi conçu : « Les basiliques sont des 
édifices destinés au commerce et contigus 
aux places publiques, dans lesquels, en hi- 
ver surtout, ont lieu les plaidoiries et les 
réunions des magistrats (Io5). » 

Dans le nombre, il y en avait qui n'étaient 
destinées qu'aux juges, tribuns ou centum- 
virs; d'autres, qui ne l'étaient qu'aux négo- 
ciants et aux banquiers ; d'autres enfin qui 
ne l'étaient qu'à l'une de ces deux dernières 
professions. C'est des premières qu'il est 

f)robablement question dans ce passage de 
a21Mettrede Pline :« J'étais descendu dans 
la basilique Julia, pour savoir ce que i avais 
à répondfre à la prochaine audience ; les ju- 
ges étaient assis sur leurs sièges (136). » C est 



(154) Basilica priu$ vocabantur regum habiuxcuta, 
unde et nomen habent; nune tamen ideo basiltcœ di» 
9imû Umpla nomlnantur^ quia ibi Régi regum omnium 
l^ eultms et sacfilicium offeruntur, 

(139) Locé vemalimm rerum foris conjuncta^ in 

DiCTio!fif. d'Esthétiqub. 



quibus, hieme potiisimum^ publicœ conciottes et nego- 
ciantium conventus habebantur. 

(156) ikscenderam in basilicam Juliam audilnrus 
quid proxima compenndinatione respondere debcam : 
iedebani judices. 



459 



BAS 



DICTIONNAIRE 



BAS 



ÎÂO 



des secondes qu*il s*agit dans la lettre du 
poëte Ausonne a Gratien,où Ton voit ce qui 
suit : «Les basiliques, qui autrefois étaient 
pleines d'affaires de commerce, ne retentis- 
sent plus maintenant que des vœux formas 
pour votre conservation (137). » 

Enfin, les basiliques exclusivement ré- 
servées aux banquiers et agents de change, 
étaient appelées pour cette raison argentai- 
res, argentariœ. C'était dans ces dernières 
qu'au rapport de Quintilien IDe institutione 
oratoriay lib. xu, cap. 5), les écoliers allaient 
se livrer à Texercice de la déclamation, pour 
se faire connaître et avoir un plus grand 
nombre d'auditeurs. 

On vit même de simples particuliers con- 
struire à leurs frais de somptueuses basili- 
ques, comme il résulte de ce passage d'une 
lettre de Cicéron à Atticus (liv. iv) : « Le ci- 
toyen Paulus a fait ériger lui-même dans le 
Forum un édifice presque comparable à une 
basilique, par les colonnes antiques dont il 
est orné;» et cet autre (jassage plus expli- 
cite de la 18' lettre de saint Jérôme à Mar- 
celle : « C'est là (à Rome) qu'on peut voir des 
basiliques de simples particuliers aussi bel- 
les que des palais (138).» Cette particularité 
ne nous étonnera point, si nous nous rap- 
pelons l'opulence fabuleuse de certains ci- 
toyens romains. 

Nous Usons dans le xu* livre de V Institu- 
tion oratoire de Quintilien un passage fort 
curieux, touchant les basiliques considé- 
rées comme trib anaux, où 1 on rendait la 
justice. Il s'agit d'un célèbre avocat nommé 
Trimalclius, dont la voix retentissante cou- 
vrait toutes les autres, même dans les salles 
les plus spacieuses. Voici comment Quin- 
tilien s'exprime au sujet de cet orateur : 
« Je me souviens que plaidant un jour de- 
vant l'un des quatre tribunaux qui se tien- 
nent, selon l'usage, dans la basilique Julia, 
au milieu des clameurs dont retentissait 
toute la salle, il se fit entendre et compren- 
dre, et même (ce qui fut tout à fait humi- 
liant pour les avocats qui plaidaient devant 
les trois autres tribunaux), il fut applaudi 
par tous les quatre à la fois. Mais c'est un 
vœu que je fais, et une aussi heureuse na- 
ture est bien rare (139). » (Traduction de 
M. Nisard.) 

II est facile, d'après ce passage, de se fi- 
gurer l'immensité de certaines basiliques, 
dans lesquelles quatre tribunaux pouvaient 
siéger à la fois sans se gêner, nonobstant 
les clameurs des avocats et le bruit de la 
multitude qui assistait à ces séances. On se 
demande comment ces divers tribunaux 
pouvaient ainsi siéger simultanément dans 
la même salle? 

11 est probable qu'ils étaient tous sur la 
même ligne, à l'extrémité de la basilique. 

(137) Boêilicœ olim negêliii plenœ^ nunc volts, wh 
iiMfue pro tua sainte iuscepUi. 

(138) Uki instar palatii^ vrivalornm instrnetœ ba» 
silieœ ut tilis corpnseulnm nonUms preliosims tnam- 
bnlet, et ^nasi modo (fuisquam^possU ornatiust tecta 
sua mayis nlint insptcexe quam cœlumm 



Je m'explique. Les basiliques se divisaient, 
dans leur longueur, en trois ou cinq allées, 
dont la médiane était toujours la principale 
par stL hauteur. Ces allées aboutissaient h ! 
une galerie transversale, qui s'arrondissait 
toujours en demi -cercle devant Tallée prin- 
cipale et quelquefois aussi devant chacune 
des allées latérales. Or, lorsque cette der- 
nière disposition avait lieu, chacune des 
allées ayant en face, dans toute sa longueur, 
un hémicycle ou abside, comme l'allée du 
milieu, on conçoit la possibilité d'établir un 
tribunal dans chacun de ces hémicvcles, et 
d'en faire siéger trois, guatre, cinq a la fois, 
selon le nomore des allées et des hémicy- 
cles qui leur correspondaient. 

Nous ferons remarquer, en passant, que 
dans les basiliques à un seul tribunal, les 
jurisconsultes, et, selon l'occurrence, les 
agents se tenaient dans lé transsept, autour 
de l'abside centrale, les uns, pour répondre 
à leurs clients touchant certaines questions 
de droit, les autres pour négocier les tran- 
sactions commerciales. Mais dans les basi- 
liques qui réunissaient à la fois plusieurs 
tribunaux de justice, on avait pratiqué à 
chacune des extrémités du transept ou ga- 
lerie transversale, des cabinets particuliers, 
qu'on croit être les calchidiques dont parle 
Vitruve , et qui étaient destinés aux juris- 
consultes et aux agents de commerce. C'est 
k ces sortes de cabinets que Cicéron fait 
allusion, dans sa 14* lettre à Atticus. 

Pline nous apprend, dans son vr livre» 
qu'on comptait à Rome jusqu'à dix-huit ba- 
siliques. En voici la liste par ordre alpha- 
bétique, tirée du grand dictionnaire de Mo- 
réri : je n'en ai trouvé nulle part d'aussi 
complète. J'y ajoute, autant que faire se peut» 
les dates de leur fondation, qui manquent 
dans le grand dictionnaire historique. 

> Basiuque Albxandrine, bfttie par Alexan- 
dre Sévère, près du Champ de Mars. 

Basilique Antoniennb , érigée par l'em- 
}iereur Antonin , dans le neuvième quartier 
de Rome. 

Basilique Argbntaire , Argentaria^ parce 
qu'on y vendait toutes sortes de vases ou 
de bijoux d'or et d'argent. 

Basiuque de Caius et Juuus, bâtie par 
Auguste. 

Basilique de Fulvie, érigée par le consul 
Paulus , d'autres disent par Marcus Fuivius 
Nobilior, 119 ans avant Jésus-Christ. 

Basilique Julia (une des plus célèbres), 
bfttie par Auguste proche le temple de Jules 
César, en l'an 29 avant Jésus-Christ. 

Basilique Martianne, bfttie par la sœur de 
l'empereur Trajan, dans Je neuvième quar- 
tier de Rome. 

Basiuque de Neptune , bfttie par Abas- 

(139) Certecnminbasiiica Julia diceret primo tri- 
bunali^quatuorautemjudicia, ut moris est, agerentur, 
atone omnia clamoribns fremerent, ut auditum et w- 
telteetnm, et qnod agentibns cœuris^ eontumâtiosis- 
iimum fnit^ tandatum quoque in quatuor trib u m aHbus 
memtftf ; sed hoc votum est et rara félicitas* 



Ul 



BAS 



D^STHETIQUE CHRETIENNE. 



BAS 



tii 



eante, affranchi d'Auguste, proche du cirque 
de Flaminius. 

B4S1UQ0B OpiMiBy construite en Tan 21 
avant Jésus-Christ, par le consul Opimius, 
dans la grande place publique. 

Basiuqub Pauunk, bâtie par Paul-Emile. 

BaSIUQOB DB PoifPÉB. 

Basiuqub PoRCu»bAtie parMarcus Porcius 
Caton, pendant sa censure. 

Basiuqub SBMPRONLày bAtiepar le censeur 
Tibérius Sempronius, en lau 169 avant 
Jésus-Christ, près du grand cirgue. 

Basiuqub de Sfcimus, depuis convertie 
en basilique chrétienne. 

Total , quinze basiliques, auxquelles il 
faut joindre les trois que Titus érigea sur 
le Forum, ce qui donne les dix-huifbasili- 

Îues dont il est question dans la lettre de 
Une, sans compter celle que Domitien éri- 
gea plus tard sur le mont Palatin. 
Je ne parle pas des basiliques privées, 

3ui paraissent avoir été fort nombreuses 
ans Rome, et uarmi lesquelles il faut com- 
prendre la célèbre basilique Latérane , qui 
dépendait du palais du sénateur Lateranus, 
contemporain de Néron, et qui, transformée 
en église par Constantin , devint la cathé- 
drale^ de Rome et de tout l'univers chré- 
tien. 

Ainsi, depuis Térection de la première ba- 
silique par if arcus Porcius Caton, en Tan 2XA 
avant Jésus-Christ, jusiiu*au règne de Domi- 
tien, c'est-à-dire pendant trois cents ans en- 
viron, ces édifices ne cessèrent de se multi- 
plier à Rome. On en construisit aussi un 
grand nombre dans les provinces. 

Les Chrétiens eurent donc devant les 
veux , au sortir des persécutions^ de nom- 
breux modèles pour ja construction de leurs 
temples. Hais pourquoi s*att6cbèrent-ils 
de préférence à l imitation de la basilique ? 
Pour deux raisons principales que nous al- 
lons examiner dans une deuxième partie. 

DEUXIÈME PAETIB 

Pourquoi le$ premiers chrétiens rendus à la 
liberté adoftêrent^ils la forme basilicale 
dans FarehUecture de leurs temples ? 

Ce fut : 1* A cause des convenances de 

Jdos d'un genre que leur otfrait , quant à 
'esprit et quant à la forme de leur culte, 
la structure tant extérieure qu'intérieure des 
basiliques ; S^ A cause de la facilité avec la- 
quelle cette structure basilicale se prêtait 
à ridée symbolique, qui commençait déjà à 
jouer un grand rôle, dans la conllguratiou 
extérieure et ddus la distribution intérieure 
de nos temples sacrés. 11 est facile de voir 
que de ces deux considérations. Tune tou- 
che à Testhétique humaine ou à la théorie 
du beau, dans Tordre naturel, et THUtre, à 
Testbétique chrétienne ou à la théorie du 
beau dans Tordre surnaturel ou divin. Nous 
allons les développer successivement. 

Qu'était-ce que la basilique? C'était yn 
bâtiment jpublic construit supert>ement, où 
se rendait la justice et oii se traitaient les 
affaires, àcouvert, h la différence du Forum, 
qui était une place publiaue exposée a Tair. 



Extérieurement, elle avait la forme d'un 
grand carré long, avec un simple mur d'en- 
ceinte dépourvu de colonnes, et dont la sur- 
face entièrement lisse n'était coupée que 
par de simples fenêtres centrées. C'était 
pour Tintérieur qu'on réservait les superbes 
colonnes, les ricnes dorures, les lambris 
somptueux, à la différence des temples qui, 
affectant un grand luxe de colonnes et d or- 
nements àTextérieur, étaient intérieurement 
d'une grande simplicité. Ce contraste de la 

basilique avec le temple s'explique facilement 
fàv la différence de leur dotination respec- 
tive. C'était dans la basilique que le peu- 
ple se réunissait pour assister aux débats 
judiciaires ou y traiter de ses affaires, tan- 
dis qu'il se tenait hors du temple ()endant 
les cérémonies du sacrifice. C'est pourquoi 
la basilique, d'une si pauvre apparence k 
l'extérieur, était plus vaste, plus riche, plus 
ornée à Tintérieur; au lieu que le temple 
n'ajrant qu'une cellaoïx enceinte fort étroite, 
mais toujours suffisante pour les prêtres et 
quelques privilégiés, offrait à la foule qui 
1 entourait des portiques spacieux à plu- 
sieurs rangs de colonnes et embellis de tou- 
tes les magnificences de l'art. 

Cette différence radicale entre Tintérieur 
des temples et celui des basiliques aurait 
suffi pour décider les chrétiens en faveur 
de ces dernières, è cause de leur éloigne- 
ment pour tout ce qui pouvait leur rap- 
peler la forme des sanctuaires du vice et de 
Terreur. Mais une autre considération non 
moins puissante à leurs yeux, c'est que Tex- 
térieur de la basilique leur rappelait par sa 
simplicité , Tépoque douloureuse et cnère à 
leur piété, ou ils étaient obligés d'envelop- 
per leurs cérémonies saintes du voile des 
ténèbres et de la pauvreté. Aussi les voyons- 
nous, longtemps après les persécutions, con- 
server k leurs plus belles basiliques cette 
enveloppe grossière, comme on peut le voir 
encore à Saint-Paul hors les Murs, dont Tex- 
térieur si nu, si délabré, contraste si éton- 
namment avec la magnificence de l'intérieur. 
Mais pour la décoration de Tenceinte sacrée 
ils n'avaient pas assez de marbre, de granit, 
de porphyre, d'or et de pierres précieuses ; 
car c'était là que devaient s'accomplir, sous 
les yeux d'un peuple immense de fidèles, 
les rites les plus augustes, les plus impo- 
sants. En effet, dès lors que les conditions 
du culte étaient totalement changées, il fal- 
lait bien aussi que les édifices au culte re- 
vêtissent une forme différente. C'est ainsi 
que par une métarmophose inévitable , les 
temples chrétiens présentaient l'image de 
temples païens retournés. Ce contraste était 
plus que de convenance ; il était et il est 
encore, aujourd'hui que les mêmes motifs 

3ui l'ont amené existent comme autrefois, 
'une nécessité absolue. Aussi, vovez la 
triste et grimaçante figure de nos églises 
modernes calquées plus ou moins sur le 
temple grec ! On a beau y prodiguer le mar- 
bre et les statues; on a beau multiplier dans 
leur enceinte les peintures, les fresques, 
les caissons dorés ; le simple fidèle, avec_bou 



U5 



hk$ 



DICTIOXJMRK 



B4S.- 



*M. 



§ros bon sens, ou plutôt avçc ce sentiment 
es conrenaDces liturgiques qui le' dirige à 
son insu, ne*peut y reconnaître la maison- 
de son Dieu. Il dit : «Cela est bien riche, mais 
ce n*est pas une église ; je ne saurais j 
prier. » 

Tels furent les principaux motifs de con- 
tenance qui portèrent les premiers archi- 
tectes chrétiens à hniter la forme extérieure 
des basiliques. Mais la disposition intérieure 
de ces monuments leur offrait des couTe- 
nances plus grandes encore, au [xiint de xue 
du culte noureau. Quelle était, en effet, 
cette disr»osition intérieure? Nous Tarons 
déjà indiqué. En arant de la basilique ré- 
gnait un porche plus ou moins dételoppé, 
mais tellement lié arec le bltiment que, 
TU du debocs» il ne pourait en être distin- 
gué. Le corps principal deTédifice, défigure 
obl(mgne, se dixisait en trois, quelquefois 
en cinq allées, séparées par des colonnes et 
c^uTertes pardes lambris. L*allée du milieu' 
était la plus lai^ et la plus haute, parce 
qu'elle avait une seconde galerie serrant de 
tribune, et dont les colonnes on pilastres 
<up|K>rtaient le grand lambris, comme on le 
Toit encore aujourdliui à Sainte-Marie-Ma- 
jeure. Les deux allées latérales étaient moins 
hautes et moins larges. Ces trois allées 
aboutissaient à une galerie transversale, 
nommée pour celte raison transsept^ plus 
haute de quelques marche et réservée aux 
avocats et aux autres gens de loi. Ce trans- 
.<ept s*arrondis$ait en forme de tète de niche 
ou de coquille, dans toute la laraeur de 
ï'allée du milieu. En grec, cette niche s*ap- 
<»elait «vw, et en latin Irifricfiai, parce que 
o était là que siégeaient, entourés de leurs 
assesseurs, les tribuns et les autres magis- 
trats chargés de rendre la justice. C est de 
là qu^est Tenu le nom de tribune^ appliqué 
fréquemment, dans les premiers siècles, au 
rond-point de nos^lises. C'est de là qu*est 
venu aussi le nom de iribunai^ donné a nos 
palais de justice et à nos salles d*audience 
en particulier. Par une coïncidence remar- 
quable, et qui n*est pas sans doute Teffet 
du hasard, ces salles se terminent encore 
aujourd'hui, comme les anciennes basili- 
ques, comme une abside ou demi-cercle, en 
forme de coquille, destinée aux magistrats. 
Il est facile de voir combien cette ordon- 
donnance intérieure de la basilique romaine 
se prétait aux ordonnances du nouveau culte 
chrétien. Dabord le porche ou vestibule 
élai: naturellement la place des catéchu- 
mènes et des pénitents, qui ne devaient 
obtenir le droit d'entrer dans Téglise que 
par le baptême ou l'absolution. Les deux 
nets latérales facilitaient la séparation , alors 
jugée nécessaire, des hommes d"avec les 

(139*» Voici (leilœlWMot ( ce que nous lisoiis 
oans I» CousiùmiUms Êpouoiiqmts , qui , si elles ne 
remoBlent aux apôtres , sont certaioemeot fuo des 
pi a s anciens luonouients du christianisme : t Avant 
t- ji , réJifice sera long en forme de vaisseau . et 
tuarné ven rOrienl, avant de chaque celé, dans la 
même direction, un apianemenl continu. An milieu 
iàèftn Fetèqae avattl de part et d'antre ks si^cês 



femmes. Dans la grande nef, on. Trouvait 
réserver une place considérable pour les 
chantres et les clercs minorés, ainsi que dans 
les ambons et jubés, du- haut desquels Té- 
vèque prononçait ses homélies et le diacre* 
lisait à haute voix les Ecritures. Eoire cetir 
partie du chœur et Tabside, I autel trouvait 
convenablement sa place, d autant mieux 
que , établi au milieu du transept qui était 
élevé de plusieurs marches, il dominait* 
ainsi Tédificè tout entier. Derrière Tautel 
et au centre de Tabside, à la place du masis* 
trat et de ses assesseurs, devait siéger rêvé- 
que, entouré de prêtres» formant son presbjf- 
ierium, qui ne le quittait pas, et qui fut Fo-' 
rigine priinitive des chapitres , comme on 
peut s'en convaincre par la lecture des ca-, 
uonistes qui ont traité cette question. Cette 
place était d*autant plus convenable à Yé* 
rèque qu eîle lui permettait mieux qu'au- 
cune autre de remplir les fonctions d ioten-« 
dant, de surveillant, exprimées parle mol 
Çrec lflr£93t«7&c, sans qu'il fut gêné rommt 
il l'est aujourd'hui par le maltre^ulel, qui 
alors était une simple table de maiiNre, re- 
couvrant le corps ou les reliques d'un mar- 
tyr. 

' Tels furent les principaux rapports de 
convenance que les premiers airthiteetes 
chrétiens observèrent entre rordonnance 
extérieure et intérieure de la basilique ro- 
maine et celle des édifii^s destinés au nou- 
veau culte. Ces rapports sont si frappants, 
que- Constantin n'hésita point à convertir 
immédiatement en églises deux véritables ba- 
siliques» la Sessorienne, aujourd'hui Sainte- 
Croix de Jérusalem, et celle du pabis de 
Latran. Toutes les autres, telles que celles 
de Saint-Pierre et de Saint-Paul hors les 
Murs, furent bâties sur le même modèlet 
comme nous le verrons plus bas. 

Mais ces rapports de convenance qui exis- 
taient entre la configuration tant extérieur^ 
qu'intérieure de la t>asilique romaine et les 
exigences du culte nouveau, ne furent pas 
la seule considération qui engagea les pr^ 
miers architectes à adopter la forme basili- 
cale pour les églises ; un antre motif encore 
plus relevé les y détermina, à savoir le be- 
soin qu'on éprouvait déjà d'imprimer le ca- 
chet de Texpression symbolique à nos édir 
ûces saints. Ceci demande quelques expli- 
cations. 

Les canons apostoliques exigeaient que 
les églises eussent la forme du vaisseau de 
saint Pierre, d'odi le mot aen'i , nef, appli- 
quée à l'allée principale de nos temples 
(139^). Cette allégorie du vaisseau était très- 
propre , en effet , à se représenter la condi- 
tion de TEglise militante, |M>ursuivant jus- 
qu'à la fin des temps sa na vi^tion laborieuse, 

de ses prêtres. Les diacres debout, vètui de sa* 
uiére à pouvoir se porter partout , feront roflki 
(le matelots qui manonivrent. Ils auionl soie que 
dans le reste de ras:&emblèe, les laiqnes observent 
Pordre ivrescrit, et «|ue les femmes, séparées des 
autres fidèles, gardent le silence, > etc. (Consltelîi 
«poffWifu^s, livre ii, pag. 57.) 



Ii5 



BAS 



DESTHETIQUE CHRETIE.NNE. 



- .* il 
BAS 



• ^ t 



li 



5 



mais fenpe, 5jir la mer orageuse du mondes 
sans cesse ballottée par les tempêtes du schisr 
me» de, rbérésie, de rincrédunté» et néan- 
moins tpujoiirs debout malgré ses contiv 
naelles oscillations, parce ^qu'elle est.fon- 
(lée sur la parole divinecomme sur une ancre 
oui reoipècbe de chavirer. C*est ainsi que 
I église matérielle . doit représQnter dans sa 
ibrme principale Tétat présent de TEglise 
spirituelle, pour ne iiarler que de ce rap- 
jplort, car il en existe beaucoup d'autres que 
nous ferons ressortir plus tard. De là cette 
locution de nflvis , nef; si fréquemment em* 
ployée dans les rubriques pour désigner 
riotérieur de nos églises : Dam clerus ingre- 
Htur innanim^ inixstii tn.navt, etc., et qui 
s'est transmise jusqu'à qous , consacrée par 
h double autorité de Tusage et de la litur- 
gie. Or» la basilique romaine, par sa ibrme 
allongée et par son allée principale du mi- 
lieu» se prêtait parfaitement à Texpression 
de ce sjmbole, qui fut ensuite perfectionné, 
comme beaucoup d'autres, par le génie de 
nos artistes chrétiens. Nous verrons plus 
loin comment ces grands artistes, appli- 
quèrent à l'ordonnance de nos cathédrales 
ce' beau symbole du vaisseau voguant sur la 
mer orageuse du monde » figure sensible et 
désignée parles monuments de la plus haute 
antiquité chrétienne de l'arche de Noé, qui 
seule portait le salut du genre humain au- 
dessus des flots du déluge universel. 

Il est un autre symbole qui ne tarda pas à 
se développer dans l'ordonnance générale 
des églises: je veux parler de Ja forme de la 
croix de Notre-Seigneur , qu'on essaya, dès 
les premiers temps , de leur imprimer. Or, 
pour l'expression de ce symbole comme 
pour celle du vaisseau,.la basilique romaine 
présentait plus de iacilité qu'aucun autre 
édi(if9e. Il ne s'agissait , en effet , que d'al- 
longer un peu les deux extrémités du tran- 
sept, et l'on obtenait la représentation exacte 
de l'auguste siffne de notre rédemption. 
Dans cette modification de la basilique, l'ab- 
side conservait, môme au point de vue sym- 
bolique, son ancienne prééminence, en re- 
présentant la tète de la croix sur laquelle 
reposait celle du Sauveur. C'est pourquoi 
elle fut désignée sous le nom de chetet. L'in- 
fluence de ce symbole de la croix devint de 
plus sensible sur la disposition iÏQs prin- 
cipales parties de nos églises , durant toute 
la période romane; mais elle s'affaiblit pen- 
dant l'ère ovigale, pour des raisons que 
nous exposons en leur lieu. En ce qui con- 
rerue la question qui nous occupe actuel- 
lement, il suflit de faire remarquer que cette 
influence se manifesta, quoique timide- 
ment» dès l'origine de Farchitecturc chré- 
tienne. On peut s'en édifier en considérant 
le plan figuré de plusieurs des églises cons- 
truites à cette époque reculée. 

Maintenant, pour nous résumer, rap- 
pelons les motifs principaux qui portèrent 
les premiers architectes chrétiens a l'imita- 
tibn de la basilique romaine dans la cons- 
truction de leuri temples nouveaux. Nous 
avons dit que ces motifs furent r la faculté 



de développer sur une plus grande échelle 
Je type primitif des chapelles des catacom- 
bes, fourni parla religion elle-même; 2* 
les convenances de plus d'un genre que leui^ 
offrait, quant à l'esprit et. quant à la forme 
de leur culte, la structure, tant intérieure 
qu'extérieure, des basiliques ; 3** la facilité 
avec laquelle. cette structure basilicale sa 
prêtait a l'jdée symbolkrue, qui commen-r 
cait déjà à jouer.un grand rôle dans la con- 
figuration extérieure et dans la disposition 
intérieure de nos temples sacrés. Je crois 
avoir suffisamment, quoique brièvement , 
exposé ces motifs. Ils ont d'ailleurs reçu 
la sanction la plus respectable, la plus dur 
rable, la plus générale de la pratique de 
l'Eglise, qui ne s'en est jamais entièrement 
écartée, sauf pour quelques cas isolés. Il 
n'a rien moins fallaque ces. trois derniers 
siècles d'oubli des traditions liturgiques, 
pour faire omettra, dans quelques pays, 
cette forme antique et consacrée. Encore 
dans la plupart de nos églises modernes 
construites à la grecque, n a-t-on pu se dé- 
fendre de se conformer un peu à la forme 
basilico-catholique, tant son influence est 
profonde dans la chrétientés 

Les diverses considérations qui précèdent 
(sans parler d'autres que nous ferons en 
leur lieu) sont d<^jà unn réponse péremptoire 
à l'objection que nos églises n'étant qu'une 
imitation de la basilique romaine, nous n'a- 
vons pas d'architecture chrétienne propre- 
ment dite . Ce raisonnement est inexact, et 
quant aux prémisses et quant à la conclusion 
qu'on voudrait en tirer. En effet, il n'est point 
vrai crue nos églises ne soient qu'une imita- 
tion de la basilique romaine, puisque le type 
primitif en a été tiré des catacombes mêmes, 
et qu'on Taurait trouvé également partout ail- 
leurs où. il* y aurait un prêtre et des chrétiens,, 
attendu que ce type puise, avant tout, son 

f principe générateur et sa raisou d'être dans 
es conditions essentielles du culte chrétien, 
toutes différentes du culte païen. Or, un 
type original comme celui-là n'a pu pro- 
duire qu une architecture originale, quelque 
importants que soient les motifs qu'il a em- 
pruntés au style basilical romain; et cela.: 
1** parce que ce style n'avait rien de commun 
avec les temples païens : 2** parce qu'il a été 
transformé par l'art chrétien, grâces aux 
modifications successives qu'il en a re- 
çues. 

11 est donc vrai que de cette circonstance, 
d'ailleurs si remarquable , de l'imitation do 
la basilique dans la structure primitive de 
nos églises, on ne peut rien conclure contre 
l'existence d'un type antérieur sut generis 
d'architecture chrétienne. On ne le peut, 
car rimitation dont il s'agit n'a été que rela- 
tive, conditionnelle et d'appropriation, et 
le symbolisme religieux, qui a fait subir des 
modifications importantes à nos églises, tout 
en leur conservant leur forme essentielle et 
primitive , les a élevées peu à neu à une 
perfection inouïe d(î style et d expression 
mystique et hiératique, qui se révèle princi- 
palement dans nos belles cathédrales mj - 



147 



BAS 



DiCnONNAIRE 



BAS 



I4S 



maties du ii' siècle, comme nous rexi)ose- 
rons plus bas. Ceci soit dit, sans être iniuste 
envers les chefs-d'œuvre du style ogival, qui 
j-éclament à d'autres titres notre légitime et 
))rofonde admiration. Le moment (Tailleurs 
n'est pas encore venu d'aborder la question 
si intéressante et si compliquée de la pré- 
séance du style roman sur le style ogival, et 
vice versttj mais nous avons à nous occuper 
actuellement de la fondation et de la des- 
crii)tion de quelques-unes dés principales 
basiliques de Rome chrétienne. 

Nous ne saurions prendre de meilleur 
guide qu'Ana$tase,î)ibliothécaire delasainte 
Ëglise romaine, dans son ouvrage intitulé : 
Anastasii S. R. E. Bibliothecarii Bistoria 
de VUis Romanorum pontificum à B. Petro 
apostolo usque ad Nicolaum I nunquam hw- 
tenus typis excusa^ deinde Yita Aénriani II et 
Stephani VI auctore Guillelmo Bibliothe- 
catio. 

Cette histoire renferme des détails curieux 
et au'on ne pourrait se procurer ailleurs, 
sur la profusion incroyaole des richesses 
dont Constantin, ses successeurs et les sou- 
verains pontifes ornèrent ces temples augus- 
tes, trop peu connus parmi nous. Je suivrai 
l'édition de Mayence, et prélérablement en- 
core, quand j'en aurai la faculté, la version 
que Baronius a délayée dans ses Annales ^ 
ei qui est la plus authentique, puisque le 
savant cardinal ne cite que d'après le ma- 
nuscrit original qu'il avait fréquemment 
consulté. C'est de ces Annales ^tome III, pag. 
32^ et suivantes), que j'ai tiré les passages 
suivants d'Anastase le Bibliothécaire. 

« Dans le même temps (c'est-à-dire en 
Tannée d^ de Jésus-Christ, du pontificat 
de Svlvesirela2', et du règne de Constan- 
tin la 19*), Constantin Auguste construisit 
une basilique en Thonneur du bienheureux 
apôtre Pierre sur les ruines d'un temple 
d Apollon, dont il entoura l'enceinte desti- 
née à recevoir le corps de Pierre, d'airain 
de Chypre (140). Ce tombeau avait cinq pieds 
de hauteur et autant de longueur. Il 1 orna 
«le colonnes de porphyre et d'autres colonnes 
qu'il avait fait venir de la (irèce. 11 le sur- 
monta d'un édicule voûté tout brillant d'or. 
1^ Pape saint Grégoire rapportait, dans sa 
lettrée Constance Auguste, que son prédéces-. 

{ÏM) Eodem tempore Conslanlinus Autjustus fe- 
eil basilicam bealo Petro Apostolo in templo Apol- 
Unis, cujus loculum, cum corpus S. Pétri recondi- 
dit uttdique ex Cyprio conelusit, quod est immo- 
bile. 

(\l\) Super os quo conclusil illud, fecit crucein 
nureani purissimam, pensantem Ubras centum quin- 
quaginta, ubi scriptutn hoc est : Constantinus Au- 
giistus et Helena Augusta hanc domum regati si- 
mili fulgore coruscantem auro circumdant, 

M4i) Fecit autem candelabra ex aurichalco in 
^ fteaibus decein numéro auatuor, argento conclus a 
eum sigiliis atgenteis, unae Actus apostolorum cer- 
nebantur, pensantia singula Ubras trecentas. Cali- 
ces autem très cum gemmis prasinis auadraginla 
quinifue pensantes sinuulos Ubras duoaecim, 31 e- 
tretas argenteas duas\ neiisantes Ubras ducentus. 
Calices argentcos viginti, pensanlcy singnlos Ubras 
decem. Amas aureai duax pensantes >iuipla^ fibir.s 



seur ayant voulu changer Tordonnance deçà 
tombeau en avait été détourné par un cer- 
tain signe qui l'avait rempli de terreur. 

tf Au-dessus de l'ouverture de cet édicule, 
Constantin fit placer une croix d'or le plus 
pur, pesant cent cinquante livres, aree 
cette inscription : Constantin Auguste $t 
Hélène Auguste ont orné ce monument d'un 
éclat royal, en y faisant briller for de toutes 
parts (141). 

« Il fit faire quatre candélabres haut de dix 
pieds, en cuivre revêtu d^argent, avec des 
médaillons de même métal sur lesquels on 
avait représenté les actes des apôtres. Chaque 
candélabre pesait trois cents livres. Il fitdon 
de trois grands calices ornés de auarante- 
cinq émeraudes et pesant douze livres. II 
donna également à cette basiliaue deux 
grandes urnes en argent, du poias de deux 
cents livres ; vingt calices en argent, pesant 
chacun dix livres; deux vases d'or pesant 
chacun six livres; cinq vases d'argent pe- 
sant chacun vingt livres ; une patène d*or 
avec un tourtereau et une colombe, de For 
le plus pur, enrichie d'émeraudes, d'amé- 
thystes, de perles,^ au nombre de deux cent- 
quinze et pesant en tout trente livres ; cinq 
patènes d'argent pesant chacune quinze li- 
vres ; une couronne d'or suspendue sur le 
corps du prince des apôtres, laquelle n*esl 
autre chose qu'un grand lustre de forme 
ronde, orné de cinquante dauphins , et pe- 
sant en tout trente-cinq livres ; dans l'enceiote 
deja basilique; un grand nombre de lustres 
ou candélabres d'argent avec des dauphins, 
pesant chacun dix livres ; dans l'allée trans- 
versale de droite, trentre lustres d'argeol 
pesant chacun huit livres. 11 orna le maître 
autel d'une enveloppe d'or et d'argent enri- 
chie d'émeraudes, d'améthystes ^ de perles 
au nombre de deux cent dix, et pesant trois 
cent cinquante livres; une cassolette d'or 
pour brûler l'encens, toute garnie de pierres 
précieuses , du poids de quinze livres 
(U2j. 

« Tels senties vases sacrés de la basiliau» 
de Saint-Pierre qui,quatre-vingt-six ans plus 
tard , lors de la prise de Roii e par Alaric» 
furent cachés dans la demeure d'une vierge 
chrétienne; mais les Goths les ayant décou- 
verts, furent tellement frappés d'admiration 

decem. Amas argenteas quinque pensantes shtgulu 
Ubras viginti, Patenam auream cum turlure et 
columba ex auro purissimo, ornât am gemmis pr«* 
sinis et hyacinthinis^ et margaritis smaroodinis »»- 
mero ducentis et quindecim, pensantem Ubras in- 
ginta, Patenas argenteas quinque^ pensantes si»' 
gulas Ubras quindec.m. Coronam auream ante rcr- 
pus, quœ est pharus canlharus cum delpkims 

Îuinquaginta, pensantem Ubras trigiuta qmnqm 
* haros plures argenteas, in gremio basilicm eues 
delphiniSf pensantes singulos Ubras decem* Ad 
dexteram basiUcœ pharos argenteas triginlo, fs»» 
santcs singnlos Ubras octo, Ipsum altare es aurs 
et argento clausum, cum gemmis prasinis^ et àf«- 
cinthinis et albis ducentis decem pensans Ubras m- 
centas quinquaginta. Thymiamalerium aure um Oi ii 
gemiitis undique exornatum, pensans Ubras ^hîw- 
c/w. (Anaslisiiib, loc. cit.) 



î^ 



BAS 



D*ESTHEII(MJE CHRETIENNE. 



EâS 



150 



à la Tue d Hua si prodigieuse magnificence, 
qaUls les replacèrent eux-mêmes avec res- 
pect dans la basilique du prince des apô- 
tres (IW). » 

Quant aux revenus destinés par le pieux 
empereur à l'entretien de cette basilique et 
de ses nombreux ministres, ils étaient im- 
menses et assignés sur des villes et des pro- 
vinces entières de l'empire. Pour le seul 
luminaire, l'Orient devait fournir ses bau- 
mes les plus précieux, ses parfums, ses 
aromates les plus exquis et les plus rares. 
(Voir l6s détails de ces diverses fondations 
dans Anastase). 

Constantin ne déploya pas une moindre 
magnificence dans tes deux autres grandes 
basiliaues qu'il érigea en même temps, je 
Teax dire celte de Saint-Paul hors les Murs 
et celle ée Lstiaa. Cest ce qui résulte en- 
core du témoignage d'Anastase le Bibliothé- 
caire. 

Dans le même temps, dit-il , l'empereur, 
se rendant au désir du Pape Sylvestre , éri- 
gea une basilique au bienheureux Paul, 
apôtre, et déposa son corps dans un tombeau 
d airain, comme il avait fait pour le bien- 
heureux Pierre. Il fit à cette église les mê- 
mes présents qu'à la première, en vases sa- 
crés d'or, d'argent et d'airain. Il plaça éga- 
lement sur son sépulcre une grande croix 
d or pesant cent cinquante livres (lU). 

De plus, il affecta pour l'entretien de cette 
telise des domaines immenses dans toute 
l*etendue de l'empire. On en trouvera ci- 
dessous la note détaillée et copiée textuelle- 
ment d'Anastase le Bibliothécaire (1<^5). 

Un autre jour continue le même auteur, 
Constantin commença la construction d'une 
nouvelle basilique dans son palais , en dé- 
clarant par un édit spécial, qu'il voulait faire 
opTertement profession de la foi chrétienne, 
et ériger à Jésus-Christ un temple dans son 

Sropre palais pour y tenir les assemblées des 
dèles, afin que tous ceux qui voudraient de- 
venir chrétiens et qui seraient pauvres fus- 
sent d'abord nourris aux dépens (^u fisc, et 
reçussent ensuite la robe des catéchumènes 

(143) Bœc inut Ula ipêa ba$ilicœ S. Pétri sacra 
vm$Mf qiUB pûit octoginta tex annoê^ cum ab Ala- 
ficê urës copia est, occnUala apud sacram virgi» 
mem et intenta^ ut tradit Oroùu$^ prœ magnUudi* 
fir, pmichriimdine, pondère et ditersitate, Gotlios 
riêddidênuU attonitos ila ut ab eiidem^ sic numine 
éÎMponemU^ cum honore eidem basilicœ restituta sunt, 
(Baron., loco dioi^.) 

(144) Eodem temp re Constantinus Augustus fe- 
cii basilicam beato Paulo apostelo ex suggestione 
Sm Sutuêêtri episcopi^ cujus corpus sancium ita 
recaudidit in œre et conciusit, sxcut et beati Petri^ 
€i àona obtulit, ;> am omnia vasa sacra aurea tel 
mrgeutea vel mrea ita posait sicut et iniliam : sed 
crmum auream super loculum B. Pauli apostoU po- 
êuii pensantem libras cemum quinquaginta, 

(145) Sue civiiate Tgriœ, possessionem Comi- 
mm, prœstantem solidos guingento» guinquaginta. 
Poêsessiomem Formianam , prœstantem solidos 
stptuaginta. Possessionem Tiniam prastantem sù' 
lidos ducentos quinquaginla ; olei nardini libros 
septuatfinta, aromatum libras guinquugiuta^ eu- 
àiœ libras guinquiginia. Sub civUatc ^Egijplia pos' 



et une somme d'argent , pourvu qu'ils fus- 
sent munis d'un billet de Tévêque de Ro- 
me (iM). 

C est ce qui a inspiré au poëte Prudence 
les deux vers suivants : 

CœUbos aut magDis Lateranenses currit ad «des 
Unde sacrum referai regali chrismate signum. 

Voici comment s'exprime (^iampini sur la' 
fondation de Saint-Jean de Latran, dans le, 
chapitre 3 do son bel ouvrage sur les liasi- 
liques constantiniennes : 

« La première de toutes et la plus renom- 
mée dans l'univers, qui fut dédiée auSau-i 
veur et qui devint si célèbre par sa gran- 
deur et par ses richesses , doit son origine 
à l'empereur Constantin le Grand, d'où elle 
fut appelée basilique Constantinienne, bien 
qu'elle s'appelle à un aussi juste^titre Laté- 
rane, à cause des bâtiments immenses que 
cette illustre et sénatoriale famille de La- 
tran occupait sur le mont Cœlius, et du mi- 
lieu desquels cette auguste basilique , mère 
de toutes les églises de l'univers, éleva sa 
tête glorieuse : Prima hœc iaitur , perçue in 
universum terrarum orbem ùasilica ceieôer- 
rtma, $ub atispictUissimo nomine Salvatoris 
erecla^ molis suœ fàmœaue tam grandis^ exoT" 
dia débet imperatori Constantino Magno a 
quo et Constantinianœ appellationem sor- 
tita e$ty licet visitatori cognomine Latera^ 
nensi indigit^tur^ ab œdibus nobilissimœ olim 
et senatoriœ familiœ^in monte Cœlio surgen^ 
tibuSj a quorum œdi/icii» hœc ecclesiarum p«- 
rens augustissima caput extulit. 

« Les temples des faux dieux, continue le 
même auteur, ayant été fermés et leurs sa- 
crifices interrompus, Constantin dirigea tous 
ses efforts vers l'érection d'immenses basi- 
liques od les assemblées des fidèles pussent 
avoir lieu, et où le Christ pût être honoré 
convenablement. C'est pourquoi, vers Tan du 
Seigneur 323, il donna au pape Sylvestre et 
à l'Eglise romaine ces magnifiques bâti- 
ments de Latran, tant ceux qui avaient ap- 
partenu à son épouse Fausta que ^es siens 
propres, et il les convertit, aux frais du trésor 

sessionem Cyrcos prœstantem solidos teptinginta 
decem, olei nardini libras septuaginta^ balsami 
libras triginta, aromatum libras septuaginta^ sto^ 
racis libras triginta, stactis libras centun quin* 
quaginta. Possessionem Basilicam , prœstantem 
solidos quingentas quinquaaintat aromatum libras 

Îminquaginta, olei nardini libras sexaginta^ balsami 
ibras viginti, Posussiotum insulœ Macariœ prw" 
siantem solidos quingenta decem, etc, (Anaslasius, 
loc, cit.) 

(146) Altéra vero die Constantinus similiter intra 
palatium suum Lateranensis basilicœ fabricare cœ- 
ptl, lege pariter sanciens atque promulgans^ adeo 
se Christianœ religionis profiteri telle culturam^ ut 
Christo Deo teilet intra palatium templum erigs^ 
ubi Christiani conventus agerent^ atque kis qui 
Christiani fieri relient et pauperes essent^ prœsta^ 
renlur ex largitione fiscali affalim alimenta, eis- 
demque in primis a baptismate candida vestimenta 
et solidi viginii, dum tamen afferrent pro tessera 
episcopi Homani chirographum. (AiiasUsius, lùco 
cilalo.) 



151 



ftiKS 



dictionnairie: 



BAt 



132 



- pubTiCt en vne SDparbo basilique, sousTfn- 
Tocation du Sauvdur> qui fot appelée TE- 
glise d'oTr à cause des prodigieuses riches- 
ses qu'il y avait amoncelées. Ce fut lato pre- 
mier témoignage publie de sa conversion au 
christianisme. Cette Eglise fut appelée Con- 
stantinienne, du nom de son fondateur, et 
dans la suite des temps, église de Saint-Jean- 
Baptiste, h c^usede )a proximité des fonts 
hapiismanxiPostremo aentilium tempUsoc- 
elusisy profanum sacriflcium fieri prohibuit. 
Quapropler aninmm ad ingentium basiiica'- 
rum et templorum erectionem convertit^ ut 
in mu Chnstiani catus congregari^ Chri- 
stumque.adorare valerenty multasque sacras 
œdes per diversas orbis Romani partes^ impe- 
ratorta magnificentia dignas eœstrui jussit, 
pecuniis a fisco suo m tantum opus erogatU. 
Jgitur eirca annum Domini 323 Ulas majni- 
pcas et egregias Lateranorum œdes, sive ab 
%ixore Faiistaj sive hactenus a se possessas^ 
beato papœ Sylvestre et R. S. E. donavit^ pu- 
blicisque sumptibus eas in magnificentissi' 
mam^ sub S. Salvatoris D, N. J. C nuncupa- 
lione, basilicam convertit^ quœ ab ornamen- 
tis Aurea dicta^ primum, perenne ac patens 
Christianœ susceptœ religionis testimonium 
fuit, Ac etiam ab illius fundatorey Constanti- 
nianamy temporisque progressa a proximo 
baptismali fonte^ ecclesia Sancti Joannis. » 
Revenons à Anastase le Bibliothécaire. 

Voici comment il énumère les dons ma- 
gnifiques de Constantin à Téglise Latérane : 
« Un mailre-autel en argent représentant sur 
sa face principale le Sauveur assis sur son 
siège, a^ant cinq pieds de hauteur et pesant 
cent vin^t livres^ et les douze apôtres, hauts 
de cinq pieds et pesant chacun quatre-vingt- 
di: livres, et avec des couronnes d'argent 
le plus pur, pesant cent quarante livres, et 

r reanges d*argent, de cinq pieds, pesant 
un cent quinze livres, et ornés de pier-* 

(147) FasHgium argenteum hcbens in fronte Sal^ 
tatorem sedentem in cella^ quinque peduw, pen- 
tanlem iibra$ centum viginli, et duodecim aposlo- 
toshabentes singulos quinos pedes^ pensantes li- 
bras nenaginta^ cum coronis ex argenlo purissimo^ 
pensanlibus iibras centum quadraginta, et angelos 
quatuor ex argento in quinis pedibus^ qui pensant 
singuli libras centum quindecim cum gemmis Ata-^ 
bandinis. Fastigium ipse pensât libras duo millia m- 
tjinti quinque. Ab ejusmodi tam celebri Salpaioris 
imagine^ eut et basilica dicata est, dicta fuit basi- 
lica Salvatoris potius quam Constantinianaf ad 
differentiam alterius basilicm ejusdem nominis pn- 
blicis negotiis manâpatœ^ quœ posita erat in reloue 
tertio apud templum Pacis^ut habet Sextus Rujus et 
Publius Victor. 

Item a tergo respicientem in abside Sal valorem 
sedentem in throno,- in pedibus quinque \jioe est 
in altitudine], coronas quatuor ex auro purissimo, 
cum delphinis viginti^ pensantes singulos libras 
quindecim, Pharum ex auro purissimo quod pendet 
sub fastigiOf cum delphinis quindecim; cum cattna, 
qui pensât libras viginti quinque. Cameram basilic 
cœ ex auro^ pensantem in longum et in lalum li- 
bras quingentas. Allaria septem ex argento puris- 
simo j pensantia libras ducentas, Patenas aureas 
septem pensantes singulas libras triginta, Patenas 
argenteas sexdecim, pensantes singulas libras tri- 
ginta, iicijphos ex auro purissimo sepiem^ pensan- 



. res précieuses. Uautel lui-même pesait deux 
mille vingt-cinq livres. C'est de celte si cé- 
- lèbre image du Sauveur que cette basili- 
que fut appelée du Sauveur avant de rece- 
voir le nom de Constantinienne^ à la diffé- 
rence d'une autre basilique du même nom, 
consacrée aux affaires publiques, qui était 
située dans le troisième quartier de Romer 
près du temple de la Paix, comme le remar- 
quent Sextus Rufus et Publias Victor (liT). 

« On avait représenté aussi dans l'abside, 
au fond de Téglise, le Sauveur assis sur un 
• trône, et l'on y voyait gufttre couronnes du 
Tor le plus pur, avec des dauphins pesant 
chacun quinze livres. Le grand lustre qui 
était suspendu sur Tautel était de l'or le 
I>lus pur, ainsi que quinze dauphins atta- 
chés a une chaîne pesant vingt-cinq livres; 
le tombeau de la basilique, pesant en lon- 
gueur et en largeur cinq cents livres; sept 
autels de l'argent le plus pur, pesant deux 
. cents livres ; sept patènes d'or, pesant cha- 
cune trente-trois livres; seize patènes d'ar- 
,gent, pesant chacune trente livres; sept cou- 
pes de l'or le plus pur, pesant chacune dix 
livres; une seule coupe ornée de corail, 
d'émeraudes, d'améthystes, et entièrement 
revêtue d'or, pesant vingt livres trois onces; 
vingtcotipes d'argent, pesant chacune quinze 
livres ; deux urnes de l'or le plus pur, pesant 
chacune cinquante livres, et contenant cha- 
cune la mesure de six boisseaux; quarante 
calices plus petits, de l'or le plus pur, pe- 
sant chacun une livre. Cinq cents calices plus 
petits aussi, pour les ministres, pesant cha- 
cun deux livres. 

« Quant aux ornements de la basilique, ils 
consistaient dans les pièces suivantes : une 
lampe de Tor le plus pur, devant l'autel, 
dans laquelle brûlait de l'huile de nard pur,* 
ornée de vingt dauphins et pesant quarante 
livres. Au milieu de la basilique, quarante*- 

tes stnguhs libras decem. Scyphum singutare ex 
métallo, cor allô ornatum^ et undiquede gêmioés 
prasinis et hyacinthinis, auro interclusum ex omni 
parte, qui pensât libras viginti et uncias très. Scy- 
phos argenleos viginti, pensantes singulos libres 
quindecim Amas ex auro purissimo duas, penssa» 
tes singulas libras qutnquaginta, portantes singulas 
medimnas singulas. Calices minores auro purissitÊ» 
quadraginta, pensantes singulos libras singmlas. 
Calices minores ministratorios quingentos, pensânses 
singulos libras duas, 

Ornamenta autem basiUcœ, pharum canthamm 
ex auro purissimo ante altare, in quo ardet oleum 
nardinum pislicum cum delphinis viginti, qui pm* 
sont libras quadraginta, Pharos cant haros argen^ 
teos in gremio basilicœ quadraginta quinque^ ptn- 
santés singulos libras triginta ubi ardet oleum suprm 
scriptum. 

In parte dexlera basilicœ pharos argenteos qua- 
draginta, pensantes singulos libras viginti. Pkaros 
cantharos in lœva basilicœ argenteos viginti quitS' 
que, pensantes singulos libras viginti, Metretas trts 
ex argento purissimo, pensantes singulas iibrms 
trecentas, portantes medimnas decem. Candelakrm 
ex auricalcho, numéro septem, quœ habent f^^ 
duos cum ornatu ex argento, tnterclusis sîgiUiê 
prophetarum, pensantes singula libras trecentas, 
(Aiiasiasius et Baionius, loc. cit.) 



13 



ÏAS 



DESTUETIQUE CHRETIENNE: 



BEA 



Vol 



m 

eînq antres lainpés d'argent, pesant chacune 
Ireiite livres, dans lesqueHes brtlrhiit égale- 
toenl de l'huile de narcl pur. Au côlé droit 
de la basilique, quarante lampes d*argent, 
pesant chacune vingt livres, et au cAté gau- 
ehe, Tingt-cina lampes en argent, pesant 
ebaciuie vingt livret. Au milieu dé la basi- 
lique, cinquante candélabres d'argent pour 
porter des cierçes, pesant chacun vingt li- 
fres. Trois amphores d'argent 'lé plus uur, 
pesant chacune trois cents livres et ae la 
eontenaneede dix mesures de six boisseaux. 
Sept candélabres dorés, à deux pieds, enri- 
chis de sculptures eb argent et de médail- 
lons qui représentaient les usures des pro- 
phètes; chacuù de ces candélabi'es pesant 
trois cents livres. » 

Quant aux revenus assignés pour le lumi- 
naire et ]es parfums, Constantin avait rendu' 
les plus grandes villes et lés plus belles, 
provinces de son empire tributaires de cette 
splendide basilique. 

Après une telle énumération de richesses, 
oui fttiguc la plume de l'écrivain autant que' 
1 imagination du lecteur, ne peut-on pas 
s*écrier avec Baronius que la êloire de ce 
temple, construit par les gentils convertis, 
fut plusf^rande que celle du temple de Salo- 
mon? Puisque, pour le nombre et la richesse, 
les vases d'or et d'ar^^nt donnés aux églises 
de Rome, sans parler des autres églises qui 
furent élevées en même temps dans toutes 
les parties du monde, surpassent ceux que 
Salomon avait placés dans le temple du Sei- 
gneur, où ceux qui remplacèrent les an- 
ciens, lorsque le premier temple eut été ré- 
duit en cendres, cette assertion est d'autant 
plus vraie, que l'historien Eusèbe, qui vi- 
vait du temps de Constantin, assure, dans la 
Viede ce prince (liv. iv, chap. M), «ju'il avait 
consacré tout Un volume à la description des 
ornements dont il avait enrichi la basilique 
qu'il Tenait de foire bâtir à Jérusalem, lors- 
qu'il dit : « Si les richesses accumulées dans 
ee seul temple et décrites dans ce volume 
étaient si nombreuses et d'un si grand prix, 
laot-il s'étonner que celles donnét^s parle 
même prince à plusieurs autres basiliques 
paraissent avoir été plutôt légèrement indi- 
quées que décrites suffisamment? » 

J'ajouterai moi-même une réûeiion à celles 
de Baronius et de l'historien Eusèbe, c'est 
que les basiliques primitives de Rome chré- 
tienne surpassaient en magnificence non- 
seulement le temple de Salomon, mais en- 
core les basiliquesies plus fameuses qu'on 
leur a substituées plus tard sous les mêmes 
invocations. Userait facile de s'en convain- 
cre, en comparant les états anciens aux nou- 
veaux états de leur mobilier respectif. Nous 
espérons démontrer plus tard que, considé- 
rées même sous le rapport purement archéo- 
logique, elles n'ont pas été généralement 
égalées par celles qui les ont remplacées 
dans les trois siècles qui viennent de s'é- 

(f i8) Dans son excellente disscrlaiion sur le beau, 
fMe vient de publier la Revue des Deux Mondes (tom. 
Yl, 1854) eidans lequel ce peintre émineni et homioe 



èouler. (F. Litri5 (Basilique de Sunt-Jisaii 
de) , Pierre* (Saint-) de Rome , et Paul 
(Saint), Marie-Majevrb (Sainte-). 

BAS:îUS(Sargopbagede JuNirs). F. Types. 

BAUMGARTEN. Professeur de philoso- 
phie à Francfort sur l'Oder et l'un des pre- 
miers qui aient entrepris de donner une 
théorie générale des beaux-arts. C'est dans 
son principal ouvrage intitulé : Estheiica^ 
nom dont il fut le créateur, qu'il exposa sa 
théorie du beau. Cet ouvrage fut publié à 
Fraijcforr sur l'Oder, en 1750 et 1758. On 
regrette toutefois que Tauteur se soit borné 
à réioquence de la poésie; 

BEAU. Dans les deux dissertations qui 

KrécèdentceDiclionr1aire,nous donnons sur 
) beau humain, en général, et sur le beau 
chrétien, en particulier, dés notions qui 
trouvent leur complément et leur dévelop- 
pement dans les divers articles de cet ou- 
trage, et spécialement dans ceux Arcbiteg- 
tore,- Musique, Peinture, Sculpture, et 
leurs dérivés ou corrélatifs. Nous né pou- 
vons donc que renvoyer à ces divers arti- 
cles, afin d'éviterd'inutiles répétitions. Seu- 
lement, nous allons traiter quelques ques- 
tions détachées sur le beau absolu, un,* dans 
son essence, quelque variés^que soient les 
moyens de l'exprimer, et existant en tout 
temps et en tout lieu, indépendamment 6es 
écoles et des théories, dans l'esprit humain 
qui en a reçu le ^erme de Dieu lui-même. 
Nous dirons ensuite quelques mots des con- 
ditions et de l'excellence du beau surnatu- 
i*el ou divin. 

« £n présence d'un objet véritablement 
beau, dit Eugène Delacroix (liS), un ins- 
ti.nct secret nous avertit de sa valeur et nous 
fbrce à l'admirer en dépit de nos préjugés 
€i de nos antipathies. Cet accord des per-' 
sonnes de loi prouve que si tous les hom- 
mes sentent l'amour, la haine et toutes les 
passions de la même manière, s'ils sont 
enivrés des mêmes plaisirs ou déchirés par 
les mêmes douleurs, ils sont émus égale- 
ment en présence de la beauté, comme aussi 
ils se sentent blessés par la vue du laid, 
c'est-à-dire de l'imperfection. Et cependant 
il arrive que, quand ils ont eu le temps de 
se remettre et de revenir de la première 
émotion, en discourant, ou la plume à la 
main, ces admirateurs si unanimes un mo- 
ment ne s'entendent plus, même sur les 
E oints princiimux de leur admiration; les 
abitudes d'école, les préjugés de nation 
ou de patrie reprennent le dessus dans leur 
esprit et il semble alors que plus les juges 
sont compétents, plus ils se montrent dis- 
posés à la contradiction; car, pour les gens 
sans prétention, ou ils sont faiblement émus, 
ou ils s'en tiennent à leur admiration pre- 
mière. 

« Le sentiment du beau est-il celui qui nous 
saisit à la vue d'un tableau de Hapuaël ou 
de Rembrandt indifféremment , d'une scène 

de goût a le courage de s*élever an dessus des pré- 
juges étroits des dassiqiies exagérés. 



155 



BEA 



DICTIONNAIRE 



BEk 



Î!V( 



€ie Sbakspeare ou de Corneille, quand nous 
disons : que c'est beau l ou se borne-t-it à 
l'admiration de certains types en dehors 
desquels il ne soit point de beauté? £n un 
mot, C Antinous^ la Vénus , le Gladiateur^ et 
en général les purs modèles que nous ont 
transmis les anciens sont-ils la règle inva- 
riable, le canon dont il ne faut point s'écar- 
ter^ces modèles impliquant nécessairement 
avec ridée de la gr&ce, de la vie même, celle 
de la régularité. 

« Mais l'antique ne nous a pas exclusive- 
ment transmis de semblables types. Le Si- 
lène est beau, le Faune est beau, le Socratt 
est beau 

« Les écoles modernes ont proscrit tout ce 
f\\i\ s'écarte de l'antique régulier; en embel- 
lissant même le Faune et le Sitèney enôtant 
des rides à la vieillesse, en supprimant les 
disgrâces inévitables et souvent caractéris- 
tiques qu^entrainent dans la représentation 
de la forme humaine les accidents naturels 
et le travail, elles ont donné naïvement la 
preuve que le beau pour elle ne consistait 
que dans une suite de recettes. Elles ont pu 
enseigcer le beau comme on enseigne l'al- 
gèbre, et non-seulement l'enseigner, mais 
en donner de faciles exemples. Quoi de plus 
simple, en effet, à ce qu'il semble? Rappro- 
cher tous les caractères d'un modèle anti- 
aue, atténuer, effacer les différences profon- 
es qui séparent dans la nature les tempé- 
raments et les flçes divers de l'homme, 
éviter les expressions compliquées ou les 
mouvements violents capables de déranger 
l'harmonie des traits ou des membres, tels 
sont en abrégé les principes à l'aide des- 
auels on tient le beau dans sa main. Il est 
facile alors de le faire pratiquer à des élèves 
et de le transmettre de génération en géné- 
ration comme un dép6t. 

« Mais la vue des beaux ouvrages de tous les 
temps prouve que le beau ne se rencontre pas à 
de semblables conditions; il ne se transmet ni 
ne se concède comme l'héritage d'une ferme ; 
il est le fruit d'une inspiration persévérante 

aui n'est qu'une suite de labeurs opiniâtres ; 
sort des entrailles avec des douleurs et 
des déchirements , comme tout ce qui est 
destiné à vivre ; il fait le charme et la con- 
solation des hommes et ne peut être le fruit 
d'une application passagère ou d'une banale 
tradition. Des palmes vulgaires peuvent cou- 
ronner de vulgaires efforts ; un assentiment 
passager peut accompagner pendant la du- 
rée de leurs succès, des ouvrages enfantés 
par le caprice du moment ; mais la poursuite 
de la gloire (*ommande d'autres tentatives ; 
il faut une lutte obstinée pour arracher un 
de ses sourires ; ce serait peu encore ; il 
faut, pour l'obtenir, la réunion de milledons 
et la faveur du deslm. 

« La simple tradition ne saurait produire 
un ouvrage qui fasse qu*on s'écrie : « Que 
c'est beau l » Un génie sorti de terre, un 
homme inconnu et privilégié va renverser 
cet échafaudage de doctrines à l'usage de 
tout le monde, et qui ne produisent rien. 
Un Holbein, avec son imitation scrupuleuse 



des rides de ses modèles, et qui compte,* 
pour ainsi dire leurs cheveux, un Rem- 
Drandt, avec ses types vulgaires remplis d'une 
expression si profonde; ces Allemands, et 
ces Italiens des écoles primitives, avec 
leurs figures maigres et contournées et leur 
ignorance complète de l'art des anciens, 
étincellent de beautés et dé cet idéal que 
les écoles vont chercher la toise à la main. 
Guidés p»r une naïve inspiration, puisant 
dans la nature qui les entoure et dans un 
sentiment profond, l'inspiration que l'éru- 
dition ne saurait contreSsiire, ils passionnent 
autour d'eux le peuple et les hommes cul- 
tivés , ils expriment des sentiments qui 
étaient dans toutes les Ames; ils ont trouvé 
naturellement ce joyau sans prix au'une 
inutile science demande en vain à 1 expé- 
rience et à des préceptes. 

« Il faut voir le beau où l'artiste a voulu 
le mettre. Ne demandez pas aux vierges de 
Murillo l'onction chaste, la timide pudeur 
des vierges de Raphaël ; louez dans les traits 
de leur visage et de leur attitude l'extase 
divine, le trouble vainqueur d'une créature 
mortelle élevée vers des splendeurs incon- 
nues. Si l'un et l'autre de ces peintres intro- 
duisent dans ces tableaux où ils nous mon- 
trent la Vierge dans sa gloire quelques-uns 
de ces pieux donataires ou de saints person- 
nages de la légende , nous sommes charmés 
chez Raphaël de leur noble simplicité et 
de la grâce de leurs mouvements ; chez Mu- 
rillo nous admirons avant .tout l'expression 
dont il sont pénétrés. Ces moines, ces ana- 
chorètes, qu'il nous montre au désert ou 
dans leurs cellules , prosternés devant le 
cruciilx, et tout meurtris de pieuses macé- 
rations, nous remplissent à notre tour d'un 
sentiment d'abnégation et de croyance. 

« Le beau serait-il absent.de compositions 
si pénétrantes qui nous enlèvent dans les 
régions &i différentes de ce qui nous en- 
toure, qui nous font concevoir au milieu de 
notre vie sceptique et adonnée à de puériles 
distractions la mortification des sens la puis* 
sance du sacrifice et de la contemplation? 
Et si réellement le beau respire à un certain 
deçré dans ces ouvrages gagneraient-ils ce 
qui leur manque, par une plus grande res- 
semblance avec l'antique? On a demandé 
comment ont fait les anciens qui n'avaient 
pas d'antiques. Rembrandt, qui était pres- 
que dans le même cas, puisqu'il n'était ja- 
mais sorti des maisons de la Hollande, mon- 
trait ses brojreurs de couleurs et disait : 
Voilà mes antiques. 

« On a raison de trouver que l'imitation 
de l'antique est excellente, mais c'est parce 
qu'on y trouve observées les lois qui régis- 
sent éternellement tous les arts, c'est-à-dire 
l'expression dans la juste mesure, le nato* 
rel et l'élévation tout ensemble; que, de 
plus, les moyens pratiques de Texecutioa 
sont les plus sensés, les plus propres à pro- 
duire de l'effet. Ces moyens peuvent être 
employés à autre chose qu'à reproduire sans 
cesse les dieux de l'Olympe, qui ne sont 
plus les nôtres, et les héros de l'antiquité. 



IS7 



BEA 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



BEA 



i9S 



Bembrandty en frisant le portrait d*an men- 
diant en baillons, obéissait aux mêmes lois 
da goût que Phidias exécutant son Jupiter 
ou sa Pallas. Les grands et nécessaires prin- 
cipes de Tunité et de la variété, de la pro- 
portion et de l'expression, néclataient pas 
moins diez Tun et chez l'autre; seulement, 
les qualités s'y rencontraient h des degrés 
différents d'excellence et d'infériorité , k 
FiUon de l'objet représenté, du tempéra- 
ment particulier de l'artiste , et du goQt do- 
minant de son é{)oque. 

« La mode, qui ballotte les talents à sou 
gré, et qui décide de tout pour un peu de 
temps, a toujours beaucoup agité la Question 
do t>eau ; sa frivole influence croit s étendre 
jusqu'à ce qui est immuable. Les images du 
beau sont dans Tespritde tous les hommes, 
et ceux qui naîtront dans des siècles leM*d- 
connattront aux mêmes signes. Les signes, 
la mode, ni les !ivre$,ne les indiquent point; 
une belle action, un bel ouvrage, répondent 
à l'instant à une faculté de I &mc, sans doute 
à la plus noble. Un certain degré de cullure 
peut donner au plaisir causé par le beau 
quelque chose de plus délicat, peut dévoiler 
quelques beautés confuses pour des veux 
peu exercés; mais cette culture, souvent in- 
discrète, peut aussi bien fausser le jugement 
et dérouter le sentiment naturel. 

« Quoi 1 le beau, ce besoin et cette satis- 
faction de notre propre nature, ne fleurirait 
que dans des contrées privilégiées, et il 
nous serait interdit de la chercher autour 
de nous I la beauté grecque serait la seule 
lieauté 1 Ceux qui ont accrédité ce blasphè- 
me sont les hommes qui ne doivent sentir 
la beauté sous aucune latitude, et qui ne 
IKirtent point en eux cet écho intérieur qui 
tressaille en présence du beau et du grand. 
Je ne croirai point que Dieu ait réservé aux 
Grecs seuls ce que nous, hommes du Nord, 
nous devons préférer ; tant pis pour les yeux 
et les oreilles qui se ferment, et pour ces 
connaisseurs qui ne veulent ni connaître ni 
par conséquent admirer. Cette impossibilité 
d'admirer est en raison de l'impossibilité de 
s'élever. C'est aux intelligences d'élite qu'il 
est donné de réunir dans leur prédilection 
ces types différents de A perfection entre 
lesquels les savants ne voient que des abî- 
mes. Devant un sénat qui ne serait composé 
que de grands hommes, les disputes de ce 
genre ne seraient pas longues. Je suppose réu- 
nies ces vives lumières de l'art, ces modèles 
de la grâée ou de la force, ces Raphaël, ces 
Titien, ces Michel-Ange, ces Rubens et 
leurs émules, je les suppose réunis .[>our 
classer les talents et distribuer la gloire, non 
pis seulement à ceux qui ont suivi digne- 
meot leurs traces; mais pour se rendre entre 
eux la justice que Tassentiment des siècles 
ne leur a pas refusée : ils se reconnaîtraient 
bien vite à une marque commune, à cette 
pui>sance d'exprimer le beau, ujais d'y 
ittcinire par des roules ditférentes. » 
M. Eugène Delacroix ne craint pas de rom- 



pre en visière avec les pféjngés ;,classiques, 
préjugés funestes au véritable ^ progrès de 
l'art qu'ils n'ont que trop longtemps entravé. 
Il ne peut se résoudre à croire que le beau 
ait été par un privilège singulier, restreint 
k une époque déterminée et à un coin de 
notre globe. Il a une plus haute idée de l'es* 
prit humain. On doit lui savoir.gré surtout 
de la noble indépendance avec laquelle il 
rend hommaso à ces artistes primitifs, trop 
longtemps méconnus, dédaignés, !qui maigre 
leurs figures maigres et contournées et leur 
ignorance complète de l'art des. anciens, 
étincellent de beauté et de cet idéal que 
les écoles vont chercher la toise à la main. 

Les idées si justes et si élevées de M.De- 
lacroix sont formulées, quant à Jeur appli- 
cation à la poésie et à 1 art en général, par 
M. Théodore Pavie, dans un excellent arti- 
cle sur la littérature indienne, publié éga- 
lement par \à Revue des Deux-Mondes. (Tome 
VII, 1854.) 

Après avoir rapporté une magnifique in- 
vocation à l'Aurore, tirée du Rig-Veda^ un 
des plus anciens poëmes indiens, il s'écrie : 
« N*est-il pas consolant pour l'humanité de 
penser qu'il y a trente siècles, des poètes 
savaient tirer de leur cœur et de leur âme de 
pareils accents. Avant d'avoir fait la moin- 
dre découverte dans le domaine des arts et 
des sciences, l'homme possède l'entier déve- 
loppement de ses facultés intellectuelles, et 
c'est le sentiment religieux qui le soutient 
è cette hauteur. » 

Dans un autre passage que nous fournit 
l'analyse du Màhàbarata^ l'une des deux 
grandes épopées indiennes, il fait ressortir 
tout ce que la réhabilitation de l'homme dé- 
chu purifié, exalté par l'abnégation et la mor- 
tification des sens, peut imprimer de tou- 
chant et de sublime à l'art et à la poésie. Il 
s'agit du sacrifice que Dudhirtchi, saint er- 
mite indien, fit de son corps et de sa vie pour 
former de ses os la foudre qui devait écra- 
ser les Titans (148). « N'y a-t-il i)as, dit l'é- 
crivain déjà cité, autant de grandeur que de 
simplicité dans ce début? Les Grecs, qui 
prêtaient à leurs dieux toutes les faiblesses 
de l'humanité, afin de se les faire mieux par- 
donner à eux-mômes, les Grecs voluptueux, 
amis dujbeau, du bien-être, de tout ce quiflatte 
l'esprit et les sens, n'auraient jamais in- 
venté le vieux solitaire sacrifiant sa vie pour 
le salut des dieux et des hommes. Le sage 
Dudhictchi est plus qu'un stoïcien; il y a en 
lui quelque chose qui va jusqu'à l'abnéga- 
tion chrétienne. La mythologie ainsi entendue 
s'élève jusqu'à la philosophie la plus haute. 
Le génie indien n'a-t-il tpas compris, et la 
légende ne dit-elle pas clairement qu'il 
y a dans les saints une vertu qui peut seule 
dompter les démons ? L'homme déchu, quand 
il est purifié de ses fautes, quand il a renié 
la corruption, sort volontairement et sans 
regret de son enveloppe mortelle et s'envole 
vers Dieu. » 

Ces réflexions ont été développées avec 



lli8; Lilicraturc iuJijuac. Ikvuc da Deux Mondes, tom. VU, ISai. 



fïRI. 



BE>' 



ÙIGTIONNAIRE 



BEA 



tw 



plus d^étenduédans notre dissertation pré- 
liminaire surle beau idéal surnaturel ou 
divin; mais nous aimons à les voir s*é- 
cbapper de la plume de nos écrivains les 
mieux posés danslaliltérature profane. C*e^t 
lÀ un véritable progrès. Nous y.ajouterons;: 
pour terminer cet article^ celles du célèbre* 
moine et prédicateur Savonarole sur le ca-« 
ractère et Texcetlence du beau idéhl* surna- 
turel ou divin. Voici comment il s'adressait 
aux peintres sensualisies de son époque, 
celle de la soi-disant Renaissance italienne. 
% Vos notions leur disait-il,; sont emprein- 
tes dUplusgrossiertDdtérialisme...'la beauté 
dans les choses Composées résulte delà pro^' 
portion entre les parties ou de l'harmonie 
entre les couleurs ; mais, dans ce qui est' 
simple, la beauté, c*eât la transfiguration, 
c'est la lumière ; dono c'est par delà les ob- 
jets visibles qu'il faut chercher la béautésu- 
préme dans son essence..... «Plus les créatu- 
res participent el approchent de la beauté 
de Dieu, plus elles sont belles; de même 
que la beauté du corps est en raison de la' 
beauté de l'âme, car, si vous preniez^ dans 
cet auditoire deux femmes également belles 
de'oor})S> ce serait la plus sainte qui exci- 
terait lé plus d'admiration, et la palme ne 
manquerait pas de lui être décernée par les 
hommes charnels (149). » 

D.ins ces quelques lignes du célèbve do-* 
minicain de Florence, on voit les* éléments 
principaux d^ tout un cours d'esthétique 
chrétienne. Nous insistons particulièrement 
suT<*ette pensée crue, si dans les choses com- 
posées, la beauté dépend de la proportion' 
entre les parties ou de l'harmonie entre les 
couleurs, dans ce qui est simple, la beauté 
c'est la transfiguration, c'est la lumière di- 
vine. Par conséquent, plus un objet créé se 
Rapprochera de Dieu, plus il sera beau. C'est 
pourquoi le corps de l'homme est plus beau 
que celui des animaux; mais l'âme spiri- 
tuelle, intelligente, est plus belle que le 
eori)s, même le plus beau, et l'un et Tautre 
sont inférieurs en beauté aux anses, dont 4a 
nature est plus élevée et plus proche de Dieu. 
Il suit de ce principe que l'expression du 
nu ne vaudra jamais,- quelque parfaite et 
même quelque chaste. qu'elle puisse être, 
celle des sentiments de l'âme ! 11 n'est donc 
]>oint vrai que le nu . soit indispensable 
au scul)7teur pour réaliser le beau dans ses 
œuvres. Si ce principe est d'une vérité in- 
contestable, même pour la statuaire antique, 
comme nous poumons le démontrer par des 
exemples éviuents, àplus forte raison trouve- 
t-il son application dans la peinture et la 
statuaire chrétienne. Les chefs-d'œuvre de 
celle-ci seront toujours aussi supérieurs aux 
chefs-d'œuvre de celle-là, que l'esprit sur- 
naturel et divin est au-dessus de l'esprit na- 
turel et humain. Une Vénus sortant toute 
nue des eaux de la mer ne sera jamais, quel- 

(149) Sermon, prêché à Florence le vendredi après 
\^. troisième dimanche de carême, sur ("entretien de 
Jésuê avec la Samaritaine. Nous puisons ceUe cita- 
liou dans rexceifenl ouvmge de la Poés e chrétienne; 



que idéal qu'on lui supposé, aussi noble- 
ment, aussi véritablement belle que la 
Vierge du portail de Reims ou du chandelier* 
en bronze de la cathédrale de Milan. Encore* 
prenons-^ous, et à dessein; l'un des deux 
termes de notre comparaison parmi les types 
les plus renommés de l'art' antique. Pour ce 
qui est de ceux de l'art païen moderne ap- 
pliqué à la peinture et à la statuaire de nos 
églises, il ne saurait en être question/ tant 
ils sont, poUïr la plupart, vulgaires et au- 
dessous des principes les plus élémen- 
taires de l'icotiograpnie chrétienne. 
' Ils se sont donc bien grossièrement trom- 
pés, et ils ont bien mérité les reproches sé- 
vères que l'éloauent Savonarole adressait 
aux artistes matérialistes de son temps, ceux, 
qui dans le ntttre n'ont vu, n'ont compris le 
beau que dans les étroites limites du natu- 
ralisme, et pour qui une statue gracieuse» 
agaçante, aux formes élégantes et arrondies» 
com*me par exemple celle de 1a Poésie légir$ 
de Pradier, est le dernier terme de l'art. Oa* 
dirait, à les entendre ou à les voir è l'œuvre,, 
que l'expression des idées et des sentiments, 
si profonds et si variés de l'homme n'est* 
qu'accessoire à celle des muscles et des li- 
néaments de son corps. Tout doit être, sefen 
eux, subordonné à la représentation fidèle 
mais idéalisée de la nature, qui est la loi 
suprême dans les arts d'imitation. Mais est- 
il possible d'oublier à ce [loint que le corps 
étant essentiellement inférieur à l'âme, cette 
partie la plus excellente de notre être, l'ex- 
pression spirituelle domine nécessairement 
l'expression corporelle dans les arts du des- 
sin? Or, cette expression ayant âon siège 
principal dans la figure humaine, celle-ci 
peut très-bien se passer de la nudité plus 
ou moins accusée du reste du corps, pour 
offrir la manifestation la plus complète de 
la beauté. Elle n'a point à redouter les ac- 
cessoires du vêtement, d'autant moins que 
le costume, lorsqu'il est traité avec conve- 
nance et avec goût, rehausse TefTet général 
des personnages plutôt qu'il ne le diminue. 
Cette réflexion est d'une vérité encore plus 
frappante, si on l'applique aux sujets mjs^ 
tiques de l'art chrétien. En effet, cet art,* 
doublement chaste, et par la morale gêné* 
raie et par la morale évangélique, ne saurait* 
pactiser avec la licence et l'impureté. Du' 
moment où il renierait sa condition d'être,* 
il ne serait plus dans le beau ni dans le 
bien, car, aux veux du catholicisme silrtonl, 
le beau et le bien sont inséparables dans 
l'art, comme dans tout le reste. C'est ce que 
nous démontre d'ailleurs surabondamment 
l'histoire de la peinture, de la sculpture et 
l'architecture chrétienne, dont la décadence 
successive, depuis la Renaissance, est un bit 
qu'on ne saurait contester. 

Nous donnerions bien d'autres développe-- 
ments à l'importante question qui nous oc- 

puLlié en 1856 par M. A. F. Rio. 11 n'a paru ivtsqfj^ 
ce jour que le volume intitulé : Forme de ia P#m- 
ture. 



»v 



BEM J 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



BEA 



IGi 



cupe, si nous ne devions y revenir dans les 
divers articles de ce Dictionnaire, auxquels 
ils se rapportent. Nous compléterons celui- 
ci par quelques réflexions empruntées à une 
excellente dissertation sur la beauté, de 
M. le comte de MeUet (149^). 
- € Dieu est la beauté mècoe, la beauté dans 
son essence, à quelque degré que ce puisse 
être* et toute. beauté hors de la sienne n*est 

2u*une émanation de oette beauté suprême. 
les êtres sortis de la main de Dieu n*ont 
pas reçu de lui la t)eauté dans une propor- 
tion pareille. Marie, mère de Dieu, Marie, 
la plus pure et la plus noble des créatures, 
en est aussi la plus belle : en elle se résume 
la beauté créée dans son modèle le plus ac-: 
compli. Après la beauté de Marie vient la 
beauté des anges, répartie probablement 
dans chacun de ces esprits célestes à un de-* 
gré différent et répondant au rane que cha- 
cun d'eux occupe dans la hiérarchie sacrée^ 
Enfin vient Thomme, auquel Dieu ne dédai- 
gne point d'accorder souvent encore <^une 
grande beauté, et dont le lype le plus bril- 
lant fut probablement ce premier couple 
d*où sortirent tous les autres, et qui fut pla- 
cé dans le paradis terrestre avant la chute 
originelle. Malgré les conséquences fatales 
qui suivirent la chute, dans Tordre physique 
et dans Tordre moral, Thomme, cette créa-, 
lure dégénérée, est toujours Tenfant de Dieu. 
et il conserve encore d'admirables reflets de 
la munificence primitive de son créateur et 
de sen père. Au reste, en parcourant toute 
l'échelle des êtres dont se compose le mon- 
de, on trouvera toujours d'harmonieux 
rayons échappés du foyer de la splendeur 
divine. ^ 

« Pour revenir à l'homme, le seul dont 
nous nous occupons ici , nous remar* 
quons qu'entre les deux sexes qui se par- 
tagent son espèce, la femme a élé douée de 
la -beauté bien plus largement que le sexe 
masculin. Or, ta beauté est un don auquel 
est attaché de la part de tous un attrait irré- 
sistible vers ceux qui Font reçu, attrait qui 
n'est que la bien faible image de l'entraine- 
ment impétueux avec lequel Thomme éman-* 
eipédelu chair se trouvera un jour précipité 
Ters cette beauté infinie, dont la nôtre ne 
peut donner une idée. Cet attrait, qui nous 
unscine ici bas, et qui est la source d'une si 
noble jouissance, prouve bien que la beauté 
est un don, que c'est une grâce, une faveur,* 
et qu'il en est de ce don comme de tous 
cenx que Dieu nous accordée, c'est-à-dire 
qu'il devient utile ou dangereux pour nous, 
soivant l'usage que nous en faisons. La beau- 
té physique devrait toujours être le complé-' 
ment de la beauté morale : le contraire ar- 
rive trop souvent. Que de personnes, douées 
d'une beauté peu commune, n'ont qu'une 
âme de misère ! Et bien loin que ce désac- 
cord entre les deux ordres de perfection soil 
indifférent pour la beauté du corps, il est 
certain , comme on Ta toujours remaraué» 
que de deux personnes également belles. 



celle-là le paraîtra le plus chez laquelle la 
pureté de Tâme sera d'accord avec la distinc- 
tion de la forme. Bien plus, il arrivera sou- 
vent que la noblesse de Tâme viendra tem- 
pérer la laideur physique. On a dit avec rai- 
son que la beauté morale élevée à sa plus 
noble expression, comme dans les saints, 
jetait, sur des traits naturellement laids et 
presque re()Oussants, un voile de beauté sur- 
naturelle qui les transformait et les illumi- 
nait. C'est ce reflet que, dans Tart chrétien, 
les artistes doivent toujours s*efforcer de 
rendre; ils ne doivent jamais perdre \ie vue 
aue, dans la représentation plus ou moins au-, 
thentique des traits des saints personnages ils 
doivent toujours le retracer sur leur visage 
auguste et 1 envelopper d'une auréole surhu- 
maine. Dans un tableau religieux, Tartistedoii 
donnera ses pieux héros plutôt le cachet de 
la beauté physique que le contraire, quand les 
physionomies réelles n'ont point été conser- 
vées par la tradition : d'abord parce que 
beaucoup de saints et de ;sain'ies étaient 
beaux; ensuite parce que, dans les portraits 
de sainteté de pure imagination il vaut tou- 
jours mieux supposer les qualités extérieu- 
res d*accord avec celles de Tintérieur, que 
de créer à plaisir des types, disgracieux et 
dilTurmes. Cette beauté dans les saints ne 
doit pas être une beauté grossière et maté- 
rielle, mais une beauté pure, chaste et calme, 
'telle qu'elle convient h des êtres dont la vie 
s'est passée dans la contemplation des per- 
fections divines et dans Texerdce des plus 
s\^bliiues vertus. 

I» « Depuis trop longtemps les peintres et lea . 
statuaires qui expioiteut les sujets religieux 
su sont Jetés dans une voie toute contraire, 
et Ton ne manquerait pas de reproches à' 
adresser au .pi us grand nombre d'entre eux 
pour la manière déplorable dont ils con- 
duisent leurs, compositions; souvent tout 
yestfaux, depuis. l'intelligence historique 
jusqu'aux convenances de détail, et le genre 
de oeauté qu'ils donnent à leurs personna- 
ges, quand ils la leur ont donnée, n'est 
point celui qui fait aimer et prier, mais bien 
plutôt celui qui rappelle à l'esprit des héros, 
de carrefour et des femmes du plus bas étage. 
Nous voyons chaque jour le gouvernement 
encourager, à grand renfort de médailles et 
de suffrages, ces essais prétendus religieux 
qui viennent figurer dans nos expositions, 
en y faisant gémir le goût et la piété. 

« Tous les ans nous voyons les faveurs oflS- 
ciellesallerchercherdes artistes qui, fatigués 
de n'avoir produit qîie des Phryni^s et des 
Laïs dans le déshabillé mythologique le f)lus 
complet, veulent s'essayer, sur des vierges 
chrétiennes, mais sans se persuader aupa- 
ravant qu'il faudra purifier leur imagination 
et faire jeûner longtemps leur palette et leur 
ciseau des sujets sensuels et. voluptueuse- 
ment débraillés. Nos églises reçoivent trop 
fréquemment de TElat de ces oeuvres sus- 
pectes, et si quelques honorables excep* 
lions se rencontrent dans les compositions 



(149*) AnnaUê 9reké9l09iq9us^ lOHi.Xlll, i8$4. 



465 



CAR 



DICTIONNAIRE 



CAR 



164 



d'artistes nourris des traditions de MM. Rio 
et deMontaleinbert,-dans le plus grand nom- 
bre de casy les membres du clergé feraient 
un acte de justice et de convenance en re- 
fusant la porte du temple aux tableaux et 
aux statues d'une origine officielle. Il fau- 
drait pourtant en venir-là pour hâter le re- 
tour aux véritables bases de tout art chré- 
tien : et si les hommes qui travaillent dans 
le genre religieux voyaient leurs œuvres 
repoussées et restées sans destination, faute 
d'être conçues dans des conditions conve- 
nables, ils se mettraient bientôt à faire des 
études sérieuses, et beaucoup de temps n'e 
se passerait pas sans que les choses ne fus- 
sent presque complètement réformées. Es- 
pérons que nous n'élèverons pas toujours 
notre voix dans le désert, et qu'après avoir 
longtemps protesté contre le débordement 
d'un torrent qui n'a fait que trop de ravages, 
nous n'aurons plus bientôt que des éloges à 
donner à des œuvres traitées avec science, 
avec admiratioi) et avec amour. » 

BËAUYAIS (Cathédrale de). Son analo- 
gie très-grande avec celle d'Amiens. Voy., 
Amiens. 

BEETHOVEN. Célèbre compositeur alle- 
mand. Foy. Expression. 



BENEDETTO (Marcello). Noble Vénitien, 
compositeur célèbre, né en 1686. Foy. Mu- 
sique. 

BENEVOLI. Né vers 1600, compositeur de 
musiaue d'église, directeur de la chapelle 
pontincale. Voy. Musique. 

BERNARDIN de Sienne (Saint). Foy. Pbiii- 

TURE MYSTIQUE. 

BERYLLE. Couleur symbolique. Foy. Cou- 
leurs. 

BINCHOIS. Compositeur de musique dn 
XIV' siècle. Voy. Musique. 

BIZZAMANO. Onde et neveu» peintres 
primitifs, foy. Peinture. 

BLANC. Couleur symbolique. Foy. Cou- 
leurs. 

BOÈCE. Philosophe, auteur d'un traité d% 
musique fort estimé. Voy. Cbant utor- 

61QUE. 

BOLOGNE (Jacques de). Compositeur d% 
musique du xiv* siècle, foy. Musique. 
BRUNELLESCHI. Architecte florentin 

Yoff. DÔME. 

BUFFAMALCO. Peintre siennois. Foy. 
Peinture. 
BYSSUS. Couleur symbolique. Voy. Cou- 

LEURS. 

BYZANTIN (Style). Foy. Coupole. 



c 



CALVIN. Voy. Réforme protestante. 

CAMPANA. Peintre, élève de Giotto. Foy. 
Peinture 

CAMPO SANTO, de Pise. Foy. Peinture. 

CARACTÈRE. Dans son acception générale» 
le mot caractère est pris pour le signe dis- 
tinctif d'un objet quelconque. Dans un sens 
plus restreint et appliqué aux beaux-arts, il 
exprime leur nature, .leur, but respectif, en 
môme temps qu'il indiàue la physionomie 
spéciale des œuvres de chacun d'eux en par- 
ticulier. Ainsi,. par exemple, en areliitec- 
ture, un hippodrome destiné aux courses 
de chevaux aura un autre caractère qu'un 
amphithéâtre destiné aux combats de gla- 
diateurs; un temple présentera un aspect 
bien différent de celui d*un palais, etc. II 
est facile de voir qu'un édifice tire son ca- 
ractère de l'ensemble des dispositions que 
réclame la destination spéciale à laquelle il 
est affecté. Plus ces dispositions auront été 
fidèlement observées par l'architecte, plus 
l'édifice par lui élevé aura du caractère. Cet 
édiitce, ainsi nettement accusé, sera facile- 
ment reconnu de tous; et si c'est, je sup- 
pose, un temple, il ne viendra à l'esprit de 
personne de le confondre avec un théâtre 
ou avec la maison d*un simple particulier.. 
Ceci est une affaire de bon sens, autant que 
d'archéologie; et cependant, que d'infrac- 
tions à ce principe fondamental n'aurions- 
naus pas à signaler ici, mémo de la part des 
artistes les plus renommés? Leur engoue* 
ment pour les cinq ordres de l'architecture 
grecque a été si aveugle, si peu mesuré, 
qu'ils n*ont nas craint de les appliquer indis- 



tinctement aux constructions de genres les 
plus divers, les plus opposés. Bourses, thél- 
tres, palais, hôtels de ville, tribunaux, abat- 
toirs, pénitenciers, tout à été traité unifor- 
mément, selon les prescriptions de Vitra?» 
ou de Yignole; tout a un air de famille à dé- 
concerter les plas fins connaisseurs. Sur 
tous les points civilisés du globe, et parti» 
culièrement dans les villes des Etats-Unis, 
l'œil du voyageur se fktisue à ne voir pai^ 
tout que l'éternelle reproduction du dorique 
ou du corinthien, dans des milliers d'édi-; 
fices dont l'aspect uniforme n'offre que Ti- 
mage d'une désespérante monotonie. Mail 
cette absence complète de caractère est bien 
plus saillante encore dans les églises que 
nos architectes classiques ont bâties en si 
grand nombre, depuis l'invasion de la Re- 
naissance, sur le modèle du temple païen. 
Ici, il y a même plus qu absence de caractère 
religieux dans les édifices consacrés au culte 
religieux: il y a un énorme contre-sens, oa 
contraste des plus choquan||#, pour ne POÎBt 
dire des plus inconvenants, entre la oesli* 
nation sacrée de ces édifices, entre les.coe* 
ditions liturgiques du culte catholique eu- 
quel ils sont consacrés et celles du temple 
païen c^ui a servi de modèle a leur.architee* 
turc. C est là une aberration que la postérité 
impartiale, dégagée des préjugés classiques 
qui nous aveuglent depuis si longtemps, ne 
pourra concevoir. Non, jamais elle ne pourra 
s'expliquer comment, en présence .de. ees 
milliers d'églises romanes ou ogivales qei 
leur offraient des modèles tout fiiite et si 
complets du temple catholique, nos archi- 



i(» 



CAR 



D ESTHETIQUE CIlRETiENNE. 



CAR 



1GG 



lectes de renom se sont obstinés, pendant 
plas de deux siècles, à fermer les yeux, eux 
catholiques, sur les cbeCs-d'œuvre de leurs 
ancêtres caiholiqueSf pour reproduire sans 
reliche le temple païen» dans un pays 

3 ai devait au catholicisme treize cents ans 
e la plus étonnante, de la plus merveil- 
leuse civilisation. N'était-ce point là violer 
i la fois les règles des convenances, de 
l'harmonie, de runité, en un mot toutes 
les conditions du beau? La même observa- 
lion s*applique à la plupart des œuvres de 
peinture et de sculpture dont l'art moderne 
a prétendu embellir nos éelises. Vous pour- 
rez y remarquer le caractère de la grâce, de 
la force, de la légèreté, de Télégance même, 
et, trop souvent, celui du sensualisme le 
moins déguisé et le plus vulgaire ; mais vous 
chercherez vainement, dans ces personnages 
soi-disant religieux, le caractère religieux 
que Tinspiration chrétienne seule peut com- 
muniquer aux œuvres de Tart. Rien de no- 
ble, rien de surnaturel, rien de divin dans 
ces figures imitées de je ne sais ouels mo- 
dèles de femmes parées pour le oal ou de 
héros du cirque et du pugilat. Ce natura- 
lisme prosaïque, trivial quand il n*est pas 
isnoble, a tellement envahi noK églises que 
c est k peine si Ton y rencontre quelques 
tableaux ou quelques statues offrant un ca- 
ractère religieux nettement accusé. Sans 
doute, il s*opère depuis quelque temps con- 
tre i^e désordre une heureuse réaction, pro- 
voquée par Técole du célèbre peintre Over- 
beck et par d'autres causes que nous expose- 
rons en leur lieu. Hais, dans tous les cas, 
notre siècle de prétendu progrès indéfini 
devrait se montrer plus modeste, à la vue de 
telles aberrations qui, hélas 1 ne sont ni les 
seules ni même les plus dangereuses, en ce 
temps de matérialisme et de scepticisme 
universel. 

De ce qu'un édifice consacré au culte chré- 
tien doit présenter un caractère chrétien , il 
ne s*ensait pas que nos églises doivent être 
construites d'après un type absolument uni- 
forme, en sorte que l'une ne soit que le cal- 
que de toutes les autres. Une telle disposi- 
tion violerait une des conditions principales 
du beau, qui exige la variété dans l'unité. 
Or, cette variété, nous la trouvons dans les 
trois grandes divisions de l'architecture ca- 
tholique et dans leurs subdivisions respec- 
tives, je veux dire dans le type latin ou ba- 
silical , dans le style roman et dans le style 
ogival. Chacun de ces trois principaux gen- 
res d'architecture chrétienne nous otlrc, 
sans doute, dans les édifices qui lui appar- 
tiennent, un caractère éminemment reli- 
gieux; mais chacun Toffre à sa manière et 
avec des variantes qui lui sont propres. 
Ainsi, par exemple, la belle église romane 
de Saint-Sernin de Toulouse , présente un 
caractère aussi religieux que la superbe ba- 
silique latine de Saint-Paul hors les Murs ; 
et cependant, que de différences n'aurait-on 
pas à signaler entre la disposition des liçnos 
et les motifs de décoration de l'un et de l'au- 
tre de ces deux monuments? Dans le pre- 



mier, c'est le plein cintre qui domine; dans 
le second, c'est la surface unie. Dans l'un , 
nous voyons des voûtes hardies, supportées 
par de larges et robustes piliers; dans l'au- 
tre, c'est un lambris qui repose sur de min- 
ces et élégantes colonnes de granit. Même 
différence pour le genre des ornements res- 
pectifs de ces deux basiliques. D'où vient 
donc que, malgré toutes ces différences, 
elles ont chacune un cachet hiératique bien 
prononcé, et tellement prononcé quil serait 
impossible à Thomme le moins intelligent , 
qui les verrait pour la première fois, de les 
prendre pour n'importe quel édifice profane? 
C'est que Tune et l'autre ont été conçues et 
édifiées sous l'inspiration d'une même pen- 
sée hiératique, quant à l'ensemble générai 
et quant aux principales dispositions. J'y 
remarque, en effet, la même forme oblongue, 
qui est celle du vaisseau ; la même grande 
nef longitudinale avec ses collatéraux, ter- 
minée par une abside ou chevet, et les deux 
croisillons plus ou moins accusés du tran- 
sept qui œmplèle la figure symbolique de la 
croix. Cette même configuration principale 
du temple chrétien, je 1 aperçois, bien que 
moins prononcée, dans la cathédrale gothi- 
que comme dans l'église de style roman, 
mais avec d'autres variantes dans les détails 
du plan et dans les motifs de l'ornementa- 
tion. Bien plus, je remarque, en y regardant 
de près, des différences analogues entre les 
édifices appartenant à la même famille, à la 
même classification, et, qui plus est , h la 
même période. 

Le roman de l'Italie septentrionale, tel que 
celui des cathédrales de Côme, de Parme , 
de Plaisance, de Sainte-Marie del Orto de 
Venise et de la collégiale de Monza , n'est 
point certainement en tout semblable à celui 
du midi de la France, tel qu'on peut Tétu- 
dier dans les diocèses d'Aix, d'Avignon, de 
Valence, de Nimes et de Montpellier. Celui- 
ci ne ressemble pas exactement non plus h 
celui de Touest et du nord, qui ressemble 
encore moins aux types romans de Spire, de 
Mayence, de Worms et de Cologne, sur les 
bords du Rhin. Nous pourrions signaler 
aussi des différences entre les chefs-d'œuvre 
du style ogival , même dans leur période 
correspondante, si nous n*avions h nous oc- 
cuper ailleurs plus au long de cette ques- 
tion. C'est ainsi que, dans l'architecture 
chrétienne et dans les arts qui en dépen- 
dent, l'unité, dans son caractère général , 
s'allie très-bien è la variété des caractères 
particuliers que leur impriment diverses 
causes, de temps, de lieu, d'école ou de tra- 
dition. 

Cette remarque n'est pas étrangère h la 
musique, dont l'expression plus va^ue,p:us 
spirituelle et conséquemment plus insaisis- 
sable que celle des autres arts, emprunte 
néanmoins h l'inspiration chrétienne un ca- 
ractère permanent de calme, de douceur et 
en même temps de gravité qui est propre 
au chant liturgique ; et ce caractère , la vé- 
ritable musique d'église, qui est le chant 
plane ou grégorien , l'a toujours conservé , 



M 



44)7 



CAR 



DICTIONNAIRE 



CAR 



158 



malsré les assauts qu'elle a eu à subir, dV * 
bord à l'occasion du déchanl, ensuite à l'oc- 
casion des extravagances du chant figuré , 
ejîftn par suite du mauvais goût du xviir 
sjècle, qui à fait toutes sortes de tentatives 
pour l'asservir aux libres et capricieuses al- 
lures de la musique dramatique, passionnée» 
des temps modernes. Mais ce n'est point ici 
lé lieu d'exposer les principaux caractères 
d'expression, du chant gçégorieri, ni de par- ^ 
1er de rapplicalion qu'on pourrait faire de ' 
l*art musical moderne à l'office liturgique. 
Nous nous contenterons donc de rappeler 
avec quel soin, avec quelle vigilance l'E- 
glise a, de tout temps, maintenu la tonalité 
grégorienne d«ns son intégrité. On peut dire ^ 
qu'elle y a apporté une attention toute par- 
ticulière, et que sa vigilance 'à cet endroit a 
été d'autant plus grande que la musique est, 
de sajiature, encore pluse;xposéô quç les 
autres arts aux influences capricieuses de la 
mode et des engoûments passagers qu'amène ' 
la nouveauté. Aussi, pendant, les modifica- 
tions si nombreuses qu'a éprouvées l'art de. 
bâtir, de même aue la peinture et la sculp-, 
ture qui le complètent, on a vu le chant ec-, 
clésiastique se maintenir inviolablement. 
dans sa tonalité, qui est encore aujourd'hui, 
la même qu'elle était il y a plus de mille 
ans, et qui probablement ne changera jamais. 
Ce n'est pas à dire que le caractère en soit 
moins varié que celui des autres arts. Sans 
doute, ce caractère du chant liturgique a dû, 
comme celui de l'architecture, de la pein- 
ture ei de la statuaire chrétiennes , rester, 
dans son expression générale, touiours le' 
raêiné, l'inspiration catholique d'où il dérive, 
n'ayant point changé; mais, tout en demeu- 
rant fidèle à son principe ,. il a montré une 
étonnante variété déformes dans lescompo-. 
sitions qui nous sont restées. 

Ce qui frappé, en effet, dans les manus- 
crits de chant du moyen âge, c'est la sura- 
bondance mélodique des messes propres 
ou communes, des préfaces, des proses, des, 
hymnes et séquences. Il n'en pouvait être 
autrement dans ces temps de foi ardente et 
de mysticisme exalté. Le génie chrétien.^ 
qui enfantait tant de merveilles architectu- 
rales', dont plusieurs sont encore, debout,' 
devait oaontrer la niéme fécondité dans la 
création de ces mélodies qu\ sont l'ftme de 
nos temples sacrés. Alais ce qu'il y.a de plus, 
.surprenant, encore, c'est que, parmi tant de 
versions d'églises cathédrales,, collégiales,, 
abbatiales et autres, sans rapports entre elles, 
versions qui ont été sous la main de mil- 
liers de copistes, le chant grégorien se soit^ 
perpétué intact jusqu'à nous, au moins 
quant à la substance, et que même des offi- 
ces importants, comme celui de l'adoration, 
de la croix, du vendredi saint, aient con- 
servé, à travers les siècies,. leur primitive 
mélodie; d'où il résulte que le. caractère 
propre du chant ecclésiastique ou grégorien 
n*a jamais changé, malgré le nombre et l'é- 
tonnante fécondité des compositeurs qui s'y 
sont exercés. C'est que ce chant, éminem- 
ment traditionnel, est gouverné par les rè« 



gles de sa modalité, une quant h son essence 
et très-variée quant à ses divers genres 
d'expression. Or, ces règles, fixes, invaria- 
bles, ant été constamment sauvegardées par 
TEglise, à Tautorité immédiate de laquelle 
sont soumises toutes les choses qni tiennent 
à la liturgie. Mais l'invariabilité des princi- 
pes du système grégorien ne s'oppose nul- 
Içment à la liberté de Tinspiratioh indivi- 
duelle; témoins ces milliers de morceaux 
de chant dont les siècles l'ont enrichi. C'est 
ainsi que, dans le chant aussi bien que 
dans l'architecture catholique, on voit l'ad- 
mirable réalisation de ce grand et fécond 
f)rincipe de toute beauté : « la variété dans 
'unité. > 

.' Nous croyons avoir suffisamment établi 
les dçux points qui font l'objet principal de 
cet article, à savoir : 1* que chaque œuvre 
d^art, en fait de statuaire, de peinture, d'ar- 
chitecture et de musique chrétienne, doit 
avoir, avant tout, un caractère chrétien, et, 
de plus, une physionomie, particulière qui 
en indique clairement la destination , sar- 
tput quand il s'agit de style architectural; 
2* que cette nécessité d'un caractère reli- 
gieux, gue réclame toute œuvre d'art chré- 
tien, n'implique nullement celle de l'unifor- 
mité, mais qu'au contraire elle admet la 
plus grande variété dans les types même les 
plus prononcés. 
A 1 appui de celte thèse , et comme com- 

5 élément des réflexions auxquelles elle a 
lonné lieu, je citerai le témoignage de M. de 
Montalembert, qui a été l'un des premiers à 
combattre en faveur de l'art catholique si 
Universellement dédaigné et de contribuer 

Euissamment à sa tardive mais éciaianle ré- 
abilitation; 

Voici comment il s'exprime : 
. « L'antiquité païenne, que nous admirons 
volontiers, chez elle et dans certaines limites, 
mais dont nous repoussons avec horreur 
l'influence sur nos mœurs et notre société 
chrétienne^ l'antiquité était au moins con- 
séquente dans les symboles qu'elle nous a 
laissés de ses dieux et de ses croyances. Ces 
symboles sont tout à fait d'accord avec les 
récits de ses prêtres et de ses poètes. Jaoïais 
elle n*a imaginé de faire de son Jupiter une 
Victime, de son Bacchus un Dieu mélanco- 
lique, de sa Vénus une vierge pudique et 
pieuse. Il était réservé aux chrétiens, aux 
catholiques, de trouver le secret de la pro- 
fanation dans l'inconséquence, d'emprunter 
aux doctrines pulvérisées et flétries à jamais 
par le christianisme les types de leurs cons- 
tructions et de leurs images religieuses, 
d'édifier Téglise du Crucifié sur le plan du 
temple de Thésée ou du Panthébnr, de mé- 
tamorphoser Dieu le Père en Jupiter, la 
sainte Vierge en Junon ou en Vénus ha- 
billée, les martyrs engladiateurs, les saintes 
en nymphes et les anges eh amours ! 

a Est-ce à dire qu'il faille asservir toutes 
les œuvres d'art à un joug uniforme, qull 
faille passer le niveau incroyable d'un type 
unique comme celui de Byzance, sur tous 
its de l'imoKination et de l'inspiratii 



les fruits de l'imagination 



inspiration 



IGI 



CAR 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



C-.iT 



470 



consacrée par la foi? Il n'en est rien; Tari 
Traiment religieux ne re[>ousse que le con- 
tre-sens* mais il le repousse énerglauement, 
il a horreur de renvahissement clu païen 
dans le chrétien» de la matière et de la chair 
dans le royaume de la pureté et de Tesprit. 
Il Teut la liberté, mais la liberté avec Tordre : 
il Teut la variété, mais Im variété dans Vunilé^ 
ici éternelle de toute grandeur et de toute 
beauté. Mais au lieu de longues explications 
théoriques citons des noms et des faits ; c*est 
Je plus sûr moyen de montrer combien le 
génie catholique sait être fécond et varié* 
sans jamais manauer aux conditions de pu* 
reté et de sainteté, qui le constituent. Dira- 
t-on qu'il y a uniformité entre une cathé- 
drale romane et une cathédrale ogivale, 
entre Saint-Sernin de Toulouse et Saint- 
Onen de Rouen, entre la cathédrale de 
Mayence et celle de Milan, et, pour ne pas 
sortir de Paris, entre Saint-Germain des 
Prés et Tintérieur de Saint-Enstache (150)? 
Non certes, et cependant tous ces édihces 
répondent également è Tidée naturelle et 
légitime d'une église chrétienne; tandis 
qu il y a répulsion complète et |)rofonde 
entre cette idée et des anacbronismes comme 
la Madeleine et Notre-Dame de Lorette.Est- 
ee (^ue les bas- reliefs d'André de Pise au 
baptistère de Florence, c«ux des tombeaux 
de saint Augustin à Pavie et de saint Pierre 
martyr h Milan, le Jugement dernier au 
grand portail de Notre-Dame de Paris, ouïes 
saintes exquises de la Frauenkirche k Nu- 
remberg, sont taillés sur le même modèle ? 
Mon, certes, ces pierres toutes vivantes par 
la foi ttt le génie qui lesanime,ne se ressem- 
blent ni par la disposition des sujets ni par 
Texpressionni pari agencement,mais unique- 
ment par ce sentiment de pudeur, de ^rAce et 
de dignité que le dogme de la réhabilitation 
de l'homme donne à toutes ses idées ; tandis 
que là fameuse vierge de Bridan, à Chartres, 
et le /biiteux tombeau du maréchnl de Saxe à 
Strasbourg ne sauraient commémorer que 
Temphase et la prétention d'un siècle cor- 
rompu. Qu'y a-t-il de commun entre la ma- 
done vraiment divine de Van-Eyck à Gand, 
el celles de Francia et du Pérugin ; entre les 
délicieuses miniatures de Hemiing sur le 
reliquaire de sainte Ursule à Bruges et celles 
de Fra-Angelico sur les reliquaires de Santa- 
Maria-Novella è Florence; entre les graves 
et grandioses fresques de la primitive école 
florentine et celles si pures et si majestueu- 
ses de Luini ou de Raphaël avant sa chute? 
Ce n'est, certes, ni le coloris, ni le dessin, ni 
les types choisis, rien en un mot, si ce n*est 
une égale fidélité à Tidée chrétienne, et ce 
menreilleux effet également produitsur l'âme 
par tous ces différents chefs-d'œuvre. En- 
traînée par eux rers le ciel, elle est plongée 

(150) Celte nnifonnité n*existe même pas, au 
notiis dans nn sens absolu, entre les églises de 
nème style et de même époque, comme nous en 
avons fait la remarque plus haut. Ainsi les catlié* 
drates de Reims et d'Amiens, bien que construites 
darant la belle période ogivale du xiii* siècle, dont 
elles sont la plus noble, la plus fidèle manifestation, 

DlGTIO}IN. o'ESTHtTIQUI. 



dans cette sorte d'extase mystérieuse qu'au- 
cune parole ne saurait rendre, et qui ne 
laisse h l'admiration d'autre ressource que 
de dire comme le Dante, au souvenir des dé- 
lices du paradis: 

PerchMo llngegno e Parte e l*aso chîami. 
Si nol diref, cbe mai, imnaginasse ; 
Ma creder puossi et di reder tt brami. 

« Que Ton ne croie pas non plus que cette 
fidélité à la pensée chrétienne doive déjpen- 
dre exclusivement d'une époaue sjiéciale, 
d'une organisation uniaue de la société, et 
que la nôtre en soit déshéritée. A côté de 
ces exemples qui datent des écoles primiti- 
ves, on peut citera juste titre l'admirable 
école rontemporaine d'Allemagne, je veux 
dire celle d'Overbeck et de ses nombreux dis- 
ciples, si peu connue en France, où Ton se 
croit cependant le droit de |)orter sur elie 
les jugements les plus bizarres, |)arce qu'on 
a vu deux ou trois tableaux de l'école de 
Du>seldorf qui ne lui ressemble en rien. 
Eh bien 1 tous ceux qui ont vu et compris 
des tableaux ou des dessins d*Overbeck ne 
pourront s'empêcherde reconnaître qu'il n'y 
a là aucunement copie des anciens maîtres, 
mais bien une originalité puissante et libre, 
qui a su mettre au service de Tidée catholi- 
que tous les perfectionnements modernes 
du dessin et de la perspective ignorés des 
anciens. L'&me la mieux dis|)Osée à la poésie 
mystique n'en est pas moins complètement 
satisfaite, comme devant le chef-a*œuvre le 

t)lus suave des anciens jours, et l'intelligence 
a plus revôche est forcée de convenir qu'il 
y a môme de notre temps la posbibilite de 
renouer le fil des traditions saintes, et de 
fonder une école vraiment religieuse, sans 
remonter le cours des âges et sans cesser 
d'être de ce siècle (150*). » 

{Voyez les mots Expression, AacHrrBc- 
TURE, Musique, Pcintxrb, Scllpture, Sta- 
tuaire, Chant Grégorien , Modes ecglé- 
susTiQUBs, etc.) 

CARMEN. Compositeur français du xiv* 
siècle. Voy. Musique. 

CASSIODORE. Historien latin, auteur 
des Institutiones musicœ. Voy. Tonauté. 

CATACOMBES (de Rome). 

C'est dans ces immenses souterrains, qui 
servirent à Ja fois d'asiles, de temples et de 
tombeaux aux premiers fidèles, qu il faut al- 
ler chercher les motifs les plus anciens de 
ces types hiératiques qui devaient jouer un 
si grand rôle dans l'iconographie chrétienne; 
je veux parler des peintures nombreuses re- 
cueillies dans les catacombes et trans|>ortées 
ensuite par l'ordre de Benoit XIV avec tous 
les autres débris qu on a pu retrouver, dans 
une des grandes galeries du Vatican. On y 
voit les quatre animaux symboliques qui se 
désaltèrent à une fontaine d'eau vive, naïve 

offrent néanmoins de nombreuses variantes danf les 
deuils de leur architecture, en sorte qu'il est flM^le 
de les distinguer Tune de Tauire, quoiqu'elles pré- 
sentent dans leur ensemble un seul et même siyte. 
(Note de Cauleur.) 

(150*) Du wndaUsme et dn caikôlèelsm dani farf, 
par M. le conte de Moftialenibeit, pdf. 175 et saiv. 



^Tt 



CAt 



DICTIONNAIRE 



CAT 



172 



figure do la régénération baptismale. On y 
TOit les trois enfants dans la fournaise; Jonas, 
englouti par le monstre marin ; Daniel, dans 
la fosse aux lions; le Christ, au milieu des 
apôtres, ayant sa mère debout à ses côtés. 
G*est surtout Timage favorite du Bon Pas- 
teur, si familière aux pieux et naïfs artistes 
de ces temps reculés. Une chose digne de re- 
marque, c est qu'on ne voit point dans ces 
peintures un seul sujet triste et déchirant, 
tel que la crucifixion du Sauveur, ouïes sup- 
plices des martyrs (151). 

« Les traits de la vie du Sauveur, qui y 
sont reproduits, dit M. de Bussière, dans 
son ouvrage intitulé : Les sept basiliques 
de Rome^ le montrant tous comme le bien- 
faiteur et le réparateur du genre humain ; 
nulle part on n'y trouve ceux de sa doulou- 
reuse passion et de sa mort. De même, c'é- 
taient les images des patriarches et des pro- 
phètes de l'ancienne loi, qui étaient livrées 
aux regards des chrétiens, pour leur servir 
-de modèles et de consolation; et au milieu 
du feu des persécutions ils s'encourageaient 
à persévérer dans la foi, parle souvenir 
d*lsaac lié sur Tautel, de Daniel dans la fos- 
se aux lions, des trois jeunes hébreux dans 
la fournaise. Le martyre leur était indiqué 
.'d'une manière indirecte, et on ne leur faisait 
point voir leurs frères en proie aux tortures 
auxiquelles ils étaient eux-mêmes exposés.» 

Quelques savants antiquaires ont préten- 
<ln, dans ces derniers temps, que les pein- 
tures des Catacombes ne remontaient pas 
au delà du iv' siècle. « Mais, dit M. Tabbé 
Bourassé, quand on examine les peintures 
«Iles-mêmes, et qu'on les compare entre 
elles, on n€ tarde pas à se convaincre qu'elles 
ne sauraient toutes être attribuées au siècle 
de Constantin. Non-seulement le système 
générai de la décoration, le caractère, les 
types, mais encore une foule de détails de 
nature variée, conduisent l'archéologue à 
établir deux époaues différentes, auxquelles 
il rapporte les plus remarquables composi- 
tions. Dans les unes, sans doute les plus 
anciennes, on remarque des traits évidem- 
ment imités de l'art païen, sous les empe- 

(151) Ce ne fut qu*au vu* siècle que Ton com- 
mença à traiter ces sortes de sujets, en vertu du 
canon du concile Quiniscxie, tenu à Constanlinople 
Tan 692. Voici le lexie de ce décret : Antiqua$ ergo 
figuras et umbras, ul veritatu signa et characieres 
iLcclesiœ traditos amplecietnes, gratiam et veritaiem 
.preeponimui^ eam ut legU implementum suscipientes, 
Jtaque,..jubeiiiuSf etc., can. tfS. 

€ Les idolâtres, dit Éuiéric-David, dans son His^ 
ioire de la Peinture^ tournaient en dérision la 
iiiort i noininieubedu Sauveur. (Saint Paul, ad Co- 
finih, — Aruobe, Adversus gente», — Lactance, Divin, 
iust.) Les Pères appréhendaient que Timage de Je- 
tiuft crucifié ne devint un bujel de scandale et 
d*éloignenient pour Ks fidèlea; ils usèrent, pendant 
longtemps, de grumls ménagements. (S. Maxim. 
Taurinensis episc. De paschate, — Casali, De vê- 
ler lûcr, christ, rit, — Âringhi, Roma subterran. — F. 
4îori, De mitraio capit, J. Christi crucifixi, (Cette 
image fut exposée tres-rareuienl dans les temples de 
la Crèce avant la Un du vu* siècle, et dans ceux de 
f i. al le, avant le coromeoceiuent du vni*. ((;asali, 
. lôc. cii., jping. 3.— Gori, loc. ett.) luftqu*alors le mys • 



reurs qui vécurent à la fin du u' siècle. Ce 
sont les mêmes poses, les mêmes draperies, 
le même st vie , eu un root les mêmes prin- 
cipesqui priésident à Texécution des œuvres 
païennes et des œuvres chrétiennes. En 
comparant les monuments profanes avec les 
monuments sacrés, on acquiert prompteroent 
la conviction qulls ont entre eux des rap- 
ports frappants. L'argument deranalogie» 
si fort dans les matières archéologiques » 
peut être ici invoqué dans toute sa puis- 
sance. D'autres peintures , celles qui furent 
exécutées sous la direction des souverains 
pontifes, et alors que les persécutions 
avaient entièrement cessé, offrent moins 
de réminiscences idolâtriques. On y sent 
toute r impuissance de Tart, malgré ses ef- 
forts pour s'affranchir ei suivre des ten- 
dances propres; mais on y découvre beau- 
coup moins de formes copiées des tableaux 
inspirés par des croyances différente^. 

« L'observateur remarque avec quelque 
surprise la ressemblance générale des pein- 
tures primitives des Catacombes avec les 
peintures idolâtriques. Quant à l'ensemble 
des dessins qui forment la décoration, c*est 
un système absolument identique; il n'y a 
que l^intention qui soit changée. Lcsancieiis 
Romains ornaient leurs sépultures de fleurs, 
de guirlandes , de couronnes, d'animaux 
symboliques ou fantastiques : au milieu des 
feuillages apparaissent des génies ou des 
figures emblématiques. Les chrétiens adop- 
tèrent le même parti. Comment auraient-us 
pu 6x^)rimer leurs idées en peinture, sans 
recourir aux types créés par le paganisme, 
pour rendre des idées analogues? Un fait 
qui, au premier abord, parait étrange, 
trouve son explication dans la nécessité, el 
dans Tordre naturel des choses humaines. 
De même que les chrétiens ne purent, dès 
l'origine, rendre leurs pensées qu en pre- 
nant à la langue ses formes littéraires, de 
même ils furent obligés, pour manifester 
leurs idées artistiques, de suivre les mo- 
dèles admis et de ne pas s*écarter d^s tra- 
ditions consacrées. Dans le premier cas, ils 
modifièrent ou changèrent complètement la 

tére de la croix n'était exprimé que par de pieuses 
allégories. 

€ Quelques écrivains, et notamment Grelzer, oti 
voulu prouver que Ton peignait déjà des crucilix, 
dans le temps de Tertullien. Le passage de ce Pèie, 
sur lequel ils se fondent, ne le dit nullement. (Ter- 
tullien, A po/o^., c. 2. — Gretzer, Decruee^ lib. u, 
cbap. 2.) On ne commence à voir le Christ sur fal 
croix qu'au vi' siècle. C*est en France qo*<Ni 
le trouve. Grégoire de Tours dit que de son tenu 
on en voyait un à la cathédrale de Narbonne. Le 
Sauveur était nu, Tévèque fil placer un rideau de- 
vant le tableau. (Greg. Tur., De gloria nutrlffrwm^ 
c. 25.) Cet exemple me parait être le plus ancieft 
qu on puisse citer. Le Beau a fait erreur, quuid il a 
dit que Constantin avait fait placer un crucifix de 
bronze, à Constantinople, sur la porte du Chaicé. 
(Histoire du Das^Empire, t. XIII, p.* 359.) Les aih 
teurs dont il fait mention parlent d'une statue re- 
présentant Jésus-Christ. (Histoire de la PtùUurs «■ 
moyen âge, par T. 6. Eméric-David , Ivoi. m-iii 
Paris, iUi.) 



cz 



CkT 



DESTIIETIQLE CHR£TI£NNE. 



CAT 



474 



tigoification des mots* pour exprimer des 
choses nouTelleSy comme lorsqu'ils em- 
plojèrent le mot gratia pour désigner la 
grâce cbrétieone, cette grAce dont saint Paul 
nous réTèle quelques-uns des profonde 
mystères; dans le second cas, ils modi6è- 
renl également le sens de cette langue imi- 
latÎTe dont les figures sont les lettres, dont 
Ws formes humaines , Té^étales ou conven- 
tionnelles, forment les principaux éléments. 
Sans cet emploi , il n y a rien que de per- 
mis et de légitime; les signes destinés à 
montrer extérieurement notre pensée sont 
en eux-mêmes absolument indifférents; leur 
▼aleur est relative et fictive. Mais ce qui 
peut nous aider à donner encore une plus 
satisfaisante explication de ce singulier em- 
prunt, duquel résultent quelquefois des mé- 
Eises, assez pardonnables, du reste, comme 
rsqu*on attribue à Bacchus un temple dédié 
au culte chrétien , k cause de la présence de 
petits génii^s au milieu de branches de 
tigiie chargées de pampres et de raisins ; 
€*esl que les premiers artistes avaient fait 
leur éducation classique en travaillant pour 
satisfaire auxt)esoins de la société païenne, 
su milieu de laquelle ils étaient nés et 
avaient été élevés. Malgré les exigences 
du culte nouveau, ces artistes, peu ha- 
biles, nous dirons volontiers ces pauvres 
artisans, ne pouvaient se dégager des in- 
fluences qui avaient si longtemps exercé 
leur emoire sur leur esprit et dirigé leur 
main. Ou conçoit facilement, ^n considé- 
rant les compositions des Catacombes, la 
latte que les peintres ont à soutenir contre 
6ox-m6mes, ea mettant leurs connaissances 
au tenrice de la religion. Tant qu'ils se con- 
tentent de reproduire des scènes prises de 
Ja Bible, ils trouvent moyen de faire l'ap* 

Îlieation de leurs études dans le costume, 
I pose, l'expression même des modèles an- 
tiques : ce sont les héros du paganisme 
transformés en personnages de 1 Ancien 
Testament. On comprend, en effet, que les 
SHJets bibliques ouvraient une plus large 
carrière h Timitation positive ; aussi sont-ils 

S lus communément représentés. Quant aux 
lits ra<Â>ntés dans l'Evangile, ils sont moins 
correctement figurés , et parce que les fidè- 
les étaient moins sévères envers les artistes, 
«t parce que ceux-ci étaient reduitsàpuiser 
en eux-mêmes tous les motifs de leur com- 
position, et i inventer des types nouveaux 

Nous aurions d'autres développements à 
ajouter i ceux que nous venons d'emprun- 
ter à M. l'abbé Bourassé, touchant les Ca- 
tacombes. 11 a traité lui-même ce vaste et 
intéressant sujet, avec un soin, une exacti- 
tude et une ampleur qui ne laissent rien à 

1(151*) DUiionmaire d'Archéologie $acrie , par 
k. Tibbé J.-J. BonniMé, chanoine de régiise iné- 
troQOtitaine de Tours. % vol., Paris , apud Migne, 

(I5S) Vohr^ pour ces documents (îndépendam- 
«eai de ceux que nous mentionnons en divers arii- 
clrt de notre dictionnaire) et pour tout ce qui con- 
tes Catacombes ea général. Séreux d*Agia- 



désirer. Mais, outre que sonbutn*est pas le 
même que le nôtre, nous traitons en plu- 
sieurs articles de ce Dictionnaire, tels 
que ceux : All&gobies, J&sus-Chbist, Ty- 
pes, ViEBGE Habib, etc., des questions 
d'esthétique oui se rattachent aux Cata- 
combes, et qu il serait par consétjuent^ inu* 
tile de reproduire dans cet article. Noos 
le terminerons par quelques réflexions au 
sujet de la part d'influence qui revient à 
l'art antique dans la formation de l'art chré- 
tien. Les uns ont tellement exagéré cette 
part, qu*à les entendre elle a été la lumière 
qui a éclairé les artistes catholiques et les 
a inspirés dans leurs œuvres les plus re- 
marquables, notamment en ce qui concerne 
la sculpture et l'architecture. Les autres 
l'ont tellement réduite, qu'ils l'ont anéantie, 
et qu'ils sont allés jusqu'à affirmer que la 
religion a fait sortir tout, même k son au- 
rore, de ses propres entrailles. Il suffit d'cx- 
})oser ces deux appréciations extrêmes, si 
opposées, pour en faire voir l'exaeération, 
et par conséquent l'inexactitude : l'une fait 
table rase de Finspiration chrétienne; l'au- 
tre, supposant réellement accompli tout ce 
qu'elle aurait pu faire, de sa propre vertu, 
ne tient point compte des faits historiques 
les mieux démontrés. Tâchons de saisir le 
point vrai au milieu de ces deux extrêmes. 

Que le christianisme ait pu trouver dans 
ses propres inspirations les divers éléments 
de son art, c'est là une vérité incontestable; 
je dirai plus, c*est là la hase fondamentale 
de l'esthétique chrétienne. Aussi, me suis-je 
appliqué dans cet ouvrage, à l'établir sur des 
arguments péremptoires. Mais, pouvoir fair$ 
ei faire en réalité j sont deux choses trèsKlis- 
tinctes , deux choses qui ne marchent pas 
toujours ensemble, à raison de maintes cir- 
constances, de maints obstacles physiques 
ou moraux dont il faut bien savoir tenir 
compte, si l'on veut se faire une idée exacte 
de la marche de l'esprit humain. 

Parce qu'il a plu à l'école classique d'at- 
tribuer au paganisme une influence évidem- 
ment exagérée sur la formation de l'art chré- 
tien, ce n est pas un motif pour que nous re- 
jetions absolument toute influence de ce gen^ 
re, lorsqu'elle nous est attestée par les docu- 
ments lespluscertains,lesplusdécisife (152). 
Jamais chez aucun peuple un art quelconque 
n'a été improvisé. Sans doute l'homme a reçu, 
dans l'origine des choses , une civilisation 
toute formée des mains de son Créateur; mais 
ses descendants ont conservé plus ou moins 
fidèlement ce précieux dépôt. Des périodes de 
siècles se sout écoulées depuis ces temps pri- 
mitifs jusqu'aux temps historiques. Pendant 
ceux-ci, que voyons-nous ordinairement? 
Les nations (même celles qui doivent jouer 

eoun, Hiitoire de Cari par U$ monummt$; Arin^bi^ 
Rama subterranea notuiima; Boldetti, Ob%ervatwm 
sur Ui cimetièreê dei taintt martyre et de$ anciem 
chrétiens; Bosio, Roma iotteranea. 

M. Tabbé Bonfasié a parfaitement résumé ces 
divers auteurs dans sa Diêêertation si oemplèie nr 
lê$ Catacom9e$ de Rome. 



T75 



CAT 



DICTIONNAIRE 



CHA 



1^ 



le plus glorieux rôle dans «es arts) débu* 
tant dans la carrière sous une impulsion 
étrangère qui leur sert de point de départ, 
et n'arrivent à la perfection qu'après des es- 
tais et des tâtonnements divers. L'humanité 
«st trop imparfaite, pour s'être jamais élevée 
instantanément à la plénitude du beau dans 
les arts (152*). Dira-t-on qu'il en était autre- 
ment des premiers Chrétiens, à cause de leur 
supériorité morale sur les autres peuples ? 
Cette incontestable supériorité morale, je la 
comprends très-bien , si l'on veut parier du 
cachet inimitable de beauté mystique, sur- 
naturelle, qu'eHe imprima, dès le ii* siècle, 
aui œuvres de Tart catholique, alors à son 
berceau. Mais je ne saurais l'admettre comme 
ayant été, à cette époque, la cause instanta- 
née d'un vaste et régulier ensemble d'es- 
Ihétîque chrétienne. A moins d'une révéla- 
tion directe, les artistes primitifs dont nous 
nous occupons maintenant ne pouvaient , 
eu égard aux conditions tout excei)tibn- 
nelles et si déplorables dans lesquelles ils 
étaient, deviner les procédés matériels et si 
compliqués des arts d'imitation, procédés 
qui ne s'acguièrent qu'à la longue. Et puis, 
le christianisme, enfoui dans les catacombes» 
o'avait-il pas besoin d'air et de liberté pour 
respirer a l'aise et «e développer sans con- 
traimo dans Fart, et dans tout ce qui se 
rattache au culte extérieur? Aussi, n est-ce 
qu'après la conversion de Constantin, que 
nous le voyons marcher à grands pas vers la 
perfection et l'atteindre même dans l'érec- 
tion des basiliques bÂties par l'ordre de ce 
généreux monarque, agrandies ensuite el 
embellies par ses pieux successeurs. On 
peut donc, sans faire injure à la poétique 
ttbrétienne, reconnaître d'après les monu- 
ments primitifs qui existent encore à Rome, 
et d'après les grandes publications des Ar- 
inghi,des Boldetti, des Bosio, des Séroux 
d'Agincourt, etc., que les premiers artistes 
chrétiens empruntèrent à 1 art antique plu- 
sieurs de ses types, pour les transformer 
ensuite, et en quelque sorte, les diviniser; 
ce qui ne les empêcha pas d'en créer eux- 
mêmes beaucoup d'autres, dont Thonneur 
leur revient exclusivement. « Les Chrétiens, 
tiit Matter, dans son Histoire de l'Eglise, ne 
s'emparèrent des beaux-arts de la Grèce et 
de Rome, qu'à l'époque de leur décadence, 
à peu près comme ils s'emparèrent de lalitté- 
raturedecesrégionscélèbres. Ce fut donc leur 
destinée de ne rencontrer plus que des débris 
d'arts et des débris de lettres, comme ils n'a- 

(152*) Nous voulons dire, i chez un peuple ou 
chez un autre, > car nous repoussons de toutes 
nos forces le système impie et insoutenable du per- 
lactionnemenl indélini de Thumanité réduite à 
les propres forces, système inventé, de nos jours, 
|iar rorgueil du rationalisme, qui voudrait se pas- 
aer de Dieu, et que nous couibations dans plusieurs 
endroits de ce Dictionnaire, il a toujours existé 
dans rhumanité un principe de civilisation qu*elie 
reçut de Dieu, à son berceau. Mais, par suite d*une 
foule de causes ou d*accidents ce principe 8*est plus 
ou moins développé ou s^est plus ou moins altéré 
€bcz les divers peuples, et plus d'une fcôs chez le 



valent trouvé qnedes débris de croyances. Ce 
fut aussi leur destinée de tout régénérer, n 

(Voy. Allégoaic, Aacbitecturb , Basili- 
ques. Caractère, Expression, Jêsos-Chrisi!» 
Peinture, Types.) 

CATHEDRALE. Magnifique et fidèle résu- 
mé de la vie humaine et de la religion tout 
entière, dans son histoire, dans son culte, 
dans sa morale et dans ses mystères. Voy. 
<]athédrales , d'Amiens , de Reims et ce 
IStrasbourg. 

CATHEDRA LES d'Albi, voy.Aun; —d'A- 
miens, i^oy. Amiens; — de Narbonne, vov. 
Narbonne; — de Reims, voy. Reims; — de 
Strasbourg, t^oy. Strasbourg; — de\a]e»- 
ce en Dauphiné, voy. Valence. 

CATHERINE DE SIENNE (Sainte). Dh 
des plus beaux types de femme dont la reli- 
gion et les arts qu'elle inspire puissent 
s'enorgueillir. Voy. Contraste. 

CAVALUUS. Peintre, élève de Giotto. Voy. 
Peinture. 

CESARIS. Compositeur français du xn* 
siècle. Voy. Musique. 

CHALCEDOINE. Couleur symbolique. 
Yoy. Couleurs. 

CHALONS-SUR-MARNE. Bibliothèque de 
la ville. Voy, Manuscrits. 

CHANT LITURGIQUE. Les annales ecclé- 
siastiques nous apprennent aoe le chant 
des psaumes et des cantiques fut, dès l'au- 
rore du christianisme, introduit et consacré 
par l'exemple du Sauveur lui-même et de 
ses ajiûtres. Nous lisons en effet dans TE- 
vangiie de saint Marc (xiv, 26} et dans 
celui de saint Matthieu (xxvi, 30) que Jé- 
sus et ses disciples, ayant chanté ITiymnê 
d'actions de grâces après la Cène, se dirigè- 
rent vers la monlagne des Oliviers : Ethymr 
tio dictOy exierunt in tnonlem Oliveti. 

Saint Paul s'explique en ces termes dans 
son Epilre aux Ephésiens (v, 18, 19, 20) : 
Remplissez-vous du Sainl-Esprii^ et pour 
^attirer dans vos ccfurs quand vous vou$ ot» 
sembleZf entretenez vous de psaumes et de 
cantiques spirituels, chantant et psalmodUM 
du fond de vos cœurs à la gloire au Seigneur. 
dans sa /'• aux Corinthiens (xiv, 15) : Je prie^ 
rai en esprit ^ je prierai du fond du eceur;je 
chanterai en esprit^ je chanterai du fond du 
€œur (153). Dans son Epître aux Coios$itn$ 
(ni, 16) : Enseignez et instruise x-voui tes 
uns les autres par des psaumes^ des ftymnet 
et des cantiques spirituels ; chantezdu fond du 
cœur et avec grâce à la gluirejie Dieu (158*). 
Remarquons ici que le mot ^Psallite si fré- 

• 

môme peuple, selon les phases diverses de leor 
existence respective. Il y a loin de là au perfenkNi- 
nieni indéfini de Tespéce humaine. On peut appli- 
quer cette réflexion à la révélation de Jésus-Chriit, 
elle-n)éme ; car, bien quelle renferme tous les élé- 
ments de la perfecîtibn humaniuire, elle n*a pofté 
plus ou moins ses fruits chez les divers peiiplel 
chrétiens, qu'autant qu'ils ont été plus oo noies 
fidèles à son enseignement et à ses préceptes. 

(155) Orabo spiritu, orabo mente : ptallum if^ 
ff/u, psallam et mente. 

(153*) DoesnUt et commonentes vosmsHpsêê faié> 



177 



CHA 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



CHA 



178 



3 uemment employé par saint Paul et les 
odears, signifie, dans sa primitive et véri« 
table acception, le chant des psaumes avec 
accompagnement de psaltérion ou de tout 
autre instrument à cordes. 
Il résulte évidemment des divers passages 

3ae nous venons do citer, que les chants 
^église sont d'ori^jine divine et apostoli^ 
Ïoe. Mais auelle était la nature de ces chants? 
eurméloaie devait être la même, quoiaue 
dégénérée probablement, aue celle gaon 
chantait dans le temple de Salomon, puisque 
les apôtres, qui n'étaient jamais sortis de la 
Judée, ne pouvaient en connaître d*autre. 
Quant au caractère particulier de cette mé- 
lodie hébraïque, il nous est resté par&ite- 
ment inconnu, malgré les savantes disserta- 
tions de Calmet, de Martini, de Kircher et de 
plusieurs autres érudits. Toujours est- il 
que les apôtres ont chanté les psaumes de 
l)avid comme ils les avaient entendu chan- 
ter dès leur enfance. Mais, lorsqu'ils eurent 
franchi les limites de la Judée pour aller 
prêcher la bonne nouvelle aux Gentils, con- 
servèrent-ils intactes les mélodies hébraï- 
ques, ou bien adoptèrent-ils, comme plus 
universelle et plus populaire, la mélopée 
grecque, en l*auaptant aux paroles sacrées 
de la nouvelle liturgie? Je crois qu'il faut 
établir è ce sujet une distinction importante 
entre les églises fondées dans la Palestine et 
celles fondées chez les Gentils et dans la 
Grèce en particulier. Dans les premières, le 
chant hébraïque a dû se maintenir longtemps. 
Dans les secondes, il a dû céder à Pinfluen- 
ce de la mélopée grecque, qui aura fini par 
l*absorber. 

Il serait très-intéressant de savoir posi- 
tivement à quel système musical appartenait 
le chaut des hvmnes que saint Paul recom- 
mandait aux Ephésiens. I) serait plus inté- 
ressant encore de connaître le cnant d'ac- 
tions de grAces après la communion, qui 
avait été réglé de vive voix par le même 
apôtre avec les autres rites du saint sacrifice» 
eooimerindiquece passage de sai'* auxCo-- 
rinikiens{xif 3k) : « Quant aux autres points 
relatifs au sacrifice et à la communion eu-< 
charistique, je les réglerai de vive voix, k 
mon retour (IM). » Mais, puisque nous n'a-^ 
▼oDs plus les détails lilursiquesqu'indiauent 
ces courtes et substantielles paroles de 1 Apô- 
tre, nous ne pouvons absolument rien pré- 
ciser sur le chant des églises de Corinthe 
el d*Ephèse. Il est probable qu'il subissait 
déj^, dans ces deux villes, l'influence de la 
mélopée grecque dont nous parlerons ea 
son heu. 11 importe en attendant de prour 
Ter, ))ar quelques autorités incontestables, 
oœ pendant le laps de temus qui s'est 
écoulé depuis Torii^ine du cnristianisme 



« AyiHiits €t canticii spirUuaiibui in graiia caitlan- 
tê$ in eirrtUbus vfifrîi Dâo. 

(154) Cœtera autem^ cumvenero^dhponam. 
155) Ce qui prouve, contraireinenl à Topinioa 
ODposee et^gënéralement reçue, que les simples (i- 
ilétes ne chuiuiient point dans les églises, si ce 
a^tftt pour répondre au célébrant, et daos un petit 



jusqu'à la fin des persécutions, la pratluue 
du chant religieux n'a jamais été perdue 
dans l'Eglise de Dieu. 

Pline, dans sa fameuse lettre h Trajan, 
parle des cantiques que les Chrétiens, as- 
semblés, avaient coutume de chanter au le- 
ver de l'aurore. Saint Justin, le philosophe» 
(ran 150 do Jésus-Christ), s'énonce en ces 
termes dans sa première Apologétiaue : 
« Nous n'honorons point Dieu par des liba- 
tions ni par de sanglants sacrifices ; mais 
par nos prières, nos louanges et nos actions 
de grAces. Nous chantons des hymnes en 
son honneur. » Tertullien n'est ))as moins 
explicite. En l'an 269, le concile d'Antioche 
condamne Paul de Samosate pour avoir ban- 
ni de son église le chant des psaumes et des 
hymnes de David. 

La conversion de Constantin, en donnant 
un libre essor à la manifestation du culte 
extérieur, dut favoriser beaucoup les déve- 
loppements du chant ecclésiastique. Depuis 
longtemps le christianisme avait été fondé 
dans la Grèce et dans l'Asie Mineure» dont 
les villes possédaient un évèque. Bientôtlo^ 
siège de 1 empire romain fut transféré au 
milieu de ces provinces orientales dans l'an- 
tique Byzance, qui devint comme un foyec 
de l'art chrétien. Ces deux circonstances 
réunies ne pouvaient que contribuer à favo-^ 
riser l'emploi de la mélopée grecque dans- 
les chants de la liturgie ecclésiastique. Nous, 
avons une preuve de cette infi.uence et en 
même temps de Tantique usage du chant in 
deux chœurs, dans le célèbre canon du con- 
cile de Laodicée, relatif à la musique d'égli- 
se, qui fut adopté par la plupart des évè- 
ques de TOrient et de l'Occident. Ce concile* 
tenu vers l'an 360, statuait qu'à l'avenir les 
chantres ecclésiastiques (car il y avait alors 
Tordre des chantres} auraient seuls le droit 
de chanter dans les églises (155). Ce chant 
devait être exécuté à deux chœurs ; c'est 
ce qu*on appelait antiphonie^ dérivé de 
deux mots erecs qui signifient chanter de-* 
vaut,, en présence les uns des autres, alter- 
nativement. A ce sujet, nous citerons un. 
passage remarquable de saint Isidore, dans 
son livre De officiis ecclesiaslicis. L'évèque 
de Séville s'exprime ainsi : « Les Grecs fu- 
rent les premiers qui composèrent les an- 
tiennes pour être chantées à deux chœurs 
alternativement, comme deux séraphins. 
Chez les Latins, ce fut le bienheureux Am- 
broise quU à Timitation des Grecs, C9mf)0sa 
ces antiennes, et cet usase se répandit bien- 
tôt dans tout l'Occident (156). » 

Déjà, au rapport de l'historien Socrate, 
saint Içnace, évèque d'Antioche, ayant en- 
tendu les anges célébrer alternativement les 
louanges de Dieu, avait institué ce genre de 

nombre d*aulres cas exceptionnels. 

(156) Antiphonai Grœci primum compo$uerunl ^ 
duobus choris alternative concinentibus^ quasi duo le- 
raphim; apud Latinoê autem primus idem Ambrosiuê 
antiphonas constituit^ Grœcorum exemptât imitatut. 
El hine in cunctii oeciduis regionibus earnm ushâ* 
incubuit. — (ùe oficiii ecclesiast., lib. i, c;ii>. 7.) 



179 



CHA 



DICTK)NNAIP«: 



CHA 



180 



cbant dans son église; c'est celle légende 
sans doute qui a porté saint Isidore li com- 
parer le chant en deux chœurs au chant des 
s^^raphins, quasi duo seraphim. D'autres as- 
surent, au contraire, gue ce fut un prêtre de 
la même église d'Antioche» nommé Flavien, 
qui y introduisit, mais beaucoup plus tard, 
en 350, l'usage dont nous parlons; cet usaso 
aurait été bientôt adopté par saint Basile le 
Grand, évèque de Césarée, en 366. Mais 
tout porte à croire que le chant à deux 
chœurs alternants, bien qu'il n'ait été adop- 
té que depuis le concile de Laodicée, était 
connu dès les temps apostoliques, puisqu*on 
le trouve déjà établi chez les thérapeutes, 
qui étaient les Chrétiens les plus parfaits de 
ces temps reculés. 

Les données très-rares et très-incomplètes 
qui sont venues jusqu'à nous touchant la 
nature et le mode d'exécution du chant ec- 
clésiastique jusqu'à saint Ambroise, nous 
font présumer que, pendant un aussi long 
intervalle de temps, il n'y eut rien de bien 
arrêté sur cette partie importante de la li- 
turgie. Nous pouvons raisonnablement pen- 
ser que le chant était alors d'une grande 
simplicité, et en rapport avec les moyens 
bornés d'exécution qui existaient, dans ces 
temps d'épreuve et de persécution. Ainsi 
que nous l'avons déjà fait observer, dans tes 
villes où les Juifs étaient en majorité, on de- 
vait tenir beaucoup à l'antique mélodie 
dont avait retenti en l'honneur de Jéhova le 
temple de Salomon. Dans la Grèce et l'io- 
nie, les descendants de Périclès, convertis 
à la foi chrétienne, essayaient dans leurs 
pieuses assemblées d'adapter le chant des 
psaumes du prophète royal à la lyre mélo- 
dique de Terpandre et de Timothée. Les au- 
tres nations avaient probablement adopté 
un genre mixte, composé des deux élé- 
ments, grec et hébreu, dont nous venons de 
parler. 

11 était résulté de cette diversité de sys- 
tèmes, ou plut&t de l'absence d'un système 
fixe et régulier, une grande confusion dans 
le chant ecclésiastique, lorsque saint Am- 
broise, archevêque de Milan (de 37il^ à 391J, 
qui avait fait une étude spéciale de la musi- 
que, conçut le dessin de régulariser celle 
iiui était alors en usage dans l'Eglise, en 
1 établissant sur les bases solides et ration- 
nelles que nous allons voir. 11 prit son 
point de départ de la mélopée grecque, soit 
en empruntant aux Orientaux des nomes ou 
airs populaires qui ne variaient jamais; 
&oit (et ceci est le plus important), en rédui- 



sant en octacordes ou «séries de huit tons, 
que nous appelons octaves, les tétracardei 
ou séries de quatre tons dont se compo- 
saient les tétracordes grecs (157). Dans celte 
vue, il établit les quatre premiers modes 
authentiques ou primordiaux, qui devaient 
former la base invariable du chant ecclésias- 
tique, en leur conservant leur dénomination 
f)rimitive, à savoir : le Dorien, le PInrygien, 
e Lydien et le Mvxolidien. La constitution 
des modes grecs (excepté le Dorien) n'étant 
point encore parfaitement connue, il est 

frobable que saint Ambroise se sera borné 
reproduire les notes principales de cha- 
cun d'eux, sans s'attacher à une imitation 
exacte de leur succession diatonique. Peut- 
être cette succession avait-elle été déjà al- 
térée peu à |ieu, ou modifiée avec intention 
par les Chrétiens, de telle sorte que l'arche- 
vêque de Milan n'aurait fait que reproduire» 
dans les quatre modes dont il est l'auteur, 
ces altérations ou modifications opérées 
avant lui. S'il est vrai, comme le prouvent 
les peintures originales recueillies dans les 
Catacombes de Rome aue les premiers Chré- 
tiens aient emprunté a la mythologie anti- 
que plusieurs des principaux motiu allégo- 
riques de leurs compositions, motifs qui» 
modifiés plus tard, ennoblis, transformés 
par leurs successeurs, devaient former las 
éléments d'une peinture nouvelle et pro(>re 
au christianisme, pourquoi la musique sa* 
crée, après avoir eu un même point de dé- 
part, n'aurait-elle pas été appelée aux mê- 
mes destinées ? C'est, du reste, ce que dé- 
montre la suite de son histoire. Je vais mê- 
me plus loin, en affirmant que l'on vit» dès 
Taurore du christianisme, des apôtres, des 
évêques et de grands saints, trouver dans 
les seules inspirations de leur foi des chants 
dignes de la majesté du culte divin. A dé- 
faut de leurs compositions qui n'ont pu ar- 
river jusqu'à nous» nous avons les témoi- 
gnages formels de l'histoire qui nous a 
transmis leurs noms révérés (158). Du reste» 
quel qu'ait été le degré d'influence exercée 
par la psalmodie hébraïque, la mélopée grec* 

aae et l'inspiration privée sur le chant ec- 
ésiastique, il faut bien reconnaître que le 
Sénie du christianisme a imprimé son souf- 
e divin, son inspiration créatrice à la mu- 
sique comme à la peinture, à la sculpture» 
à 1 architecture et à la poésie, et il serait oi- 
seux de revenir sur les preuves que no^sea 
avons déjà données, ou d'anticiper sur cel- 
les que nous ajouterons encore a la démons- 
tration de cette vérité (159). 



(157) Ces modes étaient certaines successions de 
tons et de demi-tons, par octaTeB , basées sur les 
diverses notes de récheile télracordaie , comme on 
peut en lire Texplication dans notre E$$ai tur le 
chant eccléêiastique^ tom. V des AnnaUt archéolop' 
quet^ année 18i0. Voir aussi Tarticle Modes EccLlt- 
susTiQUEs» du présent Dictionnaire. 

(158) Voir la note suivante. 

(159) Voici, à Tappul des assertions qui précè- 
dent, un aperçu des saints et illustres personnages 
qui se sont occupés du chant ecclésiastique, et qu*il 



sera loisible au lecteur de consulter, depuis sainl 
Ambroise* auteur présumé du chant du Te Deiifli, 
jusqu*à l'époque de saint Grégoire. 

En première ligne , nous devons citer sainl Au- 
gustin, contemporain, durant la première moitié de 
sa vie, du saint archevêque de Milan. Diaprés son 
témoignage , le chant ambrosien était fort mék>- 
dieux ; il se faisait remarquer par un rfaythme bien 
prononcé, comme celui de la musique grecqife d^oè 
il dérivait. Tout le monde oonnair Téloffe qu'il en 
fait dans le livie u de «et Co»fn«toiti, où il 



itil 



CHA 



D'ESTHETIQLE CUKETIE.NNE. 



au 



18JI 



Mais ce qu*il nous importe de faire res- 
sortir dans un ouvrage (inesthétique, comme 
celui-ci, c'est la beauté divine du chant ec- 
c-lésiastiuue primitif. A ne consulter que la 
note ci-aessous, il est facile de voir que 
longtemps avant saint Grégoire le Grand , 
d autres souyerains pontifes, ainsi aue des 

f»rélats, des moines et des docteurs, s'étaient 
iTrés avec zèle à renseignement et à la 
com(;osition du chant liturgique. Leurs pro- 
ductions, à en juger par les rares fragments 
qui nous en restent et par le lémofgqage 
non interrooDpu de la tradition,, se faisaient 
remarquer par une noble et touchante sim- 
plicité ; elles avaient une vertu suave, péné- 
trante, qui les rendait inimitables. LMnspi- 
ration mystique du génie chrétien avait dejè 
passé par là. Certes, les artistes des pre- 
miers siècles qui avaient pu , dans le do- 
maine de la peinture et de la sculpture, créer 
des types comme ceux que l'on voit encore 
dans les grandes salles da Vatican,, et dans 
le domaine de l'architecture, des basiticjucs- 
telles que celles de Saint-Jean de Latran, de 
Saint-Pierre et de Saint-Paul hors les murs^ 
n'avaient pas dû être moins bien inspirés 
pour le chant liturgique , dont la pratique 
avait commencé dès l'aurore de leur reli- 
gion. Ce qui le prouve, c'est que plus on 
remonte vers Fantiquité, plus le chant parait 
beau de mélodie, d eijpression et de délica- 
tesse. Cest l'opinion aes hommes de l'art , 
et en particulier celle de l'abbé Baini , 
mort depuis peu à Rome, où il était direc- 
teur des chapelains chantres pontificaux. Je 
le cite d'autant plus volontiers que Textrait 
que j*en donne, résume d'une manière con- 
cise et élégante , les diverses opinions des 
savants touchant Torigine du chant ecclé- 
siastique, et qu'il nous aidera à saisir le ca- 

conmcnl saint Ambroise eut recours au obtint des 
puoDies, qu*il établit suivant la pratique des Eglises 
d*Orieiil. Saint Augustin, non content d^avoir parlé 
fréquemiiieiii de la musique dan» ses ouvrages , a 
cOfDposéwsur cet att un Traité spécial divisé en six 
livres» qui se trouve dans le premier tome de ses 
œuvres complètes. 11 mourut en 450. — Saint Pam- 
boo, abbé de Nitrie, en 380, auteur d'un excellent 
TrtàU sur la psalmodie, qui fait encore autorité de 
DOS Jours, sous ce titre : Imlituta Pairum de modo 
^•uendf iite eantandi. Il est compris dans les S^rtV 
fPTaref eetkntuticit de Tabbé Gerbert.— LePape saint 
Damase, mort en 384, a composé plusieurs nymnes 
et poésies religieuses; il s^est occupé avec zèle et 
succès du cbant ecclésiasiîquev — Saint Jérdme, 
DN>n en 4ii), s'est occupé également de liturgie et 
lie cbant religieux^ Dans son épUre à Lœta, belle- 
fille de sainte Paule, il lui couseille de graver dans. 
la mémoire de sa fille quelque chose des psaumes, 
dès que PAge lui permettra d'articuler quelques 
sons, et àe. rhabiluer à chanter des hymnes le ma- 
tin, à se tenir prête à Tlirure de tierce, de sexte- 
ri de none , comme une seniinelle vigilante, et à 
couronner la journée en offrant , k la lueur d*une 
lampe, le sacrifiée dn soir. Dans son oraison funèbre 
lie sainte Paule, saint Jérôme dît que les jeunes 
vierges consacrées au Seigneur étaient dans Tusage 
de cbanter tuus les jours le P$autier^ en le disant 
enire Prime (ce nom n'était pas encore connu, mais 
la prière quil indique existait en substance). Tierce, 
Seaiei None. ¥épres et rpSct de la nuit. — Saint 



raclure de ces ancieunes mélodies, telles 
qu'elles existaient, soit avant, soit après 
saint Grégoire. Il faut tenir compte toute- 
fois des modifications plus ou moins impor- 
tantes que peuvent apporter è un jugement 
de cette nature les révolutions écoulées, la 
différence des temps et des lieux, le génie ^ 
particulier de certains peuples et bien d*au-; 
très circonstances qu'il serait facile de rele- 
ver pendant une si longue période. Après 
avoir prié le lecteur de se contenter du ré- 
sultat de ses études sur tous les écrivains 
qui ont traité du chant ecclésiastique, et sur ^ 
lés nombreux manuscrits de toutes les na- 
tions, qu*il a consultés dans les bibliothè- 
ques et archives de Rome; après avoir 
donné sur la constitution des modes authen- 
tiques et plagaux une courte dissertation 
que nous omettons, parce que nous devons' 
revenir sur cette importante matière, Fabbé 
Baini poursuit en ces termes : « Les vérita- 
bles et antiques mélodies du chant gréjjq^ 
rien (je parle sans délour,,quoique puissent: 
ôtriro contre mon assertion tous les musir 
ciens qui ne seront pas de mon avis) son.* 
tout à fait inimitables. Elles peuvent ètro' 
copiées et adaptées, pieu sait comment, k 
d'autres paroles; mais en composer de nou- 
velles aussi excellentes que les anciennes, 
cela ne saurait se faire,, et personne n'a pu^ 
encore y réussir. 

ff Pour moi, je ne dirai pas que la majeure- 
partie de ces mélodies lurent Tœuvre des' 
premiers Chrétiens ; que quelques-unes mé-^ 
me étaient de Tancienne Synagogue, elfù- 
rent ainsi composées (qu on me permette 
Texpression}, lorsqpelart étetit dans toute 
sa vie ( quando Varie era viva ). Je ne di- 
rai pas que beaucoup sont l'œuvre de saint 
Damase, de saint Gélase et surtout de saint 

Paulin, évéoue de Noie, en 48i, a composé plusieurs 
hymnes qu on chante encore dans les églises qui' 
suivent le rite romain. — Claudius Maniert, prêtre de- 
i^Eglise de Vienne et frère de révé(|ue du même 
nom, musicien, poète, orateur, géomètre, Ûorissait 
en i7.3L 11 est auteur de Thyume 

Pange, liogoa, gloriosi 
PiϕUim ceriamiDis, 

qu*on chante le vendredi saint. — Le Pape Gélase, 
âevé au siège pontifical en 492, est fauteur de quel- 
ques traits, préfaces et hymnes. Il apporta un soin 
tout particulier à la bonne constitution du chant 
ecclésiastique. — Le Pape Hormisda9^ élu en 5I4«' 
s*appliqua avec zèle à Tamélioration et k l*extensioià 
du chant religieux. —-Déjà, en Tannée 46i, le Pape 
Hiiaire avait fondé à Rome une école de chantres^ 
qui fut restaurée beaucoup plus tard par saint Gré- 
goire, comme nous le verrons à rariicle de ce grand 
Pap«, — Saint Nicel, évéque de Trêves en 627, a 
écrit un Traité sur le chunl «les hymnes et des psau- 
mes dans Toffice public inlilMlc : De lande et iflt(i^ 
tate spiritualium canlicoruin quœ finnl in Ecclesia 
chrisliana, seu de psatmodia bona, — L^infortuné 
Boére, nohle romain, philosophe chrétien, auteur- 
du livre de la Comolaiivn. ilecnpilé en 554 par or- 
dre du roi Théodoric, a compose un Traité fort es-s 
timé sur la musique des Grecs, dans lequel il parle* 
entre autres choses intéressantes , de remploi des^. 
lettres latines pour la notation musicale. Il est lu» 
premier autour connu qui ait parlé de cet emj^ou 



185 



CHA 



(DICTIONNAIRE 



CHA 



m 



Gréijoire le Grande pontifes spécialement 
éclairés d*en haut pour une telle entreprise. 
Je ne dirai pas que quelques-unes d entre 
elles sont encore des moines les plus saints» 
les plus doctes, qui fleurissent aux yni% ix% 
x% XI* et xn* siècles, et qui» comme chacun 
sait, avaient coutume de se préparer au tra- 
vail par les veilles et le jeûne. Je ne dirai 
})as, ainsi qu*il résulte de nombreux monu- 
ments qui nous sont restés, qu*avant de 
composer un chant ecclésiastique, les au- 
teurs dont nous parlons observaient la na-» 
ture» le caractère, le sens des paroles et les 
circonstances dans lesquelles elles devaient 
être chantées, et qu*en se rendant compte 
du résultat de leurs observations , ils écri- 
vaient dans le mode ou te ton le plus con- 
venable, soit par son acuité ou sa gravité , 
soit par son mouvement et le genre de sa 
marcno, soit par la pose des demi-tons, soit 
par le caractère particulier de ses modula-» 
lions, soit par les allures des mélodies, lis 
mettaient une différence dans la manière de 
chanter, entre la messe et roflice : antre 
était le genre de chant pour VlntroU^ autre 
pour le Gradue/ et autre pour le Traita autre 
pour VOffertoire et autre pour la Commu- 
nion; autre pour les Antiennes et autre pour 
les Réponi » autre pour la psalmodie après 
Tantienne de Xlntrolty et autre pour la psal- 
modie des heures canoniale^*, autre pour le 
chant destiné è être exécuté par une voix 
seule, et autre pour le chant en chœur. Tout 
cela, ils l'obtenaient dans les étroites limi- 
tes d'une quarte, d'une quinte, tout au plus 
d'une sexte, mais bien rarement dans celles 
de sept ou de huit tons. Je ne dirai, je le ré« 
pète, rien de particulier dans cette ma- 
tière; mais je déclarerai avec une pleine 
certitude que, de l'ensemble de toutes ces 
inestimables mélodies, il résulte crue le 
chant grégorien a un je ne sais quoi cradmi* 
rable et d inimitable , une finesse d'expres- 
sion indicible, un pathétiaue qui touche, 
quelque chose de limpide, de toujours frais, 
de toujours nouveau, de toujours vert, de 
toujours beau ; mais rien de fade , rien de 
suranné. Auprès de ce chant apparaissent 
tout à coup bien stupides, insignifiantes, 
fastidieuses, absurdes, surannées, les mélo^ 
dies modernes par lesquelles on l'a altéré, 
ou qu'on y a simplement ajoutées, à partir 
de la dernière moitié environ du wW siècle 
jusq[u'5 nos jours (160). » 

Léonard Poisson, auteur d'un des meil^ 
leurs Traités de plain-chant que noqs pos- 
sédions , s'exprime exactement comme le 
judicieux et savant abbé Baini, sur la beauté 
des antiçiues mélodies grégoriennes et leur 
supériorité, sur celles qui ont été compo- 

(160) Mémoires st$r la Vie et les OEuvret de Po- 
iutrina^ par J. B.ûiii, prêtre romain, chapelain , 
chanieur et din^cieur de la chapelle pontificale, 
(Rome, 18^.) Vol 1, chap. 3. 

(161) G'esl aussi le seiaiiiieiil de Tabbé Lebœuf, 
dau8 son rem;irq(mble Traité hiitorique et pratique 
4« plain^chani, 

(I6S) Traité historique et pratique du plairhekuHt, 
var Léonard Puisbou (1750), pag. 10 cl 11. 



sées plus tard (161). Après avoir alBroié 
qu'on ne peut mieux se fixer pour c^s mé» 
lodies qu au siècle de Charlemagne et aux 
deux suivants, il continue en ces termes : 
« Plus les compositions de chant approchent 
de leur première origine , plus elles sont 
simples et presque syllabiques, surtout celles 
des antiennes, et plusieurs progrès sont 
doux, mélodieux, naturels, au lieu que les 
compositions postérieures sont surchargées 
de notes , et que leurs progrès sont durs et 
guindés, et pour me servir de l'expression 
de M. LebcBuf, cahoteux , et par là toujours 
difliciles et désagréables. Prenez en effet 
dans Tantiphonier romain , ou dans uq 
autre antipnonier antérieur au x* siècle, 
les antiennes de Noël , de PAques , de TAs-i 
cension, delà Pentecôte et des autres ofl9ces 
de Tannée; comparez-les avec les antiennes 
des offices postérieurs, et vous serez frappés 
des différences de composition, les premiè- 
res étant fort simples et les autres chargées 
et trop modulées. » 

Quand donc on trouve des pièces de 
chant qui se ressemblent , en les examinant 
de près , on discernera facilement les origi- 
nales de celles qui ne sont qu'imitées, à ces 
marques non équivoques* Les plus ancien- 
nes sont ordinairement simples, mélodieu-^ 
ses, coulantes ; elles sont aussi , comme on 
Ta déià dit, plus correctes pour Texpression 
et la liaison des paroles ; elles sont encore 
plus variées et plus diversifiées, ce qui est 
une perfection qu'on ne doit pas néglirar» 
Tel est l'esprit du véritable chant gregOH 
rien (162). 

La nature de cet ouvrage essentiellémenl 
métaphysique ne nous permettant les déve- 
loppements historiques et critiques qu'au* 
tant qu'ils se rattacheraient directement à 
la question du beau dans l'art chrétien, je 
ne saurais, sans sortir de mon cadre, exposer 
ici les différentes phases que le chant liiurgi- 
que a subies jusqu'à Tépoque actuelle (1w)^ 
Seulement je ferai remarquer avec Léonara 
Poisson (loco citato) que tous les chants des 
différentes églises viennent du Romain, et 
qu'en France il en était de même avant les 
nouveaux bréviaires qui y firent invasion 
durant la deuiième moitiédu xviu*siècle etle 
suivant, en sorte que les changements qui 
s'y trouvaient et oui venaient des diverses 
mains par lesquelie<( ils avaient passé, n*ont 
jamais altéré le fond, au point de le rendre 
méconnaissable. 

Maintenant, nous serions emmené né- 
cessairement par l'ordre des matières à exa- 
miner la part qu'a eue saint Grégoire le 
Grand dans la constitution du ciiant ecclé- 
siastique. Mais cette question trouve natu- 

(163) Pour ces détails historiques - critiquas, et« 
en particulier pour ce qui concerne la grande lé- 
forme du plain-chant effectuée durant le xvu* siècle 
ji I\ome, par Paul V, et en France par répiscopalp 
on peut lire Touvrage publié récemment par laa« 
teur de ce Dictionnaire, sur le Chant Hturgtoua (AvI* 
gnon, chez Seguin, iS5i;, I vol. in 8*. Noos «a 
donnons des eilraits à. la thi do mot GaScoam 
(chïiut}. 



1«5 



CBA 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



CHA 



18a 



rellement sa place dans Tartiele que nous 
consacrons à ce grand Pontife. Yay. Gbegoi- 
BB (Saint). Enfin à l'article Modes (Voy. ce 
•tel) nous traitons plus à fond encore que 
dans celui-ci Testhétique du plaint-chant. 
(^ly* fMê$i tes mots : Opéra ; Orgue, etc. 

(âlANT GRÉGORIEN. Voy. Grégorien. 

CHAPELLE. Voy. Corsini. 

CHAPELLE (Sainte). Voy. Grandeur. 

CHAPELLES rayonnantes. Voy, Roman. 

CHARTRES fCATHÉDRALs de). Sa perfec- 
tion ; son chœur semblable à relui de Bour- 
fes dérÎTe directement de Notre-Dame de 
aris. Voy, Amiens. 

CHARTREUSE (Grande), (près de Greno- 
ble). Chef d*ordre des Chartreui, voués à la 
prière et à la contemplation. C'est un des 
orrJres les plus célèbres, et par son ancien- 
neté et par la ferveur persévérante de ses 
religieux (164). 

Le monastère de la grande Chartreuse 
nous offre un des ty[)es les plus remarqua- 
bles de la beauté qui résulte des harmonies 
de la nature, unies à celles de la religion. 
Cest sous cet aspect, qui rentre si bien dans 
notre sujet, que nous allons le considérer 
(165). 

(fSi) Ils n*ODt jamais eu besoin de réforme. 

(165) Ce Dionasière fut fondé par saint Bruno, 
Bé à Coloçne, et qui avait été auparavant chanoine 
ei chancelier de TEgUse de Reims. C^esl dans celte 
ville que, m trouvant dans la maison d'Adam , où 
il demeurait avec Raoul et Fulcius, deux de ses col- 
kfoes, ils eurent, ainsi qu'il le raconte lui-même, 
■oe conversation touchant les fausses joies de la 
terre et les délices pures et innocentes de la vie 
ctrmelle, et qu'étant par là enflammés du désir de 
cette vie, ils promirent et même firent vœu de quit- 
ter le siècle et de prendre Thabit religieux. 

i Peu de temps après ce vœu, Bruno, guidé par 
•Be sage uéttance de lui-même, voulut faire Tap- 
pretttiftsage de la vie monastique sous un malire 
éclairé dans la science du salut. 11 alla donc, avec 
deojL de tes disciples, se mettre sous la direction 
ée saint Roliert, que les solitaires tle Molesmes 
avaient choisi pour leur abbé, et qui fonda ensuite 
rordredeClteaux... Après plusieurs années passées 
dans la retraite et dans de profondes méditations, 
y crot éire en état de fonder un nouvel ordre reli- 
gieox. d'après un plan qu*ri avait conçu.,. 11 ne 
larda pas a réunir, à la place de ses deux anciens 
dbciples, qui ne le suivirent pas, six autres per- 
■ ag a as (a) qu'il entraîna par son prosélytisme ar- 
éemÈ^ k se consacrer avec lui à la vie de solitude et 
ée pëoilence dont il leur retraga l'austère ubieau. 
^ i Or, vers ce temps-là, saint Hugues eut une vi- 
sion iÎBf ullére : il fut transporté en esprit, pendant 
las ténèbres de la nuit, au milieu des montagnes de 
la Cliartreuse (b). Là, dans des clairières entourées 
de sombres forêts et surmontées de rochers mena- 
faois, au seÎD d'un désert jonché de pierres brisées 
ei silionoé par ries avalanches , il lui sembla que le 
Seifoeur se construisait un temple magiiilique, créa- 
lioo vraiment divine au milieu de cette espèce de 
dnos ; en même temps il crut voir sepi étoiles bril- 
haies s'arrêter sur le faite de cet édiiice et le revê- 



On a souvent^ et non sans raison, fait ob- 
server avec quelle admirable entente les fon- 
dateurs d*Ordres religieux ont de tout temns 
choisi la nature des sites qui convenaient le 
mieux à Tesprit de leur institut. Ce rapport 
entre les sites et les monastères pourlesquels 
ils avaient été choisis, a donné lieu à un 
genre de beauté inconnu ailleurs que dans 
le christianisme, et que son esthétique a» 
par conséquent, le droit de revendiquer. 
Ainsi, pour nous restreindre au monastère 
qui nous occupe, lorsque Bruno pénétrant 
avec ses disciples dans ces déûléssombres, 
jusque-là inaccessibles, de la forêt cartu- 
sienne, planta à l'extrémité la plus épaisse, 
la plus solitaire de cette haute forêt, sa 
tente et celles de ses six compagnons, il fut 
aussi bien inspiré au point de vue des con- 
venances de la nature que de cellesde la re- 
ligion. Que se proposait-il en effet? si non 
une séquestration complète du monde et une 
application constante à la prière et à la mé- 
ditation. Or, quel site était plus favorable 
que rimmense et impénétrable désert , à 
cette vie de contemplation? Telle est aussi 
ridée d*harmonie, de rapport, oui frappe, 
même à leur insu, les voyageurs nabitués à 

tir d'une pore et mystérieuse lumière (c). 

f Le lendemain , Bruno et les six pèlerins qui 
racconipagnaient venaient se jeter aux pieds de 
saint Hugues. « Nous avons été attirés vers vous, i 
s*écrièrent-il8, c par la renommée de votre sagesse 
c et par la bonne odeur de vos vertus. Nous venons, 
c à l exemple des Hilarion, des Antoine et des ana- 
c chorètes des premiers temps, chercher un désert 

< où nous puissions fuir les fausses joies du monde 
c et les orages d*un siècle pervers. — Je reconnais 
c en vous, ajoutait le chanoine de Reims, la figure 
c d*un ange qui m^appantt dans le cours de mon 
c voyage, et a qui Dieu m'a ordonné de confier la 

< conduite de ma vie : recevez-nous dans vos bras; 
c conduisez -nous à la retraite que nous cher- 
chons. I 

i Hugues, ému d*un pareil spectacle, releva et 
embrassa ces pieux étrangers. 11 leur fil une récep- 
tion pleine d'affection et de charité, et leurs larmes 
d'ailendrissemcnt se confondirent avec les siennes. 
Il comprit alors que Tapparition des sept étoiles 
était le présage divin de leur arrivée, et qu'elle in- 
diquait le lieu où ces mages chrétiens devaient ar- 
rêter leurs pas... Bruno resta quelques jours à Gre- 
noble avec saint Hugues ; il conféra avec lui de la 
règle qu*il avait projetée pour la fondation de sou 
ordre. Qu'ils durent être élevés et sublimes, les en* 
tretiens de ces hommes de Dieu , méditant ensem- 
ble les bases de l'ordre des Chartreux , (jui font de- 
puis huit siècles la gloire de la catholicité ! Quelle 
profondeur, quelle gravité devaient présider aux dis- 
cussions de ces saints législateurs ! Ils surent créer 
une société religieuse dont la puissance de vitalité a 
été si grande que sans avoir besoin d'être réfor- 
mée {d) ni renouvelée, elle est encore debout après 
plus de sept siècles, après avoir vu naître et périr 
autour d'elle une foule de sociétés politiques et hu- 
maines. 

I Quelque temps avaui la fête de saint Jeaii-Ba- 



(«I Ces compagnons de saint Bruno se oommalenl Laud- {c) Ce miracle a élé reconnu autbenlique par plusieurs 

via, itaUeo, aë en Toscane ; EUenne de Bourg el Elieo- * auteurs irès-distiiigués, eolre autres par Taobé Fleury, 

■e de Die, tous deux chanoines; de Saint-Ruf, dil le cha^ (>ar le P. Giry, et par Baillet, critique irès-sévère et sur- 

pelain, et deux laques, André et Goêrin. nonimu le Dénicheur de saints. 

(f) O flost ces montagnes qui ont donné teur nom à (d) !{unQUiim reforriurfa, tmia mmqiutm diffommUu. 
rurdre de S^aiiit- Bruno. 



187 



CHA 



DICTIONNAIRE 



CHà 



m 



se recoeillir dans leurs pensées , lorsqu'ils 
graTissent lentement la montée du désert le 
plus renommé peut-élre qui existe dans les an- 
nales cénobitiques de notre Occident. Sous 
Tempire de cette multiple impression» ils é- 
prouvent une admirable gradation de sen- 
timents divers qui se succèdent» sans se dé- 
truire» et tiennent sans cesse en haleine Ti- 
magination, Tesprit et le cœur. Que dirons- 
nous surtout de cette douce» de cette pro- 
fonde mélancolie que ne manque jamais de 
leur inspirer l'accord merveilleux des har- 
monies de la solitude arec celles de la mé- 
ditation I 

Je n'entreprendrai point ici de décrire ces 
phases diverses de l'ascension qui commence 
a l'entrée du désert aux bruits des eaux va- 
gissantes du Guiers» et aboutit au monas- 
tère» après trois heures d'une marche on ne 
peut plus accidentée. 

Ces montagnes entièrement boisées de la 
base au sommet» avec leurs crêtes hérissées 
de sapins aigus comme les fines aiguilles qui 
surmontent les faites de nos cathédrales 
gothiques; ces brusques et continuels chan- 
gements de sites imprévus» dont chacun se* 
rait digne par sa beauté» de fixer longtemps 
les regards émerveillés d'une végétation si 
riche et si variée ; ce torrent» qui tantôt 
murmure à côté de vous , et tantôt gronde 
sourdement au fond d'une étroite vallée dont 
vos veux effrayés ne peuvent sonder lespFO- 
fondeurs ; ces ponts si nombreux et si diflEé- 
rents de forme et d'élévation que la nature 
et l'art ont jetés alternativement sur ces eaux 
tour è tour limpides et écumantes que le 
voyageur est ooligé» à chaque instant» de 
traverser; cette verdure» épaisse et d'une 
teinte si foncée» qui charme constamment vos 
regards ; ce silence absolu de la nature», que 
ne varie jamais le chant des oiseaux inconnu 

pciste» Hugues conduisit Bruno avec ses compagnons 
dans le lieu (|ui lui avait été désigné par 1 appari- 
tion mystérieuse des sept étoiles. Ils « traversèrent 
ensemble les portes naturelles du désert de Char- 
treuse, formées par des rochers inaccessibles qui se 
perdent dans les nues. Ils cheminèrent à travers 
les forêts, les rochers et les précipices jusuu^aux 
lieux où est maintenant la chapelle de Saint-Bruno. 
Ni rhorreur de ces aspects sauvages, ni le silence 
affreux du désert, ni la crainte des frimas d*un 
long hiver n*ébranlèrent le courage de ces pieux 
anachorètes. Ils acceptèrent ce séjour avec son 
âpreté et ses rigueurs, comme le digne théâtre de 
la fervente pénitence à laquelle ils allaient consa- 
crer leur vie. 

c Hugues avait conduit à travers le désert le pe^ 
tit troupeau qui s*était confié à sa garde. Mais il 
n\ avait pas d*eau dans Tendroit où ils arrêtèrent 
leurs pas» et comme tout devait êlre merveilleux dans 
rétablissement de Tordre des Ciiartreux, Tévéque de 
Grenoble, comuie un autre Moïse, frappa le roi-lier 
et en fii jaillir la source qui depuis a été connue 
sous le nom de fouiaine de saint Bruno. C'est celte 
fontaine que le prieur Guivues lit venir plus tard 
par des aqueducs jusqu'au lieu où est le monastère 

(a) Generon milius cœperwl habitare in separa^i celth 
Brmume magistro ae duce, qm idenlidem in uliunt locum 
ttiaxinu liorridum secedere consHeverat. (Mabillun, An- 
nota henêdictmet, tom. V, pag. 292 ) Ce lieu est one es 



dans ces lieux» et qui n*est interrompu qae 
par les murmures du torrent » la grande» 
1 unique voix de ces lieux déserts; tool 
cela saisit Tâme profondément et loi fait 
savourer ces jouissances intimes que l*on ne 
trouve que dans la contemplation des grau* 
des scènes de la nature et dans la sérénité 
de la paix de TÂme. Alors» on conçoit com- 
ment les grandioses beautés du désert ont 
pu arracher à un monde vain et trompeur 
tant d'hommes d*élite qui n*avaient plo^ qne 
faire de ses joies homicides et de ses per- 
fides douceurs. Uimpression du voj^ageur 
est encore jilus vive et plus profonde lors- 
que » arrivé au terme de son ascension» il 
aperçoit tout à coup en face de lui la masse 
imposante des vastes et réguliers bâtiments 
du monastère» avec leurs toits en ardoise à 
pente fortement inclinée» avec leurs nom- 
breuses tourelles et leurs élégants cloche- 
tons. On dirait toute une ville monacale qtti 
se dresse soudainement devant vous. Au 
nord-est» et bien au-dessus du monastère» 
qui domine lui-même de quatre mille pieds 
le niveau de la mer» s'élèvent les pics sé- 
vères et chevelusdu Grand-Somm» dontles 
flancs détachés représentent autant de masses 
de roc de granit» sur les parois desquelles S6| 
dessinent par intervalles de sombres lizières 
de sapins. A Topposé du Grand-Somm» au sud* 
ouest, c'est le versant rapide d'une montagne 
touto couverte d'un tapis d'arbres tellement 
serrés», que l'on aurait de la peine à se frayer 
un passage à travers ces arbres touffus, fcn* 
tre cette montagne» avec son manteau dé 
verdure foncée» aussi douce que le velours», 
et celle» à l'aspect si austère du GraDd-Soouu„ 
apparaît le monastère» dans un esjpaca re^- 
serré» comme entre deux forts qui le pro- 
tègent contre l'invasion du monde et de set 
plaisirs, ici règne plus encore que le long: 



actuel. Bruno et ses disciples construisirent 
pour leurs demeures d'humbles cabanes» séparées. 
les unes des autres par un espace de cinq coiidécs» 
et adossées à d'énormes fragments de roc déUcMi- 
des montagnes supérieures. Cliacun des. religieax 
eut d^abord sa cabane ou cellule pour lui. teal; 
mais bientôt leur nombre s'éiant accra, ils fvreiil 
obligés, pendant quelque temps, de se oietire deas 
dans cbaque cellule, jusqu'à ce que Ton en eût bHâ 
de nouvelles. » 

Suivant la tradition de i*ôrdre, Bruno auriAet 
sa cellule avec un oratoire, dans readroit 
où est la chapelle qui porte encore son nom, et 
aurait conservé longtemps Tautel sur lequel le 
fondateur des Chartreux avait offert le sacrifie de 
la messe. 

Mabillon (a) rapporte que Bruno avait eoutaott* 
de s'éloisner pendant une partie de la journée du De» 
où étaienl sa cabane et celles de ses coropagnoos» 
et de s'enfoncer dans la forêt; d'y chercher letsilct 
les plus âpres et les plus sauvages pour 8*y livrer 
à ses saintes et mystérieuses coniemplaiions. c Etlr. 
de la Vie de Hugues, évéque de Grenoble, par 
M. Albert Du boy s, i vol. i^•8^ chapitre 2, 
66-73. 



pèce d'oratoire nalorel, formé par un rocher que l'oa 
montre encore aujourd'hui, el qui se trouve un peu an 
delà de la chapelle de Saint-Bruno, plus avant dans tu 
forêt. 



i» 



CHA 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



CHA 



1!M) 



de la sinueuse Tallée aux mille replis qui 
conduit h ces sublimes hauteurs, un silence 
profond et solennel; car l*eau mugissante du 
torrent qu'on a laissé à droite quelques mi- 
nutes aupararant ne se fait plus entendre, et 
roreiile n'est frappée que du son de la clo- 
che aïonacale, qui, aux heures marquées 
Knr la prière publique des fervents céno- 
es, fait retentir les échos du désert de ses 
mélancoliques volées. Ce signal nous invite 
aussi à entrer dans le pieux monastère. La 
porte nous en est ouverte par un des bons 
religieux qui, le sourire de Thospitalité sur 
les lèvres, nous accueille comme un frère, 
eomaie un ami qu'on reverrait aprèii une 
longue absence. A peine avez-vous mis le 
pied dans la grande cour servant de vesd- 
imle, aue deux cénoblles. au front se- 
rein, i la figure angélique, vous viennent 
au-devant, comme deux messagers de la di- 
vine charité. Ils vous offrent une hospitalité 
aussi cordiale, aussi fraternelle que désin- 
téressée. Avez-vous jamais vu ces moines à 
la rot)e blanche, à la tête rasée, au maintien 
si noble, si candide et slgracieux, qu'aimait 
i représenter dans ses mystiques et suaves 
peintures le bienheureux artiste de Fiésole, 
Pra-Angelico? £h bien! vous avez devant 
vous deux types vivants de ces ineffables 
personnages que Tart antique ne put jamais 
concevoir. Pouvait-il, en effet, comprendre 
ce je ne sais quoi de surnaturel, de divin, 
quon ne trouve nulle part, si ce n'est chez 
les justes sur la terre et chez les saints dans 
le ciel ? 

Admis dans l'intérieur du monastère, pé- 
nétrez dans ces immenses galeries, et vous 
verrez de temps à autre passer devant vous, 
comme une ombre, quelqu'un de ces hôtes 
nombreux du désert, qui semblent, ainsi que 
les montagnes témoins de leur vie extatique, 
appartenir moins à la terre qu'au ciel. Quel 
silence mystérieux, quelle simplicité mêlée 
de grandeur régnent dans cette vaste en- 
ceinte 1 L'œil se f^romène, sans pouvoir en 
atteindre rextrémité,sous les longs arceaux 
gothiques ou romans de ces immenses gale- 
ries« qui mesurent six cents pieds de pro- 
fondeur. 

Cesl surtout h l'église qu'il faut voir ces 
bominesy qui ont échangé les soucis ou les 
dissipations du monde contre le calme et les 
saintes austérités du désert. Il me faudrait 
le pinceau de Granet pour rendre les effets 
de cet office nocturne chanté par ces bons 
pères, rangés sur deux lignes, à la pAle lueur 
de quelques sourdes lanternes. On se croi- 
rait reporté vers les temps primitifs du 
cbristianbme, oii les vigiles et matines des 
srandes solennités étaient chantées au mi- 
ueu de la nuit par les prêtres et tous les fi- 
dèles. Ici, c'est durant le jour et la nuit que 
retentissent les accents de la louange et de 
la prière que font monter vers Dieu ces ha- 



bitants du désert. Nouveaux Moïses sur la 
montagne, ils tiennent sans cesse leurs mains 
suppliantes levées vers le ciel. Seule la re- 
ligion catholique a pu ériger sur les monts 
les plus abruptes, comme dans les vallées 
les plus profondes, ces asiles de la prière et 
de la perpétuelle contemplation, comme elle 
seule a pu, non loin de là , sur le Grand- 
Saint-B^rnard, consacrer une fondation tou- 
chante à Texercice non interrompu de son 
infatigable charité. Oui, seule, la religion 
catholique a pu faire des Chartreux ; seule 
elle a pu déterminer à s'ensevelir tout vi- 
vants aans la solitude des hommes, jadis 
enfants du siècle, qui nous répètent tous les 

{'ours du fond de leur cellule ces paroles du 
Prophète : Je me suis enfui dans ta solitude f 
parce Que je n'at vu que contradiction dans 
les cités (166) ; ou ces autres paroles de 
l'Esprit-Saint : Fuyez du milieu de Bàbylone^ 
et que chacun sauve son dme, parce que le 
jour de la vengeance divine est près de 
vous (167). Elle seule, en effet, a assez de 
lumière pour nous faire toucher au doigt la 
vanité des choses du temps, et assez de 
grâce persuasive pour fixer irrévocablement 
notre cœur aux cnoses de Téternité. 

L'antiquité païenne était-elle capable de 
concevoir, je dirai plus, de soupçonner ce 
type si poétique, si attachant, de I enfant du 
désert ? Elle était trop enfoncée dans les 
sens pour comprendre une telle transforma- 
tion ne l'humanité. Aussi, quand même, je 
suppose, on viendrait à découvrir les plus 
belles peintures de Rome, de la Grèce ou de 
rionie, on y chercherait vainement une série 
de tableaux d'une expression mystique et 
céleste comme ceux que les enfants de saint 
Bruno doivent au pinceau divin d'Eustache 
Lesueur. C'est parmi eux, è la Chartreuse mê- 
me, que l'on se pénètre bien mieux que dans 
un vulgaire intérieur de musée ou de salon, 
de la beauté de cette œuvre magistrale du 
premier de nos peintres catholiques fran- 
çais. 

Elles sont donc bien réelles et bien admi- 
rables, bien touchantes aussi, dans le désert 
des Chartreux, ces harmonies de la nature et 
de la religion. Quel accord merveilleux, en 
etfet, entre les unes et les autres, entre la 
vie de prière, de recueillement des hôtes de 
la solitude, et l'expression calme, sévère et 
grandiose de ces lieux I Mais à la profonde 
impression qui en résulte [)Our l'observateur 
philosophe et chrétien, se joint encore celle 
qui naît du contraste qu'offre Tagitation fé- 
brile des cités qu*on domine de si haut, et 
dont les vaines clameurs viennent expirer 
au pied de ces monts, ici , en effet, il n'v a 
plus de place que pour l'impression indéfi- 
nissable que causent ces grandes scènes de 
la nature, lorsqu'elles se marient étroitement 
à celles do la vie mystique des enfants du 
désert. Alors on comprend comment Dieu 



(166) Ecee elottgoH fn^ens et mansi in solitudtne^ 
fscniam tidi eonlradictioHem in dvitate. {Psal, liv 
i ei9> 



(1G7) Fngite de medio Babytoniê et unustfninqvf 
snltel aMmam suam^ quorn^m temimi uUiofUs a Dé- 
mine, piâbsitndinem ifse retripuet et. (Jerem, v, 6.) 



191 



CHA 



DICTIONNAIRE 



appelle ceux qu*i] aime dans la solitude» pour 
leur parler au cœur (leS). Aussi, yoyez 
comme depuis bientôt huit siècles les villes 
de France, de l'Europe, du monde entier, 
envoient, pour peupler celte solitude, quel- 
ques-uns de leurs habitants. Parmi ces cé- 
nobites, vous en trouverez, encore de nos 
jours, plusieurs qui ont occupé dans la vie 
civile des positions imporUntes et enviées. 
Vous en trouverez aussi qui se sont abreu^ 
vés è la coupe enchanteresse de toutes les 
voluptés. Détrompés de ce faux bonheur 
des sens, qui égare pour les perdre tant 
d hommes abusés, ils sont venus chercher 
sur ces monts sourcilleux la vraie félicité, 
qu on ne trouve que dans la paix de TAme 
et loin des orages des passions. C'est quel- 
que chose de bien admirable, en effet, que 
cette multiplication incessante des enfants 
du désert. Qu'elle est vive, qu'elle est fé- 
conde, celte sève de l'Evangile qui suscite 
continuellement du milieu de toutes les 
dissipations, de tous les enivrements du siè- 
cle, ces hommes de Dieu, qui vont consa- 
crer leur existence tout entière è la pra- 
tique des sublimes conseils que Jésus-Christ 
a réservés à la perfection] N'est-ce pas à 
ces hommes d'élite que faisait allusion le 
prophète Isaïe, lorsqu'il disait qu'ils vien- 
draient de loin, du nord, du couchant et du 
midi (169)? Ecoutons le même prophète 
nous dépeindre dans son langage poétique et 
si vivement 6^uré, les harmonies de la nature 
et de la religion, par ces courtes paroles : 

La terre qui était déserte et sam chemin^ 
tressaillira deioie ; la solitude sera dans V al- 
légresse^ et elle fleurira comme le lis des 
champs. Elle poussera et elle germera de tou- 
tes parls^et elle sera dansune effusion de louan- 
ge et deioie. La gloire du Liban lui sera don- 
née, et elle aura tout l éclat du Carmel et de 
Saron (170j. Les lieux qui étvàent autrefois 
arides, seront arrosés d'une eau féconde, et la 
terre qui brûlait de soif, sera désaltérée par 
une onde pure et vivifiante (ili). 

Nous laissons, pour terminer nos con- 
sidérations esthétiques sur la Grande- 
Chartreuse, la plume à un poète qui l'a chan- 
tée en beaux vers ; «:ar la poésie, comme 
la peinture, aime à s'inspirer aux subli- 
mes harmonies que nous venons d'esquisser. 
Les vers sont inédits; nous les devons à l'o- 
bligeance de l'auteur, qui a bien voulu nous 
les offrir. Les voici tels qu'ils ont été im- 
ITOvisés, en 18W, sur les lieux (llij. 

Hambles el pieux aoliufrea, 
Cénobites de ce uint lieu, 
Qui, loin des humiines misères 
fie vivez, n*espérez qu'en Dieu î 
Fuvant nos boutes politiques, 
Je suis venu sous vos portiques. 
Sur vus monts, dans vos bois t*pais. 
Comme vous, hommes bons et sa^'cs , 

(168) Ducam eam in solitudinem et loquar ad cor- 
ons, {Ose. 11, U.) 

(169) Ecce Uiide longe ventent^ et ecce illi ab aqui- 
loneetmari,et isti de terra austratL(ho. xlijl, 12.) 

Jt70) Lœtabitur deurta et intia et exsuttabit soli- 
et fiorebit quasi liUum. Germmans aerminabit, 
et exsnUabit Imtabunda et lauemn^^qleria Libtmi data 



GLO I9t 

Demander à tons leurs ood>raget 
Et U solitude et la paix. 

Qne le Dieu puissant qui novskige 
Vous bénisse et soit avec voiisl 
Qu'il protège le saint refuge 
OO vous Timplorez tous pou? ■•os! 
Frères, de ces hauteurs sublimes. 
Pleurez sur nos malheurs, nos criMS» 
Sur ce uoble sang répandu... 
Frères, prie: pour notre France 
Ce Dieu d amour et de démené* 
Qui vous a toujours répondu. 

Da monastère à U vallée, 
Des bo^ du torrent aux forêts. 
Dans le désert, sous la feuillée. 
Au pied du rocher sombre et fralt^ 
Sous l'œil divin qui la mesure, 
Sa luxuriante verdure 
Etale sctf tapis en fleurs, 
Tandis que l'astre qui les dore 
Donne plus de parfums encore 
A leurs édatantes couleurs. 

En quittant vos Alpes sauvages. 

Ces rocs épais, ces monts, ces bois. 

Incomparables paysages 

Où les torrents mêlent leurs voix. 

Je n'oubltrai ni leurs images. 

Ni ce soleil dont les nuages 

Nous cachaient en vain U splendeur. 

Pareils à ces regards austères. 

Qui ne peuvent voiler, mes pères, 

Les doux penchants de votre cœur. 

CHORDR (chant en). Votf. Harxon». 

CHRYSOUTHE. Couleur symbolique. 
Yoy. Couleurs, 

CHRYSOPASE. Couleur symbolique. 
Yoxi. Couleurs. 

CiMABUE. Célèbre peintre florentin, nd 
en 12i0. Yoy. Peiïiturb. 

CLOCHES et CLOCHERS. C*est à Tépoque 
de Tintroduction des cloches dans régnse 
qu*il faut faire remonter Torigine des tours 
qui furent destinées è les recevoir. Cesdeoi 
points historiques étant connexes, nous m 
les séparerons pas, et nous les traiterons 
successivement et en peu de mots. 

Il résulte du témoignage de plusieurs an* 
tcnrs, tels que Aristophane {Comédie des m* 
seaux);MarX\alŒpig.f 1ib.i);StralK>n {Géog.^ 
lib. xiv), que les anciens se servaient d» 
clochettes pour divers usages, et notamment 
|)Our marquer les heures de réunion dans 
les lieux publics. 11 est même rapporté dans 
lés Dialogues de Lucien (In DiaL beœ Sgrimf 
pag. 16} que les prêtres de la déesse de Sjrrie 
en faisaient usage dans leurs cérémonies. 
(Voici ce passage : Astans vero et inier pre- 
candum sonum edit instrumenta œneo^ fÊei 
ubi movetur magnum quiddam canit et eupe^ 
rum.) On sait que chez les Hébreux le grand* 
prêtre successeur d*Aaron avait une robe 
couleur d^^acinthe, au bas de laquelle pen- 
daient de petites sonnettes d*or. Mais lool 
cela ne saurait être comparé à nos cloches 
chrétiennes « dont le son harmonieux, » 
dit un de nos modernes archéologues (ITS), 
« fait naître dans tous les cœurs de si 

est ex : décor Carmel et Saron {Isa. xxxv, 2.) 
(171) El qaœ erat arida ertt in stagmum, ei sstkns 

in fontes aquarum. {^Isa, xxxv, 7.) 

{il±) Par M , Antotne, officier supérieur d^artilterii. 
(173) M. Tablié Baraud, dans sa savante Koike 

sur les clocbes, publiée dai:s le tome X du Ifaikiia 

monumental. 



195 



ajd 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GLO 



iU 



Tires et si profondes émotions^ qui rap- 
pellent des soaTeoirs si touchants, qui mê- 
lent la pompe de leur gran«1e voix à ton- 
tes les fêtes de la familie« de la natrie et de 
la religion, et qui doivent être |»jus particu- 
lièrement chères au savant, à 1 artiste et à 
Tarcbéologue (17<k). » -— « Sans la cloche, 
qni doit les dominer, pour parler de plus 
haut et de plus loin aux peuples émus, i»s*é* 
erie un de nos plus éloquents prélats de 
France, « nos temples auraient-ils pris un 
essor si'élevé? Les verrions-nous porter jus- 
qu'aux nues leurs voûtes hardies ? Sans le 
clocher, aurions-nous ces gracieux campa- 
niles, ces Sèches aériennes, ces tours ma- 
jestueuses, imposantes par leur masse ou 
découpées en élégantes dentelures, et qui 
fiMit le plus bel ornement du village, comme 
la gloire et Torgueil des grandes cités (175)? » 
C'est donc à l'introduction de la cloche 
chrétienne que doivent leur origine ces in- 
nombrables clochers qui s*offrent à nos re- 
gards tantôt sous la forme d'une tour carrée 
ou octogone, tantôt sous la forme d*une flèche 

{>lus ou moins hardie, tantôt sous ces deux 
ormes réunies et superposées. Mais à 
tfuelle é|K>que cette introduction a-t-elle eu 
lieu ? On s'accx>rde à dire que ça été au v* 
siècle, et Ton en fait honneur à saint Paulin, 
évéqoe de Noie, de U» à &31. Bède (£fû- 
iar. ecd., lib iv), qui vivait à la fin du vu* 
siècle, et saint Ouen archevêque de Rouen, 
en 6M {Vita sancti Eligii)^ parlent de lu- 
sage des cloches comme existant déjà avant 
eux, et Alcuin, disciple de Bède et précep- 
teur de Charlemagne, le fait remonter anté- 
rieurement k Tan 770. Néanmoins, ce ne fut 
qu'au viii* siècle que leur volume devint as- 
sez considérable pour rendre les tours indis- 
{lensables. C'est ce oui résulte d'un curieux 

rssge d'Anastase Je bibliothécaire, tiré de 
Vie d'Etienne III^ dans lequel il est dit 
que. Tan 770, ce Pape fit bâtir une tour sur 
la basilique de Saint-Pierre, dans laquelle 
il plaça trois cloches pour appeler le clergé 
aile peuple aux offices (176.) Mais tout porte 
à croire que ce ne fut qu'au x* siècle que 
l'usage des clochesdevint assez général pour 
nécessiter la construction de tours qui fus- 
sent en harmonie avec leur nombre et leur 
importance. Ces tours furent placées au cen- 
tre de Tédifice, ou au point de jonction des 
deux croisillons du transsept, tantôt, mais 
|*lnsrarement,au-dessusdu portail de Touest, 
comme on le voit encore à ïh cathédrale d'A- 
TÎgnon, è celle de Die, à celle de Valence 
elà Téglise Saint-Jean delà même ville; 
tantôt, et plus rarement encore, aux deux 
extrémités du transsept. En Italie, où Ton a, 
mieux que chez nous, le bon esprit d*isoler 
les édiuces publics, elles furent souvent éta- 
lilies i côté des églises, comme à la cathé- 

(174) On sait combien Napoléon aimait à prêter 
meille à la douce et imposante harmonie des 



(175) Voir fiAOore, pour la signification poétique 
flt tymiNilique des cloclies, le 1m)1iu chapitre 15 ijue 
lear a consacré Durand, éféque de Mcnde, au un* 
siècle, dans scmi Raiionate divinorum ol/iciorum. 



drale de Pise et i celles de Florence et de 
Venise. « Quelle que fût d'ailleurs la place 
qu'elles occupaient,» dit M.de Caumont (177), 
« les tours étaient carrées, terminées par une 
toiture pyramidale obtuse, è quatre pans, 
percées sur leur face d*un certain nombre 
de fenêtres, demi-circulaires, comme celles 
de Saint- Martin d'Angers ; mais, dans le cours 
du XI* siècle, on les exhaussa de plusieurs 
étages, on orna leurs murs d*arcades bou- 
chées et de fenêtres, on fit des pyramides 
très-élevées, et il parait que l'origine des 
tours élancées, qu'on a nommées flèches^ 
date du X* siècle. Ce n'est, toutefois, qu'aux 
xn* et xm* siècles surtout, que le génie des 
architectectes parvint à élever jusqu'à une 
hauteur prodigieuse ces pyramides élancées 
qui donnent tant de charme et) de mouve- 
ment à Tarchitecture ogivale. » Ajoutons 
qu'un bon nombre ne furent terminées et 
même commencées que dans les xiv% xv* 
et xvr siècles. 

Plusieurs de ces tours romanes étaient 
terminées par une plate-forme, et pouvaient, 
en cas de besoin, servir à la défense. C'est 
surtout en Angleterre que ce système de 
tours à double fin avait prévalu, comme on 
peut le voir dans la plupart des grandes 
constructions religieuses de ce pays, dont 
l'extérieur, tel que celui des cathédrales 
d'York, de Durham et de Téglise abbatiale 
de Westminster, offre laspect des remparts 
crénelés du moyen Age. 

« Les tours, » dit M. de Caumont dans 
Touvrage déjà cité, « avaient été construites 
dans l'origine pour recevoir des cloches ; 
mais, au xi* siècle, on les multiplia sans 
nécessité et uniquement pour le coup d*œîl. 
Ce fut alors qu'on adopta, pour les grandes 
églises, l'usage, qui a subsisté depuis, de 

f lacer une tour de chaque côté du portail, 
Touest. La troisième s'élevait, comme 
auparavant, sur le transsept. Ordinairement 
moins haute que les deux autres, i:elte tour 
centrale était quelquefois ornée à Tintérieur 
de manière à rester ouverte jusqu'au toit, 
et à présenter un grand vide ou dôme sur 
l'intersection de la croix. » La cathédrale 
de Coutances offre, entre autres églises, un 
exemple de cette dernière disposition. On 
ne saurait s*imaginer Tcffct pittoresque et 
imposant à la fois que produit cette multi- 
plicité de tours ou de flèches sur le même 
édifice. Un des plus remarquables en ce 
genre est ^ans contredit, la magnifique ca- 
thédrale de Tournay en Bédgique, surmontée 
de cinq flèches, d*un eUet on ne [)eut plus 
hardi et majestueux. 

On ne regrettera jamais assez la démolition 
des flèches de nos églises cathédrales et 
collégiales que le niveau égalilaire a fait 
disparaître ea si grand nombre dans notre 

(176) Stephanus 111, A. D. 700, fecit super ba- 
silicani Saiicti Pttri tiirrini m qua iros posiiit 
canipanas, qua* clerum et pupuluni ad ollicinui l>ei 
coiivocarent. 

(177) Cour$ d'ÀntitfuUés monumentales, iv* par*» 
tie. — Il importe de rappeler que M. de Caumout 
ne parle ici que des églises de France. 



195 



GON 



DICTIONNAIRE 



GON 



196 



pa js. Par le jeu aussi mobile que varié de 
leur perspective aérienne, elles donnaient 
à nos contrées le mouvement et la vie en 
même temps qu*elles imprimaient à nos 
cités une physionomie originale et distin- 
guée dont elles sont presque complètement 
dépourvues aujourd'hui. 11 est facile de 
s*en faire une idée par Tinspection des plans 
et portraits de plusieurs villes de France 
dans la Cosmographie universelle de Munster 
et Belleforest (3 volumes in folio), publiée 
en 1575. Ces plans où Ton voit figurer un 
grand nombre d*éditices tant sacrés que 
profanes, et dont il ne reste plus trace de 
souvenir, offrent, mal^é les ravages déjà 
exercés par les calvinistes sur la plupart 
des monuments, nos villes principales sous 
un aspect des plus distingués, des plus va- 
riés, avec leurs flèches, leurs tours, leurs 
clochetons et leurs remparts crénelés. 
CLOITRE D* ARLES, roy. Sculpture. 

CLUNY (Eglise abbatlale de). Fay. Dimen- 
sions; France. 

COLOGNE (Cathédrale de). Voy. Dimen- 
sions. Rapports entre cette cathédrale et 
celle d'Amiens. Voy. Amiens. 

COLOMBAN. Sculpteur français* Voy. 
France. 

COLORIS. Voy. Couleurs; Peinture. 

CONSONNANCE. Ce mot, exclusivement 
réservé à la technologie musicale, signifie 
raccord de deux sons agréables à l'oreille, 
c|ui fait que l'auditeur saisit les rapports des 
intervalles consonnants avec plus de facilité 
que ceux des intervalles dissonants. Ceux- 
ci, à cause de leur aspérité et de leur carac- 
tère indécis qui ne permet pas de les em- 
ployer à la suite les uns des autres dans une 
même période musicale, sont très-propres à 
exprimer ces passions si vives, si incertai- 
nes et si contradictoires de l'homme; ceux- 
là, au contraire, présentant un caractère de 
douceur et de repos, conviennent mieux à 
l'expression du sentiment religieux. Aussi 
rharmonie consonnante fut-elle la seule 
adoptée pour les chants de l'office divin, du- 
rant tout le moyen Ase. Ce fut là une des 
grandes créations de l'art chrétien. C'est 
quelque chose de bien beau, en effet, que 
cetie expression calme, sereine et divine du 
contre-point ecclésiastique. Aujourd'hui 
même, et malgré les savantes et ingénieuses 
complications harmoniques du stvle drama- 
tique ou passionné, rien ne va à 1 âme, dans 
nos églises, rien ne la pénètre plus douce- 
ment et plus profondément du sentiment de 
la divinité, que Tharmonie consonnante de 
Torgue et des voix. Cela vient de la mysté- 
rieuse sympathie qui existe entre la nature 
calme, austère, pure et sereine du sentiment 
chrétien, et celle de la musique qui en est 
le fidèle écho. 11 ne faut pas croire, comme 
le prétendent certains partisans exagérés du 
style musical dramatique, que l'harmonie 
consonnante, dont il est ici question, soit 
trop fatigante par sa monotonie. D'abord, ce 
ne sont paries émotions factices de la scène, 



qu'on va chercher dans nos temples saints, 
mais bien les aspirations douces, mvstérieii- 
ses et consolantes des mystères corétiens. 
Et quelle musique est plus propre k nous 
les communiquer et à les entretenir en 
nous, que celle qui fut créée dans nos sano» 
tuaires mêmes, et sous l'inspiration directe 
de la religion. Ensuite, n'est-ce pas lûaipte- 
nant une vérité reconnue que dans la variélé 
pour ainsi dire infinie, qui résuite de Ja 
contexture des modes ou tons d'église, ^ba^ 
monie consonnante puise largement ce qui 
pourrait lui manquer, d'ailleurs, sous ee 
rapport ? Les œuvres de la grande école ro- 
maine sont là pour l'attester, et Ton n'a pas 
encore oublié l'effet saisissant produit à 
Paris par l'audition de ce genre de musiqae 
alla Palestrina , dans les concerts du prince 
de la Moskowa. (Foy.les mots Contebfoiniv 
Harmonie, Orgue. ) 

CONSTANTINOPLE. Eglises principales 
de cette cité. Voy. Coupoles. 

CONSTITUTION TONALE DD PLAIN- 
CHANT. Voy. Tonalité. 

CONTRASTE. Un des genres de beauté les 
plus saisissants, c'est celui qui nait des cou- 
trastes ou des oppositions. On peut même 
dire que tout est contraste dans l'art ea 
général , et dans la peinture et la musi- 
que en particulier. Personne n'ignore 
1 importance du clair-obscur, dans la pre- 
mière, et dans la seconde, celle du mélange 
des accords consonnants avec les accords 
dissonants. Mais, c*est principalement à la 
poétique chrétienne, que l'art emprunte les 
contrastes les plus variés, les plus saisi»' 
sants. Depuis que Dieu, se révélant directe- 
ment à l'nomme dans l'Incarnation, a réuni 
dans une môme personne les deux pointt 
extrêmes de toutes choses, c'est-à-dire la 
nature humaine avec toutes ses défaillant 
ces, avec toutes ses inénarrables misères, et 
la nature divine avec sa force et ses splen» 
deurs infinies, un champ inépuisable de su- 
jets les plus divers, les plus originaux, a été 
ouvert à l'inspiration du poëte, du peintre, 
du sculpteur, de l'architecte et du musicien. 
Pour ne parler ici que de Jésus-Christ, \\r(h> 
totype divin de l'art chrétien, que remar- 
quons-nous dans tout le cours de sa vie 
mortelle, si ce n'est une suite continuelle 
de contrastes et d'oppositions ? 

Il naît, dit saint Bernard ( 178 ), d'une 
femme obscure, mais singulièrement élevée 
au-dessus de son sexe par la virginité qu'elle 
conserve dans l'enfantement. 11 est envelo|>> 
pé de langes, mais des milliers d'esprits 
célestes célèbrent sa naissance par leurs 
harmonieux concerts; il est caché dans une 
étable, mais une étoile miraculeuse attire 
des rois à son berceau, et cet enfant est as- 
sez fort pour réduire au silence les oracles 
du mensonge répandus dans tout l'univers. 
Si, pour nous apprendre l'obéissance, il veut 
bien se laisser . circoncire selon la loi de 
Moïse, il reçoit dans cette circonstance, un 
nom au-dessus de tous les noms. S'il permet 



iilSï Sârmr kÊ.n 



•il. tu 



• :• 



.•I 



171 



CON 



D*ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



CON 



I9S 



2i*on le conduise au tem(>le pour y satis- 
ire à la loi de la présePMlion du premier- 
né, un vieillard inspiré le proclame la lu- 
mière des nations et la gloire d'Israël, devant 
une assistance qui n*eût pas reconnu ces 
litres sublimes» a rextérieur simule et vul- 
saire dont il était environné. Des Tâge de 
douze ans, il excite par la sagesse de ses dis- 
court Fadmiration des docteurs assemblés 
dans le temple. Il commence Texercice de 
son ministère apostolique (>ar le changement 
miraculeux de Teau en vin, opéré en pré- 
sence d*un grand nombre de témoins aux 
noces de Cana. Bientôt la Judée retentit du 
bruit de ses prodiges. En vain ses ennemis 
ebercbent à le couvrir de mépris, en rappe- 
lant la pauvreté de ses parents, l'obscurité 
de son origine et du lieu d'où il est sorti. 
Il commande, et les aveugles voient, les 
sourds entendent, les morts ressuscitent. 
Tantôt il multiplie les pains dans le désert, 
pour nous apprendre qu'il ne s'est fait pau- 
vre que pour nous enrichir de sa grAce. 
Tantôt il marche sur les flots, pour faire 
voir qu'il est le même Dieu qui divisa les 
eaux de la mer Rouge, afin de frayer au mi- 
lieu d'elles un passage aux enfants d'Israël. 
Il commande à la mer agitée par une vio- 
lente tempête, et ia mer reconnaît la voix de 
celui qui lui dit jadis, en lui montrant son 
rivage : C^est ici que lu viendras briser la 
fureur de les flots. « Hic confringes lumentes 
ftuciuê luos. » (Job xxxvin, 11.) 

Suivons-le sur le principal théâtre de ses 
douleurs et de ses humiliations. Quel est 
cet homme de douleur, attaché à une croix 
ignominieuse, en butte à la colère, à la dé- 
nsiod d'une soldatesque effrénée et d'une 
populace en furie? Depuis la plante des 
pieds jusqu'à la tète, son corps n est qu'une 
plaie. L'insulte, le mépris, les plus sanglants 
outrages lui sont prodigués comme au der- 
nier des mortels. 11 s^était coaiparé lui- 
même à un ver de terre, et non à un homme 
(179). Mais là où l'abaissement du Sauveur 
apfiaralt dans toute son étendue, sa divinité 
brille aussi dans tout son éclat. Et n avait-il 
pas déclaré lui-même qu'il était libre de 
quitter ou de reprendre son âme à son gré? 
ae détruire le temple de son corps et de le 
réédiUer ftn trois jours ? Mais il n attend pas 
même le court intervalle de ces trois jours 
pour prouver qu'il n'a point cessé un ins- 
tant d'être Dieu. 11 ne peut parler, mais la 
nature répond pour lui. Entendez la terre 
trembler, les rochers se fendre, les voiles 
du temple se déchirer. Voyez le soleil s'é- 
clipser, les morts sortir du tombeau. Jésus, 
en rendant son dernier soupir, ébranle la 
Tâature tout entière. Aussi, ceux qui l'insul- 
taient .<(ont les premiers à reconnaître sa di- 
vinité, et ils s'écrient avec le centurion : 
Celui-là était véritablement le Fils de Dieu 
(180). 

(179) Ego enim vermis et non homo^ opffrobrium 

kominum et abjeciio plebis. (PsaL xxi, 7.) 

(ISO) \ere filivs Bei erat iste. (Matth. xxvii, 5i.) 

(181) Eum qui modico quain artgelis mittoralus est, 

wéàemuê Jesum prifpier puisicnem morti», ghria et 



Isaïe, après avoir raconté Jes souffrances 
et l'abjection de cet homme-Dieu, oppose au 
tableau de ses humiliations celui de la 
gloire de sa résurrection. //rerra, dit-il, le 
fruit de ce ^e son âme aura souffert. Le 
Seigneur lut donnera pour héritage une 
grande multitude^ et il distribuera les dé' 
pouilles des fortSy parce qull s'est livré à la 
mortf et quHl s'est mis au nombre des scélé- 
rats. {Isa, LUI, jpa<5tm.| 

// s est humilié^ dit 1 Apôtre, en se rendant 
obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort 
infâme de la croix. Cest pourquoi DieUf 
après Cavoir ressuscité^ Va élevé par-dessus 
toutes choses^ et lui a donné un nom qui est 
au-dessus de tous les noms^ afin qu'au nom de 
Jésus tout genou fléchisse dans le ciel^ sur 
la terre et dans les enfers^ et que toute tangue 
confesse que le Seiqneur Jésus-Christ est aane 
la gloire de son Père. [Phiiipp.^ ii,8-ll.) 

C'est ainsi que celui qui s était abaissé un 
peu au-dessous des anges par l'humilité de 
son Incarnation, nous le voyons aujourd'hui 
couronné d'honneur et de gloire, a cause de 
ses souffrances et de ses humiliations (181). 

C est ainsi que le Fils de Dieu, assis à la 
droite du Père, au plus haut des cieux, rè^ 
gne maintenant dans cette gloire dont ses 
souffrances lui ont ouvert l'entrée, gloire si 
éclatante, que toutes les beautés de la terre 
ne sauraient nous en donner une juste idée. 
N'a-i-elle i)as, en effet, ébloui les apôires 
sur le Thabor, et renversé les i^oldats gar- 
diens du sénulcre? Le soleil même s'éclip- 
sait devant l'auguste face de l'Homme-Dieu, 
jadis couverte de crachats, et les cicatrices 
de ses plaies, nobles marques de ses com- 
bats, feraient pâlir les astres les \)\us ra- 
dieux. Cest donc en cet état de gloire que 
Jésus règne dans les cieux, en attendant que 
son Père, à la droite duquel il est assis, ait 
successivement réduit tous ses ennemis à 
lui servir de marchepied (182). 

Qu'elles sont froides et puériles, les don- 
nées de la mythologie même la plus rele- 
vée, auprès de cette série de contrastes sai- 
sissants que nous révèlent dans le mystère 
de rincarnation,la naissance, la vie, la mort, 
la résurrection et réternelle gloire d'un 
Dieu 1 Quelle mine féconde d'images et de 
sentiments, ces sublimes contrastes offrent 
an génie du peintre, du poëte et du musi- 
cien 1 Mais aussi, combien elle est immense 
et multiple la place que Jésus-Christ, ce 
prototype divin, occupe dans les innombra- 
Dles compositions de Tart et de la peinture, 
en particulier, depuis bientôt dix-neuf siè- 
cles écoulés 111 faudrait des volumes pour 
en donner seulement l'indication sommaire 
et rapide; ce serait une chose plus facile 
encore de lesénumérer, que d'en apprécier 
dignementla profonde, Tinénarrable beauté. 
Néanmoins, nous essayons d'émettre quel- 
ques considérations à le sujet, dans les ar- 

honore coronatum, (Hebr, ii, 7-9.) 

(482) Dixit Dominus Domino meo : Sede a dextris 
meisy—donec ponam inimicos tuos, scabellum jfeduni 
tuvruin. (PiuL cix,l.) 



IW 



CON 



DiCTIONNAIREl 



CÔ^ 



un 



tideS PslirrUBE M TSTlQCEf JisUS-CHBISTyTT- 

MIS, etc. An mot Marte, nous verrons égale- 
ment les admirables contrastes que présen- 
tent aussi la rie, la mort, la gloire et les 
ineffables prérogatives de cetie auguste 
Vierge-Mère de Dieu. Nous ne parlons pas 
de ceux que nous pouvons observer dans 
notre propre nature, parce qu'il en a déjà été 
question dans notre deuxième Dissertation 

6 réliminaire, touchant le beau surnaturel, 
ous aurons d'ailleurs Toccasion d'y reve- 
nir en plusieurs endroits de ce Dictionnaire. 
Il est d'autres contrastes que nous fournit 
la poétique chrétienne, dans les œuvres 
qu*elle la inspirées. Prenons pour exemple 
celui qui existe entre la condition humble 
de la plupart des saints, et l'expression sur- 
humaine que révèle la physionomie de ces 
fidèles serviteurs de Dieu. On dit qu'un 
grand nombre d'entre eux étaient beaux. Je 
n'ai pas de peine à le croire; mais , ce qui 
est incontestable, c'est que tous ont participé, 
plus ou moins, de cette beauté surnaturelle, 
qui est tout à fait indépendante de la beauté 
physique, et dont l'expression ne se trouve 
que dans les compositions des artistes véri- 
tablement inspirés par le génie chrétien. Or, 
cette beauté, dont nous avons déjà fait res- 
sortir la supériorité sur toutes les autres, 
est d'autant plus saillante qu*elle contraste 
avec la position infîme que la plupart des 
saints ont occupée dans le monde. Sainte 
Catherine de Sienne n*élait, on le sait, que 
la fille d'un teinturier. Ce n'est pas ici le 
lieu de raconter le rôle étonnant que cette 
humble fille a joué dans les plus grandes af- 
faires de l'Eglise. Je me bornerai , pour 
rester dans mon sujet, à faire remarquer la 
beauté singulière, dans son expression 
douce, suave et céleste , que nous révèle 
son portrait, œuvre de l'école mystique de 
peinture de l'Ombrie, beauté qui nous pa- 
rait plus admirable encore lorsque nous 
songeons que cette humble fille de la ville 
de Sienne , sans lettres , sans culture , dut 
tout, comme saint Paul, à la grâce divine, 
qui, seule, l'avait éclairée, sanctifiée et ins- 
pirée , dans les grandes œuvres de son es- 
prit et de son cœur. Aussi Catherine de 
Sienne est restée et ne cessera d*Atre un des 
pi us beaux types de femme, dont la religion 
et les arts qu'elle inspire puissent s'enor- 
gueillir. Mais il est un contraste plus sai- 
sissant encore, c'est celui de la laideur phy- 
sique de quelques saints, opposée à la beau- 
té mvstiquc de leur visage. On raconte que 
le célèbre philosophe Sourate était laid de 
figure, et que cependant les sentiments de 
vertu dont il était animé imprimaient sur ses 
traits uncarhct de beauté morale qui faisait 
bientôt oublier s{i laidnur. Combien plus la 
beauté surnaturelle, évidemment supérieure 
à la beauté morale, doit-elle contraster avec 
la laideur physique, dans la physionomie 
des saints dont nous parlons, et les rendre 
véritablement beaux, au double point de vue 
de Testhétique et de la foi 1 Ici donc, comme 
partout, ce qui est réellement bon est néces- 
sairement beau, de mAme que si on veut aller 



jusqu'au fond des choses , ce qui est Téri- 
tablement beau doit être nécessairement 
bon.(ratr notre deuxième Dissertation pré- 
liminaire sur le Beau, et les articles Ecoli 
MYSTIQUE, Peintl're, Ttpbs, etc.) Dans les 

Eays où règne le catholicisme, il est encore 
ien d'autres contrastes qui naissent de la 
religion, au profit de l'art, gui puise en elle 
les motifs de ses compositions. Ainsi, par 
exemple, Tintérieur aune église gothique 
nous paraîtra d'autant plus sévère, d'autant 
blus favorable h la méditation et au recueil- 
lement, que cette église se trouvera, comme 
Notre-Dame de Pans, dans une mondaine et 
bruyante cité. Et même les ornements ex- 
térieurs de l'auguste édifice, tels qne ses 
flèches, ses pinacles et ses clochetons, se 
montreront d'autant plus hardis, sveltes et 
élancés,qu'ils contrasteront plus sensiblement 
avec les constructions civiles et trop sou- 
vent vulgaires qui en cerneront les flancs de 
toutes parts. Le dessinateur intelligent ne 
manquera pas de saisir ce contraste, pour 
mettre plus en relief l'architecture si ori- 
ginale, si grandiose et si fortement accosée 
du temple chrétien. 

Dans le sens des considérations qui pré-, 
cèdent, on a fait observer , et non sans jus-, 
tesse, qu'une église monumentale, lors-, 
qu'elle est complètement dégagée des mai- 
sons ou établissements juxta-posés autour 
d'elle, perd beaucoup de son effet. Il est 
vrai, cependant, que tant de belles mouluras 
et de reliefs habilement traités ont été exé- 
cutés, sans doute, pour être vus et non pour 
être masqués par des bâtisses disparates en* 
tre elles, et sans rapport de style avec le mo- 
nument principal. Quoi qu'il en soit, il est 
certain qu'un grand édifice, to«t à fait isolé, 
semble moins hardi, moins imposant, parce 
qu'il n'y a plus autour de sa masse de 
constructions accessoires qui puissent Id 
servir de terme de comparaison. Le. Mont- 
Blanc, ce géant des Alpes , paraîtrait moins 
gigantesque, si l'œil pouvait le mesurer 
sans interruption , de la base au somouiC, 
qu'il ne le paraît, vu du pied des montagnes 
uéjà si hautes qui lui servent de contre- 
forts. 

S'il est vrai que les monuments religieux 
situés au centre de nos profanes et bruyan- 
tes cités tirent de ce contraste une plus 
grande beauté , ils n'en offrent pas une 
moindre, quoique dans un ordre d*idées 
différent, lorsqu'ils s'élèvent dans une vasta 
solitude, ou sur une montagne déserte et 
inhabitée. Mais alors ce n*est plus au con- 
traste, mais bien à Tharmonie de leur site, 
en rapport avec leur caractère et leur desti- 
nation, qu ils empruntent ce nouveau genre 
de beauté. {Voy, Harmonies de la Naiurê tt 
de la Religion,) 

CONTHASTiiS EN MUSIQUE. Toy.OvkÊLà. 

CONTREFORTS. Voy. Roman. 

CONTREPOINT. Musique à plusieurs psi^ 
ties. Ce mot dérive de l'usage où l'on était 
autrefois d'ajouter aux points qui servaient 
de notation^à la mélodie, d'autres poicts 
l'un sur l'autre ou l'un contre Tautre, cas- 



CON 



t)*EStHETIUUE CHRETIENNE. 



CON 



S03 



irànunetumj pour marquer les accords, lors- 
qu'on voulait barmosiser un morceau. Cette 
expression a été conservée pour désigner 
tout ce qui appartient à Tbarmonie, et à celle 
des Yoix principalement. Elle est presque 
synonyme du mot harmonie; je dis presquef 
attendu qu*il y a une diâérence entre ces 
deux mots, quant au sens respectif qu'on 
leordonne» te premier étant mieux emplo)^é 

r>Qr exprimer un genre d'barmonie soumis 
des règles sévères, et propre au style ec- 
clésiastique ; le second se prenant dans une 
acception plus étendue, pour désigner la 
science et la pratique des accords en jgéné- 
ral. Néanmoins, comme Tbarmonie doit son 
origine è la liturgie catbolique , c*est pour 
rarticle qui lui est consacré dans ce Diction- 
naire que nous réservons les quelques dé- 
veloppements d'esthétique qu'il exige. 

II y a plusieurs sortes de contre-point : il 
y a le contre-point simple h deux ou à 
plusieurs voix, qui consiste dans les notes 
d^une égale valeur, qu'on place les unes 
contre les autres; c'est pourquoi on l'ap- 
pelle aussi contre -point égal. C'est 5 ce 
genre de contre-point, le plus usuel, le 
plus ecclésiastique , qu'appartient le faux- 
bourdon. 11 y a le contre - point inégal 
ou figuré^ qui consiste, à mettre deux, trois 
ou quatre notes contre une note de la 
mélodie. Si l'on ajoute à ce chant des mélo- 
dies composées de diverses valeurs de temps, 
on aura le contre-point mixte ou fleuri 
qui réunit toutes les autres espèces de eoii- 
tre«point. H v a encore le contre-point dou- 
ble susceptible d'être renversé, de manière 
h ce qu'on puisse transporter, par exemple, 
à la basse fa partie supérieure, et récipro- 
quement, sans (jue l'harmonie cesse d être 
bonne et régulière. Il y a aussi le contre- 
noint fagué qui admet la variété de su- 
jets^ la variété d'intonations et plusieurs 
autres ressources propres à rendre une com- 
position noble et savante (183). 

C'est dans le eenre du contre-point fuguéi 
que sont chantées à Rome les principales 
parties de la messe solennelle par les cha- 
pelains chantres pontificaux. En entendant 
cette musique si calme, si douce et si va- 
riée, on peut encore se faire une idée de ce 
au'elle devait être k l'époque de sa splen- 
eur. Les parties de la messe dont le texte 
Tarie fréauemment , telle que l'Introït, le 
Grmiuel , l'Offertoire , la Communion, sont 
exécutées en contre-point simple, note con* 
Ire note; tandis que les parties immuables, 
comme le Jfyne, le Gloria^ le Credo ^ sont 
chantées en contre-point fugué, et traitées 
lYec tous les ornements et les artifices har- 
moniques dont ce genre de composition est 
•osceplible. C'est , du reste i un Ubage fort 

(ISS) Au moyen de ce contre-point, on peut va- 
rier la nodolalion par des combinaisons surpre- 
Biolefl, arrêter agréablement Tattention de l'audi- 
tear toujours sur le même sujet, et enriehir cousi- 
dérablemeal l'harmonie^ Dans les compositions 
frandioses, les traits de conire-point fugue produi- 
sent àes effets merveitieux et des beautés d*un genre 
tout à fait particulier. (Dictionnaire de musique, de 

DicTioasi. d'£stbétiqik. 



ancien à la chapelle pontiGcale(18i^) de chant- 
ier presque tout l'office à quatre voix, sans 
accompagnement. L'unisson ^est si rare- 
ment employé < qu'on peut dire que l'har- 
monie des voix y règne en souveraine depuis 
des siècles. 

Les accents du contre-point ecclésiastique 
ont quelque chose de gravé, de solennel et 
de mystérieux qui vous saisit jusqu'au fond 
de l'âme et vous pénètre de joie et de res- 

[)ect, surtout lorsque l^accompagnemtnt de 
'orçuo vient mêler sa religieuse harmonie 
à celle des divins concerts. C'est ce que l'on 
éprouve, par exemple tous les dimanches, 
en assistant è la messe capitulaire de la pri- 
matiale de Saint-Jean de Lyon, dotée par son 
illustre pondfe, Mgr le cardinal de Bonald, 
de l*un des plus beaux chœurs de chant qui 
existent dans la catholicité. Quelle inexpri- 
mable harmonie résulte de cet heureux mé- 
lange d'un si grand nombre de voix d'en- 
fants, de ténors et de basses qui| unies è 
l'orgue sacré, font retentir la noble basili- 
que d'accents inconnus jusque-là! Un tel 
effet s'explique par la /ona/i7^ du plain^chantf 
gui préside à cette harmonie et la préserve 
infailliblement des atteintes du système 
musical moderne, en lui servant de base 
inébranlable, loy. les art. CoNSONNANCEf 
Harmonie, Musique, Opéra, Orgue, InÉAL, 
dans lesquels nous trailon.s les questions qui 
se rattachent au contre-point. 

CONTRE-SENS. Ainsi que ce mot l'indi- 
que, l'artiste qui rend une pensée, une 
affection, une ima^e, autre que celle que 
lui impose son sujet, commet un véritable 
contre-sens. Il y en a de plusieurs espèces^ 
Il y en a dans le caractère, lorsque, dans un 
lableaiii par exemple, un personnage d'un 
rang élevé nous présente les traits vulgaires 
d'un homme de basse condition. Il y en a 
dans le lieu, lorsqu'on fait entendre, par 
exemple, dans une église une musique 
bruyanteetguerrière^qui conviendrait mieux 
sur un champ de bataille que dans le tem-* 
pie consacre à la prière et au recueille- 
ment. 11 y en a plusieurs autres qu'il serait 
trop long d'énumérer. Mais le plus cho- 
Guant de tous est celui qui se produit dans 
{ expression. On peut ajouter que c'est au- 
jourd'hui le plus fréquent ; on ne le rencon- 
tre que trop souvent, en effet, dans les œu- 
vres modernes de la peinture, de la sculp- 
ture, de l'architecture et de la musique. 
Toutefois^ il est juste de reconnaître la ten- 
dance contraire qui se manifeste depuis 
quelque temps, grâce à l'étude dt) plus en 
plus populaire des principes de l'esthé- 
tique. 

Ce qui rend le contre-sens si choquanf^ 
en fait d'art, c'est qu'il est la violation Ua- 

Licbtental. Paris, lfô9, toni< II.) 

(i8i) H ne faut pas coiilundre le collège des musi- 
cien» chantres du Pape avec celui deg musiciens 
attachés au chapitre de la basilique de Saint-Pierre. 
Ceux-ci sont plus nombreux, et leurs chants, accom- 
pagnés de Torgue, appartiennent plutôt au style li^ 
bre ou idéal de la musique moderne qu'à celui d^ 
Tanlique et mâle contre-point. 

7 



«n 



CON 



DICTIONNAIRE 



CON 



ÎM 



§i^ante de Tune des principales règles éter- 
nelles du beau, la convenance. Cette viola- 
iiôn est particulièrement choquante dans les 
CBUTres de Tart chrétien, à cause de la gra- 
Vjté et de la sainteté des sujets sur lesquels 
il s'exerce, dans la peinture notamment. 

UneoBUvre d'art, fut-elle parfaite d'ailleurs, 
si elle renferme un contre-sens, elle cesse 
par là d'être beHe, et n'inspire jjlus qu'un 
sentiment pénible à l'homme de goût qui 
la considère ou qui l'entend ; ses plus hau- 
tes qualités de style et de composition ne 
sauraient racheter en faveur d'un artiste le 
défaut de convenance et d*harmonie d'oil 
résulte le contre-sens. Nous en donnons un 
'exemple frappant dans l'article suivant, en 
ce qui concerne la musique sacrée. Pour 
éviter les répjflitions, nous y renvoyons le 
lecteur, ainsi qu'aux mots. Caractère, Ex- 
pression, Harmonie, etc. 

CONVENANCE. Ainsi que nous venons 
d'en faire la remarque dans l'article précé- 
dent, la convenance est une des principales 
et éternelles règles du beau. Elle ne souffre 
aucune exception, et rien ne saurait la sup- 
pléer. On chercherait vainement la beauté 
ià où elle n'existe pas. Au contraire, les su- 
jets les plus ordinaires, les monuments les 
plus simples tirent d'elle seule! un certain 
genre de beauté qui plaît h Tesprit et le sa- 
tisfiiit. Une statue d'une exécution com- 
mune, mais dont la pose» les draperies et 
surtout l'expression se trouveront en rap- 
port avec la nature du personnage qu'elle 
représente , offrira ce genre de beauté qui 
vient de la convenance, et qui produit tou- 
jours son elfet. 11 en sera de même d'un 
édifice, d'ailleurs ordinaire, mais dont la 
disposition et les lignes principales seront 
en harmonie avec la destination à laquelle 
il a été affecté. Cet édifice sera réellement 
plus beau, à cause de ce caractère général 
de convenance que l'architecte lui aura 
donné, qu'un autre qui serait plus riche 
plusoriginal, qui serait même orne de chefs- 
d'œuvre dans ses détails accessoires, mais 
dont l'aspect général jurerait avec la fin prin- 
cipale pour laquelle il aurait été construit. 
C est ce qui fait qu'une reproduction fidèle 
<lu Parthénon d'Athènes pourra être en soi 
quelaue chose de fort remarquable , ce qui 
ne 1 empêchera pas d'être aussi quelque 
chose de fort détestable, du moment où Ton 
voudra affecter à un temple chrétien ce tvpe 
célèbre du temple païen. On dira peut-être 

(185) Décorum eniin quod bonum, avait déjà dit 
taiiil Ambroise, dans son ouvrage De Isaac et anima^ 
c. 8. Ce principe l'ondameniai : c Rien n'est beau 
que ce qui est bon ; i on le trouve dans presque 
tous les ouvrages* des saints Pères. Ils en font Tap- 
piication aux parties diverses du corps humain. 
« Aucun corps, disent-ils, n'est beau, s'il n'est con- 
formé de la manière la plus convenable à sa desti- 
nation. I (Clément d'Alexandrie, Pœdagog., Ub. ii, 
€. 12.) Ce principe était aussi celui de saint Au- 
|iistiii {De ordme^ lib. ii, c. 2), et de la plupart des 
écrivains de cette ép<Hiue, presque tous héritiers des 
maximes de Platon, ils le rapportaitmt à' l)ieu qui, 
.dans leur pensée, était souverainement beau, parce 



Îue c'est là une vérité qui saute aux yeux. 
'où vient donc qu'elle est généralement 
si peu comprise des hommes du métier? 

Terminons par un dernier exemple, que 
nous prendrons dans le domaine de la mu- 
siaue. 

je suppose que les meilleurs chanteurs et 
cantatrices des théâtres lyriques de Paris 
exécutent dans une église, pendant rofBoB 
divin et en présence aun grand nombre de 
fidèles, quelques cavatines, duos, trios et 
chœurs de l'opéra du Barbier de Siéville de 
Rossini , le tout accompagné d'un or- 
chestre à la hauteur de cette musique si 
brillïinte, si originale, du grand maître ita- 
lien. Sans doute, cette musique ainsi par- 
faitement rendue, sera, intrinsiquemens ^ 
quelque chose de délicieux, de ravissant, 
et comme mélodie fraîche, gracieuse, toute 
d'inspiration, et comme harmonie riche, va- 
riée, inépuisable dans ses heureuses com- 
binaisons. Ce* sera en un mot, en soij de la 
belle, de l'admirable musique, tout comme 
au théâtre Italien- Pourquoi donc l'audition 
d'une telle musique, en un tel lieu, et dans 
une telle circonstance, ne produira (lu'un 
sentiment de répulsion et de dégoût stir 
toutes les personnes de cet auditoire qui 
conserveront encore une lueur d'intelligence 
et de bon sens? Pourquoi se récrieront- 
elles et diront-elles avec toute raison que 
c'est là une musique détestable, du dernier 
mauvais goût? Pourquoi? parce que la con- 
venance, cette règle suprême du beau en 
toute chose, est ici ouvertement violée, et 
quant aux paroles sacrées auxquelles on a 
osé adapter une musique si mondaine, et 
quant au lieu saint qui en retentit, et quant 
au personnel chargé de la rendre. Oui, cette 
musioue si vive, si légère, si étincelante et 
si belle au théâtre, parce qu elle y est à sa 
place, sera ici mauvaise, détestable, dans 
toute l'acception du mot, parce qu'elle y 
sera dé()lacee de toutes manières. On aura 
beau objecter cet axiome trop facilement 
accepté : « L'art pour l'art. )» Nous répon- 
drons que la loi suprême de l'art, c'est la 
convenance et l'harmonie des choses entre 
elles, et que du jour où cette grande loi 
aura été foulée aux pieds, tout dans l'art, 
comme dans les institutions, se précipitera 
dans une profonde anarchie. Ceci est une 
preuve de plus des rapports intimes, néces- 
saires, qui existent entre le beau et le bien 
(185). Nous ne pousserons pas plus loin cet 

qu'il était souverainement bon. Mais ils rappli- 
quaient également aux objets terrestres, dont la 
beauté n^etait à leurs yeux que Témanation de edk 
de Dieu, c Un des caractères de la beauté dn eorpt, 
disait saint Clément d'Alexandrie (lœ. ^«k ^ 
d'offrir des signes de la beauté de Pâme. % — f Toct 
belle, mon amie, disait saint Grégoire de Njaie 
(loc. df., hom. 45), tu es belle comme la verUi. i 

Mais, dans les choses qui tombent sons les aeM, 
la convenance, qui n'est que le synonyme de rer<dR 
et de riiarroonie, était pour eux la |>rerolère coïkK- 
tion du beau. « La beauté, disait saint Grégoire et, 
Nysse(Ora/., 22), ne saurait exister sans la symétrie 
et l'ordre ; elle est plus admirable dans tm tam qer 



cou 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



COU 



article » puisqu'il trouve son complément 
dans ceux que nous avons indiqués plus 
haut. 

CORMONT (Renault db), ttn des architec- 
tes de la cathédrale d*Amiens. Voy. Amiens. 

CORNELIUS, peintre allemand. Voy. Ca- 
lAcriRE. 
CURSINI (Chapelle). C*est la première 

gL*on trouve à gauche, en entrant dans la 
silique de Saint-Jean de Lairan. Cette 
chapelle, en forme de croix grecque, fut éle- 
vée par Clément XII, à son ancêtre saint 
André Corsini, evèque de Fiésole. BAtie en 
lT3b sur les dessins d'Alexandre Galiléi, 
elle offre un des plus parfaits modèles du 
genre, tant à cause de la simplicité et de 
runité de son plan qu'à cause du choix in- 
telligent et de l'application heureuse des 
motifs de son ornementation, complètement 
en rapport avec l'ensemble et le caractère 

f[énérai du monument. On peut dire que 
a beauté du travail y égale la richesse des 
matériaux. 

La chapelle Corsini, avec sa splendide dé- 
coration architecturale, avec les marbres 
firécieux et variés, les statues, les bas-re^^ 
iefs, les peintures, les mosaïques, les stucs 
dorés qui y sont partout prodigués, est sans 
contredit une des plus belles chapelles de 
l'univers. Seulement , il est à regretter 
qu'elle ne soit point liée architecturalement 
au corps de la basilique Conslantinienne, 
dont elle forme un accessoire tout à fait 
indépendant, qui n*a pas sa raison d*ôtre là 
plutôt qu'ailleurs : ce défaut est, du reste, 
plus ou moins sensible dans la plupart des 
chapelles les plus renommées des basili- 
ques de Rome : ce sont de véritables hors- 
d'oBOvre par rapport aux monuments aux- 
quels elles tiennent comme dépendance ac- 
cessoire, ce qui toutefois ne diminue en 
rien leur beauté intrinsèque. Nous faisons 
spécialement cette remarque au sujet de la 
basilique de Saint-Pierre» dans la disserta- 
tion critique que nous avons consacrée à 
cet édiûce. Voir saint-Pierre de Rome. 

COULEDRS.II nesaurait être question dans 
cet article de notions tecliniques et physi- 
ques sur les couleurs. La nature de notre 
livre suffit pour nous indiquer les aspects 
sous lesquels nous pouvons traiter ici un 
sujet aussi vaste et aussi compliqué. 

C'est dans la peinture que la couleurjoue 
son principal rôle. Personne n'ignore que 
le prisme de Tarc-en-ciel en donne les sept 
nuances qui, elles-mêmes, par mille grada- 
tiooi imperceptibles se subdivisent, pour 



ainsi dire, à TinGni. Les sept notes de la 
musique ont ce rapport avec les sept cou-* 
leurs génératrices de la peinture^ qu'au 
moyen des nombreuses modifications dooi 
elles sont susceptibles, elles suffisent aux 
développements de la mélodie la plus bril** 
lante et de l'harmonie la plus compliquée, 
de même que les sept couleurs du prismei 
grâce aux combinaisons si étonnantes aux- 
quelles elles se prêtent, suffisent également 
au peintre habile dans son art, pour expri-* 
mer les teintes les plus riches et les plus 
variées. 

• L'emploi des couleurs a toujours occupé 
une place plus ou moins importante dans 
la peinture chrétienne, et même il n'a pas 
été étranger à la décoration de l'architecture 
de nos églises. Pour ne parler ici que de la 
peinture , et de la plus noble dans l'art 
chrétien (celle des mosaïques), nous lisons 
dans les historiens du règne de Constantin 
que cet empereur fit orner les quatorze 

fraudes églises qui venaient d'être érigées 
Constantinople d'incrustations de mar* 
bre de diverses couleurs, et qu'il les enri- 
chit de peintures, de sculptures, de dorures 
et de mosaïques, avec une incroyable ma- 
gnificence (186). Au mot Basiliques fde Rome) 
nous donnons quelques extraits d Anastase 
le Bibliothécaire, dont la lecture nous ap- 
prend que ce grand empereur décora avec 
une égale magnificence les basiliques de 
l'ancienne capitale de son empire de ces 
splendides mosaïques dont quelques-unes, 
conservées ou habilement restaurées, sont 
encore aujourd'hui les plus beaux ornements 
de ces temples augustes. 

L'histoire de l'emploi des couleurs et de 
son influence sur la peinture et sur l'art 
chrétien en général, depuis Constantin jus*- 
qu'à nos jours, ne saurait être comprise dans 
un article comme celui-ci, puisqu'elle em^ 
brasse nécessairement la peinture à l'eu- 
caustique, la fresque, la peinture à rhuile, 
les vitraux de couleurs, sans parler de la 
mosaïque, la plus ancienne des peinturer, 
dont nous venons de dire un mot. Nous ne 
pouvons donc que renvoyer le lecteur à 
chacun de ces articles, pour les détails que 
comporte un sujet aussi important et aussi 
varié. 

Pour les peintres qui ont cherché parti- 
culièrement a obtenir de Tetfet au moyen 
du coloris , voy. Venise. 

Les sons ont également, dans la musique, 
et principalement dans la musique instru- 
mentale, leurs couleurs. Voy. Orchestre, 

l'iMBRB. 



daas SCS parties. » — c Le licau accompli consiste 
tfaRt ftinilé, diisit snint Augustin (De ver a reli- 
pmêgf c. 30, 51, 34, 39). Homme, qui es-tu pour 
le llalter de leconnatlreTOieu seul ?oit funilé ub* 
tohie, leol il etl Tuniié : faible créature, qu'il te 
Miffite d*apprécier le convenable; là est !e beau pour 
loi, le teel htau doot puisse jouir la oature mor- 
tcUe. > 

<IM) Indépendamment des chcts-d'œuvre des 
arts transportés à grands frais à Constantinople, 



de Rome, de la Grèce et de TAsie, pour orner les 
édidces publics, il lit etécuier un nombre înAni de 
tableaux, de statues, de bas-reliefs, représentant 
Jésus-Christ, la Vierge, les propbètes, \t» apôtres. 
— On bâtissait en même temps des églises à Romet 
à Naples, à Capoue, à Antioche, ^ Tyr, à Jérusa- 
lem, à Bethléem et dans toutes les vdies de rem** 
pire. {Histoire de la peinture au mojfen 4^, par 
£merir David, p, 2 et 3.) 



i07 



CXID 



DICTIONT^AIRE 



COU 



Ënfin> il y a ce que Ton a appelé, dans 
ces derniers tenipsy la couleur locale^ qai 
consiste à donner à un tableau quelque 
chose de la physionomie du site, au lieu, 
où se passe la scène qu'il reproduit, et à la 
musique le caractère du pays, des mœurs 
et de répoque des personnages dont elle 
exprime les sentiments divers (187). Nous 
ne pouvons qu'indiquer rapidement des 
notions de ce genre, attendu qu^elles ne se 
rattachent, surtout en ce qui concerne la 
musique, que fort indirectement è Testhé- 
tique de Part chrétien. 

Il n'en est pas de même du symbolisme 
des couleurs re|)résenté dans les pierres 
précieuses, qui fleurit surtout durant Vépo- 
que hiératique, avant le xiii* siècle, et qui 
exerça la science et l'imagination des au- 
teurs mystiques de celte époque si extraor- 
dinaire et si peu connue. Nous nous borne- 
rons seulement ici à la symbolique des 
douze pierreries énumérées dans rApoca- 
lypse comme fondements de la Jérusalem 
nouvellct et nous suivrons pas à pas l'ex- 
])lication aussi intéressante que solide 
qu'en donne Mme Félicie d'Ayzac, dans sa 
Tropologie des Gemmes (188), avec les savan- 
tes notes qui l'accompagnent et que nous 
reproduisons également. 

« Par un (autre) rapprochement avec les 
saintes Ecritures, les verrières non histori- 
ques rappelaient spécifiquement la plupart 
des vertus chrétiennes, et cette allusion 
consistait dans la nature diaphane et les cou- 
leurs de leurs Vitraux. On trouvait effecti- 
vement en eux lapparence des pierreries, 
et chaque pierre précieuse était Vemblème 
de quelqu un d*enlre ces trésors (189). 

« il serait malaisé sans doute de rallier 
complètement en un corps d'ouvrage les 
innombrables allusions rattachées au nom 
de chacune des pierreries, sous ce règne de 
('hermétisme, et même à celles seulement 
qui sont mentionnées dans la Bible ; il l'est 
moins de trouver dans les commentateurs 
des livres sacrés la signitication précise de 
quelqu*une de leurs séries, par exemple, 
les douze pierres qui forment les fonde- 
ments de la sainte Jérusalem, au chapitre 

(187) Voy. Op#.r\. 

(188) Annales Archéologiques, tom. V, l8iS. 

(189) Son enim unius coloris Ecclesiae /i/tt smnt, 
sei pro diversUale virimum, quasi quœdam gemmœ 
diversi coloris in eis refulgent, (S. Biuiiou. Âsteiis., 
ËxposUio super Penlatench,, c. 50.) 

(190) On appelait raliuiial une pièce de broderie 
de forme carrée el d*un tissu fort précieux, que le 
grand prêtre portail sur sa poitrine, et qui était 
chargée de quatre rangs de pit^rres précieuses (irois 
par rang), sur c.acune destiuelles était sravé le 
noni de l'une des douze tribus u Israël. (Exod, xxvui, 
i,4, 15, 17,21.) 

(191) Allusion presque toujours attribuée împU- 
citeiuenl k ce nouibre pendant les temps biéraii- 
ques, c*e8t-à-dire, antérieurs au xiii* siéi'le, et qui 
leur survécyt longtemps. C'est ainsi qu'Innocent lit 
ÎQlerprétaii quatre anneaux qu'il envoyait au roi 
d'Angleterre. 

(iSî) Innocent III, De sacro aUaris mysierio, liv. i, 
€. w et ^7. — S. *Bruuo. Asteus., Exposilio super 



21 de l'Apocalypse, et des douze pierreâqoi 
ornaient chez les Juifs le rational du grand 
pontife (190). Disposées sur quatre rangjées, 
chacune formée de trois gemmes, elles abon- 
daient en allusioRs ; le nombre quatre pour 
les rangs signifiait les quatre vertus cardi- 
nales (191), et le nombre trois» pour les 
gemmes, les trois vertus théologales (19S). 

«De plus, chacune de cespierres, par sa na- 
ture spéciale, ses propriétés, sa couleur, r4- 
pondait à plusieurs vertus, surtout à une 
dominante; et, par des rapports implicites 
dont l'histoire donne la clef, cette vortn 
symbolisait dans le rational du grand prê- 
tre, Tun des douze tils de Jacob, chefs et re- 
f)résentants des douze tribus (193), et dans 
a série des fondements de Jérusalem, «o 
apôtre. Quelques-unes font à la fois allusion 
aux deux personnases, parce qu'elles sont 
mentionnées dans 1 une ou dans l'autre sé- 
rie (19i). 

« Les douze pierreries énumérées dans TA* 
pocalypse comme fondements de la nouvelle 
Jérusalem , sont le jaspe ,' le sanbir , la 
chalcédoine, l'émeraude, la sardonii, la 
sarde, la chrysolitbe , 1^ béryl, la topaze, h 
chrysopase, l'hyacinthe , l'améthyste ; et les 
douze du rationnai sont : la sarde, la topaze, 
Témeraude, rescarbouole,le saphir, le jaspe, 
le ligurius, l'agate, l'améthyste, la chryso- 
liihe, l'onyx, le béryl. Nous allons donner 
l'interprétation du sens m;^stique de ces 
gemmes et de deux autres pierres, le grenat 
et le diamant, souvent mentionnées dans les 
livres saints, pour signifier des mérites, des 
qualités ou des vertus. 

« Voici donc la symbolique des pierres pré- 
cieuses : 

« Lejaspe^ pierre opaque, dure, souvenl 
d'une nuance verte, était , par ces trois ca- 
ractères,, propre à représenter la foi (195). 
L'impénétrabilité des mystères auxquels la 
foi est appliquée avait un rapport implicite 
avec l'opacité du jaspe ; la dureté de cette 
pierre en exprimait la fermeté ; l'allusioo de 
la couleur verte en rappelai! la persistanoe, 
ainsi que l'éternité des choses divines (196) 
qui en sont le domaine et l'objet. Le jasi» 
re[)résenta Gad, dont le nom signifie arm^^ 

Peniat. — Exod. xxvni. — Et dans les comiiieili- 
teurs et les gloses, passim, 

(193) Quelquefois aussi, dans le raliimal , les 
apÀtres simultanément avec les palriarebes. (S. 
lirunon. A8ten&., Expos, stip. Exod.) 

(194) Ce sont le jaspe, le sapliir, rémeramle, h 
sarde, la chrysoiithe, le béril, la topaze, l*aiMé- 
thyste, ensuite le ligurius et Tonyx ; Pun dont b 
nature est contestée et que les commentateurs 
croient identique à Thyaciulbe, fautre analogue 
à la sardonix, 

• (195) Jahpis.^quo,., fides significatur^ sine qoa 
impossibile est placere Deo, (S. urunon. Asi., Prmf, 
in lib. sup, Apocalyps,, xxi.) 

(196) Jaspis virtdem habet colorem.., Tmii er§$ 
colore Dominufi tester apparere ro/ntl, m nokiê m- 
sinuaret quid appelere debeamuh. Ilabet etdm Daâtt- 
ttus colorein jaspidis^ quia semper viridis, semper h» 
vensn semper iiumortalis est et uunquam ad sicàiatem 
veniens. (S. Brun. Aslens., Pnrfai. sup, lib. Apos^ 
lyps, lY. — Et viJ. in Oloss. iu Apocahjps.^ iv.) 



cou 



D'ESTilETlQW: CHRETIENNE. 



COU 



210 



heareux, pèt à l'attaque , et dont la triba 
précédait Us autres pendant la marche et au 
eombat. Le jaspe figura aussi le prince et le 
chef des apÂtres , Pierre, fondement de l'E- 
glise, Pierre k qui Jésus-Christ lui-même a 
prorais la stabilité (197). 

« Le saphir^ dont la couleur tendre rappelle 
Féclal de l'azur, et qui souvent ponctué d'or 
resplendit aux feux du soleil , était l'espé- 
rance chrétienne, et la sainte contempla- 
iion M98). 11 représentait Nephtali, ancêtre 
de plusieurs apôtres dont les paroles admi- 
rablesi comme ravait prédit Jacob (Cen.xux, 
il) étaient dignement exprimées par l'or et 
la couleur du ciel. Le sapliir désigne, selon 
Arétas, saint Paul', adjoint au chœur des 
douze apôtres, mais en môme temps et spé- 
cialement saint André, dont le nom exprime 
une âme virile, et qui, ravi en Jésus-Christ, 
pendant les deux jours de retraite qu'il 
passa en sa compagnie , aussitôt après son 
appel, s'enflamma de sa charité et quitta 
pour toujours le siècle (199). 

«La cAo/c^dotfif, sorte d'agate,d'une nuance 
trouble et comme voilée de nuages, pâlit à 
la clarté du jour, mais resplendit dans les 
ténèbres ; c'est la douce miséricorde (200) , 
objet de mépris pour le monde, mais Dénie 
du maître .du ciel; c'est encore Thumilité 
modeste et qui se platt dans lombre (201) , 
mais précieuse et rayonnante pour celui qui 
▼oit dans la nuit (202). L'éclat flamboyant 
qu*elle jette l'assimilant à l'escarboucle, lui 

(197) Jaspis gemma firmt$$ima et virens, ideoque 
êmaragdo subsimilis, (Isid., 1. xvi, c. 7.) Jaspis 
ccngruit Cad : tribus enim Cad lOrtissima prœivit 
alias tribus ad terram promissam forlissimeque pro 
UUs dimicavit, {Num. xxxn, 25 ; Jos. iv, i!2.) -^ 
Vnde et Cad hebraice idem est quod imtructus, ac- 
mclm, armatus^ felix, (Gen, xlvhi, 19.) — Tropo- 
Upee jaspis signifie at fortitudinem fidei. Vnde et in 
AptfCatyps. Iribuitur sancto Petro^ qui est petra et 
fwsâamentum EccUsiœ post Christum; ideoque feli^ 
âier kœc petra in suis suceessoribus perdurât. (Cor* 
■cl. a Lap., tu Exod. commentar., xxvin.) 

(198) Sapfûri serenitas spem.., signifient... Uabes 
i§iiur in saphiro quod speres... (Lettre du Pape Inno- 
€emi m à Richard, roi dWngteterre.) 

(199) Saphirus, qui cœruleus est, id est cœleslis 
çolarU et aureis punctis coUucet^ quique radiis solis 
ferausuê, ardentem emittit fulgorem. Hic congruit 
Nepkiaii^ aquo plerique apostolorum prognati, aurea 
et eoHeêtis Évanaelii verba, et ut Jacob vaticina tus 
€9i (Gem» xliv, 21). eloquia pulchritudinis orbi de- 
éertmt, — TrapoL saphtrus significat, eos qui cor- 

r'ê m Urriêf mente et vita in cœtis versanlur, unde 
Apoe. iribuitur saneto Paulo, ut valt Aretas^ vel 
Mflaci, S. Andreœ^ qui amore cœti et radiis Christi, 
Vidmo apud eum tnanens, in ejus amorem exarsit, et 
Urrena amma, prospéra œque et adversa calcavit, 
WiriHs ergo Andréa* juxta nomen suum fuit Snrip, id 
eet vtr.(Clornel.aLap., in Exod. commentar., c.yiii.) 

(200) Innocent 111, {Desacr. ait. myst., I. i, c. 27) 
appelle cette pierre achates (agate) et Tassigne à la 
virrtti de miséricorde. 

(201) Beati miséricordes, quon'am misericordiam 
eousequentur (Matlh. v, 7). 

(2Uz) Chalcedonius, qui ignis effigiem subpaliidam 
quodammodo habens, in nubito et abscondito fulgoris 
jfamnuu amitlit palam autem et subdio parum quid 
ifiiet iuminis dore videtur. Hoc autem lapide apo- 
%toH et doctoret,.. etsiapud Deum magni sint meriti^ 



fit partager avec cette gemme /allusion à la 
charité, et par là elfe désignait saint Jar« 
ques , flls de Zébédée , surnommé aussi la 
Majeur, et le premier des douze apôtres q.ui 
ait versé son sang pour la foi (203). 

« VémeraudCf rappelant par sa couleur te 
pompe des champs, la jeunesse de la na- 
ture, et dont rien ne ternit Téclat (204-), sym- 
foolisait comme le jaspe, les choses d'es^ 
sence éternelle, rinalterableetvive foi (205), 
l'incorruptibilité de l'âme des justes (206) » 
arbres plantés, dit I*Ecritnre, sur le bord du 
courant des eaux, et qui ne s*efl*euillent ja- 
mais (207). La mystagogie hermétique vit 
encore dans Témeraude Juda, caractérisé 
par ta force et par Téternité du sceptre qui 
ne devait point sortir (208) de^sea mains. 

iGen. xLix, 10.) Elle y vit aussi la virsinité, 
leur du ciel tombée sur la terre, et i évan* 
géliste saint Jean, seul vierge parmi les apAi- 
tres (209). 

uLescarbouele brillait sur le rational oH 
la chalcédoine n*avait point place^ Son nom 
grec (charbon enflammé) désignait la tribu; 
de Dan, à cause de deux circonstances ; Tune 
était Tincendie de la cité de Lais par les 
Danitides; Tautre, celui des moissons des 
Philistins, parSamson, Danitide aussi. Dans, 
la langue tropologique, Tescarboucle est la^ 
charité, 

« Par upe sorte d^aniithèse, ou plutôt en 
vue du prix de la modestie (210) , Te^car- 

multumque refulgeant inter homines, tamen ignobiles, 
viles humiles et despectabiles sese ostendtoH. (S. 
Brun. Ast., prœf. in tib. sup. Apoeal.,%xi). 

(203) Chalcedonius, qui carbunculo colote ecl si- 
mÙis^ tribuitur Jacobo, fratri sancti Joannit^ quia 
ardeiu charitate Christi, primas apostolorum pro 
Christo martyr occubuit. ((^ornei. a Lap. m Exod. 
Comm., c. xwni.) 

(204) Smaragdus, quasi herba viridis est; per 
quam immorlalitatem intelligimus, quœ semper vi- 
rens, nunquam ad siccitatempervenit, (S. Brus. Âst., 
prafat. in lib. sup. Apocal., iv.) 

(205) Innocent lli, De sac. ait. myst., 1. i« c. 27. 

(206) Smaragdus, quà jaspide viridior, herbarum 
quoque viriditalem sua viriditate superare videtur; 
signihcat autem sanctorum vitam, quœ quidem post 
carnts resurrectionem $emper viridis erit^ quod nikil 
in eis erit, quod siccori vel mori possit, (S, Brun. 
ksi.,prœf.in lib. sup. Apocalyp., xxi.) 

(207) justus, tanquam lignum quod plantatum est 
sectu decursus aquarum... et folium ejus uon deftuet. 
(Psal. 1.3 et 4.) 

(208) Smaragdus maxime viret... hebraice vocaUtr 
Dareket, id est fulgurans... Smaragdus eongruit Le- 
Vf, ait Abul.y sed fallitur. Levi non computatur iiiter 
duodecim tribus. , Smaragdus est Juda^ qui si Levi 
exeludas, fuit tertiùs Jacobi filius ;, smaragdus enim 
significat Judœ fortitudinem e: sceplrum perenne, 
semperque virens usque ad Christum (Gen. XLix.10.) 
Tropoligice smaragdus significat virginitatem ; hinc 
inApocalypsi (c. xxi) tribuitur & Joanni, qui sempet 
virgo mire viruit in sua virgwiiaie. (Corn, a Lap., 
tfi Exod. Comment., xiviii.) 

(^9) Innocent Ul* ik sacr. ait. mgsterio, i. XXVII, 
liv. I. 

(210) Carbunculus, grue âvO^oÇ, id est carbo igni^ 
lus, hujus enim speciem refert ; unde et ignem non 
sentit, qua de causa apyrotus dicitur a Plinio (l.xxvii). 
Hic congruit Dau et Danitis, quia iua (ortitudine 



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MGTIONNAIRE 



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Slt 



touclefl^rait aussi cette humble vertu (211). 

H Vonux (du grec owf, ongle) est une sorte 
4ragate une, rubannéede bfanc, et à laquelle 
les anciens trouvaient avecronigle une res- 
semblance dont il est assez difficile de dé- 
terminer le motif. L'onix figurait Tinno- 
cence, la candeur (212), la sincérité et la 
vérité inviolable (213). Cette pierre était as- 
signée au patriarche Manassé et à l'apOtre 
^int Philippe (21&J. 

« La saraonix , fusion de Tonyx et de la 
sarde, était d*une teinte brillante, pourpre, 
nuancée de plusieurs couleurs, et rappelant 
Je pluft souvent celle des grains de la gre- 
nade. Elle figurait la charité vive (215), que 
désignait aussi ce fruit. Sa variété de nuances 
rappelait la fécondité de cette vertu, ses ri- 
chesses spirituelles, et son trait caractéristi- 
que qui est de se faire toute tous (216), se- 
lon 1 expression de T Apôtre (217). 

«Le^rrna^, pour les mêmes causes, avait 
une analogie complète avec Tallusion de la 
sardonyx : il figurait la charité (218). 

« La sarde^ par sa transparence et sa teinte 
approchante de celle du feu, qui passait 
nour épouvanter les bètes féroces, rappelait 
ja foi qui s'élève, qui aspire à monter sans 
mesure et s'attache aux choses d'en haut 
/218)| et en même temps le martyre (2l9j. 
Elle symbolisa Ruben, à cause de la publi- 
cité de ses scandales représentée par la lu- 
fuière, et aussi de son grand amour pour 
i$on jeune frère Joseph, qu'il défendit seul 
i^ontre tous ses frères, 

« Saint Barthélémy 9 dont le corps fut tout 
ensanglanté par le plus cruel des martyres, 
^t qui était terrible au démon, fut assimilé à 
la sarde (220). 

^xcusierunt Lah (Jud. xviii) et Samsom Dgniiidœ 
flftit..., $uccendil segetes Philisthiim {Judic. xv, 5), 
Tropobgieef carbunçulus significat ardeniem chari- 
tatem» 

i^ii) Tropologice onyx siçnificat candorem et in- 
fiocenitam. (Cornel. aLap., mExod, connn.j ixvni). 

(212) Per duos Onycltinos, significaniur veriias et 
$inceritas, Veritas per clariiatem^ sinceriias, per 
^otiditatem, (Innocent 111, De sacr. ait, myst.^ 1. 1, 
c. 20), 

(215) OuyXf ita dictus ab unguis humant simili-- 
$uaine. Rie sifnificat Manassen , ob morum cando- 
fem et humamtatem: unde et in Apocalypsi datur 
Phitinpo, (Cprn. a Lap., ibid.) 

(214) SardoniXf cujus color igneus et rubeus esi^ 
et ^MMt granum malorum granatorum^ ciaris^ime 
ruttiut^ per quem charitas intelligitur. (S. Brun. 
Ast., Prœf. in lib. sub Apocalyp,, i.) 

(215) il a/a punica clarissimis et dulcibus granis 
regulariter ordtnatis plena sunt^ per quem (sic) lan- 
etorum ecclesias et congregationes ubique per totum 
mnndum intelligere possumus, in quibus Chrisd fide^ 
Us eoucordia pace^ et dilectione cunjuncti continen- 
tnr. (S. Bruno Astens., Exposit, sup, Exod. xxvi). 

(2t6) Omnibus omnia factus sum ut omncs [ace- 
rem salvo* (/ Cor. ix, 19-22). 

(217)Granati rubicunditas charitatem significat,,. 
llabe igitur in granato quod diliaas, (Lettre du pape 
Innocent III à Richard I*'^ roi d'Angleterre). 

(218) Innocent lil, De sacr. ait. myst. I. i, c. 27. 

(219) Sardiusj qui^ quod sanguinis colorent habel^ 
miriMmê nuari^frium significat. (S. Brunon. A»t., 
AwH-fa'^tt^aiif». Àfoe.^ xxi.) Sardius vero clarum et 

*m Actet, Jhnnnus habet autem et co- 



' « La cftry«o/t/he (pierre d'or),d'unjauned*or 
môle de vert, représentait la vigilance (221) 
et la sagesse (222). La nuance dorée de la 
chrysolithe la lit assignera Ephraîm, par al- 
lusion à la couronne dont Jéroboam, Ephra!- 
mite, s'empara après Salomon. et qu'il 
transmit à sa descendance. Dans le langage 
hiératique, la chrysolithe était attribuée à la 
pénitence, et symbolisait saint Matthieu 
(223). 

ff Le béryls ou algue marine, couleur de 
Teau frappée des ravons du soleil, rappelait 
la sainte Ecriture élucidée par le Sauveur, 
et aussi la saine doctrine et la science ; c'é- 
tait encore la longanimité, la force et le saint 
héroïsme, vertus tellement surhumaines, 

Su*il semble que l'Âme qui en est ornée ré- 
échisse l'être de Dieu. A cause de Tédat 
f}assagcr qu*il tire des feux du soleil*, le 
)éryl représenta Benjamin, tribu tantôt res- 
plendissante dans la personne de Salil et 
celle de saint Paul, apôtre, tantôt débile et 
décimée , comme on voit au tem^is de Mi- 
chol {Jud. II, M), où elle fut réduite à six 
cents hommes. Le langage tropologique assi- 
gna le bérvi à l'apôtre saint Thomas , parce 
que sa foi subit des vicissitudes , et |>Dur 
1 héroïsme chrétien oui , selon la tradition, 
le poussa à* Tapostolat et au martyre daoi 
les Indes. 

ff La topaze^d'nn jaune brillant, approchant 
de celui de Tor, figurait simultanément les 
vertus les plus précieuses , la sagesse. Il 
chasteté, k- mérite des bonnes œuvres; et 
cette espérance chrétienne, la seconde entre 
les vertus , sœur de la charité Apurée par 
Tor. L'invincibilité du bras fut désignée par 
la topaze; elle désigna Siméon , extermioA- 

lorem sardinis^ siquidem Deus noster est ignU «fw 
dens.., Ardeamus et nos ferrure charitatie acceaei^ 
etc. (Id., ibid.^ super Apoc, iv). 

(220) Sardius, qui ianis specie translucet signifUed 
Ruben printogenitum Jacob, cujus libido se prodidif 
tum patri, tum aliis... Sed quia tardius sufftuê 
humore hebelabalur, lihic convenit conslantiœ et ame- 
ri hujus Ruben, quo tam iwpcme conalusest Jo^epkwm 
e manibus fralrum liberare... Sardius fervidapi siffm-, 
ficat doctrinam, et pro ea martyrium: est enim èer 
lore sanguineo et igneo, quo (eris terrorem ineuti^ 
{Apocalyp, xxi); iribuiiur Bartlwlemeo qui pro Chri' 
sto ercoriatun, tolus sauguincus ideoque dœmùnibms 
terribilis [uit... elc. (Coniei. a Lapide, m Exod^ 
Comm., xi^vui.) 

(221) innocent |U, De sacr. qlt. myst.^l. i, c«21. 

(222) Chrysolithus... quia aureum habet co/oroB, 
ab auro smçepit et nomen... Idco per hune lamdem 
sapientiam intelligimus. (S. Brun. Ast., Prœf. sap/. 
Apocalyps.^ XLi). 

(223) Çhrysolithus partim aurci, partim martm est 
colorts. IJnde hebraicevocalur Harsis, id est mmrimus 
inquit S. Ilieronymus. Hic congruit tribut Ephraim^ 
qui regiam potestaiem in Jéroboam adepta^ eamdm' 
tissimetenuii, Tropologice^ chryselilhus sigmfuutptt- 
nileniiam, unde in Apoc. tributtur MaJthœo, (T'A pet- 
nilen-i fuit et ferrons amore Christi. (Corn, a Lap. « 
Exod. Comm., xxviii.) 

Les notes relatives à la symbolique des pierres 
précieuses qui suivent, étaul basées sur la plupart 
des mêmes autorités que les précédentes, nous en 
suspendons ici la cilalion, pour abrécer. On anr^ 
toujours la facilite d*y recourir, dans ronginal, 



SIS 



cou 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



COU 



tl4 



leur des Sichimiles^ei «fU allusion i saint 
Jacques (nommé le Juste et le Mineur), à 
cause de sa fermeté contre les pharisiens et 
les scribes. 

« La ehrysopase^ topaze nuancée de vert- 
clair, figurait, en vue de ces teintes, la ré- 
union des bonnes œuvres. Cette pierre, sym- 
bole de racrimonie, et qui avait souvent la 
couleur d'or, figurait l'apôtre Tbadée, doué 
de la baute sagesse que l'or représenta tou- 
jours, et d'une parole incisive et redoutable 
aux bérétiques. 

« L'ogaxe. On attribuait à l'agate, ponctuée 
et veinée de plusieurs couleurs, beaucoup 
de vertus salutaires : celles de neutraliser 
les poisons et la morsure des reptiles, de 
guérir et chasser les fièvres, de dissiper les 
contagions. Elle répondit par analogie au 
patriarche Issachar et à sa tribu, dont la sain- 
teté est louée, et qui la conserva intacte 
au milieu de populations prévaricatrices. 

« Vhyacinthe^ d'une teinte approchant de 
celle d un ciel serein et dont la nuance 
est changeante, était prise pour la prudence 
qui tempère le zèle ardent et pour la douce 
condescendance que le Christ commande 
aux parfaits. En vue de ces analogies, saint 
Brunon Tassigne à saint Paul, 

« Le ligurins^ que saint Jérôme croit être 
le même que l'hyacinthe, et dont les anciens 
vantent la nuance d'un violet tendre et bril- 
lant, était le symbole d'Aser (bienheureux), 
dont le pain, délices des rois et figure du 
sacrement de l'Eucharistie, est exalté dans 
la Genèse (cap. xli, v. 20). Le Ligurius 
correspondait à l'apôtre Simon le Chananéen, 
dont les mœurs étaient augéliques, et lo dé- 
tachement céleste. 

« Vaméthyste. L'améthyste [sans ivresse) 
Réunissant les nuances les plus aimables, le 
Tiolet, le rose et le pourpre, répondait par 
cette fusion à l'humilité des enfants, à la 
modestie craintive des vierges, et à la lar- 
gesse chrétienne (/ar^t^a5), qui, dans l'inten- 
tion de son nom latin, est une abnégation 
de soi poussée jusqu'à l'acquiescement au 
martyre. L'améthyste représente Zabulon, 
ancêtre de plusieurs apôtre5 et Papôtre 
saint Matthias , d*une humilité sans ex- 
emple. 

« Le diamant, La tropologie hiératique „ 
considérant que le diamant résiste à la per- 
sécution et aux flammes, le compare, dans 
SCO langage, i la force surnaturelle cachée 
au fond des cœqrs chrétiens. 
« Telles étaient les allusions prêtées à ces 

Semmes l;>rillantes, interprètes mystérieux 
a langage des Ecritures. Ces gemmes se 
combinant avec les vases sa/;rés et avec les 
différentes parties du temple, mariaient aux 
fonds sur lesquels on les appliquait leurs si- 
gnifications mystiques. On les vit dans beau- 
coup d*égUses étinceler sur leurs colonnes, 
et particulièrement sur les encensoirs, qui, 
dans le sens tropologique, tiguraicnt égok- 
ments les apôtres. Il n'y eut presque ni ba- 
silique, ni abbatiale opulente qui n*eût ses 
colonnes, surtout ses encensoirs gemmés, 
brillantes accumulations de troj>es devenus 



matière et multipliant sous les yeux da 
coRDs la répétition de la même idée par Ki 
couleur, parla nature et par la forme de l'ob- 
jet. Comme nous 1 avons remarqué, ces mé- 
taphores consacrées avaient une analogie plus 
ou moins rationnelle et des afl[inités morales 
avec les qualités des pierres ; ces principales 
harmonies étaient Téclat et la couleur, car 
les couleurs par elles-mêmes et en dehors 
des pierreries, avaient leurs significations. Le 
vert brillant, le bleu, le rouge, étaient em- 
ployés pour la foi, l'espérance et la charité, 
et les vertus cardinales étaient rappelées, à 
Tentour, par la pourpre, l'écarlate, le byssus 
et l'hyacinthe. 

« Le vert brillant et printannier rappelait les 
tendres feuillages et le manteau riant des 
prés, dont la renaissance annuelle est comme 
une image imparfaite de la résurrection des 
corps. Le vert symbolisa la foi, l'immortalité 
consolante assurée à TAme des iustes, et 
aussi la contemplation. 

« L'arur, qui rappelait le ciel, désignait 

Ear là l'espérance et l'amour des choses d'en 
aut. 

« Le rou^e, semblable à la flamme, symbo- 
lisait la charité; il rappelait aussi le sang et 
représentait la martyre. 

« Le pourpre, insigne des monarques, si- 
gnifiait la royauté et s*étendait à la justice 
dont les souverains sur la terre sont les pre- 
miers dispensateurs. 

« Véoarlate^ couleurldu sang et mémorial 
des martyrs, répondait aussi à la force quia 
éclaté dans les martyrs, et par sa double 
analogie avec la tendance ascendante et la 
couleur du feu, symbolisait la charité. Elle 
était aussi la figure de la science des saints 
pontifes, qui doit brûler par la ferveur et res- 
plendir par le mérite. 

« Par la blancheur de son tissu, le hyssus, 
emblème de joie, spécifiait la tempérance 
qui produit la paix, la concorde, éléments 
propres de bonheur. Le fry^sus figurait aussi 
les générations de la tempérance ; l'inno- 
cence, la chasteté,, et le témoignage au- 
thentique rendu à la foi et à Dieu. 

« Vhyaeinthef couleur de l'air, était la pru- 
dence clirétienne, le désir des choses du 
ciel, la sérénité de la conscience, laitaix. 

« Le vert pâle et couleur des flots, désignait 
par là le baptême. 

a Le rose^ indiquait le martyre, qui était 
aussi le sens mystique attaché aux fleurs du 
rosier. 

<c Le safran, à cause de son analogie avec 
l'or et la couleur rouge, symbolisait Tes con- 
fesseurs. 

K La blancheur et la fleur du lis, qui dési- 
gnaient la chasteté et Tinnoceiice de la vie, 
étaient attribuées aux vierges; le gris^k 
la tribulation ; le violet, à la péniterrce ; le 
noir, à la pénitence et au deuil. 

« 11 est aisé de reconnallre dans cette e^- 

I>lication mystiaue de quinze d^entre lescou- 
eurs combien les sens attribués à la plui)art 
des pierreries ont d'analogies avec elles. 
Nous comptons produire en leur temps, à 
Tappui de nos assertions, les témoignages 



«18 



COU 



DICTIONNAIRE 



COU 



tl% 



^explicites des écrivains du mo;|^en âge et 
des Pères de TËglise les plus anciens : ceux 
de nos lecteurs qui ont le temps de com- 

Earer, retrouveront ces témoignages dans 
eaucoup de commentateurs du xiy^ et 
même du xv'siècie, ceux-ci étant, sans ex- 
ception, plus ou moins calqués sur leurs 
devanciers; car il ne faut point s y mé- 
prendre ; il n*en est pas des interprétations 
mystiques des livres sacrés comme il en fut 
au moyen âge des traductions de l'art chré- 
tien, nécessairement altérées en passant des 
clercs aux laïques (224) et promptement dé- 
naturées entre les mains de ces derniers 
(225). Ces explications raisonnées sont tour 
jours demeurées les mêmes en se transmet- 
tant d*âge en âge et par le clergé seulement, 
;Si, dans les plus longs commentaires, elles 
*f)araissent quelauefois différer les unes des 
autres, c'est seulement à raison de la diver- 
sité des points de vue où Ton a placé leurs 
sujets: mais Tunilé est conservée quant 
aux allusions principales, et s'il y a sou- 
vent abandance, il n*y a jamais contradic- 
tion, 

« Ajoutons aussi, en passant, qu'outre 
leurs relations précises avec différentes 
vertus et avec les patriarches et les apôtres, 
les gemmes apocalyptiques, comme celles 
du rationnai, ont figuré, au moyen âge, 
les '» douze principales vertus du Christ, » 
et les « douze articles du symbole de la foi 
catholique, » rapprochements nonarbitraires, 
inais fondés, comme les premiers, sur les 
propriétés reconnues ou attribuées h ces pier- 
reries. Povir simplifier cet article, nous 
Hvons exclu ces détails; nous signalons du 
moins ce fait, dont nous donnons ailleurs 
jes preuves. 

«f Ce couK exposé sur les gemmes, sur 
leurs relatipns avec les couleurs et sur leurs 
applications dans les basiliques du moyen 
/[ge peut faire entrevoir à lui seul, ce qu'était 
J'art hiératique (sacerdotal) dans les cloîtres 
et entre les mains des prélats qui en gar- 
dèrent le monopole jusque vers le commen- 
cement du xiir siècle. Grossier, incorrect, 
et tout au moins très-imparfait sous le raj)- 
port de Testhétique, jusqu'à l'approche de 
ce temp3y l'art chrétien y fut néanmoins 
tout esprit et toute vie intellectuelle, et nul 
type, nulle figure, aucune couleur consa- 
crée, surtout parmi les sujets d'art, oui sont 
monstrueu]^ en un sens, et qui semblent in- 

(224) Celte sécularisation »*opéra vers la lin du 
xm* siècle. 

(225) On sait que cette décadence eut lieu dans 
le cours du xiii* siècle, et qu*eUe était accomplie à 
Touverturedu xi\'. C'est elle qui dénatura d*abord 
Tesprit de mysticisme, puis le caracière idéal de la 
statuaire hiératique. Par une opposition remarqua- 
})le, tandis que ces sources du beau s'a!)âtardis- 
saient sans mesure, le luxe des combinaisons ar- 
chîtectoniques et la beauté toute physique imprimée 
^ la slatuaire étaient en progrès ascendant. 

S 26) Avant la Un du xii* siècle florissaieiit déjà 
s des abbayes de Saint-Marlin de Tours, de Cor- 
()ie, de Cluiiy, de Saint-Denis, des cathédrales de Pa- 
fJQ, d*Àuxerre,de Reims, de Lyon, de Saiut-Galli de 



explicables, ne fut l'œuvre de l'arbitraire et 
exempt d'allusion. Cette tropologie mysti- 
que s'étendait à Tarchitecture, à la statuaire 
et à la peinture. Chacun pouvait bâtir, 
sculpter, peindre avec plus ou moins de ta- 
lent, puisque des écoles nombreuse ouTeriet 

dans les monastères, et souvent danslescathér 
drales (226), propageaient ces différents arts. 
Mais la science tropologique restant eanooe 
des prêtres seuls, et exigeant une connais- 
sance minutieuse des livres sacrés, le clergé 
pouvait seul déterminer le plan des églises, 
en combiner les caractères, e{ fixer l'ornemen- 
tation. 1,'ubiquité du symbolisme dans la 
basilique chrétienne s*abAtardit, se travestit, 
puis disparut rapidement, quand les arts 
furent passés du domaine sacerdotal dans le 
domaine des laïques. On sait que cette dé- 
cadence s'opéra dans le cours du xiii' siècle, 
et qu'elle était consommée dans le xiv*. » 
COUPOLE. Voûte qui a la forme d'une 
demi-sphère ou d'un demi -sphéroïde Go 
croit trouver l'idée première de ce genre de 
voûte dans le comble du théâtre de ll3déonà 
Athènes à la formation duquel Périclès vou- 
lut faire servir les bois des mâts, des an- 
tennes et des vergues des vaisseaux pris sur 
les Perses, après la bataille de Salamine. On 
cite plusieurs autres exemples de coupole, 
dans la Grèce, telles que les deux qui exis- 
tent encore dans les ruines de Mycènes» 
dont l'une passe pour avoir été le tomt>eaa 
d'Atrée, et Tautrele tombeau d'Agamemnon. 
Quoi qu'il en soit, c'est à Tarchitecture ro* 
niaine que lart des coupoles doit son prin- 
cinal développement. En effet, après avoir 
adopté cette forme élégante et originale 
dans les petits temples de Vesta, de Home 
et de Tibi^r, elle î'éleva à un remarquatile 
degré de hardiesse et de grandeur dans l'é- 
dilication du Panthéon, qui devint une dé^- 
pendance des thermes d'A grippa, surinten- 
dant des bâtiments publics sous Tempereor 
Auguste, et dont la coupole, dit un archéo- 
logue versé dans l'étude des monuments 
grecs et romains, n'a encore été dépassée, en 
diamètre, par aucune entreprise ancienne pa 
moderne, et restera pour nous, sous le rap- 
port de sa forme, comme sous celui de sa 
construction, le chef-d'œuvre de rantiguilé 
(227). Son élévation intérieure, à partir du 
sol jusqu'à l'arête de l'oeil placé au milieu de 
la voûle est de 66 pieds sept pouces et demi, 
qui sont aussi la mesure exacte de son dia- 

Fulde, d'York, et un grand nombre d'autres. 

(227) Il importe de laire ol>server dès à présesl 
que c'est à tort que Ton donne le nom de compoU 
aux rotondes romaines, quelles ([u'elles soient; ce 
nom ne convient qu'aux voûtes senii- sphéroïde» 
suspendues, que Tait chrétien seul a le droit de re- 
vendiquer. Il n'avait point existé de coupole pro- 
prement dite avant Sainte-Sophie; il y avait eu us 
grand nombre d'églises circulaires, imitées de la ro- 
tonde romaine, dont la forme a pu sans doute don- 
ner ridée première de la coupole, 11 n'en est pas 
moins vrai qu'entre la rotonde romaine portant vu 
le sol, et la coupole byzantine suspendue dans les 
airs, il V a la différence du jour et de la nuit. Fim» 
» Mvs en détail sur cette observaiioc. 

1 



Ul 



cou 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



COI) 



t\h 



mèlre. Il existait d*autres coupoles ou ro- 
tondes presquaussi grandes que celle du 
PanthéOD, aux thermes de Titus, de Caracalla 
et de Constantin. Elles étaient également 
(iclairées au moyen d'une ouverture prati- 
quée è leur sommet, comme celle d'Agrippa. 

L'archilecture chrétienne, en s'appropriant 
la forme de la rotonde, lui imprima une nou- 
velle hardiesse et une nouvelle grandeur. 
Ble en fit le couronnement de la partie la 
plus saillante du temple catholique, c'est-à<- 
dire du point d'intersection des deux bran<- 
ches de la croix symbolique que figurait le 
temple saint. C est ce qui fut exécuté pour 
la première fois lorsque, par les ordres de 
Tempereur Justinien, Anthémius de Trailes,; 
et Isidore de Milet érigèrent àConstantinople 
la coupole de Sainte-Sophie. Détruite par 
un tremblement de terre, elle fut réédifiée^ 
vingt ans après par un second Isidore, ne- 
veu du premier, telle qu'elle existe encore 
aujourd hui, moins la splendeur et la richesse 
dont elle brillait sous les empereurs grecs. 
Alors la hardissede la construction le dispu- 
tait à la richesse des matériaux, et toutes 
les parties de l'édifice étaient parfaitement 
appropriées à sa destination (228). 

Nous avons dit plus haut fjue l'architec- 
ture chrétienne, en s'appropriant la rotonde, 
du Panthéon, lui avait imprimé une nouvelle 
hardiesse et une nouvelle grandeur; nous. 
pouvons même avancer que, grâce à la mo-j 
dification profonde qu'elle y apporta dès le' 
principe, et aux perfectionnements qu'elle y, 
•jouta dans la suite, elle en fit une de ses* 
plos belles créations. Ceci demande quelques* 
explications. i 

Comme plusieurs des églises bâties pri-l 
miiivement en divers lieux en forme de ro-; 
tonde par Hélène et Constantin n'avaient rien 
dans leur disposition qui les distinguât des 
rotondes (païennes, les architectes byzantins,* 
dit le judicieux auteur que nous venons de 
eiter, en adoptant la coupole l'inscrivirent 
au centre d'un carré divisé en deux nefs 

Eriocipales se coupant en angles droits par 
) milieu, de manière à ce que l'intérieur du 
B^onument ressemblât à une croix grecque, 
c'est-à-dire i une croix dont les quatre bran- 
ches sont égales. Ils perfectionnèrent encore 
la construction de ces dômes, en les élevant 
au-dessus de quatre grands arcs disposés 
sur un plan carré (229). On comprend qu'en 
adaptant un périmètre circulaire à un péri- 
mètre quadrangulaire, on avait en surplus 
quatre angles. Chacun de ces angles fut alors 
racheté par une petite voûte en encorbelle- 
Hient, dont la surface est égale à un quart 
de sphère et qu'on ne peut mieux comparer 
qQ*à une niche. Les dômes ainsi disposés 

(tS8) Voy, la description aussi complète quln- 
iéràsanli; que M. L. Batissier a donnée de celte célè- 
bre basilique, dans son Histoire de Vart monumen- 
l»i(Hv. VIII. — Ecole byzantine.) 

(x29) C^éiait une hardiesse digne du génie chré- 
tâes, qui aspire constamment vers le ciel, d'élever 
aiiiii sur quatre piliers détachés, la rotonde païenne 
^i, jusque-là partait du fond , c'est-à-dire du ui- 



sont dits en pendentifs. Ce plan en croix 
. grecque est celui de Sainte-Sophie de Con- 
stantmopie ; il devint le type d'après lequel 
ont été Mties les basiliques grecques pen- 
•dant une longue série de siècles, non tou- 
,Wois sans avoir subi plusieurs modiûca- 
'tions importantes, à diverses époques. En 
raison de ces moditications, les monuments 
religieux byzantins ont été divisés en trois 
classes principales, que nous allons bientôt 
faire connaître. 

Voici comment s'exprime sur le point 
important qui nous occupe Thoni. Hope, 
dans son excellente Histoire de Varchitec- 
ture : 

« LorsQue Constantin, en 328, transporta le 
siège de rempire de Timmensecité de Kome 
dans la petite ville de Byzance, iteut-étre 
n'eut-il d'autre intention que d échapper 
aux obstacles sans nombre opposés par le 
paganisme à la foi nouvelle dans son an- 
cienne capitale, et d'offrir au christianisme 
une espace où il pût se développer plus à 
Taise. AConslantinople, le nombre des Chré- 
tiens l'emporta dès le principe sur celui 
des païens. Dès les premiers temps, on y 
demandait des églises plutôt que des tem- 
■ples, et l'on pouvait en oAlir non-seuleuient 
dans les faubourgs, mais au cœur môme de 
*la cité qui s'agrandit rapidement. D'un autre 
côté, il est vrai, les temples n'y étaient ni 
vastes, ni nombreux, et ne fournissaient 
point ces matériaux magnifiques que les Ro- 
mains mettaient en pièces pour les réunir 
et les combiner de nouveau dans la construc- 
tion des églises. 

« Mais, privés de ces ressources, les ar- 
chitectes de Constantinople n'avaient pas à 
lutter du moins contre les obstacles qui ar- 
rêtaient ceux de Rome , et ils purent réali- 
ser immédiatement leur désir de donner à 
l'architecture chrétienne un caractère com- 
plètement différent de celui du paganisme, 

« Si la ville ne leur offrait pas' dans la 
destruction des portiques et des péristylei^ 
d'un grand nombre de temples païens, a&^ 
sez de colonnes pour ériger ces longues ba- 
siliques romaines ; d'un autre côté, les pro- 
Î;rès des Orientaux dans l'art de la voûte, 
eur permettaient, môme en employant des 
matériaux moins abondantset moins riches, 
de jeter sur de plus vastes espaces, des arcs 
et des coupoles plus hardies. Les longues 
allées de la basilique romaine furent donc 
supprimées. Aux angles d'un vaste carré 
dont les côtés se prolongaient à l'extérieur 
en quatre nefs plus courtes et égales entre 
elles, se trouvaient auatre piliers liés par 
quatre arcades qui s appuyaient sur eux; 
les pendentifs entre ces arcs étaient disposés 

veau du sol, et de la suspendre, en quelque sorte, 
dans les airs, t'est là aussi le caractère propre de 
la coupole byzantine cbréticnne, qui ne permet 
point de la confondre avec la rotonde romaiiie et 
(es nombreuses imitations qui en ont été faites, 
même par des architectes chrétiens , en Italie, da04 
rOrient, et surtout à Jérusalem. 



223 



COU 



DICTIONNAIRE 



COU 



SSI 



employa plus de cinq cent architectes à 
réparer \ef^ bâtiments dégradés, et à en éri- 
ger de nouveaux dans les anciennes pro- 
vinces de Tempire et dans les pays qu*il 
reconquit à TOccident. 

« Le mauvais succès des hardiesses in- 
sensées d'Anthémius et d*Isidore, rappela 
leurs successeurs à des principes plus ra- 
tionnels. Us daignèrent donner au dôme 
qu'ils élevaient en l'air un appui visible 
sur la terre. Ils superposèrent mftme aux 
quatre piliers du dôme, et au-dessus du 
point d appui des arcs et des pendentifs, 
des corps de maçonnerie additionels en 
forme de pinacle, dont la pression perpen- 
diculaire contrebalançait la pression oblique 
de ces pendentifs et de ces arcs. D'une part, 
on pouvait faire aboutir à cette maçonnerie 
les éperons nécessaires pour arc-bouter le 
dôme lui-même, et pour diminuer le poids 
qui pesait sur ces pendentifs ; et de Tautre, 
on variait par là dans ses détails et Ton py- 
ramidisait davantage la masse du bâti- 
ment (23&). 

« Le système que nous venons d'exposer 
parait avoir présidé à la construction des 
édifices religieux de Constantinople, depuis 
Justinien jusqu'à nos jours (235); c'était 
celui de Sainte-Sophie, et c'est encore ce- 
lui de la dernière mosquée érigée dans 
la capitale deTempiro turc. Dans les mos- 
quées de médiocre dimension, comme dans 
celles d'AndrinopIc et de la sultane Validé, 
le dôme repose sur quatre arcades, dont 
l'ouverture est remplie par le mur exté- 
rieur percé de ses fenêtres ; mais dans les 
grandes mosquées impériales, dans celles 
ae Mahomet, de Soliman, d'Acmet, quatre 
branches partent de ces arcades et sont 
couronnées par des demi-coupoles ; peut- 
être ces branches elles-mêmes se prolon- 
gent-elles en portiques ou salles de moindre 
étendue, recouvertes à leur tour par de 

f)etits dômes, ce qui donne à tout l'ensemble 
'apparence d'une vaste réunion de globes 
de cli verses dimensions. » [Histoire de Var- 
chitecture , par Thomas Hope ; chap. 7» 

Cette superposition de coupoles , dont les points 
d*appui ne sont pas apparents, donne à toute la fa- 
brique un aspect de légèreté inimaginable. » ( Bé- 
vue jrançaise, tom. \I.) 

(%54) Le diamètre intérieur de la coupole de Sainte - 
Sophie est de 105 pieds, et sa hauteur jusque sous 
le sommet, est de 189. — Ainsi, la coupole byzan- 
tine suspendue est encore plus haut<ï de 57 pieds 
que le Panthéon de Rome, qui ne mesure que i^i 
pieds 3 
orifice. 



pieds 3 pouces de hauteur, du sol au bord de son 



, OUI 

, du 



(235) Nous trouvons , il est vrai , dans Tempire 

Srec, des traces de la basilique, sur remplacement 
e Tancienne Séleucie, par exemple, où une grande 
église , aujourd'hui tout à fait en ruines, présente 
encore le portique quadrilatéral, la longue nef, les 
ailes, i*hémicyclc et Tabside. Mais les édifices des* 
sincs dans la vraie forme byzantine, dans la forme 
favorite, sont innombrables, dès les temps les plus 
anciens. Ainsi , au lieu même que nous venons de 
citer, on trouve les ruines d'une autre église qui 
offre la croix grecque, avec le chœur et les travées 
chacune dans la forme d'une abside semi-circulaire, 
contenant, dans les angles rentrants , des restes de 



Naissance et progris de rarchitecturt byxas^ 
tine.) 

De Constantinople, le système des églises 
à coupole rayonna sur tout FOrieQt et se re* 
flétamème jusqu'en Occident par rérectioo, 
en l'an 970, de la célèbre basilique byzantine 
de Saint-Marc de Venise (236), gui a été re- 
gardée comme une copie de Sainte-Sophie. 
Néanmoins il s'en faut que ces deux édifices 
se ressemblent parfaitement. Sainte-Sopbfe 
affre presque l'aspect d'une grande salie 
circulaire, tandisque Saint-Marc de Venise 
présente deux nefs bien accusées, qui se 
croisent à angles droits. A Saint-Marc les 
angles des retombées des pendentifs sont 
rentrants, tandisque à Sainte-Sophie, ils sont 
saillants. Enfin, cette dernière n'a qu'une 
coupole, tandisque l'autre, indépenda aiment 
de sa coupole principale qui a ki pieds d^ 
diamètre, en otTre une plus petite, oblonguet 
de 32 jpieds de diamètre sur chacun des 
quatre bras de la croix. Mais on y remarque 
des galeries pour les femmes, un chacel 
muni de ses tentures, des chapiteaux les 
uns cylindriques , les autres cubiques, 
comme à Saint-Vital de Ravenne, et de splen- 
dides mosaïques, il y en a quatre grandes, 
dans les voûtes de l'ordre supérieur, exé- 
cutées vers 1617, par MafTeo Vérona, et cinq 
grandes, de Pierre Vocchia (1650), dans l'or- 
dre inférieur, sans parler d'une multitude 
d'autres répandues avec profusion dans 
tout Tintérieur et sur le portail de ce temple, 
le plus riche de la (erre. On y compte 500 
colonnes de vert antique, de porphyre, de 
serpentine, et de marbre des plus précieux. 
Les côtés extérieurs, la façade, tes murs 
intérieurs, les voûtes, les plafonds, et le 
pavé sont incrustés des plus riches maté- 
riaux, et tout ce qui n'est pas d'or, de 
bronze ou en mosaïque, est revêtu de marbre 
oriental. En somme, l'église patriarcale de 
Saint-Marc, bien qu'elle accuse, sous plu- 
sieurs rapports, l'influence inévitable du 
style basilical ou latin de Rome, est le type 
le plus brillant, le plus considérable et le 
plus fidèle du style byzantin, qui soit émané 

clochers , et que des colonnes divisent intérieure- 
ment en ailes également demi -circulaires, exacte- 
ment comme Sainte-Marie du Capitoie, à Cologne. 

Sur remplacement de Myre est Téglise de Saint- 
Nicolas , contenant le tombeau et le corps de ce 
saint; elle représente aussi la croix grecque. 

A Salonique est une église de la même forroe, 
avec une abside où Ton voit une grande figure di 
Sauveur, en mosaiaue. 

A Astor, près de Joannina, sur PAdriatique, 
une église porte cmq dômes, Tun au-dessus du cee- 
tre, et les quatre autres au-dessus des travées, 
tout à fait comme à Saint-Marc de Venise. 

(236) On n*esl pas bien d'accord sur la date pré- 
cise de rédification de celte basilique. Selon ?>• 
sari, elle fut bàlie en 970, [)ar des architectes grecs, 
et, iVaprès une autre opinion beaucoup moins ac- 
créditée, mais, sans doute plus probable, elle fut 
réédifice, telle qu'elle existe, en 1178, par un archi- 
ctiitecte que le doge S. Zianni avait fait venir de 
Constantinople. Dans Tun et l'autre cas, la prove- 
nance orientale de cette basilique reste toujours iMfQ 
établie. 



OOti 



DESTHETÎQUE CHRETIENNE. 



COU 



t!to 



du prolotypedecestyle, Sainle-So|)hie(237). 
Aussi y a-t-il exercé, à son tour^ une in- 
fiaence marqaée et digne de toute i'allen- 
tioo des archéologues, sur Tordonnance 
architecturale d'un certain nombre d*églises 
dans potre Occident. Parmi ces églises, il 
en est une qui offre avec celle de Saint-Marc 
une ressemblance d'autant plus frappante 
qu'elle est rendue plus saillante par l'im- 
portance des dimensions de Tédifice. Nous 
▼oulons parler de la cathédrale deSaint-^ 
Front à Périgueux. Si cette cathédrale ne 
procède pas directement de celle de Venise, 
on peut dire que ces deux basiliques se 
ressemblent comme deux sœurs, au moins 
60 ce qui concerne leur plan respectif. Mais 
indépendamment de ce qui est essentiel & 
toute coupole byzantine, dit M. F. de Ver- 
neilb que nous prenons volontiers pour 
guide au sujet du monument qu il a étudié,* 
dessiné et décrit avec tant d'intelligence 
(238), il faut remarquer beaucoup de choses 
particulières à Saint^Front : par exemple la 
manière dont les petites assises du revête- 
ment traversent presque en entier la voûte 
inférieure en béton; tout tient par la force 
du mortier, moitié coupole, moitié pyra- 
mide. On étudiera par-dessus tout l'emploi 
bien compris, bien combiné de l'ogive. Les 
byzantins la connaissaient parfaitement, com- 
me le montre la voûte du nartex inférieur 
de Saint-Marc; mais jamais, ni en Orient ni 
en Occident, on n'avait eu besoin, que ie 
sache, de l'utiliser sérieusement. C'était le 
cas à Saint-Front ; je crois môme que, sans 
cette précaution, le monument ne serait pas 
venu jusqu'à nous. Les grands arcs ont 12 
mètres d'ouverture , la cou|)ole haute plus 
de 13 mètres, celle des pendentifs près de 
17 mètres; on allaita 1 extrême limite des 

(237) C'est le sentiment commun des archéolo- 
gues , et eu particulier de M. Ludovic Yitet. Après 
avoir fait ubserver qu*il n'y a pas la moindre ana- 
logie entre la coupole byzanliue et ces simulacres 
et coupoles produits dans un grand nombre de nos 
éctises d'Occident , par révidement de la base des 
clochers, ou par Tintersection des nefs, mais que 
Tanalogie, et même la ressemblance est bien réelle 
dans tout monumeot couronné par une vérilable 
cowpole, ne servant point de base à une tour, repo- 
sant sur quatre grands arcs et sur quatre penden- 
lil^, rappelant en outre , par d'autres signes exté- 
rieurs, les constructions d*Orient. Il ajoute : c Le 
plan de Saint-Marc, tel qu'il est (avec la pluralité 
des coupoles), n'en doit pas moins passer pour by- 
xantin le plus légitimement du monde. A défaut de 
Wocope, le monument lui-même nous dirait son 
origine. Ainsi , tout en nous réservant de signaler, 
■dne dans ses parties primitives, bien des carac- 
tères mixtes, bien des signes d'une influence étran- 
gère à rOrient, nous ne croyons pas que, dans TEu- 
lope occidentale, il v ait un monument qui, par son 
Mfeci fféoéral et rensemble de sa structure, se 
rapprocoe davantage de la véritable architecture by- 
taaiine. (Journal des SavanU, janvier, février et 
Mi 1853.) 

(iSS) Aux détails que nous avons déjà donnés 
daas le cours de cet article sur les conditions es- 
•emielles à toute coupole byzantine, et qu'il est iu- 
Blîle, par conséquent, de répéter ici, nous devons 
ajouter que les coupoles byzantines sont toujours 
écHibles , l*ujie plus grande , plus hardie , et qui 



dimensions compatibles avec le degré d'ha- 
bileté de l'architecte et son inexpérience 
évidente de la construction en pierre de 
taille. Ponr les grands arcs, pour les pen- 
dentifs et pour la coupole proprement dite» 
on a donc eu franchement recours à l'ogive. 
Les points de centre ne sont pas encore très-^ 
éloignés les uns des autres, et, comme il 
s'agit de coupoles ogivales, ils tournent au- 
tour du milieu vrai et décrivent en plan , 
deux petits cercles concentriques. 

Pour juger équitablement l'architec- 
ture de Saint-Front, il faut tenir compte de 
cette large application de l'ogive et oe tant 
d'autres innovations ingénieuses. La coupe 
diagonale montre parfaitement la forme et 
la disposilion intérieure des piliers, avec 
ces étonnantes pyramides de I étage supé- 
rieur, avec les petites coupoles de l'étape 
inférieur retrouvées dans la restauration. 
Gênées par l'espace, elles empiètent un peu 
sur les quatre arcs qui les supportent, mais 
n'en sont pas moins des coupoles sur pen- 
dentifs, presque semblables à celles des 
piliers de Saint-Marc (239). A cette date, à 
la fin du x* siècle, on citerait difficilement 
un plan mieux conçu et mieux coordonné: 
l'amnleur, l'harmonie des formes, l'exact 
équilibre des poussées, la bonne proportion 
des supports, rien n'y manque. La basilique 
de Saint-Marc elle-même ne vaut pas Saint- 
Front sous ce rapport. Celle cathédrale a 
déjà duré plus de huit siècles; avec une 
construction plus soignée, elle aurait at- 
tendu deux fois plus longtemps sa restaura- 
tion (240). 

H va sans dire que le système des voûtes 
que nous venons d'analyser à Saint- Front 
règle et détermine dans les édifices de l'O- 
rient la plupart des combinaisons acces- 

ne se voit guère, mais sur laquelle Fautre est sus- 
pendue. 

(259) La cathédrale de Saint-Front a été bàlie 
de 976 à 1057, au momeni où les colonies de Vé> 
niiiens se fondèrent dans la région centrale de la 
France. L'an 1006, la comtesse Kmina de Périgord, 
mère de Tévèque Martin, Lâlissait Tabside ou cha- 
pelle de Sainl-Ândré, ce qui prouve que les cons- 
tructions étaient déjà assez avancées. L'église à 
coupole de Saint-Jean de Côte, en Périgord, a été 
bâtie par Tcvéque Raymond de Thiviers, dans la se- 
conde moitié du xi* siècle; celle de Saint-Asiier, 
dans la première moitié du xii', par Tévéque Raoul 
de Coubé. Celle de Saint-^Avit des Autels date 
de i1i7 et de ii42. La plus ancienne, après Saint- 
Front, serait la catbéorale du Puy (*n Velay. En 
somme la présence de voûtes à coupoles dans une 
église n'est point un signe de baute anliouité. Elle 
annonce plutôt le xn' que le xi'sièc'e. En Poitou, eu 
Anjou et ailleurs, les voûtes s'abaissaient, non- 
seulement vers les deux murs latéraux des nefs « 
mais aussi vers l'archivolte des arcs, dans le sens 
longitudinal de l'édifice , de manic^re k former une 
suite d'ondulations. (Rudiment d'arehéologiet par 
M. de Caumont. Ecole secondaire.) 

(240) L'influence arcbitecturale de cette cathé- 
drale si originale et irop peu connue a ravonné 
sur toute ia province d'Aquitaine et au delà. Parmi 
les quarante églises qui ont été constrttites sous 
cette niflucnce, on compte les cathédrales d'Angou- 
léme, de Cahorset de Sauites, (lont il ne reste 
qu'un des transsepts. 



w 



DAN 



DICTIONNAIRE 



DEC 



soires du plan et de Télévation. Voilà donc 
une grande ihvenlion aussi féconde qu'elle 
était difficile) et je ne saurais mieux don- 
ner l'idée de son importance ni du rôle 
qu'elle joue dans Tarchileçture byzantine, 
qu'en la comparant aux voûtes d*arètes sur 
nervures du grand style ogival (241). 

Après les coupoles de Saint-Marc et de 
Périgueux, expression la plus fidèle Ju 
style byzantin inauguré par Sainte-Sophie, 
nous voyons ce genre cle construction se 
refléter, (mais avec de notables variantes 

3ui le modifient plus ou moins) dans l'or* 
onnance de plusieurs églises romanes, 
Srincipalement sur les bords du Rhin (242). 
ious le voyons même figurer et avec des 
modifications généralement plus sensibles 
encore, dans le plan de quelques-unes des 

!)rincipales cathédrales ogivales de France 
243) et de ritalie (244). Enfin, nous la 
voyons se résumer dans la basilique do 
Samt-Pierre de Rome, dont la célèbre cou- 
pole, à cause de ses vastes dimensions et 
île la hardiesse de son exécution, est deve- 
nue elle-même, à son tour, un type qu'on 
a voulu imiter depuis dans l'édification d'un 

{;rand nombre de temples chrétiens, parmi 
esquels figurent celui de Saint-Paul à Lon- 
dres, les dômes des Invalides et de Sainte- 
Geneviève à Paris. Mais, ce nom de dôme 
convenant mieux, en eO'et, et étant réelle- 
ment plus souvent employé que celui de 
coupole, pour désigner ces sortes de con- 
structions, à partir du xiu* siècle envi- 
ron, nous y renvoyons pour les détails qui 
nous restent à donner sur cet objet, et en 
particulier pour tout ce qui concerne la 
question esthétique de l'emploi de la cou- 

£oie et du dôme dans nos édifices religieux. 
es mêmes réflexions étant, sous ce rap** 
port, corannines à ces deux membres d'une 
même famille, il serait inutile de les répé-^ 
ter dans deux articles différents. Voir aussi 
celui que nous avons consacré à Saint-Pierre 
de Rome. 

COUTANCES (Cathédrale de). Toy. Dôme. 

CREATION (la), figurée par la sculpture. 
Toy. Amiens, Reims, Strasbourg. 



CRITIQUE (244). La véritable eritique mû- 
sicale suppose de grandes et de profondes 
connaissances dans l'art, ainsi qu'un goût 
exquis. Elle ne se contente pas seulement 
d'examiner et de Juger les campositions 
d'après leur forme extérieure et technique, 
mais elle les apprécie d'après leur carac- 
tère esthétique. Si celte critique est en ou- 
tre impartiale, claire, écrite dans un lan* 
gage convenable, dégagé de toute passioa 
et de toute ironie, elle envisagera Tart, per- 
fectionnera le goût, et tout artiste raison- 
nable, non^seulement s'y soumettra sans 
peine, mais il l'acceptera avec empresse- 
ment. Il faut avouer cependant que de tellea 
critiques, à l'exception de quelques exem- 
ples très-louables et très-rares, ne remplis- 
sent pas souvent les colonnes de nos jour-^ 
naux périodiques, et que la plus grande 
partie des arislarques ne connaissent mèm» 
pas ce que c'est qu un accord, ou ne possèdent 
tout au plus que des connaissances très su» 
perficielles del'art sur lequel ils écrivent. 

Parmi ces critiques, il y en a qui possè- 
dent certaines notions de l'art, d'autres qui 
l'ignorent complètement. Les [jremiers se 
fout lire parfois avec plaisir; il est vrai 
qu'ils ne disent rien, mais encore ont-ils 
lair de dire quelque chose; les seconds» 
aussi stériles qu'insipides, répètent ces for> 
mules banales, ces lieux cotpmuns qu'on a 
déjà dits et répétés mille fois : cette mn* 
sique estbonne^ excellente, enchanteresse* 
divine, c'est un chef-d'œuvre; ou bien elle 
est médiocre, ennuyeuse, monotone, mau- 
vaise, insupportable, détestable. De temps 
en temps nos critiques consultent des hom- 
mes de l^art ; mais» comme aux renseigne- 
ments qu'on leur donne, ils veulent tou- 
jours ajouter quelque chose de leur crû, ils 
finissent par se contredire, sans s'en aper- 
cevoir. De telles critiques laissent aisément 
deviner la raison pour laquelle elles sont 
écrites ainsi et pas autrement; c'est pour- 
quoi elles ne jouissent d'aucune estime, et 
1 art n'y gagne rien. Voy. le mot Opéra. 

CRUCIFIX. Voy. Types 



D 



DAMASE (Pape), compositeur de chantli- 
turgique. Voy. Cdant; Musique. 
DANIEL (Le prophète). Foy. Anges. 

(24i) Det influences byzanlines^ par M. Félix de 
Verneilb. (Annales archéologiques^ tome XIV, 4854.) 

(ïlâ) Il y a deui dômes el deux chœurs dans un 
certain nombre d'églises romanes de cette région. 
Parmi les églises qui offrent cette particularité 
nous citerons les cathédrales de norms et de 
Mayence. Le dôme principal de cette dernière pré- 
sente une élévation de 590 pieds allemands. 

(243) Par exemple, dans celles de Coutances, de 
Laon et de Rouen, il est vrai que les dômes de ces 
trois églises sont plutôt des lanternes que des 
dômes proprement dits. L'influence byzantine y a 
eu très- peu de p^rt 

(244) Lfî dôme de la <*alhédralcde Milan offre 



DECHANT (du latin, Discantus). Où en- 
tend par ce mot le chant d'abord à deux par- 
ties, ensuite à un plus grand nombre, qui, 

plus de réminiscences de la coupole bytaniine fne 
les trois dont il est question dans la note qui pté* 
cède. Son diauièlre est de 53 pieds 6 pouces, el sa 
hauteur de 238 pieds, depuis la naissance da dôme 
jusau'au sommet de rintérieur. 

(245) Nous extrayons cet artii le du Dictiamiêin 
de musique de Lechteinlal, parce qull nous a ptm 
contenir des idées fort justes qui peuvecl s^appfi* 
quer égalemei.t à toute espèce d'œuvre d*art A 
Particle Opéra nous revenons avec qiielqvw 
détails sur les conditions d'une bonne criuqoe or 
matière d'œuvres d'art en général, cl d^œuyret é'aU 
musical en particulier. 



D&G 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



DEC 



iSO 



Yers la fin du xi* siècle et aa commence- 
ment du xn% remplaça l'harmonie primi* 
tiTe et plus rude qu'on appelait Diaphonie. 
Il était ordinairement iknprovisé par les 
exécutants sur la mélodie courante du 
plain-chant qui leur servait de thème. La 
Toix qui tenait ce chant j^rihcipal sur le- 
ouel îts autres improvisaient 1 harmonie, 
rappelait pour cette raison teneutf d'où le 
mol tenar encore usité aujourd'hui, et oui 
sert à désigner la voix de dessus dans les 
parties d'hommes. On appelait aussi cette 
manière d'harmonie, thant sur le litre 
Jean de Mûris, chanoine de la cathédrale de 
Paris, qui écrivait sur la musique au xiv* 
siècle, définit ainsi le déchant. « Ceux-là 
déchantent (ce (^ui serait plus exact) dis- 
emUeni (2US^) qui chantent suavement avec 
09e 6a plusieurs autres voix, de manière 
que de musieurs sons distincts il n'en ré- 
sulte qiriin seul, non par l'unité de la sim* 
pUâtéy mais par l'union d'un doux et har- 
monieux mélange des voix f246). i> 

Nous empruntons à l'abbé Leboeuf les dé- 
tails historiques et critiques qui vont suivre 
sur cette importante période de l'harmonie 
des chants d'église qu'on appelle le dé- 
chant Nous les accoQipagnerons du texte 
de la célèbre Bulle vocta sanctorum de 
Jean XXII, à laquelle donna lieu l'abus de 
ce système de contrepoint. Pour les consi- 
dérations d'esthétique qui s'y rapportent 
Foy. les mots Contbe^point, HARMOinE. 

Origine' de Déchanta exposée par Lebœuf^ 
dans son Traité historique et pratique du 
phin-chant. 

« Cette organisation du chant dans l'office 
divin commença par une minutie : les chan- 
tres romains qui étaient venus en France du 
temps de Charlemagnc, avaient enseigné ce 
secret à nos Français, qui surent bien de- 
puis le mettre à profit. Les auteurs qui 
écrivirent à fond sur le chant, tels que saint 
Oion et Uucbaud de Saint-Amand, tous 
deux disciples de Remy d*Auxerre, par- 
laient plus ou moins, dans leurs traités, de 
cette organisation du chant. Hucbaud s'y 
est fort étendu dans son Enchiridion ma- 
nuscrit, et par la longue description qu'il 
en a faite, on voit que ce n'était guère qu'à 
l'aide de quelques instruments que cette 
organisation était exécutée dans les écoles, 
et (|ue le nom ne lui fut donné que parce 
qu'on trouva les touches de quelques peti- 
tes orgues plus propres qu'aucun autre 
iftstrument à faire sentir la rencontre de 
raccord de deux sons différents. Hucbaud 



parle de plusieurs sortes d'accords, dans les 
règles qu'il en donne, mais rien de ce qu'il 
dit ne prouve qu'on pratiquât alors dans 
TEglise aucun de ces accords (2&7). 

« Ce que j'ai trouvé de plus ancien, et qui 
suppose l'organisation des voix déji admi- • 
se, est l'ordonnance d'Eudes de Sully, évè- l 
que de Paris (ad calcem operum Pétri Ble* 
sensis)^ de l'an 1198, qui statue sur la fête de 
la Circoncision, pour abolir les anciennes 
indécences, que les répons des premières 
vêpres et le Benedicamus^ pourront être 
chantés in tripla^ velquadrupto^ vel organo; 
à l'office de la nuit, le troisième et sixième 
répons, in organo^ vel in triplo^ vel quadru 

Îïlo ; et qu'à la messe, le répons gradue^ et 
* Alléluia seront chantés in triploy vel quu - 
druplo^ vel organo. Ducange et ses conti- 
nuateurs citent deux endroits du Nécrolo- 
(;e de l'Eglise de Paris où sont à peu près 
es mêmes expressions. Dans l'un, qui est 
au 7 janvier, et nue j'ai conféré avec l'ori- 
ginal à la Bibliothèque du roi, Hugues Clé- 
ment, doyen de Paris, est loué pour avoir 
fait ce qui suit : Procuravit etiam salubriter 
quod festum beati Joannis evangelistœ^ quod 

{ïrius neglig enter et joculariter agebatur^ 50- 
emniter et dévote celebraretur.... Et quilibet 
clericorum qui ad missam responsortum vel 
Alleluiaj in organo triplo^ seu quadruplo de-- 
cantabitf sex denarios habebit. L'autre en- 
droit de ce nécrologe, cité par Ducanee. est 
au 7 juillet, où, après avoir marque 1 éta- 
blissement de la fêle de saint Thomas de 
Cantorbéry à ce jour, l'auteur ajoute : Et 
quatuor elericos qui organisabunt Alléluia^ 
cuilibet sex denarios.... Organum était le 
nom génériçiue qui s'entendait du cas où 
l'accord était simple, c'e^t-à-dire lorsqu'il 
n'y avait que deux voix chantant ensemble ^ 
On verra ci-après qu'en d'autres églises on 
appelait cela chanter induplo. Jrtp/umétait 
lorsqu il y avait trois voi'X qui chantaient, 
par exemple, le verset d*un répons ou d*un 
Alléluia^ et quadruplum^ lorsqu'il y en avait 
quatre. Organiser le chant, c'était y insérer 
de temps en temps des accords à la tierce 
(suivant des exemples tirés de V Alléluia du 
dimanche de Quasimodo de l'ancien Graduel 
de Paris). C'est ce que, dans le xii' siècle et 
les précédents, on appela organum. Si alors 
on voulait triplum ou organum triplum^ un 
troisième chantre fhaute-conlre) chantait à 
l'octave la partie nu premier chantre, et si 
on voulait du quadruplum onorganum qua" 
druplumy une haute-contre chantait à roc- 
tave la partie du second chantre. Voilà ce 
que c^était que les quatre organistes de 
YAlleluia. 



(ii5*) Eo effet, ce mol semit une iraductfon plus 
esMcVt de éisetmimê (cbanler à deux) que celui de 
#rtom, qui implique nécessairemenl Tidée de dé- 
ekmmter oe de mal chanter, • {Noie de l'auteur.) 

{Mê) DUeamtant qui simul cfun une vel pluribus 
àmUiUr cmUamt^ ut ex distinclis ^lontf tutus fiat^ non 
umtmte stmplieitaiist sed dulcis concorditque mtilfo- 
uis uiûûne. 

{Ul) Saint (Mon s^exprime ainsi (Cod. Colb. 



Silo) : Diaphonia vocum conjunetionibus sonat quam 
nos organum vocamus^ cum disjunctœ ab iuvicem 
voces et concorditer dissonant et dissonanter iottéor- 
dant. Guy, abt)é cislercien du xu* siècle, rappor- 
taul les règles de celle organisation , dit : Si can- 
tus aseendit duos voces et organum incipit in duplici 
voce, descenderit très voces et erit in quinta, vel des* 
cenderit septem voces et erit cum cantu. Voilà l'ac- 
cord de la quime et de fociave. 



S3i 



DEC 



DICTIONNAIRE 



DEC 



9Si 



« Dan<i un Ordinaire de Sainl-Martin de 
Tours (Marlène, De disciplina in divinis of^ 
/Sctts), qui a environ cinq cents ans, on lit 
au jour de la Circoncision : El debent orga- 
nisari Invitatorium^ Versiculii Responsorium 
ei Pro5(P. Dans le livre de la cathédrale de 
Sens, qui servait à la Fête des Fous au xiir 
siècle, il y a : Responsorium ùum organo, 

« A mesure qu'on devint plus habile dans 
le chant, on reconnut que les accords à la 
tierce pouvaient se pratiquer ailleurs que 
dans des versets, des répons et des intona- 
tions, et que Ton pourrait chanter des pièces 
presque entières à deux voix différentes. 
J'en ai trouvé une du xiii* siècle dans un 
manuscrit de l'église de Sens : c'est le Credo 
de la messe. La partie du dessous est celle 
du chant grégorien ; les accords de la partie 
de dessus, lorsqu'il y en a, sont h là tierce, 
ou à la quinte, ou à l'octave, et souvent 
deux parties sont è l'unisson. Le manus- 
crit ne donne point de nom à ce chant. J'ai 
aussi vu à Noyon, dans la bibliothèque du 
chapitre, un manuscrit qui contenait des 
antiennes de la Circoncision et de TEpipha- 
nie, ainsi notées à deux parties sur les mê- 
mes quatre cordes, sans aucun mélangei 
parce que celles du chant grégorien sont 
des notes rouges, et celles de l'accord qui 
ne revient que de temps en temps, sont en 
noir. Les paroles du manuscrit m'ont paru 
du XI* siècle quant au caractère^ mais le cnant 
n'en a été composé que vers la fin du xirou 
dans le xin'. Peut-être appelait-on aussi ce 
chant in duplo. Ce terme est cité dans un 
Ordinaire de Châlons-sur-Saône, de cinq 
cents ans, au premier dimanche de l'A vent. 
On y lit, au sujet du psaume Venite^ de Ma- 
tines, que la voix sera élevée au verset : 
Hodie sivocemj et qu'on le continuera in 
duplo. Il prescrit aussi deux fois Vlntroit à 
la messe cum duplo. (Martène, De Antiq, 
EccL ritibuSf tom. I, pag. 611.) Par la suite, 
et dès le xiv* siècle, on commença à chanter 
quelquefois des pièces à trois parties, dont 
la plus basse était appelée téncr, celle du 
milieu mo^e^tis, et celle du dessus triplum. 
J'ai trouvé dans les livres de la sacristie de 
la cathédrale de Noyon un Gloria in excelsis 
ainsi noté sous le règne de Charles V (2^S). 
« Mais le nom qui prit le dessus pour dé- 
signer ces sortes d'accords,fut celui de dis- 
cantus^ par la raison que c'était un chant è 
deux VOIX, et en langage vulgaire, on le 
nomme déchanl. Les règles en avaient été 

(248) Voir la disserlation que j'ai publiée moi^ 
rrtéme sur Torigine et remploi de \ harmonie appli- 
quée au plain-cbant, durant le moyen âge (Annales 
arcliéologiques , année 1848), de laquelle il résulte 
que dés le xiii' siècle, les règles au contre-point 
ecc!éstasiique avaient été fixées, à peu de chose 
près, telles qu'elles existent encore aujourd'hui, et 
que dés le xiv' siècle on pratiquait un contre-point 
régulier k quatre voix. Le décbant était donc encore 
plu^ avancé à cette époque que ne le dit Lebeuf dans 
stm travail , d'ailleurs si intéressant et si riche en 
détails précieux sur cette question. En ce qui con- 
cerne l'origine du déchant, elle est plus ancienne, 
au moins quant à la théorie, que ne rassure le sa-* 



écrites en français dès le xiii' siècle. Elles 
commencent ainsi dans un manuscrit de 
l'abbaye de Saint-Victor de Paris : « QuisquU 
<K veut déchanter, il doit premier savoirqu'est 
« quand est double^ c[uand est la quinte note 
« et double est la witisme; et doit regarder 
« se li chant monte ou avale. Se il monte. 
« nous devons prendre le double note : 5e il 
a avale, nous devons prendre le quinte no» 
« te, » etc. Tel fut le berceau de ce qu*on a 
appelé depuis contre-point et faux-bowrdon. 

« On lit à la page 71 d'une Vie de saint 
Louis, du XV* siècle, qu'étant à Nazareth le 
25 mars, il fît commencer vêpres hautementi 
et le lendemain au point du jour, matinei 
du jour, à chant et à déchant. Les lettres da 
roi Charles VI, de Tan U05, sur la Sainte- 
Chapelle, portent que le chantre doit ins- 
truire et corriger, in lectura, cantu^ diêcofh 
tu^ accentu etaliis. Les statuts de la Saide^ 
Chapelle de Bourges, dressés en 1407 ffi 
Giraud, évèque de Poitiers, et par Piene 
Trousseau, archidiacre de Paris commis par 
le Saint-Siège, parlent souvent du décbant 
et ne le défendent qu*aux oi&ces des morts, 

tf Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s*ex- 
prime ainsi dans un titre de Tan 1431, du- 
quel j'ai eu copie : a Fondons et établissons^ 
« du gré et consentement desdits doyen et 
« chapitre enicelle notre chapelle (de Dnooj 
« et collège dudit ordre (de la Toison cror] 
« une messe quotidienne et perpétuelle... par 
« chacun jour de lors en avant solennellement 
« à haute voix, à chant et à déchant, excepté 
« celle de Requiem. » L'Obi tuai re de l'église 
de Térouanne du xv* siècle, cité dans le 
Glossaire^ fait aussi mention du décbant, eo 
marquant qu'une personne fonda solemmm 
missam de beata Yirgine cantaHdam.... eum 
cantu^ discantUj et organis sonantibus. 

« Jean Reignier, bailli d'Auxerre, étant ar- 
rêté prisonnier Tan 1432, dans les prisons 
de la ville de Beau vais, à cause de son atta- 
chement envers les ducs de Bourgogne, y 
lit son testament en vers français et s^n* 
prima ainsi : 

II me suffira d*uiie messe 
De Bequiem toute chantée 
Au cueur; me ferait grand liesse 
Si être pouvait déchantée, i 

Une des causes principales de là décadence 
ou chant litursique au xiv* siècle^ c*est ledé» 
chant. Celaest établi par plusieurs documeotSi 
entreautresparlacélèbre bulle DoetaêomU^ 
rum,de Jean XXIL Nos lecteurs ne seront pv 

vant chanoine d*Àuxerre, ptrisque, dés le Tii* sièckf 
le célèbre saint Isidore, évèque de Séville, ea doa- 
nait la déliiiition et en expliquait les diverB fom 
dans ses écrits^ dont j'ai donné les passages lesplv 
saillants dans ma dissertation ci*dessus. Seuteanit 
on ne se servait pas encore du mol déekami^ qai fort 
beaucoup plus tard, pour exprimer le chaai à phi- 
sieurs voix \ mais on rappelait sjmphoole, poar In 
accords consonnants, et diaphonie, pour les MMM Kê s 
dissonnants. Ce dernier nom lui resta , pour lUf 
reniplacé par celui d'oraanttm, et eesuile par ~^*^ 
de aéchatity et plus /ara encore par celui ét€i 
point. 

(!^ote de Vauienr ) 



DEC 



DESTHETIQVE CHRETIENNE. 



DEC 



Î34 



fichés dé ravoir soos les yeux, telle qu'elle 
a été traduite par le B. D. Guéranger, avec 
les réflexions dont Ta fait précéder le sa- 
vant liturgiste, abbé de Solestne (2&9). 

c Le chant ecclésiastique , non-seulement 
se transforma h cette époque, mais faillit 
périr à jamais. Ce n'était plus le temps où 
le répertoire grégorien demeurant intact, 
on lyoutait, pour célébrer plus complète- 
ment certaines solennités locales, ou pour 
acerottre la maiesté des fêtes universelles, 
des morceaux plus ou moins nombreux, d'un 
caractère toujours religieux, empruntés aux 
modes antiques, ou du moins rachetant, 
par des beautés originales et quelquefois 
sublimes, les dérogations qu'ils faisaient 
aux rèffles consacrées. Les xiv* et xv* siècles 
vireqi,Ie déchant (c'est ainsi que Ton appe- 
lai! lé' A«at exécuté sur le motif grégorien), 
alimrber ^t faire disparaître entièrement 
sôm de btearres et capricieuses inflexions, 
toôla^ la ^majesté, toute l'onction des mor- 
ceaifi: Hntiques. La phrase vénérable du 
chant, trop souvent, d ailleurs, altérée par 
le mauvais goût, par l'infidélité des copis- 
tes, succombait sous les efl'orts de ces mu- 
siciens profanes qui ne cherchaient qu'à 
donner du nouveau, à mettre en évidence 
leur talent pour les accords et les variations. 
Ce n'est pas que nous blâmions l'emploi 
bien entendu cfes accords sur le plain-chant, 
ni que nous réprouvions absolument tout 
chant orné, par cela seul qu'il n'est pas à 
rnnisson ; nous croyons même, avec l'abbé 
Lebeof, que l'origine première du déchatu^ 
an'on appelle aujourd'hui contre-pointf ou 
«MU/ sur le /itre, doit être rapportée aux 
coantres romains qui vinrent en France au 
temps de Charlemagne (250). Mais l'Esprit- 
Sainl n*avait point choisi en vain saint Gré- 
goire pour Vorgane des mélodies catholi- 
gnes;son œuvre, réminiscence sublime et 
inspirée de la musique antique, devait ac- 
eompa^er l'Eglise jusqu'à la fin des temps. 
H devint donc nécessaire que la grande 
TOix du Siéffe Apostolique se ftt entendre, 
et qu'une réprobation solennelle fût portée 
contre les novateurs qui voulaient oonner 
une expression humaine et terrestre aux 
soupirs célestes de l'Eglise du Christ. Et 
afin que rien ne manquât à la promulgation 
de l'arrêt, il dut être inséré au corps du droit 
canonique, où il condamne à jamais, non- 
•eolement les scandales du xiv* siècle, mais 
aussi, et è plus forte raison, ceux qui, de 
nos jours encore, profanent un si grand 
nombre d^églises en France et ailleurs. Or, 
▼oid les paroles de Jean XXII, dans sa 
iiimeose bulle Doeta sanc^orum^ donnée 
en im, et placée en tète du troisième 
Une des Extravagantes Communes ^ sous 

(MÊ^HitUuHôms liturgiques ^ tom. I, cfaap. 5, 

(^) Trmté Uêlefique du ckamt eecléêUstique , 

SÎM. MmmmlU maeellm sekole^ discipuU, dum lem- 
Ftrihu mmuturaudU iufÊigHant uovis aolts, inlêndunt 
fmgere <«««• q^smm ëutkfuas cantare mn/auil, in $emi* 
mm et mmiuas éecle$ia$tica cantantur^notuli$ 

DlCTiOH.f. n'EsTll&TIQtE. 



le titre De ^ita et honestate elerieormn. » 
« La docte autorité des saints Pères a dé- 
crété que , durant les offices par lesquels 
on rend à Dieu le tribut de la louange et 
du service qui lui sont dus, l'Ame des fidè- 
les serait vigilante, que les paroles n'au- 
raient rien d'offensif, que la gravité modeste, 
de la psalmodie ferait entendre une paisible 
modulation ; car il est écrit : Dans leur 6oti- 
che résonnait un son plein de douceur. Ce 
son plein de douceur résonne dans la bou- 
che de ceux qui psalmodient, lorsqu'en 
même temps qu'ils parlent de Dieu ils re- 
çoivent dans leur cœur, et allument par le 
chant même, leur dévotion enver.« lui. Si. 
donc, dans les églises de Dieu, le chant des 
psaumes est ordonné, c'est afin que la piété 
des fidèles soit excitée. C'est dans ce but 
que l'office de la nuit et celui du jour, que 
la solennité des messes, sont assidûment 
célébrés par le clergé et par le peuple, sur 
un ton plein et avec gradation distincte 
dans les modes, afin que cette variété atta- 
che et que cette plénitude d'harmonie soit 
agréable. Mais certains disciples d'une nou- 
velle école, mettant toute leur attention à 
mesurer les temps, s'appliquent, par des 
notes nouvelles, à exprimer des airs qui ne 
sont qu'à eux, au préjudice des anciens 
chants, qu'ils remplacent par d'autres, com- 
posés de notes demi-brèves etcommeimper^ 
ceptibles (251). Ils coupent les mélodies par 
des hoquets^ les efféminent par le décfuintf les 
fourrent quelquefois de triples et de mottets 
vulgaires, en sorte qu'ils vont souvent jus- 

3u'a dédaigner les principes fondamentaux 
e l'Antiphonaire et du Graduel, ignorant 
le fond même sur lequel ils bâtissent , ne 
discernant pas les tons, les confondant 
même, faute de les connaître. La multi- 
tude de leurs notes obscurcit les déductionê 
et les réductions modestes et tempérées au 
moyen desquelles ces tons se distinguent 
les uns des 'autres dans le plain-chant. Ils 
courent et ne font jamais de repos, enivrent 
les oreilles et ne guérissent point, imitent 
par des gestes ce qu'ils font entendre; d'où 
il arrive que la dévotion que Ton cherchait 
est oubliée, et que la mollesse, qu'on devait 
éviter , est montrée au grand jour. Ce n'est 
pas en vain que Boëce a dit : Un esprit las- 
cif se délecte dans les modes lascifs, ou au 
moins s'amollit et s'énerve à les entendre 
souvent. C'est pourquoi, nous et nos frères, 
avant remarqué depuis longtemps qna ces 
choses avaient besoin de correction,, nous 
nous mettons en devoir de les rejeter et re- 
léguer efficacement de l'Eglise de Dieu. En 
conséquence du conseil de ces mômesi frè- 
res, nous défendons expressément à qui- 
conque, d'oserrenouveler ces inconvenances 

pereutiuntur^ dum vnloéims koguetis intcrmcêut, iff- 
seatmkus luMiuwif etc., elc. 

Ce patufle (povr ne parler qau ée oeUit-là) 
indique éTidenaient que le Pape Jean XXII avait 
auianl eu vue dans aa buHe le cbanl figuré 9 on à 
noies dlnégalea valeurs, que le déchanl propre- 
ment dit. ( Note de Cauteur.) 

8 



su 



DEC 



DICTIONNAIRE 



DES 



oa aieaiblables dans lesdits officdSf princi- 
palement dans lei heures canoniales, ou en- 
core dans la célébration des messes solen- 
nelles. Que si quelqu'un y contrevient, qu*il 
soit, par Tautorité du présent canon, puni 
{ de suspension de son office pour huit jours, 
par les ordinaires des lieux où la faute aura 
ëlécommise, ou par leurs délégués, s*il s'agit 
de personnes non exemptes ; et , s'il s'agit 
d'exempts, par leurs prévôts ou prélats, 
auxquels appartiennent d'ailleurs la correc- 
tion et punition des coulpeset excès de ce 
uenre, ou semblables, ou encore par les dé- 
légués d'iceux Cependant, nous n'enten- 
dons pas empêcher par le présent canon, 
qûef a« temps en temps,' dans les jours de 
f6tes principalement , et autres solennités , 
aux messes et dans les divins offices sus- 
ilits, on puisse exécuter sur le chant ecclé- 
siastique simple, quelques accords pour la 
mélodie, par exemple, à l'octave, à la quinte, 
h la quarte et semblables (mais toujours de 
façon que l'intégrité du chant demeure sans 
atteinte, et qu'il ne soit rien innové contre 
les règles d'une musique conforme aux 
bonnes mœurs) ; attendu que les accords de 
ce genre flattent l'oreille , excitent la dé- 
votion, et défendent de l'ennui l'esprit de 
ceux qui psalmodient la louange divine. » 

DECORATION. Ce mot s'applique parti- 
culièrement à l'architecture. Il comprend, 
sous cette acception, tous les genres d'or- 
nements dont est susceptible l'extérieur 
aussi bien que l'intérieur d'un édiOce, et 
tous les sujets de composition que l'artiste, 
dirigé par le goût où le génie, peut intro- 
duire dans son système de décoration. Ces 
sujets ne sont donc point entièrement laissés 
aux caprices de l'imagination , mais ils doi- 
vent, au contraire , être déterminés, quant 
au choix d^ornements et à leurs combinai- 
sons, par la nature même du monument et 
par sa destination avec laquelle il faut qu'il soit 
en rapport, comme l'accessoire à l'égard du 
principal. C'est encore là une des lois rigou- 
reuses qulmpose le principe de l'ordre, de 
la convenance, de l'harmonie, qui préside né- 
cessairement à toute œuvre sérieuse d'art 
et de poésie. 

Tous les peuples ont pratiqué plus ou 
moins la décoration architecturale, par suite 
de ce besoin de variété, que nous apportons 
en naissant et qui augmente en nous par 
le spectacle de la nature. A voir, en effet, le 
spectacle infini des variétés qu'elle étale» 
dans les couleurs, dans les formes, dans les 
nuances de tout genre, dont elle aime h se 
parer à nos yeux, il est facile de comprendre 
qn*elle nous invite h répandre le même luxe 
sur les ouvrages de l'art. Aussi, remarquons- 
noiis dans tous le pays ces broderies, ces dé- 
cwpures, ces mille combinaisons d'orne- 
ments, que le gqûi de l'artiste emprunte, tan- 
tôt aux formes végétales que la nature dé- 
i^loppe avec tant de richesse à ses regards, 
tantôt- aux inépuisables combinaisons de li- 
gnés que lui fournit le géométrie. Dn bon 
système de décoration rehausse autant le 



mérite d'un édifice, au'un mauvais système 
en. diminue la beauté. Hais la décoration la 
la plus belle ne saurait racheter un vice es- 
sentiel d'architecture, tel que, par exemple, 
le défaut d'unité. Seulement, dans ce cas, 
un t)on système de décoration atténue le côté 
défectueux du monument, comme aussi, un 
système contraire affaiblit nécessairement 
l'impression favorable que peut causer la 
vue d'un édifice intrinsèquement beau. 
C'est comme si l'on voyait une belle per- 
sonne avec une parure de mauvais goût, 
nullement en rapport avec sa beauté, et ré- 
ciproquement. 

Le rôle immense qu'a joué la décoration 
dans l'architecture chrétienne depuis son 
origine jusqu'à nous, ayant fourni matière 
à plusieurs articles importants de ce Diction* 
naire, nous ne pouvons ici que ren^ifpr ,1e 
lecteur aux mots suivants : AiMaèMH|t 
Couleurs, Fresques, Iconograpbqé, IbM^ 
QUEs, Moulures, Peinture, ScuLprtac et W» 

TRAUX PEINTS. '• r^^ J 

DELLO. Peintre florentin mort vers Ilot. 
Voy. Peintubb. 

DENIS (Saint] TArêopagite. Son opinion 
sur les anges ; voy. Anges. 

DESSIN. La peinture se compose de deux 
éléments principaux, la couleur (Foy^ ce m&i} 
et le trait, ou dessin, qui va nous occupet. 
Le dessin exprime la forme, les délinéa- 
ments, les proportions des objets qu'il imite; 
la couleur ajoute aux objets imités les teintai 
diverses oui leur sont propres, ainsi que les 
effets de la lumière et principalement les 
contraste des jours et des ombres. 

Le dessin n'est point restreint à la pein- 
ture seule, mais il joue encore un rôle prin- 
cipal dans forfévrerie, la gravure» la mode* 
lure, la ciselure, non moins que dans Tart 
du tourneur, dans l'art de fabriquer défi- 
ches étoffes ornées d'arabesques^ de figoccs 
d'hommes et d'animaux, dans Tari des Gi- 
belins, dans celui du fabricant de porcelai- 
nes et de mosaïques. C'est pourquoi ces di- 
vers arts sont compris sous le nom général 
iTarii du dessin. 

L'architecture, bien qu'elle emprunte à a 
géométrie, au moyen de la règle et du com- 
pas, la distribution des lignes c^oi détermi- 
nent la configuration et la physionomie d'oa 
édifice quelconque, a besoin ceDeodanl de 
recourir au dessin pour les motin si variés 
d'ornementation, dont elle fait usage. 

Enfin, la sculpture peut encore motos se 
passer du dessin, à cause des profils, des 
contours et autres combinaisons de lignes 
qui entrent dans l'étude et la pratique de^ce 
bel art. 

Et même en musique, le deam^ qui mi- 
siste dans l'heureuse disposition dés parlief 
essentielle^ d'une composition musicale, qui 
liées ensemble, lui donnent du caradère et 
de l'harmonie, exige de la part da eoflip^ 
siteur une scrupuleuse attention. Cesl le 
desêifit en effet, qui donne à une ceovre de 
musique cette marche lo^que, bien enten- 
due, et cette juste proportion entre les diver- 
ses parties dont elle se C4)mpose, sans lii- 



S57 



DET 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



DJM 



quelles il ne sauraiUexister nulle part ni ac- 
cord ni unité. 

On appelle dessins mélodiijues certains 
traits de mélodie détachés qui s'exécutent 
comme broderie par un instrument ou même 
par certaines voix sur le chant principal 
d*un morceau. En matière de décoration ar- 
chitecturale on appelle dessins courants des 
ornements en méandres ou en arabesques, 
<iui se poursuivent les uns les autres sans 
interruption. 

Nous aurions & écrire ici une longue disser- 
tationaa point de vue esthétiaue, touchant la 
part qui a été faite au dessin,» dans les princi- 
pales oranches deTart chrétien. Mais comme 
«8 sujet rentre dans les développements que 
contiennent les articles de notre Diction- 
naîttt surTarchitecture, la sculpture et no- 
laoBPMt sur la peinture, nous ne pouvons 

Se renroyer le lecteur à ces mots et & leurs 

^ . BKISIILS. Ainsi que nous en avons déji fiiit 
là remarque, c'est dans les détails que con- 
siste principalement en architecture, la va^ 
riéié; et c'est dans l'accord des détails avec 
le plan général de l'œuvre que consiste Yu" 
nité^ condition essentielle du beau en tout et 
partout. Ces deux principes imposent à l'ar- 
chitecte, par exemple, la double loi de soi- 
gner les détails, d'abord en eux-mômes, 
quant à la pureté, & Télégance et aux autres 
qualités d'une bonneexécution,ensuiteauant 
au rapport qu'ils doivent avoir avec la desti- 
nation et le caractère de l'édiGce. Ceci est 
une règle de simple bon sens, comme celle 
qui veut que la parure d'une personne soit 
en rapport avec la condition de cette per- 
sonne. Or, la parure d'un monument est-elle 
autre chose que l'ensemble des détails va- 
riés d'ornementation qui disséminés exté- 
rieurement et intérieurement sur toute sa 
surbeCt doivent le couvrir et l'embellir; 
comme d'une espèce de vêtement 7 De même 
qu'an habit, des plus simples d'ailleurs, mais 
qui s'adapterait parfaitement à la taille de la 
personne à qui on l'aurait destiné, serait 
préiSérable kun autre habit plus riche, mieux 
travaillé, mais nullement a la mesure de 
cette personne, de même dans un édifice, 
un ensemble d'ornements nombreux, peu 
saillants, mais en rapport de style avec celui 
du monument, l'emporterait de beaucoup au 
jugement de tout homme de goût, sur un 
genre de décoration qui jurerait avec le ca- 
ractère de ré«Ji&ce, q^uelçiue riche, quelque 
distingué que pût être intrinsèquement ce sys- 
tème dedécoration. Ainsi, les quelques mou- 
lures romanes, de très-bon aloi, qui ornent la 
laçade de l'ancienne cathédrale, également 
romane, de Paul Trois-ChÂteaux, en Dau- 

Ebinéy sont d'un bien meilleur goûl et d'un 
ien plus heureux effet que ne le seraient 
da nombreuses moulures grecques et des 
mieux traitées qu'on pourrait y substituer. 
Ce qu'il y a de pire, c'est quand les détails 
jurent non-seulement avec le caractère gé- 
néral du monument, mais encore entre eux, 
ce qui arrive lorsqu'on en emprunte les mo- 
tifs a des styles qui diffèrent les uns des au- 



tres, et même qui se contredisent ouverte- • 
ment. C'est alors d'un désordre, d'un dé- 
cousu, d'un pêle-mêle d'idées et de maniè- 
res & faire baisser les veux. Et cependant, 
la singularité d'esprit, la vanité, la manie de 
Teffet à tout prix ont Jeté dans cette voie 
déplorable maints architectes, maints 8cul|>- 
teurs, qui avaient véritablement du talent. 
Nous ne citerons que Borromini, dont le nom 
est resté pour désigner les excentricités de 
ce genre que se permettent encore un grand 
nombre d imitateurs de cet artiste extrava- 
gant. Malheureusement, les principales ba- 
siliques de Rome portent encore l'empreinte 
de ce style borrominesquey dont la rrance 
elle-même a subi l'influence à un certain 
d^ffré. 

Lorsque, au bon soût quant au choix et à 
la distnbution des détails vient se joindre 
le nombre et la richesse, l'effet de l'enseni- 
ble n'en devient que plus srandiose et plus 
saisissant. C'est pourquoi Te splendide por- 
tail de Reims, qui réunit ces deux eondi* 
tiens, est encore plus beau que celui de 
Chartres qui en offre seulement la premiè* 
re. 11 serait facile de multiplier ces rappro- 
chements et ces comparaisons. (Foy. Abchi- 

TECTURB, BlSlLIQUES, ClBlCTiSB, CoNVBïlAB- 

CE, DÉcoBATiON, etc.) 

DETREMPE. Manière de peindre dont on 
faisait un grand usage, au moyen âge, et 
et qui consistait dans l'emploi de couleurs 
broyées à J*eau et è la colle (blanc d'œuf ou 
gomme). Elle s'exécutait sur pifltre, sur toile 
et principalement sur bois. Les bobines pein- 
tures à la détrempe, ont, grâce à Téclat qu'el- 
les tirent de Tenduit qui les recouvre, toute 
la vigueur de la peinture k Thuile. On pense 

3ue ce genre de peinture est le plus ancien 
e tous ceux que nous connaissons. (Voy. 
pour les considérations d esthétique^ qui s y 
rattachent^ les mots^ Fbesqub, Pbintubb, etc.) 
DIAPHONIE. Les Grecs entendaient par 
ce mot les dissonances parmi lesquelles ils 
comptaient les tierces et les sixtes. Plu' 
tard, il servit à désigner les premiers rudi- 
ments de rharmonie, qui è l'époque la plus 
reculée du moyen âge ne contenait que 
deux parties, appelées diaphonie^ h cause 
de l'étymologie grecque de ce nom (dta- 

f\honos). A la diaphonie succéda le déchant. 
Voy. Habmonib.) 

DIMENSIONS. Celles de nos temples chré- 
tiens sont généralement beaucoup plus con- 
sidérables que ne Tétaient celles des tem- 
ples payens. A l'article Basisiqubs, nous 
donnons la raison de cette différence, et à 
celui de GBiNDBtB, nous envisageons au 
}>oint de vue de l'esthétique les dimensions 
de nos édifices sacrés. Nous nous t)ornerons 
donc ici k faire observer qu'il importe de 
ne point confondre, ainsi qu'on le lait ordi- 
nairement, la capacité d'un édifice avec ses 
dimensions ou sa superficie. Ce sont ddux 
choses bien distinctes. Un monument pourra 
être moins vaste qu*un autre, et cependant 
contenir plus de monde, et réciproquement. 
Cette différence provient de Tinégalité res- 
pective des pleins et des vîAri» Qutrç ^ ' 



so 



DIX 



DICTIONNAIRE 



DU! 



94C 



édifiées. Ainsi, la basilique de Saiot-Pierre 
de Rome a moins de capacité que celle de 
Saint-Paul hors les murs, bien qu'elle soit 
et qu'elle paraisse extérieurement k Tœil 
nu, sensiblement plus grande. C'est que 
l'ordonnance de celle-ci, ayec ses cinq nefs, 
9es murs légers, ses minces colonnes, offre 
plus de viOiM que celle-là* avec ses murs 
épais, ses petites nefs étroites, écourtées, 
et ses énormes piliers. Aussi, la capacité de 
cette dernière, dont la superficie donne 
13,500 aunes carrées, est de 32,000 person- 
nes, tandis que celle de Saint-Paul hors 
les mors est de 87,000 personnes (5,000 de 
plus que Saint-Pierre), bien quelle n'ait 
que 8,000 aunes carrées de superficie, c'est- 
à-dire 5,500 de moins que la basilique du 
Vatican. Et même, la cathédrale de Milan, 
€|ui n'a que 9,250 aunes carrées de su[)er- 
licie, e'est-à-dire 4^,241 de moins que Saint- 
Pierre, peut contenir cependant deux mille 
personnes de plus, sa capacité étant de 
^000. Néanmoins, il est vrai de dire que 
la capacité d'une église est ordinairement 
en rapport avec la superficie qu'elle occupe. 
On en jugera par le petit tableau que voici; 



Saint-Paal de Londres 
KaiDt-PéUooe, à Bologne 
C»tbédn|e de Florence 
riUiédrale d*ABTeTs 
Saiiite-Sopbfe de Contuntinoplt 
Riioi^ean de Utran 
Noue-Daioe de P«rU 
Cathâ^nle de Pise 



SUPBmPICIB. 

aun. carr. 
6,400 
6,100 
6,075 
6,000 
5,790 
«,723 
5,250 
S,3o0 



CkPàcrri. 

person 

95,000 

24,000 

24»500 

24,000 

23,000 

22,900 

21,000 

15,000 



A part les basiliques constantitiennes de 
Borne, et celle de Sainte-Sophie, qui fût 
érig^ à Constantinople, par l'empereur 
Justioien, on peut dire que les églises de 
cette première f^riode latine furent géné- 
ralement construites dans de moindres di- 
mensions que c^lie de la période romane» 
de même que celles-ci furent surpassées, 
sous ce rapport, par les églises ogivales du 
xiir siècle et des suivants. Les grandes 
églises romanes des xi* et xu* siècles ont 
900 pieds de longueur (un peu plus un peu 
moins) ; o'est la mesure que Grégoire de 
Tours avait déjà indiquée pour les basili- 
ques de son temps. >éanmoins, cette pé- 
riode romane nous offre des basiliques dont 
les imposantes dimensions rivalisent presque 
avec celles de nos plus grandes églises go- 
thiques (252). U suffira de citer parmi celles 
qui sont encore debout eu France, l'an- 
tique abbatiale de Saint-Sernin, de Tou- 
louse, qui mesure, dans œuvre, plus de 
315 pieds de longueur et près de 90 pieds 
en hauteur, l'église de la Madeleine à Vé- 
xelavy q4i a SIS pieds de long, et 66 pieds 
de naut sous cief ; celle de Saint-Remi à 
Reim^, qui a près de 330 pifcds de longueur; 

<i52) U célèbre église aUbaiiale de Cluny, ro- 
maiu» et à cinq Aècbes, inaînteiiant déiniile, a été 
iiMif^ifA If plus vaste église, non-seulement de 
Frauce, malt de toute la chrétienté, avant que 
Saint-Pieri^ de Rome eÀ été prolongé de trois 
arq^, Bar Charles lladerae. Eue avait, en y com- 
l^naai r#iri«iii, semblable i ce^ de Veielay, 



celle de Saint-Germain des Prés à' 
qui en a plus de 260; Saint-Etienne et la 
Trinité de Caen;en Italie, la cathédrale 
de Pise, h cinq nefs, qui offre une lon- 
gueur de 292 pieds 2 pouces, dans orovre» aC 
une hauteur de 101 pieds h pouces, sous la 
lambris; en Allemagne, la cathédrale da 
Mayence, qui a une longueur de 350 pieds» 
sur une largeur de IM; celle de Worms al 
celle de Spire, la plus vaste église romane 
qui existe, puisqu'elle a 365 pieds alle- 
mands en Ipngueur, et plus de 100 en hauteur. 

On voit en Angleterre de vastes cathé- 
drales gothiques. Celle de Salisburi a 480 
pieds anglais, hors d'œuvre. Celle de Can- 
torbéry a 5US pieds de longueur sur 156 
pieds de largeur. Celle d'York, a 515 
pieds de longueur, sur 240 pieds de lar- 
geur au transsept. La cathédrale de. W|i- 
chester mesure 545 pieds de longoadr wéà. 
208 de largeur au transsept. Celle da Iiii<^ 
coin a une longueur hors d'œuvra de fi||r 
pieds et de 222 pieds au grand lnniimjr|il 
£nGn, la cathédrale de Durham a, dans œu- 
vre, 510 pieds de longueur et 80 pieds de 
largeur (253). 

C'est la France oui, après l'Angleterre, pos^ 
sède les plus grandes cathédrales ogivales. Kn 
première ligne il faut mettre celles de Reims 
et d'Amiens. La première n extérieurement 
428 pieds de longueur et 135 pieds de hau- 
teur jusqu'au sommet de la toiture. La se- 
conde a, dans œuvre, 415 pieds de longueur 
et 130 de hauteur sous clef. Viennent en- 
suite la cathédrale de Rouen , dont la lon- 
gueur extérieure est de 408 pieds et la hau- 
teur de 84 pieds; l'ancienne église collégiale 
de Saint- Ouen, de la même ville» dont les 
proportions sont encore plus srandes» puis- 
qu'elle a, dans œuvre, 416 pieds et 100 pieds 
sous clef de voûte ; la cainédrale du Mans, 
qui a, dans œuvre, 390 pieds de longueur, et 
102 pieds de hauteur sous clef de voAte; 
celle de Paris, à cinq nefs, qui a 390 pieds 
de longueur dans œuvre , et 100 sous clef 
de voûte ; celle de Bourges , également à 
cinq nefs, dont la longueur, dans œuvre, est 
de 348 pieds et la hauteur sous clef, de 114 

Sieds ; celle de Chartres, qui a, dans oauvra, 
96 pieds de longueur, et 106 pieds sous 
clef de voûte ; etc. , etc. 

La plus grande église de la Belgique est 
la cathédrale de Tournay, dont le cnœnr est 
ogival, et les nefs et le transsept sont ro- 
mans. Elle mesure près de 380 pieds dans 
sa longueur intérieure, et la hauteur du 
chœur a plus de 100 pieds sous clef. La ea- 
thédrale d'Anvers, toute ogivale, ne vioit 
qu'après. 

L'Espagne compte un assez grana nombre 
de cathédrales fort vastes. Nous citerons 
celles de Tarragone, de Pahna (dans l'Ile Ib- 



plus de 520 pieds de longueur loule. Plus de 
fenêtres éclairaient Fimmense édifice, qui lepaiall 
sur 428 piliers. 

(255) Il importe de remarquer que le pied ^ 
est sensiblement moindre que le pied français» . 
qu'il n*esi que de il pouces 5 li|ne| de Pranfic. 



M 



DIS 



DESTUETIQUE CHRETlCN.NE. 



IK)M 



Ul 



jorqoe) « de Barcelonney de Tolède » de Sé- 
fille el de Bnrgos. 

routefois, c^st en Italie que se trouyent 
ti]jOQrd*hui les deoi plus vastes églises de 
runÎTers chrétien , je veux dire le dôme de 
Milan ( style ogival ) et la basilique de Saint- 
Pierre de Rome. Nous avon^ donné plus 
liaat la superficie de ces deux églises » aux- 

Îiuelles il convient d'ajouter la vaste basi- 
ique à peu après restaurée de Saint-Paul hors 
les murs, qui a 477 pieds (français) de lon- 
gueur et 358 dans sa plus grande largeur , 
qui est celle du transsept. Il ne faut pas 
omettre non plus la célèbre cathédrale de Flo- 
rence (Santa Maria dei Fiori), qui mesure en 
longueur 426 piedSy et en hauteur, 143 pieds 6 
pouces. On en compte plus de 313 dans la 

eûde croisée. La coupole a 363 pieds de 
nteor jusqu'au sommet de la croix. Un des 
vins Tattes temples chrétiens (pour ne pas 
aire lé plus vaste], quand on l'aura terminé , 
sera la cathédrale de Cologne. Cet immense 
idifice à cinq nefs aura, dans œuvre, une lon- 
gueur de 455 pieds 2 pouces (pieds de roi), et 
extérieurement, de 490 pieas 8 pouces. Sa 
hauteur, qui surpassera certainement celle de 
toutes les nels connues, sera, sous clef, de 146 

C'edsS pouces, et' jusqu'à la naissance de 
TOÛte, de '149 pieds 9 pouces. La largeur 
des nels sera intérieurement de 151 pieds 
h pouces , et au transsept , de 256,6 pouces. 
Extérieurement, la (iremière de ces deux 
largeurs sera de 183 pieds, et celle du trans- 
sept sera de 288 pieds. La façade principale 
aura , en y comprenant les deux tours , 205 
meds 7 pouces dedeveloppement.il est bon 
o*aiireurs de faire observer que la plupart 
de cas dimensions colossales (254) sont déjà 
réaiiséest vu l'état d'avancement considé- 
Table où se trouvent actuellement les tra- 
vaux d'achèvement du gigantesque édifice. 
Lofsqu'ils seront terminés, la cathédrale de 
Colore présentera, à un degré supérieur, 
runion de la grandeur physique et de la 
fcrandeur morale. Voy. Je mot Gbandeur; 
PlsaiB (Saiht-) de Rome. 

DIOTlSALVI. Peintre siennois qui floris- 
sait vers Tan 1260. Voy. Peinture. 

DISSONANCE. La dissonance étant Top- 
posé de la oonsonnance , nous ne pouvons 
que renvoyer à ce dernier mot, où il est 

Ïuestiou également de la dissonance. Seu- 
^ment, nous remarquerons que , pour la 
musique traitée dans le genre dramatique 
ou dans le genre idéal (F. ce mot) ^ la dis- 
sonance embellit la composition , la rend 
plus artificielle, plus variée, plus énergique 
et plus passionnée. Or, ce sont précisément 
ces qualités ou ces effets de la dissonance 
dans le genre dramatique, qui l'ont fait ex- 
dare du genre opposé, c'est-à-dire reli- 
gieux , ou qui n'en ont permis l'emploi 
qu'avec sobriété et avec certaines précau- 

(254) NoQK les avons prises dans VHistoire et 
Béêerifiion de la cathédrale de Cologne , par Sul- 
pke Bolsserée, (édition 1844). Ce sont celles, à peu 
de fbose près, dn plan priroiiifdu monument re- 
trouvé par iHi hasard inespéré dans la ville de 
Damisudlf 



tions qui en adoucissent Taspérîté, soil m 
j préparant l'oreille , soit en la résolvant 
en accord consonnant. C'est ce qu'on ep*^ 
pelle la préparation et la résolution. Il est 
vrai que l'une et l'autre s'emploient égale- 
ment dans le style dramatique ; mais elles, 
sont plus rigoureusement prescrites peur le 
le style d'église pu contre-point, qui n'ad- 
met d'ailleurs qu'un très-petit nombre de 
dissonances, par exception, et dont l'harmo- 
nie consonnante reste toujours la base fon-f 
damentale.(Foy., pour de plue amplea eon^ 
tidérationi S esthétique^ les mots Coinraft- 
poiNT ; HiRMONifi ; Musique. 

DOME. On confond souvent, dans le lan- 
gage ordinaire, le dôme avec la coupole» 
Néanmoins il existe une différence réelle 
entre ces deux genres de constructions. Là 
coupole est, comme nous le disons k ce mot, 
une voûte qui a la forme d'une demi-spbère 
ou d'un demi-sphéroide. Lorsque cette forme 
affecte l'extérieur et l'intérieur de la voûte, 
c'est un dôme; lorsqu'elle n'affecte que 
l'intérieur , c'est une simple coupole, ail y 
a assez souvent, dit M. Berty (255), des cou- 
poles qui ne sont pas recouvertes d un d6mo : 
mais il est très-rare de trouver des dômes 
dont l'intérieur ne soit point disposé en 
coupole. > Nous avons raconté (à ce mot) 
comment le génie chrétien parvint non-seu*- 
lement à s'approprier le motif de la rotonde 
païenne, mais encore à faire de celte ap- 
propriation une création véritable de la 
coupole dans le temple de Sainte-Sophie, 
librement imité ensuite dans une fou.e 
d'autres temples catholiques, parmi lesquels 
Saint-Marc de Venise et Saint-Front de Pe- 
rigueux occupent le premier rang. 11 résulte^ 
évidemment des détails dans lesquels nous^ 
sommes entrés à ce sujet, que le dém» 
procède directement de la coupo!e , dont il 
a retenu l'ordonnance principale qui cm- 
siste dans la rotonde élevée sur quatre pi- 
liers, au moven de pendentifs. Seulement, dès 
le xni* siècle et surtout au xiv' (21^) , noua 
remarquons plusieurs modifications appor- 
tées à la disposition extérieure et intérieure 
de la coupole. Les deux plus saillantes con- 
sistent l"* en ce que la coupole proprement 
dite repose ordinairement sur des massifs 
épais au lieu de piliers; et 2", en ce qu'elle 
tend de plus en plus à affecter en l'exhaus- 
sant , au lieu de la forme demi-sphéroïde , 
celle de la pvramide curviligne, comme à la 
cathédrale de Florence, ou bien, comme à 
Saint-Pierre de Rome, celle d'une sphère 
aux trois-quarts, assise sur un tambour qui 
en exagère encore la hauteur. Oe là pour la 
notion de ces dômes la nécessité d'une di- 
vision des principales parties qui les com- 
posent, laquelle est particulière à ce genrt^ 
relativement moderne de coupoles (257). Le 
dôme de la cathédrale de Florence {Santn 

(^5) Dictionnaire de rarehilêcture du mûyew 
âge, au mot Coupole, 

(256) Dictionnaire de farelti lecture du moyen âae. 

(457) Ces parties sont : 1* le tambffur^ OHimir 
cylindrique et ordinal remcirt peicée iU: gyam^fs te^ 
nôtres, sur laqiidle r«*pvsr la coupole. Ou rti|^*Ue 



•15 



JDOM 



DICTIONNAIRE 



DOM 



244 



Maria dei Fiori) fut élevé en Uao par Bru- 
iielleschi sur les massifs qui ayaient été dis- 
posés à cette fin par Arnolfo di Lapo, archi- 
tecte de la basilique, près de deux cents ans 
auparavant. Ce nouveau genre de base de 
.coupole permit à Brunelleschi de donner à 
celle-ci des dimensions beaucoup plus vas- 
tes que n*en avaient eu les constructions de 
ce genre exécutées jusque là dans le put 
style byzantin. Ce ddme gigantesque est, en 
effet 9 aussi spacieux et beaucoup plus haut 
que le Panthéon de Rome. Son point de dé- 
part est établi sur les voûtes des quatre 
nois de réglise formant la croix latine, qui 
servent de soubassement & la tour octogone 
ou tambour jusqu'à la corniche dont elle est 
couronnée. Du sol même de Tédiflce jusqu'à 
cette corniche, on compte plus de 165 pieds. 
La coupole intérieure a 130 |iieds de dia- 
mètre. Elle a, depuis la corniche qui ter- 
mine le tambour et d*où elle part elle-même 
jusqu'à Vodii de la lanterne, 125 pieds de hau- 
teur, ce qui donne» à partir du sol, une éléva*> 
tion totale de plus de 290 pieds. Le tam- 
bour ou tour octogone qui supporte immédia-^ 
tement la coupole proprement dite est percé 
de huit fenêtres circulaires ou œils de bœuf. 
La voûte de la coupole présente huit faces qui 
vont en se rétrécissant dans le sens de leur 
«élévation jusqu à Tœil de bœuf de la lan- 
terne. Le cintre de la coupole est extrême- 
ment surhaussé, ce qui dut en rendre Texé- 
cutian plus facile, dit M. Quatremère de 
Quincy ; aussi, Brunelleschi avait proposé de 
le construire sans l'échafdudage d'un cintre 
de charpente (SS58). 

Le même auteur ajoute que cet architecte 
eut Tbonneur d*avQir le premier introduit 
dans la construction des coupoles modernes 
élevées sur les nefs des églises , Tusage de 
la double voûte , dont chacune reçoit une 
courbe différente à raison de Teffet extérieur 
ou intérieur qu'elle doit produire. 

G'eat ainsi que la coupole de Santa Maria 
dei Fiori ouvre une nouvelle période de 
constructions du même genre qui, sans ces- 
ser d'appartenir , quant à Tessence, au type 
de Sainte-Sophie, en diffèrent néanmoins tel- 
lement quant aux deux points importants, 
du support et de la demi-sphéricité de la 
voûte» qu'on ne peut plus continuer d*appe- 
\er bpxatUines des coupoles si profondément 
modifiées. Aussi, c'est le nom de dôme qui 
leur reste, comme nom générique ; et même 




rapport à la coupole de Saint-Pierre de Rome 
et aux dômes des Invalides et de Sainte-Ge- 
neviève de Paris. 

Quoiqu'il eh soit, le dême si hardi el si 
grandiose de la cathédrale Florentine, n*a 
pas encore obtenu, ce semble, le degré d'ad- 
miration au'il mérite à tant d'égards. C*ost 
l'opinion de la plupart des connaisseurs; 
c'est également celle de M. Pouioulat dans 
son livre intitulé : Toscane et Rome. (Let- 
tre 10). 

D'abord il fait observer que l'extérieur de" 
la cathédrale de Florence (259) présente 
comme une montagne de marbres de diver* 
ses couleurs , taillée en forme de croix Ut^ 
tine de l'orient au couchant ; ensuite 3 aiontit 
que la cathédrale florentine n'a pas Tâlf* 
gante légèreté de la cathédrale des PisanSrfit 

3ue ce qui frappe, c'est le caractère de soU* 
ité donné au monument, l'architecte sem* 
blant avoir voulu affranchir son œuvre de la 
condition des œuvres périssables. 

Enfin il s'exprime ainsi sur le d^me ; 
« Quel merveilleu x travail que la coupole 
de Sainte-Marie det Fiori ! comme on admire 
la hardiesse, la puissance du génie qui a 
lancé vers le ciel cette voûte qu'on croiFait 
suspendue au milieu de Tespace par des 
mams invisibles 1 

« Quand, on contemple la coupole deFIo* 
rence, on se dit que son illustre auteur Bra-^ 
nelleschi n'a pas toute la renommée qu^ 
devrait avoir; les gens qui admirent ont 
trouvé les langues humaines trop pauvrea 
pour l'expression de leur enthousiasme ait 
vue de la coupole de Saint-Pierre de RomSi 
et je ne sais pourquoi il parait convena de 
s'extasier un peu moins devant l'ouvrage 
de Brunelleschi, dont celui de Michel-An^ 
n'est qu'une imitation. Michel-Ange plein 
d'admiration pour l'œuvre de son devancier 
avait dit : « J'en ferai une semblable mais 
non pas une pareille. » La coupole de Buoqa* 
rotti produit plus d'effet, parce que la cathé« 
drale de Rome (260) est plus haute que œlla 
de Florence, mais la coupole de Brunelleschi 
surpasse en hauteur la coupole de Micbst* 
Ange. La. première, avec sa voûte» sa lan- 
terne, sa boule et sa croix, donne une mesorq 
de 186 pieds k pouces ; la seconde a 7 pieds 



aussi îonr 4e Dôme, l^s coupoles byzantines, au 
/contraire, reposent d*aplonib sur quatre grands pi- 
liers qui partent du sol. S^ la calotte , ou concavité 
de la Toûte sphéroîdale, qui est la coupole propre- 
ment dite. 3* la lanUme ou tourelle, dont le toit est 
quelquefois pyramidal , mais fréquemment spbéri- 
que, et qui, placée au sommet cfu d<)mc, sert sou* 
vent k donner du jour dans Tintérieur. La (onlerne, 
cette partie culminante du dème, est ordinairement 
surmontée d*une croix eç métal. 
(S58) Dictionnaire hiêtorique d'architecture. Voy. 

Cebrou. 

(SM) Ga bl âiMlfi ^1 v^<^, rarchilecle du 
JMflM 'rta les premiers 

|ai fhii vastes et 



des plus célèbres de la chrétienté. Il fut blll 
remplacement d'une église dédiée à sauite R^a» 
rata, en vertu d'un décret de la République Flore»- 
tine, où il est dit que ce monument devra surpaiscr 
en grandeur et en beauté tout ce que les honoss 
peuvent exécuter en ce genre. Cette église « divisés 
en trois nefs formées par de vastes arcades cintréM, 
est toute revêtue, à Textérieur, de marbre noir et 
blanc poli. On Ta prodigué dans Tintérieur, el k 
pavé en est entièrement. Nous donnons, à rarticle 
Dimengiong , celles de ce vaste édifice. 

(260) Ceci est .neiact. C'est Saint-Jean deLaina 
qui a toujours été la cathédrale de Rome et de '"^ 
l'univers chrétien. (Note de C auteur.) 



MB 



DOM 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



DOK 



3ir> 



•t S pouces de moins. Quant k la solidité des 
deux ouTrageSy celui de Rrunellescbi, quoi- 
que plus ancienyajusqu'kcejour beaucoup 
mieux résisté au temps (261). Depuis quatre 
siècles, la coupole de Florence , sauf quel- 
ques légers détails , n*a pas plus chancelé 
que la voûte du firmament dont elle offre 
une image. Et pourtant, le peuple florentin, 
abreoTa d'amertune les derniers jours du 
graod Brunelleschi ! Savez-vous pourquoi 7 
iMToe qu*une entreprise ayant pour ob- 
jet d*iBonder la ville deLucques, entreprise 
a laquelle Brunelleschi avait mis la main, 
B*éCail point parvenue à un plein succès.La 
Boltitude raula et chansonna le grand bom- 
OM ; la coupole de Florence qui rendait té- 
0ioigDage de son génie et portait dans les 
deux sa gloire, ne put protéger Brunelles- 
chi contre les injures des Florentins I Mais 
du moins, après sa mort, un monument lui 
fkil élevé dans Tintérieurde la cathédrale, à 
l'ombre de son propre ouvrage (262). » 

Le dAme de Saint-Pierre de Rome, élevé 
sur les dessins de Michel-Ange, vers le mi- 
lieu du XVI* siècle, est Timitation la plus 
considérable et la plus hardie qui ait été 
liûte de celui de Florence. Comme ce der- 
nier, il affecte une forme surhaussée, mais 
plus arrondie. La division des principales 
parties qui le composent est d ailleurs la 
même. Seulement, au lieu de reposer sur 
des massifs, c'est sur quatre piliers qu'il est 
porté, mais ces piliers ne sont en réalité que 
de simples massifs, puis qu'ils mesurent 
SOO piras de circonférence dans l'église , et 
400, dit-on, dans les fondations. Dans l'in- 
térieur sont des escaliers tournants pour 
monter aux balustrades des tribunes ou des- 
cendre dans les souterrains. Les quatre 
grands arcs destinés k soutenir la coupole 
parleni de ces quatre énormes piliers, à 100 
pieds an dessus du sol , et dans leurs pen- 
dentiCi on voit quatre grands médaillons re- 
présenlant , en mosaïques les évangélistes 
dans l'attitude d'écrivains. Entre le haut des 
4|nalre grandes arcades et la corniche qui 
est ao-oessous du tambour, règne une frise 
ajant 903 pieds de circonférence , sous la- 

Îuelle on lit en très-gros caractères d'or : 
'u as Petruê et super hanc petram œdificobo 
Beeteeiem meam et tibi dabo elaves regni eœ- 
hrmn. (JfollA. xvi , 18.) du sol à la corni- 
die on compte 106 pieds de hauteur jusqu'au 
tambour où commence le dôme. 

€ Le tambour (partie droite de la coupole) 
est éclairé par seize fenêtres rectangulaires 
ai orné de mosaïques posées par Jacques 
délia Porta , d'après les ordres de Clément 
TIll. Ces mosaïques représentant le Sauveur 
la sainte Viem , saint Jean-Baptiste, les 
spOtrea, des chérubins et des séraphins, 
sont d*aatant plus riches, que tous Les orne- 

Mf) Ea tÊkHt à plusieurs reprises, on a été 
•MMé de cercler le déroe de SaÎDt-Pierre , k cause 
^esmardes qui 8*y étalent manifestées en plusieurs 
mdroils, et qui dirrensleat menaçantes pour la so- 
MHé du rnoomnent (Piou de Cauteur.) 

(iit) Toteam ri lbiii«. Lettre tO*. 



ments et les figures sont sur un tnnd (ïov^ 
composé de cristaux dorés aufeu. Au-déssui 
du tambour commence la concavité de la 
coupole, divisée par 16 arêtes entre lesquel- 
les brillent des rosaces et des caissons do- 
rés. Ces arêtes vont se terminer à la base de 
la lanterne ; car, ce n'est pas tout encore. 
Par l'œil de la coupole notre regard s'élève 
dans une nouvelle coupole , parfaitement é- 
clairée aussi et jusqu'au plus haut de ce dôme. 
A fcOO pieds au dessus de nous, nous aper- 
cevons le Père Eternel, les bras étendus, pa- 
raissant descendre dans ce temple si digne 
de le recevoir, si l'homme pouvait jamais 
faire quelque sanctuaire digne de ce Dieu 
tout-puissant. Cette dernière et belle mo- 
saïque est du Provenzale, sur le dessin de 
Césari. La partie de la coupole , qu'on ap- 
pelle tambour , revêtue extérieurement ue 
travertin, entourée de 16 pilastres et de 33 
colonnes a une circonférence extérieure à 
peu près égale à la longueur de la basilique 
(510 pieds), tandis que la circonférence in- 
térieure égale presque la plus grande lar- 
geur de la même basilique. La partie con- 
vexe est revêtue de plomb, et présente la 
saillie bien prononcée de seize arêtes. —Le 
diamètre intérieur de la coupole est de 131 
pieds, mesure de France ; et, pour la hau- 
teur, depuis le pavé du temple jusqu^è la 
croix que supporte la boule, on compte 420 
pieds 6 pouces, 11 lignes (263). » {Vay. 

PlEERB (S41NT-) dC RomC. 

« Un nés avantages qu'il faut reconnaître 
à l'œuvre de Michel-Aiige sur ceux de ses 
successeurs, dit M. Quatremèrede Quincjr, 
c'est qu'il devait être et faire un tout avec 
l'ensemble de l'édifice extérieur (264). Bi 
ensuite on examine la coupole en particu* 
lier, on reconnaît qu'k l'unité de sa forme 
sénérale se joint encore, dans ce qui eu 
lait la décoration extérieure, un motif sim- 
ple et grand ; dans la courbe une heureuse 
division des parties entre le tambour, la 
tour du dôme, l'attique et la lanterne;. et uu 
accord de toutes ces parties si ju3te, qu'on 
ne saurait y reconnaître rien, d'arbitraire 
ou d'inutile, 

« On en doit dire autant de- l'ordonnance 
des colonnes accouplées ou adossées, qui 
environne I^tour du dôme. Nous verrons 
dans la comparaison que nous en ferons avec 
d'autres coupoles que cette ordonnance 
adossée a l'avantage d'une soumission bien 
ordonnée au principe de nécessité, que 
cl*autres n'ont cherché à dissimuler qu eu 
tombant dans l'inconvénient d'un accessoire 
inutile et dispendieux. 

« Le dôme des Invalides fut élevé par 
Jules -H^rdouin Mansart, sans aucune des 
siyétioQS qu'eurent à subir tous ceux qui 
durent construire une coupole sut les rems 

(203) Une viiiu à Nglin Saint 'Pjkrre de Rome. 
p^r M. Tabbé P. Moncoq. 

(264) Au iiioyen de la forme générale de rédiflca 
en croix grecque, coinuie je Texpose au mot PiSRHik 
(Sai/ct ) de itoroe. (iVof^ de Cauiêur.) 



t;7 



DOM 



DICTIONNAIRE 



DOM 



iu 



des Toutes de quatre nefs d'églises (265). 
L'église des Invalides avait été bâtie sans 
aucan projet de coupole ; celle qu*on j ad- 
mire aujourd'hui est unproloneement ajouté 
après coup. L'architecte eut Tavantage de 

Eoufoir la faire porter de fond, et rien n'o- 
ligeait à lui donner l'élévation qu'elle a ; 
peut-être pourrait-on déjk lui faire le re- 
proche d'inutilité en ce genre, ou autrement, 
de dire plue quHl ne faut. 

« Hansart usa, comme Michel-Ange, des 
colonnes accouplées et adossées pour servir 
de contreforts k la tour de son dôme; mais 
ces contreforts en colonnes, au lieu d'être 
distribués par masses égales au nombre des 
fenêtres , et faisant corps avec l'ensemble, 
ne forment que huit contreforts, ce qui pro- 
duit dans Tordonnance générale et dans le 
profil de l'entablement de grandes parties en 
ressaut, dont l'elTet est d'altérer à la fois 
l'unité et l'harmonie de la distribution. Cette 
élévation perd encore de son caractère, par 
l'introduction d'un double rang de fenêtres, 
dont le second eut, à la vérité, pour objet, 
comme on le dira plus bas, d'éclairer d'une 
manière inaperçue les peintures de la se- 
conde voûte. 

« On doit dire de l'extérieur du dôme des 
Invalides qu'il y règne autant de variété, 
d'élégance et de richesse de détail, qu'on y 
trouve peu d'unité, de simplicité de carac- 
tèrei soit dans la forme Générale, soit dans 
toutes les parties des profils, des chambran- 
les, et dans tout ce qu'on peut appeler l'exé- 
cution architecturale. (Foy., pour plus de 
détaiUf r article M ans art.) 

«Le dôme de Saint- Paul, de Londres 
(366), le plus grand qu'il ; ait après celui 
de Siaint- Pierre, offre un caractère assez 
grave et d'urne belle courbe extérieure. Le 
chevalier Wrea voulut enchérir sur la dé- 
coration extérieure de celle de Hichel-Ange, 
A examiner séparément sa composition , et 
en faisant abstraction de l'église en croix 
latine au-4les$us de laquelle il s'élève, on ne 
saurait nier que le parti pris par l'architecte 
d*environner sa tour de ddme d'une colon- 
nade qui fait l'efTet d'être isolée et qui sup- 
pose un entablement continu, ne rappelle 
ridée des temples i>ériptères^t circulaires 
des anciens. 

« Cette sorte de disposition a fait encore 
un Das de plusdans l'église de Sainte-Gene- 
Ti^e à Paris, construite par Soufilot. L'ar- 
chitecte eut sans doute en vue d'atTecter 
d'une manière encore plus réelle et plus 
seofible ^ la décqration de sa tour de dôme^ 



le parti de la colonnade saillante et isolée 
du temple circulaire des anciens. 

« Sur son stylobate, il éleva une gale- 
rie en saillie de trente -deux colonnes co- 
rinthiennes isolées , moins dans les quatre 
massifs servant de contrefort, au centre des- 
quels sont pratiqués des escaliers. Quoique 
la colonnade, comme isolée, soit en quelque 
sorte divisée en quatre parties égales «a 
moyen des massifs dont on a parlé» cepen- 
dant il y a entre ces massifs et les colonnes 
un espace qui permet de circuler tout ÎTen- 
tour. De la résulte sous tous les aspects 
l'effet d'une colonnade tout à fait isolée. 

« En retraite et au-dessus de cette colon- 
nade il y a, comme à Saint-Paul de Londres, 
un attique percé de fenêtres en arcades» sor 
lequel s'élèvent immédiatement la coorbo 
du dôme et la lanterne (267). 

« Si Ton résume les principaux pmntsde 
critique et de parallèle entre ces quatre 
dômes (268) considérés dans leur extérieur, 
on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il 
en a été de ces monuments comme de bean* 
coupd^autres ouvrages où le désir d'innover 
ou d'améliorer ne produit pas toujours VetbH 
qu*on s'en promet. Le dôme de Saint-Pierre, 
vu surtout dans l'ensemble pour lequri il 
avait été conçu, offre au-dessus de tous les 
autres la masse la plus simple , la forme la 
plus entière et la décoration la plus homo- 
gène. On ne peut s'empêcher d'avouer qn» 
presque tous les dômes construits depois 
semblent particulièrement avoir tendu à 
exagérer la vue d'un édifice surimposé à un 
autre édifice. Or, ce vice , il faut dire qn*U 
semble avoir été toujours en augmentait 
jusqu'à la coupole de Sainte - Geneviève. 
Aucune église ne présente, en effet, cet abu 
d'une manière plus sensible. Le grand frem* 
tispice en péristyle avec fronton indiqua 
d'une façon si particulière le comble et la 
terminaison d'un édifice, que rien ne pon- 
vait contribuer plus activement k faire sen- 
tir la duplicité de motif dont on parie. 

« Disons encore que ce double motif, dans 
ce qui devait être un tout, se trouve aogmea- 
té à cette église, comme à Saint-Paul * de 
Londres , par l'effet de la redondance d*ua 
galerie ou colonnade qui coupe encore ea 
deux parties le contour extérieur du dfcit, 
et qui, offrant l'idée d'un promenoir autour 
d'un temple rond, ne peut être regardée, aa 
lieu et dans Tespace qu'elle occupe, que 
comme une chose inutile. 

« Si maintenant , nous passons k la criti- 
que de l'intérieur des quatre dOmes que 



(S05|Gedénie a intérienrement un diamètre de 
75 pîMs 6 pouces, et une hanteur de 162 pieds 
pouots, de la naissance d^ la coupole jusqu^au 
sommet. (Note de routeur.) 

(266) Ce déme^ œuvre de Chrisioplie Wren, ar- 
chitecte anglais, qui Jeta les premiers fondemen(& 
de Saint-Paul, nouvelle caibâirale de Londres, en 
1675 a M i^eds français de diamètre, et 208 pieds 
TraMçiiS de ii^otevr. A a été construit en pyraniide, 
poar diminuer te poussées latérales; mais il se 
t^lè 80^1 U (otipe sphéroïde, coniiue les autres 



dômes. 1/église elle même a une longueur de 
pieds français. (iVû/edeTOTifair.) 

(287) Go dôme réunit trois voûtes cunceaCrlfMs 
en pierre de taille. Sa hauteur totale à Teitérieur, 
en y comprenant la lanterne, est de 340 pieds. Cetf 
aussi la longueur du monument , le péristyle esa- 

§ris. Sa largeur est de 250 pieds liprs-d*4BBvrs. 
ainte-Geneviève est en Terme de croix grerqiM. 
(268) Saint-Pierre de Rome, Saint-Paul de L 
dres, Itjs Invalides et Saintc-Genenèvc de Tws 



M 



DOM 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



DOM 



asu 



nous examinonst nous disons encore que la 
décoration interae du dôme de Sainl-Pierre, 
a sur tous les autres un avantage particu- 
lier, c'est d*ètre dans le rapport le pi us exact 
'a?ec sa décoration externe. En décrivant 
■eeile-ci, on a presque décrit Tautre. Ce qui 
différencie le dedans , c'est la richesse des 
oroementSy de dorure ou de peinture en 
Bioeai^ue , dont on y a fait un sage et bel 
emploi. Toutes les grandes parties de Texte- 
rieur, stylobate, ordonnance de pilastres 
•ceooplés, fenêtres entre les entre-pilastres, 
attique orné de même en guirlandes, com- 
partiments qui répètent les côtés , et dont 
les espaces sont revêtus de Qgures en mo- 
saïque , tout y offre la contre partie des 
masses et des détails du dehors. Ainsi, le 
«rand principe d*unité se trouve observé 
oans ce monument avec une Qdélité dont on 
ne aaarait citer un exemple aussi frappant 
dans aaeun autre du même genre. 

€ La décoration intérieure du dôme de 
Saint -Paul à Londres offre, dans ce qui 
f^rmn la tour de ce dôme^ un parti d'ordon- 
nance |)lus régulier en soi que celui de 
Saint-Pierre. Cela est dû au s)^stème d'éga- 
lité d*entre colonnement des pilastres corin- 
thiens , qui s'élèvent au nombre de trente- 
deux sur un stylobate continu. Ces trente- 
deux intervalles sont occupés par vingt- 
Juatre fenêtres et huit grandes niches. Au- 
essus s'élève le comble de la grande voûte 
en coupole , dont le sommet est percé par 
une ouverture circulaire de 19 pieds de dia- 
•mètre. Cette voûte est peinte. Mais, on peut 
dire qu'en général, soit ces peintures, soit 
ittx ornements du stylobate et des penden- 
Jhf n*offrent rien de très-remarquable. La 
partie décorative de l'intérieur de ce monu- 
ment en est la plus faible. 

€ Le dôme des Invalides , au contraire, 
remporte sur beaucoup d'autres, sinon par 
k séivérité du style etdugoûl, du moins par 
k variété et la magnificence des ornements. 

€ Les piliers du dôme sont percés.par des 
aut^ades et ornés de colonnes qui soutiennent 
de5 tribunes au-dessus desquelles se déve- 
loppent les pendentifs, dont la forme, assez 
pea régulière et ornée de peintures riche- 
ment encadrées , est surmontée d'un enta- 
Mement à consoles régnant autour du dime. 
(Test de cet entablement que part et com- 
merce la tour intérieure ornée d'un stvlo- 
bate rempli d'entrelacs et de médaillons, d'où 
s*éiève une ordonnance de pilastres corin- 
thiens accouplés dont les intervalles con- 
tiennent les fenêtres du premier étage. 

€ Comme la coupole se compose de trois 
voûtes inscrites Tune dans l'autre, la voûte 
intermédiaire est décorée d'un plafond peint 
par La Fosse, et éclairée d'une manière ina- 
perçue dans l'intérieur par les fenêtres du 
second étage, qui sont, *comme on l'a dit, 
celles de Tattique extérieur. Cette manière 
mj'Stérieuse d éclairer le plafond peint est 
de rinvention de Hansart, et donne une 
valeur particulière à l'effet intérieur de cette 



décoration qu*on aperçoit au travers de la 
isrande ouverture ae la première voûte, qui 
est ornée de compartiments alternatifs en 
caissons dorés et d'ornements peints. Son 
ouverture sert ainsi de cadre à la compo- 
sition de la voûte. On doit dire qu'il règne 
dans cet ensemble intérieur beaucoup aé- 
clat et de pompe décorative. 

«Le d^me de lanouvelleéglisedeSainte-Ge- 
neviève est loin de pouvoir rivaliser dans sa 
décoration intérieure, avec ceux dont on 
vient de parcourir en abrégé la description. 
L'architecte n'ayant voulu devoir TeCfet de 
sa décoration qu'aux seuls moyens de l'ar- 
chitecture et aux seuls moyens de la sculp- 
ture sur pierre , le principal ornement de 
son dôme consiste jusqu'à présent dans un 
ordre de colonnes engagées qui règne au 
au pourtour de la tour, et dont reffet un peu 
lourd peut faire regretter remploi des pi- 
lastres, vu surtout le peu d'étendue d un 
diamètre, qui n'est que de 62 pieds. 

«La vraie décoration intérieurede ce dtfnif, 
du moins de sa partie sphérique, consisti* 
dans une voûte en caissons d'un goût très- 
régulier, dont l'ouverture laisse voir le 
simple sommet de la seconde voûte, qui est 
le principal point d*appui de la lanterne. 
C*est-là qu'un emplacement très-modique 
semblerait avoir été accordé à la [>einture; 
mais (on pourrait le dire) sous la condition 
de rester et de paraître étrangère à la déco- 
ration du monument. 

« 11 faut dire, en finissant, que dans 
le fait ces immenses voûtes de d^me, où la 

f)einture déploie toute la magie de ses cou- 
eurs et de ses compositions, ont le désa- 
vantage de se substituer beaucoup trop aux 
données de la construction, aux lignes de 
Tarchitecture et à ses formes décoratives. 
Ces plafonds, qui, doivent toujours dans 
leurs espaces aériens, représenter le ciel, 
font disparaître totalement Tidée du local 
dont ils sont, dont ils doivent simplement 
embellir la couverture. Si l'usage s'en perd 
entièrement, peut-être que ni la peinture, ni 
l'architecture n'en auront de regrets. » (Si69) 
Résumant les principaux détails que con- 
tiennent nos deux articles (coupole et dôme), 
nous ferons remarquer comment le séuie 
chrétien, après avoir, dans la capitale de 
l'Occident, créé la forme type du temple 
catholique, pour cette vaste rég[ion, par la 
manière dont il s*était approprié l'ordon- 
nance générale de la basilique, créa de même 
è Constantinople, pour tout TOrient un au» 
tre type général d'église, qui s'y est mainte» 
nu jusqu'à nos jours, non sans avoir rejailli 
en brillants rellets sur plusieurs points do 
l'Occident, En effet, Tidée crandiose et si 
hardie d'élever dans les airs la rotonde grec- 
que et romaine, comme Timage de la voûte 
des cieux, et d'en faire la partie culmi- 
nante et principale du temple saint, au moyeu 
des quatre branches ou croisillons égau); 
sur lesquels elle devait s'asseoir avec tant 
d*ampleur et de majesté, cette idée, disons 



(169) DUtiannaire hi$torique d' architecture f par M. Quaircmérc de Quloci, v* JMm<« 



DOM 



DICTIONNAIRE 



DOM 



aouSf était tout à fait neuve et énvinemment 
catholique, soit comme caractère, soitcomme 
symbole. Les anciens n'avaient jamais rien 
connu d'analogue h Téglise coupole de 
sainte Sophie. Aussi, une gloire impérissa- 
ble suivra les noms des deux architectes 
catholiques, Anthémias de Tralles et Isidore 
de Milet, qui conçurent et réalisèrent cette 
magniGque idée. Le renom qu'elle leur a 
valu, A si juste titre, doit primer celui des 
plus fameux architectes, tels que Brunelles- 
chi et Michel-Ange lui-même, qui, dans Térec^ 
tiondes dômes de Florence et de Rome, ont 
déployé , sans doute, une étonnante force 
de génie, mais n'ont été après tout, que les 
imitateurs d'une idée sublime et grandiose, 
que d*autresavaient trouvée, neuf siècles au* 
plaravant. Il faut ajouter qu'une telle concep- 
tion fut aussi neuve sous le rapport du sys- 
tème original et splendide ae décoration 
auquel elle donna lieu, que sous celui du 
système architectural qu'elle inaugura dans 
toutrOrient. Il suffit, pour s'en convaincre, 
de lire les détails donnésà ce suiet par l'his- 
torien Procopc, (270) et de considérer, même 
de nos jours, le vaste et maçniOque intérieur 
de la coupole de Saint-Pierre du Vatican. 
L'Occident présente encore à notre admira- 
tion, dans Saint-Marc de Venise et dans Saint- 
Front de Péri^ueux, les deux plus brillants 
reflets qui lui Vinrent de la basilique Justi- 
nienne dédiée à la Sagesse incréée. Mais 
déjà, dans ces deux basiliques qui ont fixé 
notre attention, nous avons relevé des mo- 
difications apportées au prototype oriental, et 
dont la plus grave est, sans contredit, la 
forme de la croix latine substituée à celle 
de la croix grecaue de la plupart des égli- 
ses de l'Orient. Cette modification a été très- 
regrettable, en ce sens qu'elle a introduit 
dans les temples à coupole, un motif d'or- 
donnance principale qui en a brisé l'unité, 
comme nous le verrons bientôt. Après Saint- 
Marc de Venise et Saint-Front de Périgueux, 
nous voyons s'élever, mais avec des propor- 
tions plus vastes et plus hardies, d'abord la 
célèbre coupole de santa Maria Dei Fiori , 
ensuite celle non moins célèbre de la basi- 
lique du Vatican; mais ici s'ouvre pour ce 
genre de construction, un système plus 
compliqué. La coupole ne repose plus im- 
médiatement sur les quatre piliers et leurs 
pendentifs, mais sur une tour droite et cir- 
culaire appelée tambour, dont l'effet est de 
poner plus haut dans l'espace la coupole 
proprement dite à laqp elle elle servira de 
base désormais. Cet eilbt est encore exagéré 
par la forme, tantôt pyramidale, tantôt pres- 
que spbérique, et toujours plus alloneée, 
que reçoit la coupole elle-même, et de plus, 
par la lanterne extérieure qui la surmonte et 
qui en devient le complément obligé. Cette 



exagération de la hauteur de la Goupole est 
de plus en plus sensible dans les prioeipaai 
dômes élevés après celui de Saint-Pierre, tels 

Îiue ceux de Saint-Paul de Londres et de Saints 
leneviève de Paris; en sorte qu'en com- 
parant le plan de ce dernier à celui de Saints 
Sophie, on peut suivre pas à pas, entre ces 
deux limites extrêmes de la coupole» les mo- 
difications succesives gui en ont si notable 
ment altéré le type primitif, au point qu'on 
aura de la peine a reconnaître dans la ooa- 
pole de Sainte Geneviève la génération de 
Sainte Sophie. Ceci amène naturellement la 
question dfe savoir si l'architecture chrétienns 
a gagné ou perdu à cette altération de la cou» 
pôle primitive, ou, en termes plus clairs» si Is 
forme du dôme érigé en l'honneur de la pa- 
tronne de Paris, est préférable k celle de la. 
coupole de Justinien (271) 

On ne saurait douter que la première dé- 
cès deux formes de la coupole, eoYisa^ 
en soi et abstraction faite de l'édifice qui h 
surmonte , ne soit plus hardie, plus élan- 
cée, plus heureuse a !a vue, que la seconds. 
Mais si on la considère, comme on doit- Is 
faire, dans ses rapports avec l'édifice auquel. 
elle tient, il est incontestable que relative- 
mentaux églises qui ont, telle que celle de 
Saint-Pierre deRome, une nef principale sen- 
siblement plus lonsue que les autres trois. 
nefs ou croisillons, la coupole devieut, qnel- 
qu'en puisse être le mérite intriDsëqoSi 
une véritable superfétation. Imposée sur on. 
édifice qui avait déjà sa raison d'être, elle 
' n'est plus qu'un motif principal surajoutée 
un autre motif principal, d'où résultent denx. 
unités, pour l'édifice, c'est-à-dire la viola- 
tien flagrante de la véritable unité, qa*onns* 
saurait concevoir dans un monument à 
double motif, celui de lanef lonçitudinak 
qui détermine la forme de la croix latine, 
et celui de la coupole qui, indépendammen, 
de sa parfaite inutilité, dans l'exemple dont 
il s'agit, offre un second motif contradio- 
toi re au premier, celui de la croix grecque 
qu'elle exprime, essentiellement opposé 
à celui de la croix latine formée i>ar is 
croisillon longitudinal du couchant au le- 
vant. Cette absence de toute unité est en- 
core plus sensible à l'intérieur qu*k Texté- 
rieur, et elle Test d'autant plus, que les di- 
mensions de l'édifice sont plus considéra- 
bles. Or, la plupart des églises à coupdc» 
de l'Europe, ayant la formede croix latine» 
on peut affirmer, sans crainte de se tromper, 
que l'emploi irrationnel de la coupole dans 
ces édifices est fÂcheux, puisqu'il offre uns 
violation non douteuse du grand principe 
de l'unité, en dehors duquel il n*y a rien 
de véritablement grand, de véritablemanl 
beau ici-bas. On doit raisonner tout dif- 
féremment pour la basiliaue à croix greo- 



(270) De œdificiiê Juêtiniantf lib. vi. Voy. aussi 
Du Caiige. Hutoria byzantina , 1080. Tom. Ul , 
Ut. lu. 

(^71) La principale diffëreuce qiii existe entre ces 
deux coupoles, c est que la oemiére est e//tpiûfH«, 
mirbaiiêée, parce qu'elle présente un conUmraa-aes* 



sous du demi-cercle , ei que la première , aa 
traire, présente, comme celle de Saint -Pierre 
Rome, mais avec une intention encore plus n 

auée, le dôme surmonté ou demi-sphéroïde, qui, *■ 
e loin, offre la figure d*une sphère presque c«m- 
plite 



i85 



El? 



DICTI(»iNAIRE 



EXP 



exclusifs da beau physique, n*ont pu s*em- 
^lècberde lui rendre hommage (272). 

Ce n*est pas à dire pour cela, que les ar- 
tistes chrétiens aient, comme on l'a t)eau- 
coup trop souvent répété, fait divorce avec 
la beauté de la forme. Celle de ce genre, qui 
se manifeste avec tant d'éclat dans les in- 
nombrables statues qui ornent les portails 
des Notre-Dame de Chartres, de Paris, de 
Reims et de Strasbourg, est la réfutation per- 
manente, solennelle, accablante d'une telle 
assertion. Non, les peintres, pas plus que 
les sculpteurs du mo^en flge, n'ont ignoré 
les charmes de la beauté humaine, et il n'/ 
a que la mauvaise foi ou une étrange légè- 
reté qui puisse être, à ce point, injuste en- 
Ters eux, et cela, contre l'évidence des faits. 
Seulement, ils ont eu, (ce que nous n'avons 
guère), le bon sens de comprendre qu'on ne 
saurait faire de l'art religieux qu avec le 
sentiment religieux, et que l'expression de 
ce sentiment, se manifestant principalement 
dans la physionomie, c'était cette partie do- 
minante du corps humain, qui devait aussi 
dominer dans les personnages d'anges et de 
saiots que la peinture ou la sculpture avait 
à nous représenter. Et loin de leur en faire 
un reproche, l'on devrait, au contraire, les 
en féliciter, puisque Texpression mystique 
des suiets chrétiens est si propre à rehaus- 
•ser la beauté corporelle, en la spirilualisant, 
en la divinisant. Les critiques néo-grecs qui 
font continuellement ce reproche a nos ar- 
tistes chrétiens, montrent en cela leur pro- 
fonde ignorance des premières conditions 
de Testnétique introduite dans le monde, 
il y a dix huit siècles, par le mystère de 
l'Incarnation. En effet, juger d'après les rè- 
gles de la poétique païennne, les œuvres de 
l'art chrétien, c est comme si l'on prétendait 
expliquer par la mythologie des disciples 
d'Apollon, les dogmes, le culte, la morale 
des disciples de Jésus-Christ. L'uu n'est 
pas plus extravagant que l'autre. 

On fait beaucoup de bruit de l'incorrec- 
tion qu'accusent, dit-on, la plupart des œu- 
yres de l'art catholique. Et quand même cela 
serait, est-ce que par hasard les peintres, 
les sculpteurs Grecs et Romains, n ont pro- 

(372) Nous citerons entre autres le célèbre poète 
nlleinand Goethe, madame de Siaél , et rhistorien 
de la peinture, Vasari. 

(i75) Toutefois, le nombre commence à en dimi- 
nuer, et nous aimons à le reconnaître. Oui, on com- 
mence à voir que la correction et la régularité ne 
sont point dans certaines œuvres de Part, surtout 

{mnni les plus éminentes , et principalement dans 
'art chrétien , la condition indispensable , absolue 
de la beauté. Entre autres témoignages, je citerai 
celui de Tunde nos premiers artistes vivants, M. £u^ 
gène Delacroix. Yoici comment , dans une remar- 
quable Disurtation tur le beau , publiée derniére- 
ment dans la Bévue dek DeuM-àlondes^ il s'exprime 
touchant la question ; d'abord , dans Tordre de la 
sculpture , ensuite dans celui de la musique, enfln 
dans celui de la peinture. 

c Si le style antique a posé la borne , si Ton ne 
trouve que dans la régularité absolue le dernier ter- 
me de rart, k quel rang placerez-vous donc ce Mi* 
,cliel«Aii|e, dont les couceptions sont Iniarres , les 



duit que des chefs-d'œuvre? Ne sayons-nôas 
pas, même d'après le témoignage de leurs 
propres écrivains, que chez eux, oomM 
chez nous, le médiocre abondait* et que les 
chefs-d'œuvre n'étaient que rexceplioa. 
Comme on le pense bien, ce sont ces dte^ 
niers qu'on s'est attaché naturellement kit> 
tirer des ruines antiques et i conserrer. Oft 
n'avait que faire du médiocre, et encoit 
moins du laid. Supposons que par suite éè 
bouleversements quelconques, notre dvili* 
sation européenne vienne k périr avec aei 
monuments, pense-t-on qu'un autre people 
en fouillant un jour leurs débris disperseit 
ne s'attachera pas aussi, de préférenoet en 
chefs-d œuvre qu'ils pourront encore ofrir 
k ses regards investigateurs? Et même se- 
jourd'hui, voit-on, par hasard, nos maltfes 
de la peinture catholique, comme Oweilieekf 
de la statuaire, comme Fabiscb, de l*Ar^- 
tecture, comme Viollet-Leduc, conseiller k 
leurs élèves l'étude des modèles les moies 
corrects, les moins parfaits de i*art duré- 
tien? Pourquoi donc, chez nos critiques 
académiciens ces deux poids, ces deux me- 
sures? Pourquoi donc cette étrange obstiiuh 
tion de leur part k ne vouloir regarder les 
œuvres de I art catholique, qu'à travers II 
prisme peu flatteur d'un verre noiri et oeUti 
de l'art païen, qu'k travers les préventîoas 
favorables d'une aveugle partialité ? 

Pour en revenir k l^xpression mystimie, 
concluons hardiment de tout ce qui uréàtétt 
qu'elle est le caractère distinctif, la partie 
culminante, en un mot, de Tart chrilieB. 
Quiconque, se donnant pour connaissev 
des choses de l'art, prétendrait juger nOÊn 
architecture, et surtout notre peinture^ et 
notre sculpture chrétiennes, sans poserprli- 
lablement en principe l'expression iDjUi- 
que, eomme criieriûm de leur beauté, celai- 
la, fût-il membre de l'Institut ou*de nloh 
porte quelle académie, ferait exactemeal 
comme un aveugle qui se mêlerait de pro- 
noncer sur les couleurs. Ces sortes de en- 
tiques, encore trop nombreux de nos jo«s 
(273), ressemblent parfaitement k ceux qaii 
sans tenir aucun compte des conditions obli- 
gées dans lesquelles se trouvaient les boa* 

formes tourmentées, les plans outrés on 
ment faux et très-superficiellement imités 
turelT Vous serez forcé de dire qu*il est 
pour vous dispenser de lui accorder la beaaié. 
chel-Ange avait vu les statues antiques coauBei 
rbistoire nous parle du culte qu*il professait 
ces restes merveilleux, et son admiratioa } 
bien la nôtre ; cependant la vue et Festime et cet 
morceaux n'a rien changé à sa vocation et k si ai- 
ture; il n*a pas cessé d*étre lui, et ses iaveatim 
peuvent être admira à côté de celles 4e Da- 
tique. 

< On remarquera que parmi les productfaBS il 
même maître, ce ne sont pas toujours les bIbb ri^ 
gulières qui ont le plus approché de la pemclli^ 
Je citerai Beethoven comme un exemple  caM 
particularité. Dans son œuvre entière, qui tevili 
n*ôtre qu'un long cri de douleur, oa reaiarqaeinii 
phases distinctes. Dans la première, son iaspinlisa 
se modèle sans effort sur la tradition la pins pan; 
à côté de 1 imitation de Mocart, qui parie la langei 




»? 



FRA 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



FRA 



S58 



mes et les choses, durant le moyen Age, 
i*obetinent à apprécier au point de rue des 
idées modernes les institutions de fa féo- 
dalité. 

Ces! Ik le moyen infaillible de frapper 
constamment k bux dans ses juj^ements. 
11 est donc bien yrai que ceux qui préten- 
dent apprécier la peinture et la sculpture 
ratholique, sans tenir compte de leur pre- 
■inr élément qui est « Tezpression » telle 
(|ae nous Tenons de la définir, sont aussi 
meonséoaents, aussi présomptueux que 
eeoxqnf se mêleraient de discuter la pein- 
ture et la sculpture des anciens, sans con- 
naître un mot de leur mythologie et de la cos- 
mogonie qui leur a servi de point de dé- 
part. Malneareusement , répétons-le, ces 
sortes de critiques abondent naturellement 
dans un siècle matérialiste comme le nôtre. 
Us sont un véritable fléau pour l'art catho- 
lique, cAjet de leur injuste dénigrement. 
(Test pourquoi nous ne saurions trop pré- 
munir les amis de cet art divin contre leurs 



fausses doctrines ; et le chemin le plus direct 

Eour arriver k ce résultat, c'est de bien éta- 
lir, au moyen de l'expression mystique, 
la suprématie, en thèse générale, des artis- 
tes chrétiens sur les artistes païens. Afin de 
compléter ce que nous venons d'exposer 
sur ce sujet important, nous renvoyons aux 
articles dans lesquels il est traité sous ses 
divers aspects , tels que ceux-ci : Carac- 

TiaB, CONVBNANCB, pBINTURB, SCULPTURE. 

Quant k Vexpression du chant liturgique, 

3ui n'a pas moins d'importance que celle 
e la peinture et de la sculpture chrétien- 
nes, si nous n'en n*avons rien dit, c'est 
que nous la développons suflisamment dans 
plusieurs articles de ce Dictionnaire et no- 
tamment dans celui des Modes eccl&siasti- 
QUBs. En ce qui concerne le genre d'expres- 
sion et de facture qui convient k la musi- 
que appliquée au texte liturgique et princi- 
palement aux messes, voyez le mot, Stltb 
id6àl 



F 



FÉUaTÉ (Saints). Voy. Types. 

nCURES GRIMAÇANTES, k Textérieur 
des églises, foy. Sculpture. 

FIRMIN (Saint). Evènue d'Amiens, figuré 
sur le portail de la cathédrale, foy. Amiens. 

FLËSCHB. Voy, clocher. Roman, Stras- 

Boon». 

FLOltENCE(CATB6DRALE de). Foy. Dimen- 

SI09S DOlU. 

FRANCE. Une des erreurs les plus accré- 
ditées parmi nous, c'est de croire que l'Ita- 
lie a eoostamment devancé et surpassé les 
autres Dations de l'Europe, dans Tinvention 
et dans la pratique des beaux arts. 11 v a Ik- 
dessos, comme sur bien d'autres choses, 
des p&rases toutes faites que l'ignorance, la 
prévenlion et, trop souvent, la paresse, accep- 
tenl Yoloutiers, et que les écnvains se pas- 
sent do Tun k l'autre, avec un imperturbable 
aplomb. Loin de moi la pensée de dépré- 
cier une contrée aussi richement partagée 
eo artistes et en qpuvres d'art, que la pénin- 
sule italique. La part si large que je lui ai 

é» dien; en sent déjà respirer, il est vrai, celle 
«éfaneonst cet élans passionnés qui parfois trabis- 
toÊL «a feu intériear, comme certains roogisseroenls 

Êt*ezlMleot des volcans , alors même quMIs ne 
»s peint de Oammes; mais à mesure que Fa- 
lance de ses Idées le force en quelque sorte à 
oéer des formes inconnues, il néglige la correciion 
cl ks proportions rigoureuses : en même temps sa 
saMre rammllt, et ïi arrive ^ la plus grande force 
di ioa lalenl. Je sais bien que dans la dernière 
partie de son cravre, les savants elles connaisseurs 
rcfoseal de le seivre : en présence de ces produc- 
tiOM «aBdleses el singulières, d>scures encore ou 
^ftffflB&f à le demeurer toujours, les artistes , les 
kiMTS do métier, bésitent dans le jugement qu'il 
ca font mler : mais, si Ton se rappelle ^ue les ou- 
vrâtes se sa seconde époque, trouvés mdécbiflhi- 
hles d*aberd, ont conqms rasseatimeni aénéral, et 
sont u ' gi ni éa eommeses chefs-d'œuvre. Je lui don- 
acrai raison contremon sentiment même, et je croi- 



faite dans ce Dictionnaire doit me mettre à 
Tabri du reproche d'avoir été partial envers 
elle, et témoigne suffisamment de mon ad- 
miration sincère pour ce pays favorisé des 
arts. Mais cette admiration si légitime qu'é- 
prouvent pour l'Italie tous ceux qui ont pu 
fa visiter et Tétudier, n'autorisera jamais à 
regard des autres nations un oubli, une in- 
différence aue rien ne saurait justifier. Dans 
l'impossibilité où je me trouve, à cause du 
plan de cet ouvrage, de faire valoir les droits 
incontestables que ces divers peuples ont 
également, chacun dans ses conditions par- 
ticulières, à notre attention et k nos sympa- 
thies, je me restreindrai à la France, d'au- 
tant mieux qu'elle aussi a marché plus 
d'une fois à la tète de l'art chrétien, dont 
elle est prête à ressaisir le sceptre que le 
paganisme envahisseur du xvi* siècle avait 
onsé dans ses mains. D'ailleurs, les réfle- 
xions comparatives auxquelles nous allons 
nous livrer sur notre pays, sont applicables 
plus ou moins aux autres Etats de I Europe, 
et à l'Allemagne en particulier (274). Ceci 

rai cette fois , comme beaucoup d*autres, qu*il (aut 
tofujours parier pour le génie. 

c Un Holbein, avec son imitation scrupuleuse dea 
rides de ses modèles, et qui compte pour ainsi dire 
leurs cbcTeux ; un Rembrand , avec ses types vul» 
aaires , remplis d*une expression si profonde ; cea 
Allemands el ces Italiens ues écoles primitives, avec 
leurs figures maigres et contournées, et leur igno- 
rance complète de Tari des anciens, étincellent 
de beautés et de cet idéal que h's écoles vont cher* 
cher la toise à la main. Guidés par une vive inspi- 
ration, puisant dans la nature qui les entoure et 
dans un sentiment profond , Tinspiration que Téru- 
dition ne saurait contrefaire, ils passionnent autour 
d*euY les peuples et les hommes cultivés ; ils expri- 
ment des sentimenit qui étaient dans touies les 
âmes ; ils ont trouvé nalurellemeot ce jojfaa sans 
prix qu'une inutile science demande en vam è l'ex- 
péience et à des préceptes, > 

(274) Gest dans cette région que se trouvaient. 



FRA 



DICTIONNAIRE 



FRA 



posé, il nous sera facile de montrer, par des 
documents certains, que, sous le rapport des 
beaux-arts, tantôt collectivement, et tantôt 
partiellement, la France a marché de pair 
«yecritalie, et que, & bien des égards, elle Va 
, devancée, et même surpassée. 

En fait de sculpture, plus d*un siècle 
«vant la restauration de c^t art, par Nico- 
las de Pise et Giotto de Florence, nous 
avions les délicieux chapiteaux romans des 
cathédrales d'Avignon, de saint PauUrois- 
Chateaux, de Valence, de Vienne, de Char- 
ires, etc, et d'autres moulures qui ne lais- 
sent rien à désirer pour la grâce, pour la va- 
riété des motifs et le fini de l'exécu- 
tion (275) ; nous avions surtout ces magnifi- 
ques ftiçades sculptées de saint Gilles, d'Ar- 
les, de Poitiers, de Vézelay, de Civray , etc, 
dont on chercherait vainement les corres- 
pondantes en Italie. Immédiatement après 
ces magnificences sculpturales, nous avions 
celles, plus éblouissantes encore, que le style 
ogival avait prodiguées dans les cathédra- 
les de Chartres, de Paris, de Reims, de Stras- 
bourg, et de tant d'autres qui nous oflrent 
sur leurs immenses pages de pierre, tout un 
poème du Ciel, de la Terre, de l'Enfer et 
de la vie humaine, avec ses douleurs, ses 
joies, %^% travaux, et ses mille péripéties ; 
conception surhumaine ! que nos artistes 
français avaient trouvée et réalisée, sans le 
Dante et ses pAles imitateurs. En ce oui re- 
garde la statuaire proprement dite, l'Italie, 
même à l'époque des Ponatello et des Mi- 
chel-Ange, peut-elle nous présenter un 
porche aussi étonnant que celui du septen** 
trion de Notre-Dame de Chartres, un sujet 
comme « Tincoronation de la Vierge » au 
portail de Reims, des anges aussi divine- 
ment beaux que ceux oui ont donné leur 
nom au célèbre pilier de la cathédrale de 
Strasbourg, sans parler de son magnifique 
portail digne de rivaliser avec celui de 
keîms 7 \jàs plus célèbres mausolées de 
Rome et de Florence, peuvent-ils être com- 
parés, comme types du vrai beau dans l'art 
chrétien, à celui de saint Rémi de Reims, et 
è ceux des ducs de Bourgogne, de Dijon? 

sans parler de ses autres ([loires, les deux illustres 
ablMiyes de Fuide et de Saint-Gall, qui figurèrent 
durant plusieurs siècles parmi les plus célèbres mé- 
tropoles de Tart chrétien. Tutilon, moine de Saint- 
Gall, au IX* siècle, était, comme beaucoup de reli- 
gieux de son temps, et même d'une époque encore 
plus reculée, peinire, architecte, prédicateur, pro- 
fesseur, latiniste et helléniste, musicien et cise* 
leur. 

(275) Je mentionnerai, entre autres , la grande et 
délkiease frise à rinceaux qui règne sur le flanc 
méridional de Tantique et intéressante cathédrale 
de Vaison. C'est là évidemment une réminiscence 
du style gré<u>-romain, q[ui a laissé de si beaux res- 
tes dans cette contrée. 11 est impossible de voir, 
parmi les œuvres de sculpture , quelque chose de 
plus pur, de plus noble et de plus gracieux. 

(276| f oy. les mots Pbinturb ; Sculpture. 

(277) Voy.,po«rp/ii« d€ déiails^ le savant et eu* 

rienx TrMté de la smlpltire, par M. Eméric David. 

Dans ce traité, Tauteur a recnercbé les origines de 

française qui a Illustré la sculpture durant 



Et même, en pleine renaissance fraiifaise, 
n'avons-nous pias le tombeau de Louis 3UI, • 
& Saint-Denis, et ceux de Marguerite dt 
Bourbon, de Marguerite d*Autnche el dê^ 
Philibert le Beau, dans l'église de Broot qui 
surpassent tout ce qu'on a pu exécoter tm 
ce genre, au-delk des monts? Dorant cellt 
même renaissance française, et sous Loiis 
XIV, nous avons eu également des sculp* 
teurs, dont le ciseau tailla des statues géM* 
ralement plus remarauables que celles qui 
furent exécutées à Tépoque corresiioodaBle 
en Italie. Qu'il nous suffise de nommer ki 
les Jean Goujon, les Girardon, les Germaitt 
Pilon, les Philibert Delorme et les Piuet. 

En unissant par des détails biographiaues 
dans lesquels je n'ai pu entrer, lea jaloiis 
principaux que je Tiens de poser, ou arri- 
verait aisément è cette conclosionv qn'ea 
fait de sculpture chrétienne, la France D*a 
cessé d'avoir la palme sur l'Italie. Klle ueal 
d'autant mieux se glorifier de cette tepMo- 
rité, que la statuaire offre, comme wmu m 
avons fait ailleurs la remarque (9761» bien 
plus de difficulté que la peinture à 1 artiste 
chrétien (277). 

Dans le aomainedela musique sacrée, TAe- 
lie, peut sans doute, revendiquer en somme, 
la plus belle et la plus large part. Néanmoias, 
il en reste encore une assez belle k la France, 
pour qu'elle en soit fière à bon droit Ont» 
les nombreuses et admirables séquences on 
proses dont ses moines, ses abbés, et mêaM 
ses rois ont enrichi le répertoire du chaat 
liturgique, et parmi lesquelles brille aâ 
premier rang la mélodie du Lauda Sien, il 
ne faut pas oublier que, pendant deux aie 
clés, les XIV et xv*, elle a, (^njointenedl 
avec la Belgique, tenu le sceptre de la mo- 
sique d*église, grAce au génie de composi- 
teurs tels qu'un Guillaume Dufiiy, on Joi- 
quni des Prés, un Orlando di Lasso él aa 
Goudimel (278). Ce dernier, champenois, de- 
venu directeur de la chapelle papale, flit 
le mettre du prince de la musique romaiat, 
du célèbre Palestrina.Plus tard, les Ihonoal^ 
les Mi vers, les Lalande, n'ont ou être entiè- 
rement éclipsés par les Gabrieili, les Pille- 



tout le moyen &ge, et qui n'a 
Louis XIV et sous Louis XV, que pour 
vie nouvelle. 11 a su refaire toute cette lîislafae 
des fragments de chroniques, des livres et 
et des registres de rétaircivil, et lui a doué 
d'inlérét que s'il s'agissait de la poétique 
même. C'est qu'il y a une série d^admirahles 
tes ei d'admirables chers-d*œuvre à étudier, ÛÊmà 
ces monastères des.Laiomî et des LnMâm. qai as* 




montent à saint Eloi et à Cbarlemagne, Jaaia*i 
rivaux des Italiens de la Renaissance, Jasfeà 
grands hommes inconnus, Jean-Juste oavt 
Texier, Golomban, dignes précurseurs de d 



Pilon, de Philibert Delorme, de Jean Goita^ SI en- 
fin de Pujet. M. Eméric David reatilve €m 
niére victorieuse, à Jean-Juste de Tours, est 
nible tombeau de Louis Xli, queTou aUj 
[usqu'ici k un italien, Paolo PoDsio TnhaH|Si 
Paul Ponce. (L'An et $eê hUtoriemê^ par Ifciart MWl 
Noé. i//Mtni/tim, 15 janvier 18».) 
; (278) Il florissait à U fin da xvi« slèda. 



FRA 



0*ESTH£TlQ(JE CHRETIENNE. 



FRA 



m 



jïU les Allegri et autres compositeurs illus- 
tres de Técole d'Italie. Et mAme actuelle- 
ment on peut dire que, à part la chapelle 
pontificale» qui a toujours mieux conseryé 
<(ae les autres les saines traditions du chant 
liturgique » ce dernier pays est devenu, à 
•cause de la musique détestable qu'on y en- 
tend communément dans les églises» infé- 
rieur pratiquement à la France où Texécu- 
tion du plam-chant est loin cependant de ce 
«qu'elle acTrait être. 

Quant à la peinture, il est permis d'hé- 
siter entre les deux pays, car, si l'Italie re- 
yendique» à juste titre, comme une de ses 
gloires, son Ecole chrétienne-mystique des 
xui*, xiy*et *xy siècles, la France peut s'enor- 
^eillir aussi, duraut la même période et 
même un siècle plus t6t,de ses incomparables 
miniatures et de ses magnifiques yitraux 
points. Mais, ce n'a pas été à partir du xir 
siècle seulement, qu'elle a pratiqué avec suc- 
cès la peinture chrétienne. Des documents 
historiques incontestables mentionnent une 
multitude d'objets d'art tels que peintures, 
.sculptures, ciselures, mosaïques, etc., qui 
furent exécutés sous la dynastie des Héro- 
fingiens, et dont plusieurs fragments re- 
marquables se sont conservés jusqu'à nous. 
On sait que le tombeau de Frédégonde était 
recouvert d'une mosaïque d'une grande beau- 
té. Dès le y* siècle, Namantius, évèque de 
Clermont, ornait la cathédrale bAtie par ses 
soins de beaux autels en mosaïque que Gré- 

grire de Tours avait pu admirer, et dont il 
it l'éloge dans ses écrits. Fortunat de 
Poitiers, son contemporain, qui écrivait par 
-conséquent, durant le vi* siècle, parle de 
plusieurs belles mosaïques à personnages, 

3u'on admirait dans les principales églises 
es Gaules. Pour ce qui est des miniatures, 
parmi les plus anciennes et les plus belles 
*que 1*00 connaisse, on peut citer celles des 
manuscrits de l'antique abbaye de Saint- 
Jtfariial de Limoges , reproduites avec un 
Jnxe inooi et une exactitude rigoureuse par 
M. le comte de Bastard, et qui remonte 
jusqu'au x* et même jusqu'au xi* siè- 
cle. Au xm% Paris était devenu, par son 
^cole d'en/umifitire, le rendez-vous d'une 
fimle d'élèves des nations voisines et même 
de l'Italie, qui venaient s'y former aux leçons 
ées maîtres français, les plus habiles dans 
Mt art. Nous avons cité ailleurs (279) le fa- 
meux passage du Dante {Purgatoire xi'), qui 
contient un si bel éloge de cette école d'en- 
luminure de Paris. Il y avait en France qua- 
rante mille copistes ou enlumineurs, dont 
les cBuvres allaient se vendre chez les libraires 
de la capitale aux savants de toute l'Euro- 
I«a (S80).On vit seperpétuer jusqu'à l'inven- 
tion de l'imprimerie qui lui fut si fatale, 

Article Titeaui feists. 

Atmattê êtehéotogkfMes^ lom. Il, p. i67. 

Et même, en plein xviii* siècle, la France a 
srôdali un vérHahle clieM*œuvre de peinture ec 
a*enhtniifiure, unique pour Tëpoque ; Je veux dire 
le roacnifique AàitpkotMire de Sainte -Tulle, dont 
nous donnons la deKriptkm à ce mot. 



(S79) An 






cet art des enlumineurs, des ymaigier$ , 
dont les peintures innombrables, chefs-d*œu- 
vre de grâce, de fraîcheur et d'inspiration 
céleste, excitent encore notre admiration 

{m). 

C'est à cette école des enlumineurs, que 
puisa ses inspirations la peinture sur verre 
dans laquelle la France a toujours excellé. 
Dès le xvn* siècle, au rapport du vénérable 
Bède, l'abbé Biscopius avait appelé de la 
Gaule, avec les missionnaires, des ouvriers 
exercés dans l'art de fabriquer des verres 
pour les fenêtres ; et déjà, & la fin du vi% le 
poète Fortunat avait donné une description 
pompeuse des vitres peintes de Notre-Dame 
de Paris, oui venait d'être bAtie par Tordre 
du roi Childebert. Insister sur la beauté de 
nos vitraux des xui% xiv% xv* et xvi* siècles, 
et sur la richesse incroyable de nos cathé- 
drales et abbatiales en ce genre de magnifi- 
cences, ce serait nous exposer à dépasser 
notablement les limites obligées de cet ar- 
ticle. Celui que nous avons consacré aux 
Verres peints, renferme tous les détails,né- 
cessaires qui seraient déplacés ici, sur cette 
si importante branche de la peinture chré- 
tienne. Tel était le nombre, pour ainsi dire 
incalculable, de ces vitraux, qu'après les ra- 
vages de la Réforme et de la Révolution, il 
reste dans le nord do la France seulement, 
plus de vitraux, et surtout plus de vitraux 
anciens que dans tout lereste de l'Kurofie. 

«Au XVI* siècle, dit M. Félix deVerneilh, les 
verriers français conservaient encore la supé- 
riorité, pour le nombre comme pourla perfec- 
tion de leursœuvres, et c'étaient eux qui tra- 
vaillaient sous Raphaël k la décoration du Va- 
tican. Le témoignage de Vasari, formel sur ce 
point, est d'autant plus décisif, que Vasari 
avait eu pour premier maître un de ces artistes, 
Guillaume de Marseille, qui avait fini par se 
fixer à Arezzo. Il y avait vers la fin du xii* 
siècle, des peintres proprement^dits ; mais 
leursœuvres sont perdues aussi bien en Fran- 
ce que partout ailleurs (282). Ce Nicolas, qui 
fut brûlé à Paris, pour hérésie en 12w, 
était, dit-on, le meilleur peintre de son 
temps (283). » Nous n'avons pas besoin de 
faire remarquer combien est inférieure à 
notre pays, sous le rapport des vitraux peints, 
l'Italie où l'on compte à peine quelques 
églises importantes (jui aient reçu ce genre 
de splendide décoration (284). 

Maintenant , si nous aboraons les pein- 
tures à fresques et polvchromes, il nous sera 
facile de constater 1 emploi aussi ancien 
qu'universel qui en a été fait dans nos égli^ 
ses. Dès l'année 779, époque déjà assez re- 
culée, l'empereur Charlemagne avait parlé 
avec beaucoup d'éloquence au concile de 
Francfort, de l'ancten uioge qui voulait que 

(292) Excepté en lulie. V. as mût Peirtcbs. 

Œou de VoMtew.) 

(283) M. Félix de Yerneilh, AnmUt arckéolo^tiwêê, 
livraison iuîHei 1845, p. 5 et 6. 

(284) Nous ne saurions passer sous silence une 
des gloires de Part fraiiçala, la célèbre fabrimie eu 
émaux de Limoges, qui, pendant trois siècles, a vu 
ses aiimirables produits rectiercbés par toulerfiorope» 



FRA 



MCTIOiNNAIRE 



FRA 



M4 



lei églisei fument peintes et dorée» sur toute 
leur surface intérieure. Aussi« celles qu'il fit 
construire en si grand nombre, furent en- 
tièrement revêtues de peintures en mosaï- 
3ue sur fond or et toutes resplendissantes 
e pierres précieuses et de marbres de Pa- 
ros. Les parvis étaient également en mo- 
saïgue ; des tentures de soie rehaussées d'or 
et de broderies ajoutaient à la magnificence 
de ces édifices. 

Les vases sacrés employés au service di- 
vin, étalaient autant de richesse dans la ma- 
tière que de fini dans l'exécution ; car l'or- 
fèvrerie, dans cette partie, était déià arri- 
vée à un degré de perfection qui n a point 
été surpassé depuis. Plusieurs de ces églises 
bâties sur les bords du Rhin et sur divers 
points de la France, ofl'rent encore de pré- 
cieux vestiges de leurantic|ue magnificence, 
dans des fragments de peinture sur fond or 
qu'on découvre tous les jours sous les épais 
enduits du badigeonnage. Quant aux fres- 
ques proprement dites, celles qu'on a dé- 
couvertes, (pour ne parler que de celles là), 
il va quelques années, sur toutes les parois 
deVancienne église abbatiale de Saint-Savin, 
suffiraient, à défaut d'autres exemples non 
moins décisifs, pour prouver l'importance 
que nos artistes chrétiens ettacbaientàla dé- 
coration monumentale. La restauration si 
intelligente qui se nom suit actuellement de 
celle de la Samte-Ctiapelle, peut nous don- 
ner une idée de ce qu'était au xui' siècle , 
ce magnifique système d'ornementation ap- 
plique à la plupart des basiliques érigées à 
cette époque si brillante de 1 art. Enfin, les 
sjplendides et grandioses fresques de la ca- 
thédrale d'Albi, (285) encore si bien conser- 
vées, sont une preuve irréfragable que, mê- 
me en plein xv' siècle, Rome n'avait pas le 
monopole de ces immenses pages de pein- 
ture murale, que nous allons admirer chez 
elle,sans paraître nous douter qu il en existe 
en France d'aussi ravissantes et de plus 
vastes encore. 

Parlerons-nous de ces grandes et belles 
tapisseries bistoriques,de Biayeux,de Reims» 
de la Chaise-Dieu, de Montpezat, qui n'ont 
pas leurs pareilles chez nos voisins d'outre 
monts 7 

En fait de tableaux à l'huile, nous ne 
sommes pas, il est vrai, les mieux partagés, 
ni pour la qualité ni pour la quantité, à s'en 
tenir uniquement aux sujets religieux. Tout 
en avouant notre infériorité manifeste à cet 
égard, surtout si nous nous comparons à 
l'Italie, nous devons reconnaître que des 
tableaux qui révèlent une; expression aussi 
tendre, aussi mélancolique et aussi profon- 
dément mystique , que ceux de l'œuvre de 
notre Eustache Lesueur,mériteraient d'être 
placés k cêté des plus belles peintures qu'ait 
produites le génie de l'art chrétien. 

En architecture, si nous n'avons pas, dans 
les premiers siècles, des églises à opposer 
aux splendides basiliques romaines érigées 
par Constantin , agrandies et embellies par 

\i85) On en trouve la descrijjAion à ce mot. 



ses successeurs, il nous reste, pour attester 
la beauté de celles, depuis longtemps dé- 
truites, oui furent dès lors élevées surnotre 
sol, les descriptions authentiques et détail- 
lés qu'en firent les auteurs contemporains 
dont nous avons reproduit divers extraits 
dans plusieurs articles, et même dans ce- 
lui-ci. 

Dès le X' siècle, l'étonnante et originale 
basilique de Saint Front de Périgueux, en- 
core debout, élevait dans les airs ses nobles 
coupoles, qui bientôt allaient en voir d*aa« 
très se ccrouper en çrand nombre autour 
d'elles, lorsaue k peine les byzantins ve- 
naient d'édiner la merveille arcbitectardt 
de ce temps là, pour l'Italie, la cathédrale 
de Saint-Marc, fiille et émule de Sainte-So- 
phie. 

Pendant que Buschetto, autre architecte 
^ec, entreprenait durant la première moitié 
Gu X' siècle, de marier le style byzantin! 
Tantique forme basilicale, dans le magnifiant 
templede Pise,qui devait bientôt se refléter 
admirablement en maintes basiliques ita- 
liennes érigées sur ce splendîde modèle» 
nos architectes français jetaient les fonde- 
ments des églises romanes de Saint-Semis 
de Toulouse, de Saint-Apollinaire de Va- 
lence, de Notre-Dame du Port de Clermont» 
de Saint-Etienne de Nevers, de la Charilé 
sur Loire, de Vézelay, de Paray-le-Monial, 
de Tournus, et surtout de l'imposante et 

f;randiose basilique de Saint Pierre de Clonj, 
a plus vaste de tout l'univers. 

Si, durant les xii*, xni', xiv* et xt* siè- 
cles, l'Italie peut s'enorgueillir des grandes 
églises plus ou moins ogivales, de Siennet 
de Santa Maria dei Fiori de Florence, de 
Saint Pétrone de Bologne, de Notre-Damede 
Milan, la France a une masse écrasante klni 
opposer de cathédrales gothiques, qui sont 
autant de chefs-d œuvre dé ce stvle si gran- 
diose, si élancé, si orisinal, qu elle ent la 
gloire de créer et qu'elle rehaussa, princi- 
palement aux portails des basiliques, de 



œuvres miraculeuses autant que gigantes- 
ques, de sculpture, dont l'Italie n*approdia 
jamais. Remarquons ici, en passant, gaece 
luxe éblouissant de moulures, joint a cehû 
non moins éblouissant des vitraux peints 
qui éclairent du haut en bas, en lesreiidail 
transparentes, nos resplendissantes eathé* 
drales de cette époque, sont pour elles une 
magnifique compensation è ce qui leur man- 
que, en marbres, dorures, mosaïques et as- 
tres magnificences décoratives que Fart dné- 
tien a répandues avec tant de profusion etda 
goût dans les grandes églises d'Italie» nais 
qui n*ont pas la même raison d'être dans nos 
temples ogivaux, édifiés sur un autre mo- 
dèle et dans d'autres conditions. 

Enfin, si nous descendons jusqu'à la le- 
naissance et aux deux sièclesmarquésdepto 
en plus du sceau de la décadence» qni foal 
suivie, il nous sera facile de voir qne éa- 
rant toute cette époque, nos arcÛtactes Ah 
rent dans leur déviation du style ardûtaele- 



ta 



GLO 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GRA 



166 



il ciitholiqne» beaucoup moins exagérés que 
lie le furent les Italiens. En effet, maintes 
Uttpelles et églises de la Renaissance, celles 
de Saint-Paul-Saint-Louis , bfttie à Paris 
SDU3 Louis XIII; de Saint-Eustache, de même 
que le dôme des Invalides, sous Louis XIV; 
les églises de Saint-Sulpice et de Sainte-Ge- 
nevièTe, sous Louis Xv, sont, malgré leurs 
débats respectifs, plus ou moins saillants, 
ratant de chefs-d'œuyre, comparativement à 
Unités ces églises, aussi excentriques pour la 
forme que iK)ur rornemèntation, dont Bor- 
rimini eties trop nombreux imitateurs de son 
Ujle tourmenté, extravagant, enlaidirent 
Rome et plusieurs autres villes de fltalie. 
On peut dire que la manie de l'imitation de 
rarchitecture grecque que nous eûmes à 
celte époque, en commun avec nos voisins, 
ftat chez nous plus sobre, plus contenue, 
moins échevelée que chez eux. Ils viennent, 
d'ailleurs, de prendre noblement leur re- 
tanche, dans la restauration aussi fidèle 
qu'intelligente de la erande et auguste basi- 
lique de Saint-Paul, nors les murs. Un tel 
exemule doit porter ses fruit5), et tendre 
nécessairement & rapprocher les deux na- 
tions dans un même esprit d'inspiration 
chrétienne, |>our la pratique de Tart chré- 
tien. Comme éclaircissement et développe- 
inent de la thèse que nous venons de soute- 
nir en faténr de la France, on pourra lire 
le^ articles AmcniTECTURE ; Albi ; Byzaïi* 
tïm; Coupole; Musique, PEiÀTuàE; Scflp- 



G 



GABRIELU (Jean), né è Venise en 15^0. 
Célèbre compositeur, fondateur de recelé vé- 
niiienne. Yoy. Musique. 

GADDI (Tàddeo). Elève chéri de Giotto, 
né àFIorenc^ en 1355. Yoy. Peintubè. 

GADDI (Agnolo). Fils du précédent. Voy, 
PiîÉTVwm. 

GALLUS (Jacobus). Compositeur allemand, 
né vers ISw. Voy. Musique. 

GAMME. Voy. Couleubs. 

GELASË. Papo en 492, améar de plusieurs 
inèces de chant. Voy. Caant uturgique. 

GEMME, foy. Couleurs. '* 

GENEVlEVE.(EGLisEDESAINTE-).r.DôiiR. 

GEORGIS (Saimt). Voy. Types. 

GHIBLANDAIO (Dosiinique], Peintre et 
•rféf re, né en 1449, liiort eU 1493, fut chargé 
des peintures de la chapelle Sixtine, et in- 
venta un nouveau eenre do mosaïque. Il fut 
!e maître de Michel-Ange. Voy. Peinture. 

GHIRLANDAIO (Rodolphe). Fils du nreoé- 
dent et neveu de David. V. Mystique (Pcûi- 
iuré\ 

GILLES (PORTAIL DEL'A!fCIEN?iE ÉOLlSE AR- 

batulb de SAINT-}. Voy. Sculpture. 

GIOTTO.Célèbre artiste lloréntin, archi- 
Ccdetjjeîntre» sculpteur» né en 1276, mort 
an 133d. Voy. Peûture. 

GLORIAINEXCELSIS. Hymne qui ré- 
sume les divers caractères de la poétique 
chrétienne, et ceux du cKànl litur($ique en 
l^rticulier. Voy. Modes. 

DiCTioN.i. d'Estu^tique. 



ture; Reims; Strasbourg; Vitraux peints 
FRANCS- MAÇONS, ou bâtisseurs d égu- 
kEs. Leur origine, leur développement, leur 
constitution éminemment religieuse et su- 
bordonnée à Tàutorité ecclésiastique. Voy. 

^TR A SBO U R G 

FRESC0BALD1. Célèbre organiste du 
iviii* siècle, loy. Musique. 

FRESQUE (Peinture a la). Voy. Albi (Ca- 
thédbale d'); Détrempe; Peinture. 

FRONT (Eglise de SAINT-). Cathédrale de 
Périgueux. Foy., ))0ur la notice de cette 
église, le mot Coupole. 

FUGUE (terme de musique). La fugue, 
ainsi que l'indique le mot latin fuga, auù 
elle dérive, est une composition vocale et 
instrumentale ou Tune et l'autre à la fois, 
dans laquelle un sujet ou thème est sans 
cesse reproduit en passant à chaque instant 
dans Tune des diverses parties de Tharmo- 
nie. De là vient que le caractère de la fugue 
est essentiellement imitatif. La fugue est à 
la musique ce que la rhétorique est à la lit- 
térature , c'est-à-dire l'art d'exposer un su- 
jet, de le développer, et de donner ainsi au 
discours musical rordre,la clarté, et les jus- 
tes proportions qui en font la beauté. Au mot 
Contrepoint, nous faisons ressortir les avan- 
tages qu'offre l'emploi de la fugue ou du style 
fugué dans Tharmonie des chants d'église. 

FUX (Jean-Joseph). Compositeur et au- 
teur didacticien allemand, né dans la haute 
Styrie, vers 1660. Voy. Musique. 



G(KTHE: Célèbre poëte allemand. Son 
opinion sur le portail de la cathédrale de 
Strasbourg. Voy. Strasboubo. 

GOG et MAGOG. Voy. Sculpture. 

GOUDIMEL(CLAunE),compositeurbeIge,né 
en 1510, maître de Palestrina. Voy. Musique. 

GRANDE CHARTREUSE. Chabtbeuse. 

GRANDEUR. Qu'est-ce que la grandeur? 
Il y en a de deux sortes, à savoir : la gran- 
deur physique et la grandeur morale, qu'il 
importe de ne pas confondre, ainsi qu'on le 
fait trop souvent. C'est la grandeur morale 
qui seule peut imprimer un cachet de beauté 
à une œuvre d'art, surtout d'art religieux. 
Dans cette dernière hypothèse, & la grandeur 
morale vient s*ajouter nécessairement la 
grandeur surnaturelle ou divine. 

Sans doute, lia grandeur matérielle d'un 
temple n'est pas à dédaigner, à ne la consi- 
dérer ou'en elle-même, puisqu'elle suppose 
dans 1 architecte qui l'a conçue et réalisée, 
là connaissance des procédés techniques et 
compliqués de son art; mais elle ne saurait 
exprimer ce que l'on appelle la véritable 
grandeur morale, et encore moins la gran- 
deur surnaturelle propre au génie chrétien. 
Ainsi, Ton n'oSera jamais dire d'une église 
qui ne serait que vaste : « Elle est gran- 
diose. »En effet, unecause toute matérielle, 
telle que celle dont il s'agit, ne saurait cer- 
tainement produire un résultat immatériel 
comme rioipression oui natt de la grandeur 

9 



w 



GRA 



DICTIONNAIRE 



GRA 



morale que peut nous présenter un monu- 
ment. Cette impression résulte de plusieurs 
conditions d'harmonie» de convenance, et 
principalement d'expression ou de caractère, 
que nous avons déjà exposées. Il sufTit de 
les indiquer, pour faire voir qu'elles n'ont 
rien de commun avec le plus ou moins do 
grandeur physique d'un édifice. Or,lce sont 
ces conditions morales qui seules peuvent, 
disons-nous, déterminer la grandeur égale- 
ment morale, d'une œuvre d'architecture, 
pour ne point parler ici des autres arts. 
Ainsi, un édifice pourra être vaste sans être 
grand, et viceversa^ être grand sans être vaste. 

Donnez à une salle destinée aux jeux pu- 
blics le plus de circonférence qu'il vous sera 
possible ; vous en ferez une salle immense, 
mais qui ne sera pas plus grande pout cela. 
Elle paraîtra même petite auprès a une vé- 
ritable œuvre d'art, comme le Parthénon 
d'Athènes, qui n'aura pas cependant en réa- 
lité le quart de son étendue. Et même, entre 
deux œuvres d'art analogues, quelles que 
soient d'ailleurs leurs dimensions respecti- 
ves, celle-là sera plus grande que celle-ci, 
qui possédera à un plus haut degré les cou- 
tlitions de la véritable grandeur. Ainsi, {)ar 
«xemple, si nous comparons, d'après ce prin- 
'.cipe, Je pont-aqueduc de Roquefavour (286) 
au Pont-du-Gard, notre comparaison tour- 
nera en définitive à l'avantage de ce dernier. 
Sans doute, le pont de Roquefavour est en 
soi une belle, une grande chose. C'est une 
des plus admirables constructions des temps 
modernes, au double point de vue do la har- 
diesse et de la perfection du travail. Déplus, 
il s'élève à la hauteur (gigantesque pour une 
telle entreprise) de 297 pieds, sur une lon- 
gueur en rapport avec cette hauteur. Eh 
bien! au dire des connaisseurs qui ont, 
comme j'ai pu le faire moi-même, examiné 
selon les règles d*une rigoureuse esthétique 
les deux chefs-d'œuvre, le Pont-du-Gard, 
bien qu'offrant une masse totale sensible- 
ment moindre que celle de Roquefavour, 
Euisqu'il mesure seulement 180 pieds de 
auteur sur une longueur en proportion, est 
cependant encore plus hardi, plus grandiose 
à Tœil que son rival de Provence. Et comme, 
dans ce monde, il n'y a jamais d'effet sans 
cause, nous découvrirons aisément, avec un 
peu de réflexion, les motifs de cette supé- 
riorité architecturale du Pont-du-Gard, dans 
le prodigieux développement des cintres de 
ses srandes arcades, dans la grosseur énorme 
des blocs de pjerre employés à cette œuvre 
colossale, et qui, ajustés sans mortier ni ci- 
ment, paraissent néanmoins suspendus dans 
le vide; enfin, dans cette magnifique teinte 
dorée que les siècles ont déposée sur tout 
le monument, dont elle révèle ainsi la soli- 
dité unie à la hardiesse et à la grandeur. 

Or, ces heureuses conditions de grandeur 
et de beauté par conséquent, nous ne les re- 
trouvons pas toutes au pont de Roquefa- 
vour, ou, si uous les y découvrons» ce n'est 



[; 



pas assurément à un éçal degré. Voyez • eo 
effet ( pour ne parler ici que d'une diffé- 
rence, capitale d'ailleurs), combien ces ar* 
cades du deuxième et principal rang, si 
étroites et si démesurément exhaussées, 
semblent grêles auprès de celles du PonU 
du-GardI On s^aperçoit de prime-abord que 
larchitecte, effrayé de lahauteur prodigieuse 
qu'il voulait donner à son œuvre , afin de 
surpasser celle des Romains, a eu rintention 
de parer à la trop forte poussée de cintres 
aussi élevés, en étranglant leurs ouvertures, 
en les serrant les uns contre les autres aa 
moyen de minces piliers qui en exagèrent Té- 
lévation, déjà si grande par elle-même et en 
dehors de toute proportion avec la largeur. 
Celte longue série d'arcades si hautes et si 
étroites a, de plus, Tinconvénient de faire 
ressortir davantage la nudité des- parois ex- 
térieures du monument et de lui donner trop 
l'air d'une façade lisse, comme en offrent 
la plupart des éiablissements publics, percée 
d*une multitude de fenêtres surhaussées. 

Loin de moi l'intention de dénigrer une 
telle construction , qui , malgré ses défiiats 
et quelle œuvre humaine en est exempte 71, 
'ait honneur à notre siècle et plus encore à 
l'architecte qui a su la mener à lionne fin. 
Mais on conviendra qu'il y a loin de là à 
l'ampleur, à la hardiesse de ces grandes a^ 
cades romaines qu'on dirait avoir été lancées 
dans l'espace par des mains de géants. ^Ob 
objectera peut-être que , pour l'aqueduc 4b 
Roquefavour, on a, avant tout, visé à la so- 
lidité; mais l'œuvre romaine, pour être plus 
hardie, plus grandiose, en est-elle restée 
moins solide? Les dix-huit siècles qu*ellea 
traversés intacte, au milieu de. tant d*élé- 
ments de destruction qui la menaçaient, sool 
là pour répondre péremptoirement que noo. 

Les considérations qui précèdent sont 
d'une application plus rigoureuse encore à 
!a grandeur surnaturelle que nous révèlent 
les œuvres de l'art chrétien. Une église, coo- 
struite dans les bonnes conditions biérati- 
c|ues et liturgiques qu il exige , sera tou- 
jours plus véritablement grande, mèoie avec 
de modestes proportions, c[u'une autre ^^ 
plus vaste, qui ne réunira pas les mwts 
conditions ou qui ne les réunira point à W 
égal degré. Ainsi , le temple catholiotte 
(imité du Parthénon) de la Madeleine, an- 
ris , quoique plus vaste du double que la 
Sainte - Chapelle , parait cependant iimhds 
grandiose que le chef-d'œuvre de Tardiiteô- 
ture de Saint-Louis. Cela vient de ce que le 
premier de ces deux monuments, érigé sous 
une influence païenne quant au plan» à la 
distribution et à la partie décorative, man- 

aue par là même des conditions de lignes, 
e forme et d'ornementation, qui, dans la 
Sainte -Chapelle, manifestent è Tœil le 
moins exercé le caractère grandiose d*ini 
temple véritablement chrétien. Et , conuM 
ce magnifique joyau du xui* si&cle rée- 
nit au plus haut degré les qualités da fiyli 



(286) Ainsi nommé d'une vallée prés d*Aix, sur le eouri d*eau du canal dérivé de la DunuiceèVari 
laquelle II a Ôé "établi peur faire passer au-dessus teille^ 



DESTHETHlUfi CHRETIENNE. 



QUE 



m 



de celte brillante époque de Tart* on peut 
dîreqa*il lierait [>lus grand même que cer- 
taines éfflises, ogivales aussi, et d'une éten* 
due égale ou supérieure, mais qui ne pos- 
ièdent point au même degré les conditions 
d^esthélique dont nous venons de ()arler. 
Certainement, Saint-Bonaveniure, de Lyon, 
est une église ogivale assez vaste; et, ce- 
pendant, qui oserait affirmer qu'en y entrant 
on est saisi de ce caractère de srandeurqui 
?ous émeut si profondément, lorsque vous 
mettez le pied sur le seuil du temple, chef- 
d*œuvre de grâce et de majesté , qu*on ap- 
pelle la Sainte-Chapelle de Paris ? 

Suandà cette grandeur morale et surnatu- 
e du temple chrétien vient se joindre la 
grandeur matérielle des proportions , il en 
résulte une impression complète de gran- 
deur et de beauté. C'est ce que Ion éprouve, 
en pénétrant dans les majestueuses et im- 
menses nefs (romanes) de Saint-Sernin de 
Toulouse, de Saint-Germain des Prés, de 
Vézelai, de Spire, dans Tancicn Paiatinat; 
/ogivales) d'Amiens, de Reims, ne Chartres, 
de Bourges ou de Rouen. Ces imposantes 
cathédrales, et beaucoup d'autres que je 
pourrais citer, nous fournissent de magniu- 

3aes exem|}les de l'accord des deux gran- 
eurs, physique et morale , dans le même 
édJGce. 

Nous aurons l'occasion de revenir sur ce 
cenre d'harmonie, qui est une des principa- 
les beautés de nos temples sacrés, voy.t en- . 
ire auirti articles où il en est question^ ceux : 
Dinifsiosfs et Pierre (Saint-) de Rome. 
. GREGORIEN (Chant). L'illustre Pape et 
4locteur, qui a donné son nom au chant ec- 
clésiastique, saint Grégoire naquit à Rome 
vers l'an 5M), de Gordien, riche sénateur, et 
de Sylvie. Après sa naissance , son père se 
fil ecclésiastique et devint un des sept dia- 
cres-cardinauiqui avaient soin, chacun dans 
SQn quartier, des pauvres et des hôpitaux 
de Rome. Sa mère se consacra également au 
service de Dieu, dans un oratoire, près de 
&unt-Paal hors les Murs. Grégoire se livra 
de faoone heure à l'étude do la philosophie. 
des arts libéraux, et plus tard à celle du 
droit civil et da droit canonique. A Tâge de 
trente-quatre ans, il fut créé, nar Justin II , 
|véteur ou premier magistrat de Rome. Dès 
jes jeunes années, il s'était habitué à la mé- 
ditation des choses de Dieu et à Texercice 
de la prière, soit avec des religieux, soit 
dans son église et dans sa maison. Après la 
mort de sou père, il fonda plusieurs monas- 
tères, et un, entre autres, dans sa demeure, 
sous l'invocation Je saint André. 11 y prit 
lui-même Tbabit en 575, à l'Age de trente- 

(887) Piolmodiam et cantum eeeletiastieum, quod 
mm»Ufieo»dum divino cullui et [ovendum in Chrixtiana 
pMs pietati plurimum conficit , et gravions muticœ 
rggiilis ad accuraiiorem karmoniam et modul^tionem 
ffVMcavil, insiUula cantorum uhola et ordinaio anit- 
pkonario. (Ub. n, g. 5,, de Tédiiion des Bcnédic- 

fS88) Deindê in domo Ihmini^ more sapientlsstwi , 
Moiiioiils , frcftêf mnsicœ compunciionem dulcedi» ' 
irii, sm^pklnmrH ^ntonêm amtorum simUosini^us 



cinq ans. II fut ensuite mis au nombre des 
sept diacres de TEglise romaine, et envoyé 

rm de temps après, par le pape Pelage II, 
la cour de Constantinople, en qualité d'a- 
pocrisiaire oU de nonce apostolique. Il s'y 
distingua par sa science et sa piété. Rappelé 
à Rome, en58{k, il fut élu abbé du monastère 
de Saint- André, ot fut ensuite nommé secré- 
taire de Pelage II. A la mort de ce pontife, 
aui arriva au mois de ianvier de l'année 590, 
fut désigné pour le remplacer, par le 
clergé, le sénat et le peuple de Rome. Après 
bien des résistances, il fut sacré le 3 sep- 
tembre de la même année. Il parait que ce 
fut au commencement de son pontiflcat qu'il 
réforma et développa le chant ecclésiastique, 
en même temps que le sacramentaire, qui 
est le missel et le rituel de l'église Ro- 
maine. Mort le 12 mars, 60i, dans la soixante 
quatrième année do son âge, après avoir 
siégé treize ans six mois dix jours, il fut in- 
humé dans la basilique de Saint-Pierre du 
Vatican , où Ton conserve encore ses reli- 
ques. On connaît ses immenses travaux et 
les nombreux écrits qui font placé au pre- 
mier rang des pontifes romains, et lui ont 
valu le surnom de Grand. Je n'en parlerai 
pas, et pour rester dans mon sujet , je nie 
contenterai de faire connaître les détails in- 
téressants que les divers historiens du saint 
Pane nous ont transmis touchant la réforme 
qu il opéra dans le chant ecclésiastique. 

Nous lisons dans l'une des quatre Ft>y 
oui précèdent ses œuvres com|)!ètes, quo 
Grégoire, en établissant une écoio de chan- 
teurs, et en révisant les chants d*égHse d a- 
près le svstème d*une musique plus grave, 
ramena a une harmonie et à une mélodie 
plus soignées, la psalmodie et le chant ec- 
ciésiasticiue qui sont si propres, dans les na- 
tions chrétiennes, à agrandir le culte et à 
nourrir la piété (2iS7).' 

Jean Diacre , qui vivait à Rome , sous le 
pontificat de Jean VIII, et qui était contem- 
porain de Cliarlem^^ne , a composé égale- 
ment une Vie de saint Grégoire. Cette Vie, 
moins estimée que celle de Paul Diacre, est 
toutefois plus abondante en détails sur la 
matière qui nous occupe ; c'est pourquoi je 
la cite de préférence. Voici ce que nous y 
lisons touchant la réforme du chant ecclésias- 
tique par saint Grégoire, et son introduc- 
tion en Allemagne , en France et particuliè- 
rement en Angleterre. 

« Ensuite (288), à l'exemple du très-sage 
Salomon, convaincu des heureux effets de Ja 
musiaue exécTutée dans la ^maison de Dieu, 
pour la componction du cœur et I entretien 
de la piété, il fit une compilation très-utilu 

nimn uiiliter compilant tcholamquc cantorum , quœ 
kactetiHs ei$dem institutiotiibus in tanaa homuna 
EceUtia modulatur^ conttituit ; eique, cttmnomtu,l:% 
prœdiit duo habitacula, teiiicel^ allerum sub gradibus 
èasilicœ Beaii Pelri apostoti , allerum vcro sub La- 
teranensis patriarchii domibus fabricavit, ubi usque 
hodie lectus ejus^ in quo recumoens modulabalur^ et 
/tageltum quo pueris minabalur, teneraiione eougrua 
cnm aulhentico Antifhonario resenâturJiSancLi Ùr^ 
gorii papes Vita^ a Joanne Diacotao.) 



«I 



cAb 



MCTtOiNNAIRK 



&ftB 



M 



des anciennes antiennes, autrement appelées 
tentoiii (c'est-a-dire composées de frag- 
ments). Il institua de plus une école de 
chanteurs, qui existe encore aujourd'hui» cl 
qui exécute les mêmes modulations dans 
relise romaine. Il lui assigna pour son lo- 
gement et son entretien plusieurs domaines 
et deux maisons, Tune sous les degrés de 
la basilique du bienheureux apôtre Pierre, 
l'autre un peu au-dessous du palais patriar- 
cal de la basilique de Latrnn, On y conserve 
encore aujourahui avec vénération le lit 
(siège) où il était assis pour moduler, le 
louet dont il menaçait les Jeunes clercs qui 
assistaient à ses leçons, ainsi qu'un exem- 
plaire authentique de son Antiphonaire. 

« Les autres nations de l'Europe (289), et 
en particulier les Germains et les uaulois, 
furent plusieurs fois dans le cas d'appren- 
dre et de rapprendre cette douce mélodie 
grégorienne qui les avait enchantés; mais 
ils ne purent jamais la conserver dans toute 
sa pureté, soit à cause de la légèreté de leur 
esprit, qui les porte à y mêler leurs chants 
grossiers, soit par une suite naturelle de 
leur barbarie primitive. En effet, ces hom- 
mes d'en décades Alpes ne peuvent assou- 
{ilir à la douceur de la mélodie les sons 
brmidables qu'ils tirent de leur poitrine, 
comme les éclats du tonnerre ; car, tandis 
que leur dur gosier s'efforce de produire 
une douce cantilène par des inflexions et 
des répercussions redoublées, il imite plu- 
tôt le uruit sourd et criard des chariots qui 
rouleraient sur des marches de pierre, et il 
exaspère ainsi les oreilles des auditeurs, au 
lieu de les frapper agréablement. Et voilà 
pourquoi dans le temps même de saint Gré- 
goire» dont nous racontons la vie, les chan- 
teurs de l'école de Rome, qui étaient partis 
avec Augustin, pour évangéliser l'Europe 
occidentale, y fondèrent des écoles de chant. 
Mais, après leur mort, les églises de cette 
réçion corrompirent tellement les mélodies 
primitives» que Vitalien (élu Pape en 657) 
envoya vers elle comme évêque, Jean, chan- 
tre romain» avec Théodore également ci- 
toj'en romain et archevêque d'York, pour 
ramener le chant à son ancienne pureté. » 
Les détails précieux que nous a transmis 
rbistorien Jean diacre, pourraient fournir 
malière à des réflexions intéressantes et 
même opportunes pour le temps où nous 
vivons. De()uis l'époque où l'historien de 
saint Grégoire reprochait à nos ancêtres leur 
légèreté» leur inconstance à l'endroit des 

(2S9) UujuM modutationU dulcêdinenit prœler a/tas 
Europœ çênteê, Cermani et Galli ditcere crebroque 
fêdiicere iruigniUr potuerant; ineorruptam vtro^ 
lam Utitate ammi qua nonnulla de proprio Grego* 
riank eantibus miscuerant, quam [fritaU quoque no' 
Curait, servare minime polnerunt, Alpina tufuidem 
curpora tœem $uam tonitruis attiuone perttrepitan- 
da, iuêcêptœ modulaiioiM duleediuem proprie non 
ftêuUant ; quia bibuli gutturù barbara [erilat^ daim 
inHexionibuê et repereuuionibu* mitem nititur edere 
'Cantitenam, naturali quodam frofore^ quasi plauêtra 
pet gradue eonfuêê eonautia^ ngidae voeu jactat^ 
^que audieniium mdmoêf quoa imuteerg dibuerat^ 



bonnes traditions d,\x chant, «n mdme tetn)» 
que leur goût barbare pour ces TOdférti- 
iions qu'il compare « au bruit sourd et criard 
de chariots qui rouleraient sur des marches 
de pierre, » depuis cette époque, dis-» 
bien des siècles se sont écoules, des écoles 
célèbres de chant ont fleuri dans notre pa- 
trie. Nous avons eu, comme les Belges» iei 
Flamands et les Italiens, notre âge d*or da 
la musique d'église. Je dis plus ; peDdabt 

[>lus d'un siècle nous avons eu sur le» lia- 
iens la préséance pour le chant eccléiiasti-' 
que, comme nous l'avons eue pour d'autres 
branches de l'art chrétien. Mous établissons 
ailleurs ce fait aussi peu connu qu'il est 
glorieux pour notre pays. Qu'il me sùUm 
de rappeler ici que Claude Goudimel» mu- 
sicien et compositeur français» fut le mattrs 
du célèbre Palestrina. Mais sont venues en* 
suite les révolutions qui ont tout emporté» 
et après tant de siècles écoulés et tant da 
vicissitudes» nous nous trouvons en pieia 
XIX* siècle, à peu près au même point o& 
étaient les Français contemporains de Jean 
diarre, de telle sorte que celui-ci^ enfidônt 
une peinture si peu flatteuse des cbantenn 
de son temps, parait avoir eu en me œax 
du nôtre. Qu entend-on, en effet, dans It 
plupart de nos églises, surtout dans celles 
de campagne, sinon des voix rocailleu5«^ 
des cris, des hurlements gui éloigneraiol 
les plus intrépides de l'assistance aux ofl- 
ces publics, tant celte assistance est deveaiM 
un véritable supplice pour Quiconque • 
conservé encore un peu d'oreille et degoAL 
11 est des personnes qui se font d'étrangn 
illusions dans leur manière d^apprécMr 
rexécution du chant liturgique, en simagh 
nant que la perfection du genre consiste à 
chanter à tue-tête» à Texemple de ces doi- 
très formidables que Jean diacre appelli 
eorpora pentrepitantia. Nous prendrons 11 




»yant qa*il i 
parfaitement rendu par des voix de poitrias, 
et qu'il ne comporte pas une certaine so- 
briété, un certain goût, et même plus, ans 
certaine grâce dans la manière de reiéca- 
ter. Ces qualités, qu'ils exclueraient des 
chants d'église» sont précisément celles M 
les saints Pères et les compositeurs tes pas 
anciens de mélodies chrétiennes n*onteaAi 
de recommander, dans la théorie et dans 11 
pratique, tout en condamnant les omemeÉbi 
exagérés et les autres abus qui pouvaiôl 

exaeperando magie ae obetrependo cofUiuràtl. Mv 
est quod hujut Gregorii tempore, cum Auguitmêime 
Britanniae adeunte^ pet Ocddentam amafma BmmmÊ 
inetitutionie eantoree diepersi^ bariaroê teWv 
doeuerunt; quibue de(uncUe, oc€idgmiaiêa acdlêimlli 
iusceptum modutationie organum tiftcnuif , wt h' 
année quidem Romanue cautor eum Tkêoiara fllM 
eive Romano^eed Eboraci arckiépUcapo^ wr €mm 
in Britanniae a Vitaliano et prcenU deemMÊHu; fd 
eircumque vositarum eceleeiarum fiU^e ôéapÊÉÊÊm 
eantilenœ dutcedinem revoeane^ fam pér aa^fls|r 
:ttUoe diseipuloe , mMUie awtU » Ammui» |i i c*is a !•- 
guUnn'Mteervmrét. {Uid.^ Ub. a, ^ T-S.) 



ÎTS 



i;b& 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GRE 



ri 



se glisser tè, coQ)me il s'en glisse partout. 
II est donc bien irai que les expressions 
de douce mélodie de cantilène de modula- 
fte», dont se sert Jean Diacre , en parlant 
des œoTres du plus célèbre des réforma- 
tears- du chant ecclésiastique , prouvent 

rces caractères de grâce , de douceur , 
suaYe mélodie , étaient inhérents à 
ceehant, dès Tantiquité la plus reculée. 
Qa*oii me permette 'une autre observation 
sur les abus ou les préjugés qui tendent vi- 
siblement h défigurer la beauté native du 
plein-chant grégorien. 

11 est des ecclésiastiques qui se i)ersua<i 
denl qu'aux jours de grande solennité, on 
ne saurait, notamment en ce qui concerne la 
préface, chanter avec trop de lenteur. A leur 
avis» une lenteur excessive est synonyme 
de pompe, de majesté, tandis qu'en réalité 
elle n*exprime le plus souvent qu'une lour- 
deur insupportable, qui en prolongeant les 
oflkes indéfiniment, aevient pour les fidèles 
uoe source d*ennui et de dégoftt. Il faut être 
complètement étranger à l'étude et à la bon- 
ne pratique du plain-chant, pour se faire de 
telles idées sur son mode d'exécution. Ce 
chant, dont la condition est d'être populaire 
et de rehausser, sans les prolonger outre 
mesure, nos cérémonies sacrées, esi, de sa 
nature, aisé, coulant, mélodieux ; il s'accom- 
mode peu de ses interminables longueurs, 
qui en bussent la marche et en altèrent 
1 expression mélodique. Ceci est vrai, sur- 
tout, pour la préface, que certains prê- 
tres croient rendre solennelle, en la chan- 
tant avec une désespérante lenteur. C'est 
absolument méconnaître le véritable carac- 
tère de ce chant admirable, qui, n'étant 
qù*iin récitatif, c'est-à-dire un langage noté^ 
exige, au lieu d'une expression emphatique, 
un dâHt aisé, net et bien articulé. Il sem- 
ble, du reste, qu'à défaut de science litur- 
gigae, le bon goût devrait suffire pour faire 
rejeter, comme incompatible avec Ja nature 
de ee chant si simple, si uni, l'expression 
lourde ei exagérée qu'on lui donne commu- 
nément* Il est bien d'autres défauts que 
Doos aurions à relever au sujet de l'exécu- 
tion du chant ecclésiastique, si nous n'avions 
l'occasion d'y revenir en d'autres endroits. 

PSissoos maintenant à la réforme du chant 
par saint Grégoire, et tâchons de voir, 
quoique d^une manière nécessairement im- 
parfiute, en quoi elle consiste. « Ce Pape, en 
composant rantiphonaire,dit l'abbé Lebœuf 
(SM^, n'avait fait que compiler, c'est-à-dire 
prendre des chants de tous cAtés, C|u'il avait 
réunis ensemble, et desquels il n'avait fait 
qu'on volume. C'est ainsi que l'on doit en- 
lèodre le terme de centon ou do centoniser 
dont Jean diacre se sert dans sa vie. Comme 
00 avait chanté dans l'Eglise latine, aussi 
bien que dans la grecque longtemps avant 
lui, ilr-boisit ce qui lui plut davantage dans 
tooles ces modulations ; il en fit un recueil 
qo*on appela Anîiphonarum centonem. Le 
fond de ces chants était l'ancien chant des 



Grecs ; il roulait sur leurs principes. L'Ita- 
lie l'avait pu accommoder a son goût; l'u- 
sage y avait fait des changements avec lo 
temps, comme il arrive en une infinité de 
choses. Le saint Pape y corrigea, y ajouta, 
y réforma ; on un mot, quoiquMl n'eût fait 
que lui donner un nouvel ordre, l'ouvrase 
passa sous son nom, et communiqua parla 
suite au corps du chant d'église le nom de 
Grégorien. » 

Ce passage de Lebœuf, contenant en sub- 
stance tout ce que l'on peut dire de plus 
exact touchant les origines du chant grégo- 
rien, il nous suffira de le développer, en y 
ajoutant quelques observations. 

La part que saint Grégoire a eue dans la 
réforme, ou (ce qui serait plus juste) dans 
le développement du chant ecclésiastique, 
est si bien établie, d'abord par les historiens 
de sa vie, ensuite par les nombreux et 
graves témoignages d'une tradition non in- 
terrompue, qu'on peutja regarder comme 
un des faits historiques les mieux démon- 
trés. Les mêmes témoignages s*accordent à 
constater les emprunts que ce grand Pape fit 
à la mélopée grecque ; et cela n'a rien d'é- 
tonnant , puisque déjà saint Ambroise » 
comme nous rassure positivement saint 
Augustin, dans le livre ae ses confessions» 
leur avait emprunté la psalmodie à deux 
chœurs. La question est plusdiOicile quand 
il s'agit de déterminer la mesure dans la* 
quelle furent faits ces sortes d*emprunts. 
Quoi qu'il en soit, ils n'excluent null6m.ent 
ceux que saint Grégoire put faire et qu'il 
fit réellement à plusieurs des compositeurs 
occidentaux qui l'avaient précédé, et dont 
nous avons donné les noms dans un autre 
endroit. C'est ce que, d'ailleurs, signifie 
clairement le mot cenron employé par les 
historiens de sa vie, et qui indique la réu- 
niou, la collection île diverses pièces ti- 
rées de lieux différents, et quelquefois les 
plus éloignés les uns des autres. Il est même 
des érudits qui croient voir dans le chant, 
plus orné, plus chargé de notes des graduels 
et des répons, une origine orientale, et 
dans le rnant simple, presque syllabique 
des antiennes, une origine opposée. Quoi 

au'il en soit, cette collection si nombreuse 
e morceaux de chant liturgique réunis par 
saint Grégoire, forme, avec l'extension qu'il 
donna aux modes ecclésiastiques, la princi- 
pale part de la gloire qui revient à ce grand 
Pape, dans Torganisation du chant auquel 
il a laissé son nom. Mais la base fondamen-t 
taie de cette organisation avait été établie 
avant lui, et probablement même avant saint 
Ambroise, qui n'aurait fait que ha régulari- 
ser en l'érigeant en système arrêté, par l'in- 
stitution des quatre modes dont il a déjà été 
question. Or, cette base primitive du chant, 
liturgique, c'est la constitution tonale des 
Grecs. Indépendamment des témoignages de. 
la tradition qui n'ont cessé de l'attester,, 
sans qu'aucune preuve'positive du contraire 
soit venue encore l'infirmer, ce point fon-^ 



(Î90) Dans ton Traiié Uêimiqm et prêiique du flaiM'<UtmL (Cliap. 3.^ 



«s 



GRE 



damental d'hisioire et ile critique est dé- 
montré, à défaut des fragments de la musi- 
que grecque que le lemps et les révolutions 
ont atiéanlis, par la conformité remarquable 
qui existe entre ia constitution tonale du 
ptain-chant e\ celle de la musiquo des Grecs, ' 
telle que nous l'indiquent, dans les plus 
grands détails, les auteurs de ceUe nation 
qui ont exposé les éléments de son art mu- 
sical. Cette importante question trouvera 
mieui sa place h l'arliiile Modes ecclé$iasli- 
çu», pour lequel nous réservons également, 
aftn d'éviter des répélitions, es que nous 
avons i dire touchant la question plus im- 
portante encore de l'eslnéiique du chant 
grégorien. Dans le présent article, et comme 
préparation k celui des Sfodea eccUsiutti' 

Î'uet, nous allons d'abord nous occuper de 
H constitution de ces huit modes par saint 
Grégoire, ensuite de l'eiamen comparé des 
éléments respectifs de leur tonalité et de la 
tonalité moderne. 

Au mot Chant nous avons vu comment 
saint Ambroise établit ceux de l'Eglise sur 
quatre ortaves différentes, dérivées, jusqu'il 
un certain point des quatre modes grecs 
dont elles portent le nom, savoir le mode 
dorien, ré, mi, fa, sol, la, ai, ut, ré. Le mode 
phrygien : mi, fa, sol, la, si, «(, ré, mi; le 
mode éolien : fa, sol, la, $i, ut, ré, mi, fa-, 
le mode myiolydien ; soi, la, si, ut, ré, mi; 
fa, sol. 

Mail, comme plusieurs compositeurs, peu 
soucieux de s'astreindre aux quatre échelles 
ou modes d'Ambroise, en avaient souvent 
dépassé les limites, soit par caprice, soit à 
cause des diverses natures de voiï pour les- 
quelles ils écrivaient , il était impossible de 
r^uire toutes les pièces de l'Antiphonaire 
aux quatre tons ecclésiastiques primitifs. 
Pour parer h cet inconvénient et donner 
plus de développement aux voix, Grégoire 

(SOI) Dans cet eiposé de la conslitutîon des liult 
■iKkIes par saint Grégoire, je suis l'opinion caiu- 
mune et appuyée sur la tradiiion. Nêaiimuins, il en 
est une autre qui diffère de celle-ci, et qui a de «ra- 
ves autorités pour elle. C'est pourquoi il enuvienl 
d'en dire un mot. U'aprés celte npinjon, saint Gré- 

Kfire, au lieu de porter les niodeK, de quuire à Luit, 
g aurait réduits de quatorze à huit. Voici com- 
menl : chunune des notes de la gamme diatonique 
pouvanl, dans le pluin-cliaut, èire considérée comme 
la première, comme la Tondameniale d'une nouvelte 
camme; en maintenant, dans cbacune d'elles, les 
deux <lenii-lons h leur place naturelle, les anciens 
obtinrent, sar l'apitlicaiion de ce principe, sept 
gammes diiiérenles, ou sept tons autlieiitiques, sur 
lé* sept notes, ut, ré, nit, fa, loi, la, <i. Et commei 
chacun de ces sept tons éuiil susceptible d'avoir 
ton plagal ou correspondant, en partant de la quarts 
inférieure, il en résulta quatorze modcR , dont sept 
Bulheiilique's et sept plagaux. Or, ce Turent ces aua- 
torte modes que saint Grégoire réduisit aux nuit 
que nous eiposons. Néanmoins, nous les voyons 
Iniiglemps après , pratiqués dans plusieurs églises. 
Sous Charlemagne, ils turent l'objet d'une dispute 
parmi les chantres de ce prince. Ctts uns les rcdui- 



()u'ilE devaient être au nombre de quatorze ou au 
point de douze, en esduiiit deii notas Tondamen- 



(NAIRE GRB ST« 

imagina de diviser chacun de cas quatr» 
tons en deux, dont le premier, consenri 
intact, était appelé par cette raison nutbentî- 
que, original, primitif, et le second coia- 
mençaot une quarte plus bas que le prernïjr 
s'appelait plagal, collatéral, dériré. Noss 
avons remarqué aillevrs, qu'au moyen d'nii 
semblable procédé, que Grégoire eut, saut 
doute, l'intention d'imiter, les Grecs avaieiil 
beaucoup étendu el varié leur échelle o>0' 
dale. 

Voici le nouveau tableaa du systèiM 
grégorien , représentant les quatre toM 
primitifs, suivis chacun de son ton pUgd 
ou dérivé, ce qui donne huit tons : 



Deuxième t 



Premier l(*i, dorien (suthcnMqne) : 

I. lûpo-dorien (plagal) : 
■ H, H, ni, ré, mi, fa, ioi. la. 
Troisième Ion, phrygien (aulhenlique) ; 

mi, fa, sol, la, li. ut. ré, mi. 
Quairiime ton. byp<i-plityKien (plig*)} ï 

$i. ta. ri, mi, [a. sol, la, li. 
anquiènie tpn, IviIlcd {miheiitique] ; 

(a, sol, la. «■, W, ré. mi. fa. > 

Slilème ton. hipo-l.vdieu (piag*!) : 
Ml. ré, mi, ta, toi, la. si, ut. 
SepLlÈme tan, myiolydien (lulhentlqiw] : 

ia(, la, tj, ul, ré, mi. (a, lol. 

Huitième ton, bypo-mriolvdien (plagill : 

ré. mi, fa, tU,la, si, al, ré. (felî 

Ces huit tons étaient contenus dans mm 
échelle qui commençait au la grave, corre^ 
pondant à celui de notre clef de fa (qua- 
trième ligne] jusqu'à solde la seconde oe* 
tave. Les sons de la première octave élaioat 
représentées par les sept premières leUrM 
majuscules de l'alphabet romain, et ceuxdâ 
la seconde octave, par les môtnes lettres ml* 
nuscules dans l'ordre suivant : 



laies, le B ou fi, qui est privé d'une quinte JaMb 
Cliarlemagne, après avoir sérieusement eiâflM 
celte question, décida que huit modes aenfaUW 
devoir suQlre, bien que depuis, dans une «lUretb^ 
constance el par égard pour le svstème de» Gnti( 
il ail dit qu'il y avait douze modes. ( Voj/. les lUf 
moires hitlori^uet de Bajni, tom. I, pag. 8l-8S.t 

Celle dernière déciiion du grand eniperesr Ml 
motivée, tandis que la première ne l'était PM- ■! 
elTét, les quatre premiers modes qu'il avauvnll 
d'abord supprimer, appartenant, loiitauui blnfa 
les autres, a la consllLution ecclésiasliqiw, d'afdl 
les règles qui les régissent tons, et que pefMHI 
ne conteste , on no voit pas h que! titre ktir W^ 
pression aurait été ordonnée. Quoiqu'il en nUilM 
quatre modes dont il s'agit sont toml)^ pcn î fN 
en désuétude, el a peine en reste-t-il quelqnesiWf 
tiges dans nos livres de chaiiL Ces quatre MldM 
étaient l'éolien et l'ionien, avec leurs pEaganni- 
pectifs. L'ionien était eiaclenient conronne à mH 
gnmme d'ui, puisqu'il commençait el Hnistait ptf 
cette note. On la transpose souvent au 5< moi» A 
fa, Dans ce cas, on le tait précéder de ta lettn ' 
correspond à' ul, pour indiquer que c'est ta ■ 



la même place qu'ils devraient occuper dani lagi 
i'M, ou-11* ton, qu'on transpose. 



«77 



€M 



D^ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GRE 



278 



Plus tard, Iorsqu*oneot ajouté une octave 
aux deux premières , cette troisième octave 
fut représentée aussi par les sept premières 
lettres minuscules de Talpbabet» mais re- 
doublé ainsi qu*il suit : 

(a. If, ut, ré, mi, fa, sol, ta, 
aa bb ce dd ee cr gg aa 

On voit que ce système de notation est 
on ne peut plus simple. Celui des Grecs qui 
avait été mis en usage jusque-là, Tétant 
beaucoup moins , les quinze sons que nous 
venons d*exposer, en y comprenant Toc- 
Uhre* étaient dans la musique grecque ex- 
INÎmés par des lettres entières ou mutilées» 
simples, doubles, et allongées , tournées 
laniôt à droite, tantôt à gauclie, renversées 
on horizontales, fermées ou accentuées, 
comme on en peut voir le tableau figuratif 
dans Alypius , et dans la dissertation de 
M. Perne sur la notation musicale des 
Grei'S. 

L*exposition que nous venons de faire du 
système Grégorien nous amène naturelle- 
ment à expliuuer la différence radicale qui 
existe entre la tonalité du plain-chant et 
celle de la musique. Nous allons rapidement 
faire ressortir cette différence, ou plutôt 
cette opposition des deux tonalités, sans 
la connaissance de laquelle il serait impos- 
sible de comprendre un mot aux questions, 
soit esthétiques soit pratiques, que soulève 
le chant liturgique devenu aujourd'hui sur- 
tout Fobjet de si graves et de si légitimes 
préoccupations. 

Pour bien comprendre cette question, il 
liiot considérer attentivement le tableau dés 
huit modes que nous venons de mettre sous 
les yeux de nos lecteurs.^ 

Ce tableau des huit modes grégoriens 
donne lieu à plusieurs observations d'au- 
tant plus importantes qu'elles résument les 
principes constitutifs de la tonalité du nlain- 
chanl, tels qu'ils sont encore observés au- 
jourd'hui. 1* Il offre huit gammes diffé- 
rentes eu compositeur de mélodies, tandis 
que le système musical moderne n*en pré- 
sente qu'une seule, qui correspond au si- 
xième mode plagal : u/, r^, mt, /*a, soty /a, 
tU «< (iSS,). En effet, les cinq tons et deux 
demi-tons dont l'ordonnance est invariable- 
ident la même dans la musique, quelle que 
soit la gamme sur laquelle on chante, oc- 
capeot, dans le plain-chant, des positions 
tf ferses selon les modes qu'on emploie, il 
eo résulte une variété et une originalité 
d'expression mélodique propre au chant 
d*égiise, et qui n'appartient qu'à lui seul. 

(SOi) Tontefois, cette correspondance est plus 
apMrenleqoe réelle, et cela, |>our des raisons qu*il 
mreU impossible d'eiposer ici, parce qu'elles nous 
■léaeraieni trop loin. Nous disons que U musique 
p n^ qa'one gamine (la majeure), parce que 



la deasîème (la mineure) est un dérivé de la ma- 
ieare. Quoi qu'il en soit, ces deux gamme» consli- 
Isem te deui seuls modes que possède la musique 
nodenie, à savoir, le majeur et le mineur. Mais il 
teporte de ne jamais perdre de vue que celte ex- 
pression modg, a dans ni musique un sens tout au- 
Ira que dans le plain-chant. On le voit d'ailleurs 



De là une physionomie particulière qui le 
distingue et le distinguera toujours des mé* 
lodies profanes; de là un caractère d*ex- , 
pression propre, même à chaque mode, et 
qui les ditTérennio les uns des autres, 
comme les enfants d'une même famille se 
distinguent entre eux par rertains .signes , 
bien qu'ils aient un air commun de res- 
semblance. Voilà pourquoi les anciens com- 
positeurs, frappés de cette vérité, avaient 
donné une qualification particulière à cha- 
que mode, en appelant le premier gravis^ 
le 2* tristiSy le 3* myslicusy le 5* lœtutj le 
6* devotus: ainsi des autres. 
^ Dans la musique, au contraire, quel que 
soit le point de départ de chacune des sept 
gammes, elles sont toutes ramenées exacte-* 
ment à la gamme-modèle d'u^ par la posi- 
tion identique qu'y occupent les cinq tons 
et les deux demi-tons, et cela au moven des 
dièzes, ou, selon le cas, des bémols, dont 
l'emploi principal est de modifier dans ce 
sens les six échelles naturelles autres que 
celle d*ut qui leur sert de prototype, en 
haussant ou baissant au besoin d'un demi- 
toii, les notes qui réclament celte altération,, 
pour que Téchelle dont il s'agit soit de tout 
point conforme à celle du/. Avec un peu 
d'attention, le premier venu pourra se faire 
cette démonstration à soi-môrae, et s'expli- 
quer ainsi Varmature des clefs dans la mu- 
sique, soit par des dièzes, soit par des bé- 
mols. 2" Cette armature n'existe point et 
ne saurait exister dans le plain-chant, d'a- 
près les principes que nous venons d'expo- 
ser. Si on se le permet pour certains modes, 
c'est visiblement un abus qui ne tend à rien 
moins qu'à une entière perturbation du 
chant ecclésiastique, ou plutôt, à son anéan- 
tissement (293). Kien ne défigure les modes 
comme celte manie de les musicalisery de 
les assouplir au majeur ou au mineur, et 
généralement à tous les caprices du système 
musical moderne. Par exemple, qu on es- 
saye la mélodie du f eni, Sancte Spiritust 
qui est du 1" mode, sur ce mode armé d'un 
st bémol à la clef, comme il l'est trop sou- 
vent au mépris de la tonalité grégorienne,^ 
et Ton se convaincra aisément que cette 
mélodie, ainsi ramenée tant bien que mal 
au ton musical de ré mineur^ deviendra 
méconnaissable, eu perdant ce caractère 
mâle, naïf, étrange, qu'elle emprunte à la 
constitution tonale de son mode respectif. 
On peut faire la même remarque au sujet 
d'une foule d'autres pièces de chant. 11 en 
est de même des 5' et 6* modes, dont l'ex- 



sufllsamment par tout ce qui précède. 

(293) Je u*excepte rien , pas môme Pusage, qui a 
généralement prévalu, d*armer la clef d*un si bémol, 
pour opérer la transposition au 5* mode, de 17o- 
nien, qui est le ii* dans la supposition de 12 mo- 
des, et le iS* quand on en admet quatorze. Les mo- 
tifs de mon exclusion, fondés sur fessence du plain« 
cbant, sont péreniploires. Je regrette de ne pou* 
voir, fuule d espace, les reproduire ici. On trouvé 
d*ailleurs, dans le simple diangcroent de clef, im, 
moyen régulier d'effectuer cette transpositioiu 



GRE 



DICTIONNAIRE 



GRB 



Tiression mélodique est bien diiïérenle, se- 
lon qu*on les traite avec ou sans bémol à la 
clef. Que Ton fasse cette comparaison sur 
(les morceaux de chant écrits dans Tune et 
l'autre de ces deux conditions, et Ton verra 
combien les antiennes ou introits chantés 
>ans le bémol à la clef, et seulement avec le 
bémol accidentel, offrent une mélodie plus 
riche, plus originale, plus variée, en un 
mot plus distincte de celle de la musique. 
Ceci nous conduit naturellement à l'impor- 
tante question de la relation du triton. 3* 
Cette relation, qui, ainsi que nous l'avons 
lait observer ailleurs dès le début d*un autre 
article, est devenue le caractère essentiel 
de la mélodie et de l'harmonie en musique, 
avait été jusgue-là proscrite avec la plus 
grande sévérité dans le plain-chant, et elle 
n'a cessé de Tôtre jusqu'à ce jour. Elle le 
fut, non-seulement chez les Chrétiens, mais 
encore chez les peuples gentils, et entre au- 
tres, chez les Grecs, qui l'évitaient avec 
soin dans la formation de leurs télracordes. 
On n'a pas de neine à le concevoir, quand 
on pense à la dureté de cet intervalle de fa 
l'Ontre si et de si contre fa. Les anciens 
avaient eu horreur extrême cette relation» 
djont une fréquente habitude nous dissi- 
mule à nous modernes l'incontestable du- 
reté (294). Ils appelaient cet intervalle le 
diable en musique, diabolus in musica^ et 
n'avalent pas assez d'anathèmes contre lui. 
De là vint la règle invariable, rigoureuse, 
d'en corriger l'âpreté, en le diminuant d'un 
demi-ton, soit en haussant le fa au moyeu 
d'un signe appelé dièze, soit (et ce cas est 
infiniment plus fréquent) en baissant le si 
ou b d'un demi-ton, et en rendant ainsi le 
it, moly d'où est venu le mot bémol. Ainsi, 
toutes les fois que, dans le cours d'une mé- 
lodie, n'importe de quel mode, le fa venait 
à heurter contre le 5f, et réciproquement, 
soit directement sans notes Intermédiaires, 
soit indirectement avec des notes intermé- 
diaires, il était de règle, comme il l'est en- 
viire aujourd'hui pour tous les plain-cha- 
nistes instruits, (ïamollir le siy en le bais- 
sant d'un demi-ton, afin d'esquiver la du- 
reté insupportable de ces trois tons pleins 

(294) Il est certain, et de nombreuses eipérien- 
oe^ ne laissent aucun doute k cet ëgardj que le sens 
musical répugne naturellemenl à celte succession 
de trois tons pleins (/a, sol, ta^ si), qui est devenue 
la base de noire gamme moderne. Aucun peupte 
n^avait pratiqué ceUe gamme tout arliflcielle, qui, 
indépendamment de sa nouveauté, n'a jamais été 
reconnue universellement, n'ayant dépassé en au- 
cun temps les étroites limites de quelques nations 
européennes. Tous les autres peuples, de même 
que les Grecs et ceux du moyen âge, observent 
cette règle, puisée dans la nature elle-inème, de ne 
jamais l'aire entendre rinlervallede trois tons pleins, 
et, par conséquent, de bémoliser le «i, quand il est 
conire fa, si ce n'est dans quelques rares exceptions 
qu'autorisent certains cas particuliers. 

(i95) Indépendamment de ce cas , remploi du si 
bémol avait et a encore lieu aujourd'hui dans cer- 
tains passages, pour les rendre plus doux , et pour 
la variété de l'expression mélodique. 

(296) Nous n'ignorons point que la question de 



appelés tritons (2d5). Cette r^le élait si 
généralement admise et si connue aoe sou- 
vent on ne prenait pas la peiné d apposer 
le dièze (296) ou le bémol voulu. C esl oè 
qui expliqué l'omission du fa diézé à la pé(- 
nultième note de chacune des strophes da 
Lauda 5ton, qu'on remarque dans les diffé* 
rentes versions de cette belle prose, d» 
même que celle du si bémolisé à la fin da 
chant de Thymne Fent creator Spirif^^ fj/i 
dans une foule d'autres cas analogueç- Cette 
observation peut être d'un graçid seco.on 
pour régulariser bien des passages qui 
présentent la fausse relation ^du IriiMi 
mais dont l'irrégularité n'est qu apparenH^ 
le compositeur ayant, dans ces sortes de 
cas, compté sur l'intelligence des exécu- 
tants, dont aucun n'était censé ignorer oiif 
des règles fondamentales du. plain-chij^t 
(297). Ajoutons qu'elle n'a pfis seudeaiienl 
|3our effet de faire disparaître la dureté da 
triton, mais encore de répandre une greiiide 
variété dans le chant, par l'opposition ecMiu- 
nuelle à laquelle elle donne lieu entre cei. 
fréquents bémols accidentels et les passages 
non moins fréquents où le si naturel peiil 
sans contrainte se développer. 

On voit maintenant comment le contrasts 
de deux principes aussi opposés que 1q sont 
la [)ratique constante du fa contre $i fp 
musique, et la prohibition rigoureiise da 
cet intervalle dans le plain-chant, étaUi^l 
lui seul, entre le plain-chant et la musiqnai 
une ligne de démarcation absolue, & régafli 
de laquelle nulle transaction n*est possibk. 
Combien donc est grande la méprise d| 
ceux q.ui s'imaginent perfectionner le piajÀ- 
chant, en le musicalisant^ c^est-à-dire en b 
surchargeant de notes sensibles, de dièm 
xt de bémols, soit à la clef, soit dans le 
cours des morceaux ; en s'obstinant à paâiff 
au moule uniforme du majeur et du moiiar 
ses modes si variés et si fortement accn^ 
chacun dans son genre. U faut être bisa 
ignorant ou bien dépourvu de soût ppoi; 
entreprendre d'habiller ainsi le pTain-cfiMit 
en musique, d'altérer, disons-mieuxi di 
profaner a ce point le magnitique cbai^t U- 
turgique, auquel, pendant des siècles, tant 

• 

savoir si le fa diézé a jamais, ëlé employé, n^ungiffii 
à quel titre, dans le plain-cbant, est fortement eioa- 
iroverséc. 11 y a de graves autorités pour el coBbl. 
Mais celle division de sentiments parmi les éruéili, 
en ce qui concerne le dièze accidentel, ne dimloM 
en rien la justesse et la poriée générale de nain 
observation. 

(^97) Ainsi, par exemple, dans certaines édilîMi 
du Céréiuonial det Evéques (chapitre 39 et dernier^ 
la notation du Conpteor que doit chanter le diacn 
d'oHice, ou de Tévangile , après la bénédiction épis- 
copule qui suit le s<^rmon de la messe pontifieile. 
donne le si naturel contre fa^ principalèoient sur le 
dernier mot nostrum. QxCoit essaye de cbaniler et 

Eassage avec justesse, on n*en viendra jamais à 
oui. Evidemment le si bémol y est sous-entendiL 
Il est d*ailleurs ainsi bémolisé pendant tout le eoni 
de ce chant du Confileor^ dans la 4* édition de Ve- 
ni»c, de 1837; preuve. que, dans les autres, il aélt 
sous-entendu, ou bien omis par inadveitance. 



m 



«&£* 



D'KSTUCTIQLE CHRETlfiMffE* 



n% 



«ie saints prélats, tant de fervents cénobites, 
tant de pieui chanoines apportèrent le tribut 
de leurs mystiques inspirations. C'est en 
▼érité Quelque chose de monstrueux que 
cet amalgame d'éléments si disparates, que 
cet accouplement de deux systèmes si op- 
posés, et dans leur fin respective, et dans 
les moyens qu'ils offrent pour y arriver, 
liieux vaudrait cent fois entendre dans le 
sanctuaire, pendant les saints mystères, de 
la musioue pure et accusée comme telle, 
que ce pîain-chant hybride, dont le grotes- 
que égale l'inconvenance, et qui offense en 
môme temps le goût, la piété, les traditions 
ecclésiastiques et le sens commun. Parmi 
les plus tristes spécimens de ce genre bâ- 
tard oui envahit nos éji^lises, surtout pen- 
dant la seconde moitié du xviu* siècle, 
époque de décadence universelle pour Tart 
chrétien, nous citerons le fameux recueil 
de Lafeillée, certaines messes en plain- 
chant mu$ical, certaines lamentations sau- 
IH)udrées de brèves et de petites notes d*a- 
^ément, etc., etc. (298). 

Indépendamment des différences bien 
tranchées que nous venons de signaler entre 
le plain -chant et la musique, et qui donnent 
lieu k des principes radicalement opposés 
dans la constitution respective de ces deux 
tonalités, il en est encore d'autres, telles 
que celles de la tonique et de la dominâmes 
qui ont dans la musjque une signification 
autre que le plain-chant. Mais nous ne sau^ 
rions, vu les limites étroites qui nous sont 
imposées* pousser plus loin les détails de ce 
genre. Nous croyons en avoir assez dit ))our 
exposer suflisamment la question capitale 
(puisqu'elle prime toutes les autres) de la 
constitution tonale du plain-chant comparée 
à celle de la musique, et de l'opposition qui 
existe entre ces deux tonalités, soit dans 
leurs Ganses, soit dans leurs effets. Mainte- 
nant, un mot sur les manuscrits et sur This- 
toire et la réforme du chant liturgique. Un 
intérêt puissant s'attache à l'étude de ces 
précieux documents que nous présentent les 
xu% xni* et XIV* siècles, mais surtout le 
xu% qui a été la plus belle époque (mille 
preuves en font foi) du chant liturgique. 
^ Dans ces manuscrits, ce qui frappe d*abord, 
c*est la surabondance des messes propres 
on communes, des préfaces, des proses, des 
hymnes et séquences, etc. Il n'en pouvait 
<^tre autrement dans ces temps de foi ardente 
et de mysticisme exalté. Le génie chrétien, 
qui enfantait tant de merveilles architectu- 



rales, dont plusieurs sont encore debout, 
devait montrer >a même fécondité dans la 
création de ces mélodies qui sont l'âme de 
nos temples sacrés. Sans entrer à ce sujet 
dans des citations qui me mèneraient trop 
loin, et qui ont trouvé leur place ailleurs, je 
me contenterai de faire remarquer que dans 
ces manuscrits on voit bon nombre de Kyri$ 
et de Gloria^ vulgairement appelés farcd 
(299), dont la haute poésie dans le texte le 
dispute à la beauté dans la mélodie. On y 
découvre une grande variété de Kyrie^ de 
Gloria^ de Sanctu$^ A^Agnut Dei^ pour les di- 
verses solennités ou fériés , aujourd'hui 
complètement ignorés^ et qui pourraient être 
avantageusement intercalés dans nos gra- 
duels modernes, si pauvres en morceaux de 
ce genre. 

Quant aux séquences qui forent l'origino 
de nos proses, avec lesquelles elles sont 
ordinairement confondues, les manuscrits 
du XII* siècle offrent un nombre prodigieux 
de ces beaux monuments liturgiques des 
églises de France. On en compte jusqu'à 
cinq, au choix, pour chacune des princi- 
pales fêtes de l'année, sans y comprendre 
celles réservées aux jours dans l'octave. C'est 
ainsi que la célèbre prose Fulgem prœelara^ 
du jour de Pâques, avec un titre en lettres 
rouges, qui la désigne comme la reine des 
séquences, Regina sequentiarum^ est suivie 
de quatre autres séquences, h volonté, pour 
le même jour. Quant aux jours dans l'octave, 
chacun a la sienne propre, et ce n'est qu'au 
mardi de Pâques, et dans des manuscrits 
postérieurs, qu'on voit la prose Yictimœpai' 
chalif qui a survécu à toutes ses atnées. 

Ce que nous venons de faire remarquer 
touchant la festivité de Pâques s'applique 
également à celles de Pentecôte et de Moél» 
et aux autres grandes fêtes. Celles des saints 
se distinguent aussi, bien que dans de 
moindres proportions, par un luxe de texte 
et de chants liturgiques propres qu'on cher- 
cherait vainement dans les modernes édi- 
tions des graduels et vespéraux romains. 
C'est ainsi que dans un graduel rémois por- 
tant la date certaine du xii* siècle, la fête de 
sainte Catherine renferme une belle prose 
sous un chant qui est devenu plus tard celui 
du Lauda^ Sion. 

Tel était ce chant romain français usité 
dans les Gaules pendant tout le moyen tfo 
et au delà. Nous disons romain -ffançaUf 
parce qu'il se composait de deux éléments, 
savoir, le romain, qui lui servait do base 



(298) Toutefois, il n*j a rien, en fait d'ignorance 
et lie'mauvais goût, île comparable à la plupart de 
no^ Méthodei de plain -chant, où règne un tel oubli 
de» principes et des convenances du chant liturgi- 
que, qu'il n'en faudrait pas davantage pour anéan- 
tir ce chant lui-même, dans un temps donne. L*au- 
torité ecclésiaslique ne saurait se montrer trop sé- 
vère k Tendroit de ces soi-disant mélliodes deptain- 
rhant, qui pervertissent à tout jamais le ^oût des 
rièvet du sanctuaire. Je ne parle point ici de la 
composition du plaln-chant et des hymnes des nou* 
relies liturgies que virent éclore en si grand nom- 



bre la dernière moitié du xviii* siècle et le com- 
mencement du XIX*. Mon sujet m'y amènera plus 
tanl. 

(299) Parce que, dans ces sortes de pièces, le 
texte original est môle de paroles étrangères, com- 
posées exprès ou tirées de TEcriture sainte, et ton* 
jours dans le sens du texte original lui-même, 
qu'elles développent ou furtiflenl par des aspira- 
tions, des prières, des louanges, des interjections. 
On conçoit, du reste, combien des additions sem- 
blahles, faites au texte lit^urgique, doivent en aufi- 
menter la longueur. ' 



S83 



(âllE 



DICTIONNAIRE 



GRE 



dans tous les diocèses, et les mélodies na- 
tionales, que nos abbés, nos pontifes et nos 
rois eux-mômesavaientsucce3sivement ajou- 
tées à ce fonds commun, et que Rome, à son 
tour, avait faites siennes en les incorporant 
h sa liturgie (300). Heureuse alliance qui 
était une preuve sensible de Tnnion étroite 
des Eglises de France avec TEglise-Mère, 
en même temps qu'elle laissait intact le glo- 
rieux héritage de nos antiques mélodies! 

Mais, comme on abuse de tout dnns ce 
monde, le nombre de ces compositions li- 
lurgiaues privées avait atteint, à la longue, 
dfi telles proportions, qu'elles menaçaient 
d'étouffer sous leurs formes luxuriantes le 
corps du chant liturgique proprement dit. 
Et puis, ces nouvelles lormules surajoutées 
de jour en jour à celles qui existaient déjà, 
avaient fini par donner à roilice public une 
longueur démesurée qui ne pouvait que 
lasser la piété des fidèles, en devenant pour 
eux une cause d*ennui et de dégoût. C*cst ce 
qui détermina le Sainl-Siége, à la suite de 
la réforme du missel et du bréviaire, à en 
supprimer la pms grande ]^artie, et à ne con- 
server de tant de proses que les quatre qui 
50JQt encore les seules qui se chantent dans 
les diocèses où le rite romain a été maintenu, 
k savoir : celles des Morts, de la Fête-Dieu, 
<te Pâques et de la Pentecôte. Ces deuxder- 
oières sont de provenance française. 

Les manuscrits de plain-chant étant deve- 
nus très-rares dans le Midi, c'est dans les 
Tilles du Nord et de l'Est qu'il faut aller les 
chercher. Parmi ces villes, je citerai celles 
dont les bibliothèques publiques offrent le 
plus de ressources aux investigateurs des 
monuments du chant liturgique, je veux dire 
Paris, Reims, Laon, Chàlons-sur-Marne, Di- 
jon et Lyon. Après avoir consacré des se- 
maines entières à compulser les précieux 
manuscrits que renferment ces riches biblio- 
thèques, et en avoir pris des extraits, j'en 
a: donné la nomenclature raisonnée, avec 
l'indication précise de chacune, dans une 
longue dissertation publiée par les Annales 
archéologiques (vol. IX et suiv.). Dans l'im- 
possibilité où je me trouve, faute d'espace, 
de reproduire ici, même en abrégé, ce cata- 
logue descriptif et raisonné des principaux 
manuscrits du moyen Age qui ont passé entre 
mes mains, et dont plusieurs étaient encore 
inédits, je me borne à soumettre à mes lec- 
teurs les conclusions finales que j'en ai ti- 
rées, et que voici : 

1* C'est une chose merveilleuse que, par- 
mi ces versions de tant d'églises catnédrales, 
collégiales, abbatiales et autres, sans rapport 
entre elles, versions qui ont été sous la main 
de milliers de copistes, le chant grégorien se 

(500) Voilà pouniuoi des Proses idles que • par 
exeiiipie, celle du Veni sancte Spiritus, de la Pen- 
tecôte, font partie, et même depuis longtemps, du 
cbant roirain , bien qu*eiles soient d*origine Cran- 
çaise. 

(501) Excepté, bien entendu, dans les diocèses de 
France où , comme dans celui de Paris , le cbant 
romain fut, il y a cent cinquante ans, complètement 



soit perpétué intact jusqu'à nous, ao moins 

Suant à la substance, et que même des of- 
ces importants comme celui de rAdoratioa 
de la Croix du vendredi saint, aient consenré 
à travers les siècles leur primitive mélodie. 
Un tel phénomène ne peut s'expliquer quo 
par l'effet de la sollicitude de Dieu pour lo 
culte qui lui est rendu dans son Eglise, sur» 
tout quand on pense que dès le xn* sièdt 
tant do causes ont concopru à l'aUératioo, 
et même, dans le siècle dernier, à l'anéaji- 
tissement du cbant ecclésiastique. 

2* Si, pendant lo laps de temps si oonsi- 
dérable qui s'est écoulé après Tinventioa 
des notes fixes par Gui d'Arezzo, et à traTers 
tant de systèmes et de révolutions. Tinté* 
grité de ce chant a été maintenue dans $m 
essence, de telle sorte que nous le possé* 
dons auiourd'hui, à peu de différence près 
(301), tel qu'il existait dans ces temps reca- 
lés, combien plus ce même chant a dû si 
conserver intact pendant le laps de temps* 
bien moindre et bien moins diflficile, qof 
s'est écoulé entre saint Grégoire et son eé« 
lèbre continuateur Gui d'Arezzo I 11 est é?i« 
dent que celui-ci n'aurait pu d'un même 
coup improviser è lui seul un vaste corps 
de chants liturgiques comme celui <le l'é- 
glise romaine. D ailleurs, si cela s'était passé 
ainsi, lui et ses contemporains en auraient 
certainement fait mention dans leurs écrits 
f302). Il faut donc croire que le moine dt 
Pompose, ayant la clef de la notation nan- 
matique qu'il allait réformer, et possédait 
en outre les traditions du chant liturgiqaai 
Taccepta et le transmit intégralement aat 
générations suivantes comme il l'avait refiL 
3" Pendant le moyen Age, et surtout à 
partir du xiii* siècle, il y eut, ainsi que 
nous l'avons remarqué plus haut, de fré* 
quents échanges de pièces de chant entiî» 
les églises d'Italie et celles de France. Ces 
dernières, tout en conservant le fond du 
chant romain, que la plupart devaient ré- 
pudier au xviii' siècle, augmentèrent beaa* 
coup leur répertoire par de nombreuses ad^ 
ditions qui lui imprimèrent un véritable ca- 
chet d'individualité, et réalisèrent ainsi la 
grand principe de la variété dans Tunîté. 

Malheureusement on ne sut pas se main- 
tenir dans de justes limites. D*un côté, la 
nombre toujours croissant des compositions 
nouvelles; de l'autre, la pratique de plas 
en plus en vogue du chant figuré oo à 
notes inégales, et du déchant (303), non 
moins que l'abus des ueumes , ou ica- 
guos traînées de notes sur la même syllabe, 
enfin une exécution aussi ridicule que vi- 
cieuse, qui ne cessait d*altérer la forme et 
le fond cfes mélodies grégoriennes , amené- 



aboli et remplacé de la manière que nous uroai 
plus trtrd. 

(302) Gui d*Arezzo se plaint seulement dans ks 
siens, que le chant grégorien avait déjà , de fios 
temps, subi des altérations. 

(503) Ce mot exprime Vharmohif dans s<*s |ri* 
mitifg rudiments. 



<iftc 



0*£STHEtlQUE CBRETIENNE. 



rent tes choses aa point que, vers la fln du 
xm* siècle, et pendant le xiv* surtout [dOk) » 
le ptaiin-chanty noyé dans un déluge de no- 
ies parasites, et en quelque sorte étoutTé 
par un excès d'additions et d ornements su- 

BrfluSy n'aurait été bientôt que Tombre de 
i*mème » si Tautoriié de rKglise n'était 
fntenrenue pour le relever. Nous voyons» en 
elTety qu'un tel état de choses appela , à plu- 
sieurs reprises, la sollicitude des Papes et 
des conciles (305). Celui de Trente [devait y 
apporter un remède efficace par son décret 
de la 9h* session, touchant la révision géné- 
rale do bréviaire et de l'otfice dirin (4O6). 
(Test en conséquence de ce décret que fut 
publiée la célèbre bulle de saint Pie Y, le 8 

«lillet 1568. Le successeur de ce saint Pape, 
régoire Xlll, continua la tflche que la 
mort ne lui avait pas permis d'accomplir, 
et confia à Palestrina la réforme des chants 
d'église, pour mettre une fin aux graves 
abus dont nous venons de parler. Par suite 
de circonstances dans lesquelles il serait 
trop long d'entrer ici, le célèbre compo- 
Mteur ne put terminer que la partie de tem» 
pare^ du Graduel. Heureusement il avait 
chargé de l'assister dans son œuvre, et de la 
continuer, Jean Guideiti, clerc bénéficier de 
la basilique de Saint-Pierre du Vatican, 
lequel avait aidé dans leur travail les deux 
prelats commis pour la révision du bréviaire 
Êi du missel. 

Guidetti publia successivement à Rome 
(en I58S, 1586, 1587 et 1588) le Directoriun^ 
ckar j (907), \es Passions , l'oflice de la^ematita 
mimie et lep Préfaces^ ouvrages qui exi- 
geaient , disait-il, peu de génie, mais de lon- 
gues veilles. £n effet, une grande partie de 
ce que contient son Directoire n'avait jamais 
é^é fixée ni notée. Palestrina donna son ap- 
probation à tout le travail de Guidetti, dont 
les livres ont fait depuis autorité dans la 
matière, comme représentant la véritable et 
saine tradition de TEslise romaine. Mais 
écoutons l'abbé Baini (308) : 

< Le saint Pontife Pie v avait avisé, en 
Tertu du décret de la 2k* session du concile 
de Trente et de sa propre bulle du 8 juillet 
1JS6K, h ce que toutes les églises de la catho- 
licité récitassent et chantassent le divin of- 
fice selon la forme et teneur du nouveau 
bréviaire romain, corrigé, amendé, et ra- 
mené à la vénérable antiquité des premiers 
Siècles, afin de faire disparaître parce moyen 
rindérente difformité d'un grand nombre 
4a bréviaires introduits de toute part, et d'a- 
bolir en môme temps le bréviaire de Fran- 
çois Quignonez, des comtes de Luna, car- 
liiiial de Sainte-Croix, adopté de préférence 
h tous les autres, depuis quarante ans, à 
cause de sa brièveté. 

C5ÙI) y OIT la célèbre bulle Docia sanetorum de 
Jean XXII. 

<305) Lee roosicograpbes les plus distinp^iiës de 
aotre temps reconnaissent tous la nécessite qti*il y 
av«U, à celte époque , de réformer le chant eccle- 
tfaMIkiue, dans le sens de la brièveté et de la sim- 
pHcité. Parmi les conciles particuliers qui ont dé- 
créié cette réforme, nous .citerons* celui de Reims, 



«Or, de cette si grande variété de bré- 
viaires et de missels, occasionnée par les 
changements introduits dans les întroits» 
graduels et offertoires, ainsi que dans les 
ripons, capitules et versets, par le fait de 
Quiçnonez, il résultait l'indispensable né- 
cessité de corriger et d'amender également 
les livres de chant-ferme,ou grégorien, afin 
que le chœur ne fût pas en désaccord aveo 
le missel et le bréviaire romains. Le saint 
Pontife Pie V, étant passé à la joie éternelle 
le 1*' mai 157S, n'avait pu prendre aucune 
disposition pour corriger et amender les li- 
vres choraux. 

« A saint Pie Vsuccéda Grégoire XIU : ce- 
lui-ci , bien qu'appliqué à la correction de 
la Bible sacrée, du Calendrier romain, da 
Gode Gratien et des OËuvres de saint Am*^ 
broise, ne jperdit pas de vue la correction 
des livres cfe chant- ferme, ou grégorien. 
A peine eut-il terminé la célébration d» 
l'Année Sainte, qu'il fit appeler Jean Pier* 
luigi (Pierre-Louis), compositeur de la Cha- 
pelle apostolique, et maître de la Basilique 
du Vatican. Après lui avoir parlé avec feu 
de la nécessité d'une telle correction, il lui 
en confla le soin, comme à la personne la 
mieux entendue et la mieux au fait de rem- 
plir ses vues dans cette opération. 

«Pierluigi, ayant accepté cette mission 
du saint Pontife, et ayant été prévenu par 
Jean Guidetti , un de ses disciples et cha- 
pelain de Sa Sainteté, il se permit de faire 
observer au Pape comment le chant ecclé* 
aiastique ou grégorien avait besoin d'être 
corrigé dans un très-grand nombre de mé- 
lodies, soit à cause des erreurs introduites 
|)ar l'incurie des copistes, soit à cause do 
a diversité des coutumes ; et comment, par 
exemple, les neumes n'étant plus en usage, 
les graduels et les traits n^avaient plus autant 
de notes, pour abréger les cérémonies; de 
même que le chant des répons devait être un 
peu plus abrégé depuis que les matines ne se 
chantaient plus séparément pendant la nuit, 
mais à la suite de la messe comme les autres 
heures canoniques. 

« Grégoire Xlll approuva les justes ré- 
flexions de Pierluigi et lui accorda la faculté 
de corriger , de réformer, de composer tout 
ce qu'il croirait devoir être nécessaire pour 
le bon service de l'Ëglise et du culte divin, 
comme Tatteste une décision de la Sainte- 
Koie du 2 juin 1599, dont je parlerai plus 
tard et qui est ainsi conçue : Hoe Gradualê 
est eompositum^ eorreetum^ reformatum a 
Jeanne Petro Aloysio , de ordine. sanct. me» 
mor. Gregorii Xlll. 

« Le révérendissime Chapitre du Vatican 
n'eut pas plutôt connu cette commission 
donnée à son maître de musique G. P., qu'au 

de 156i, qui sVxprime ainsi : AbbrevUtur cantus 
quantum fieri poterit , quando super unam syllabam 
aul dictionem^ plus esunt nolulœ quam par Jil. 
(506) Le décret est des 5 eM octobre 1563. 

(307) Cet excellent ouvrage (malgré quelques dé- 
fauts), fut réimprimé en 1604, ensuite en 16i0. 

(308) Dans ses Mémoires lûsloriquêi et critiques 
sur la Vie et le$ CEusres de Palestrina 



«7 



GRE 



DICTHXWAIIK 



CRE 



moment même, il lui augmenta ses appoin- 
tements et lui assigna. q^uinze éeus par mois» 
comme on peut s*en édiBer par rinspection 
des comptes des archives sur lesquels Pier- 
luigi est porté pour ladite somme, depuis 
1576 |usqu*à sa mort. Pour réussir dans ce; 
diiEcire travail, Giovanni s'adioienit Jean 
Guidetti, dont nous avons parlé plus haut, 
qui connaissait parfaitement les manuscrits, 
autant de la bibliothèque Vaticane que lesi 
archives de la basilique, et qui avait été» 

f»our cela , nommé par Pie v membre da 
a commission chargée de la correction du 
bréviaire et du missel romains, confiée àr 
Jean Bernard Scott , cardinal de Trani , et à 
Thomas Goduel, évéque de Saint- Ajsapb» 
dans la principauté de Galles, hommes fort* 
doctes et versés de toute manière dans les 
antiquités ecclésiastiques. » 

Ici Tabbé Baini consacre à Texamen du 
chant grégorien des.premiers temps et à Té- 
tât où il se trouvait réduit à Tépoque de 
Pierluigi , des pages du plus grand intérêt, 
mais évidemment trop longues pour que 
nous puissions les reproduire intégralement. 
Je me bornerai , comme je viens de le faire 
pour ce qui précède, à quelques extraits 
des passages les plus saillants et qui se rap- 
portent le plus directement à mon sujet. 

Après avoir fait ressortir le goût exquis et 
l'inépuisable variété d'expression que ré- 
vèlent tes antiques mélodies chrétiennes, 
notre savant et poétique historien en con- 
clut que le chant grégorien a un je ne sais 
quoi d'admirable et d'inimitable, une finesse 
d'expression indicible, un pathétique qui- 
touche; quelque chose de limpide, de tou- 
jours frais, de toujours vert, de toujours 
neuf, de toujours beau, auprès de quoi pa- 
raissent tout à coup stupides, insignifiantes, 
fastidieuses, absurdes, surannées, les mé- 
lodies modernes par lesquelles on Ta altéré, 
ou qu'on y a sim))lement ajoutées à partir 
de la dernière moitié environ du xiir siècle 
jusqu'à nos jours. 

Ensuite, arrivant à la manière dont on 
exécutait ce chant admirable, il s'exprime 
en ces termes : « L'exécution du chant ec- 
clésiastique ou grégorien, principalement 
dans les morceaux à une seule voix (et cela 
regarde la plupart de ces compositions, parce 
qu'il s'en chantait fort peu en chœur, excepté 
la psalmodie et quelques traits), était d'une 
recherche , d'une délicatesse indicible et in- 
diquée avec une grande précision par di- 
verses figures. J*ai lu dans les divers au- 
teurs que j'ai consultés, qu'on y pratiquait 
communément les piano et les forte ^ les 
crescendo et les diminuendo , les Iriils , les 
yruppetif les mordants ; tantôt on accélérait- 

(309) Les graves et nombreux témoignages qui 
attesteiii que léchant grégorien fui, dans ie prin- 
cipe, d*une grande simplicité, paraîtraient conlrc- 
dire ce que Tabbé Baiiii nous raconte des mille 
nuances d'expression qu*on y avait introduites dés 
cetcmpt reculé; mais celte contradiction apparente 
cesse, quand on considère qu*il ne s'agit ici que de 
IVvéctiiien du chant proprement dite, et encore 
d'une exécution i-és<«rvée à quelques chantres, et 



le chanta tantôt on le ralentissait^ la voix 
passant, en mourant, du piano au ptaiiâ- 
simOf et se développant ensuite insensible- 
ment jusqu'au fortissimo: on connaisfait 
l'art de porter lavoiaif etc. (309). De là fiis- 
mense délectation qu'en éprouvaient les 
auditeurs , comme l'attestent une inftviité de 
témoignages des saints Pères. De là las r^ 
firoches des mômes saints Pères: contre les. 
chanteurs qui, fiers de la manière distîi* 
guée dont ils remplissaient leur tftcbe»cliiB* 
taient à leur propre gloire et non à celle de 
Dieu. De là les instances de Pépin pour ob- 
tenir du saint Pontife Paul PMe chanteur Si- 
mépn , déjà notre prédécesseur dans la cha- 
pelle apostolique, qui apprit aux cbantret: 
de Reims l'art du chant romain. De là laoé* 
cessité que reconnut Charlemagne d'obtenir 
d'Adrien I*% Théodore et Benoit, égalemeal 
nos prédécesseurs, pour les églises de MeU 
et de Soissons, et la faculté qu'il obtînt 
aussi de Léon III d'envoyer à Home deu 
chanteurs français , afin que , unis aux nô- 
tres , ils pussent s'accoutumer à la miSlo» 
dieuse exécution de leur chant. De là Vm^ 
pédient adopté par les chanteurs, nos |iré« 
décesseurs, non-seulement à Metz, à Reimi 
et à Soissons, mais encore à Rome, de no% 
ter les livres de chant que saint Paul I*» 
Adrien I*' et Léon III avaient envoyés à Péit 
pin et à Charlemagne , et qui avaient quel* 
ques petites lettres au-dessus des notait 
comme t. m. c. s. p. d. e. a. r. , etc. » poir 
rappeler à ces chanteurs les tremiUoê.^ lit 
collisibles^ les secabiles^ les padaiufii^ les 
diatinon^ les exon^ etc.; tous. ornemeBli- 
que les Français non poterant perfecU e»* 
^rimere naturali voce barbarica , frangetâm 
%n gutture voces potiusquam exprimeniei^ 
(Apud Gerbert, de cantu et Musica tacra^ 
tom. r% p. 21^.) D'où vint que, si les chan- 
teurs ultramontains n'exécutaient pas aussi 
bien que les Romains, ce n'était point par 
déiaut d'une instruction suffisante, comiae 
se l'étaient trop persuadé Pépin et Cbarle* 
magne, mais par Tinsufitsance des extoh 
tants. 

«Ces lettres minuscules, qu'on avait in- 
troduites au-dessus et au-dessous des notes, 
sont encore très-visibles dans deux manus- 
crits de la bibliothèque Angélique , et l'oa 
reconnaît aux caractères, à la taille de la 
plume et à l'encre, qu'ils ont été écrits par 
d'autres mains que celles qui ont Iravaillé 
aux manuscrits. 

« De ce premier exposé du chant antique^ 
continue Fabbé Bai m , passons brièvement 
à un second tableau qui nous montre Té- 
tât de ce même chant au temps de Pier- 
luigi. (310). 

tellement compliquée qu^clle ne pouvait convemr 
qu'à un petit nomk*e de chanteurs d*élite. Ausii, ki 
signes au moyen desquels ils avaient voulu iur 
ces mille nuances d'expression, ne tardèrent pas à 
perdre leur signification, cl à devenir de vëriuM». 
biéroglypbes, même dans Pltalie, où reiéciUÎÉI 
dii chant grégorien éiait jadis plus rechetcbée 
partout ailleurs. 
(310) Tom. I, chap. 5, p. SI. 



M 



fidE 



D ESTHEtlQUE CHIftTIENm!.. 



OBk 



tre 



€ LaïKftute ^^am €f)clésias tique» ferme 

ôo «régorien» n'a^ail pas été changée. Il 

. saint , en effet , pour s'en assurer , de •com- 

t parer Téchelle diatonique des Grecs et de 
Boèce arec celle de Guido, inyiolablement 
• ooasenrée josqu*à nos jours. Les modes ou 
Ions étaient les mêmes; seulement, Tintro- 
doctionf>erpétueliedu5t bémol dans les mélo- 
diestlu cinquième ton sur l'échelle de /a, alté- 
-rail la nature de ce ton» en rendant son échelle 
aeiirt>lable à celle de C» tandis qu'il doit en 
différer» comme il en diffère par le fait»lors- 
4|a*on supprimée la clef le 5tDémol,et qu'on 
se contente de le poser accidentellement 
pour ériter le triton direct. C'est contre cet 
écueil que vinrent heurter même les correc- 
teurs au chant ecclésiastique choisis par 
saint Bernard» qui prétendirent que le neu- 
mt^ ou une manière du cinquième ton sans 
le ri bémol à la clef, ne pouvait se tolérer 
dans aucun mode fce qui est absurde). Ainsi» 
plusieurs imaginèrent par la suite un expé- 
dient que voici» po'ur sortir d'embarras. Af- 
firmer qu'on dût placer absolument le si bé- 
«lol k la clef» était trop opposé à la nature 
du ton; c'est pourquoi ils se ravisèrent en 
disant que le neume» ou conclusion de ce 
mode» par laquelle devait être déterminée 
•a nature» on n'avait pas été heureusement 
iasaginée par les anciens maîtres de l'art» 
ou avait été postérieurement altérée» vel 
mmle imvenia^ vel po$t inventionem corruptOy 
et qu'ainsi» en dernière analyse» la finale de 
ce mode devait sans doute être formée au 
mojrea du st bémol» mais accidentellement : 
Umem niri aceidentalUer termimari non pô- 
iesif Mnde non est Bufficiens. Cette dernière 
errtar n'était pas, comme l'autre, très-com- 
mone, et un grand nombre de livres de chant» 
du temps dePalestrina» conservaient encore 
le cinquième mode ou ton» sans bémol à la 
cIeL 

« Les mélodies aussi n'avaient pas peu 
souffert, soit à cause de la négligence des 
copistes modernes» soit à cause des chan- 
gements introduits par l'ignorance» soit par 
•cite de l'audace des compositeurs ; je ne 
veux pas dire » pour cela , que le graduel et 
Tantiphonier fussent entièrement défigurés; 
non certes. Les antiennes » presque toutes» 
avaient été conservées dans leur lorme pri- 
mitive, et par conséquent avaient peu de 
notes, comme les hymnes. Les introïts n'a- 
vaient en général que peu de notes défec- 
tueuses ou changées. Les offertoires et les 
communions avaient été quelquefois mal 
conduits. Quant aux graduels» aux traits et 
versets y correspondant» ils n'étaient presque 

tlus recounaissables. Toutefois» les graduels» 
ss traits» les offertoires et les communions, 
étaient restés intacts dans beaucoup de li- 
vres, parce que» laissés aux exécutants avec 
k faculté pour eux de supprimer les neumes 
et quantité de notes superflues» ceux-ci, 
%ën» nuire aux livres dont il s'agit, avaient 
commencé à introduire cet abus très-répré- 
ItonsiUe qui profiine encore» de nos jours» 
!• cbaat des basiliques de Rome» par fequei 
tesitmistes chantent les paroles sacrées sur 



la basse et la dominante» k la hftte-et avec 
furie, comme se comportent sur la scène les 
chanteurs qui jouent le rôle de furieux et de 
désespérés. Quant aux nouveaux introït», 
graduels et offertoires ajoutés ou substitués 
aux anciens, avant été supprimés par la bulle 
de saint Pie V» ils n'avaient pas besoin de 
correction. La suppression des répons cl des 
autres parties de l'office dans le bréviaire 
de Quignonez n'avait point altéré les anciens 
livres de chant, parce que, quelles que fus* 
sent les parties qu'il eutdû omettre, elles 
n'avaient pas été pour cela retranchées des 
livres dont il s agit. H faut y joinde d'autres 
chants en usage au temps de Pierluigi , en 
partie introduits depuis peu dans l'Eglise, 
en partie tout à fait changés des anciennes 
mélodies» en partie non suflisammenl déter- 
minés et laissés à l'arbitraire des exécutants. 
Ainsi» par exemple, la passion de la semaino 
sainte se déclamait; mais les paroles pro- 
noncées par lésus-Christ sur la croix selon 
le texte des évangélistes saint Matthieu et 
saint Marc : £/t » £/t» lamma $abacthani I hoc 
estj, Deus meus « Deus meus » ut guid dereli'- 
guiêti me? sous prétexte que les évangé- 
listes ci-dessus nommés avaient dit que le 
Rédempteur s'était écrié è pleine voix, voce 
magnoy étaient exprimées par les mélodies 
les plus capricieuses et les plus aiguës. Les 
différents manuscrits du xv* siècle déposés 
au Vatican» offrent ce chant en note » mais 
avec une mélodie vraiment insignifiante^ 
et parmi eux on en trouve un où le seul 
premier mot EH contient vingt notes et dix 
degrés d'intervalle ou d'étendue. 

« Les évangiles des messes chantées 
avaient été accommodés à un chant qui re- 
bute; il en existe un» entre autres» dans la 
bibliothèque du château Saint- Ange» signé 
Q. 4. 20, tout noté» et qui provoque, je ne 
saurais dire le rire ou l'indignation» à cause 
de l'impossibilité des mélodies. 

« Les lamentations de l'ofiice de la semaine 
sainte se chantaient dans un style figuré, ou 
se lisaient , et quelquefois même se modu- 
laient à une seule voix et au hasard ; j'en 
ai vu quelques-unes dans les manuscrits de 
Vanicella en plaint-chant» mais elles n*é- 
taient point généralement adoptées. 

« 11 n'y avait rien de fixe pour Tépltre de 
la messe et pour les leçons de l'ofiice ; sou- 
vent» dans les cadences» au lieu d'un seul 
aixenij pronuntianti ftmt7tf»comme l'avaient 
ordonné les saints Pères et les anciens écri- 
vains» on entendait une mélodie traînante 
et capricieuse, etc. 

« Les quarante figures ou notes anciennes 
avaient cessé tout à fait d*être en usage..... 

Far conséquent, Texécution si fort prisée de 
ancien chant grégorien, était perdue tout à 
fait , et même n a pu être encore retrouvée. 
Je ne dirai pas seulement que les anciens 
ornements déjà indiqués, mais encore le 
nombre rhythmique» c'est-à-dire l'ême du 
chant, tomba dans un oubli complet. Tai dit 
avec intention nombre » et non mHrcj ou 
rAyrAme, parce que le chant grégorien étant 
établi le plus ordiudrement aur des patoke 



Mi 



GRfi 



DICTIONNAIRE 



CRE 



Sûrement prosaïques, n'était point un chant 
battuta , fixé inaitérablement et k retours 
égaux comme dans les vers, mais d*un vé- 
ritable nombre^ correspondant au nombre 
oratoire, c'est-à-dire plus libre, plus varié, 
plus multiple et en même temps très-fini et 
toujours reconnaissable. Ou aurait pu le 
conserver au moins dans le chant des njrm^ 
nos et des tropes, les mètres ou hymnes 
'j correspondant. Mais il périt irréparable- 
ment dans ces pièces de chant, et s'il ressus- 
cita, dans la renaissance de l'harmonie, 
il ne fut pas adonté, pour cela, dans l'Eglise; 
il demeura et il demeure encore toujours, 
aoit quant à la prose, soit quant aux vers, 
sans rbythme. sans nombre, sans mesure, 
. 4enxa rythma^ $enxa numéro ^ senza mtiura.i» 

Baini, après avoir raconté les vains efibrts 
de Paleslrina pour corriger le Graduel ro- 
main, continue : 

« Pour compléter cette matière, je veux 
ajouter que le missel et le bréviaire romains 
ayant été de nouveau revus et corrigés par 
les saints Pères Clément VIII , en 1602 et 
16W^, et par Urbain VUI, en 1631 et 167^, et 
que ces deux volumes ayant été comme ex- 
purgés de nouvelles erreurs introduites par 
la négligence des imprimeurs , on mit en- 
core au jour les nouveaux graduels et anti- 
phoniers corrigés et amendes. » 

Mais ceux qui avaient été chargés de les 
4:orriger l'avaient fait selon') leur caprice, 
soit par ignorance, soit par incurie. 

« Ce qu'il y eut d'heureux, dit Baini, 
£*est qu'ils ne portèrent pas la main sur 
les antiennes, sur le chant de la psalmodie, 
sur les hymnes, les répons brefs, les versets, 
les invitatoires, les venUe^ les séquences, et 
la plupart des introîts, lesquels tous, à cause 
de leur brièveté originaire, furent conservés 
et se consi. rvent encore aujourd'hui tels qu'ils 
étaient d^ns les temps les plus reculés. 
Quant aux répons, aux graduels, aux traits 
avec leurs versets respectifs, les ofl'ertoires et 
les communions, ils sont tous falsifiés. Dans 
quelques éditions, la correction parait avoir 
été faite d'après les livres originaux, et alors 
le mal a été moindre, ^larce que là on a 
conservé la saveur et l'essence de l'antiqui- 
té. Parmi toutes les éditions de cette der- 
nière catégorie, je prise celle qui fut exé- 
cutée en 1614 par I ordre de Paul V, dans 
Timprimerie des Médicis à Rome , en deux 
volumes, composés de feuilles très-grandes. 
Dans les autres diverses éditions de Venise, 
<te Rome , de France , (fEspagne , etc. , les 
corrections me paraissent avoir été faites 
toutes arbitrairement; c'est à peine si Ton y 
aperçoit quelque reste de l'antiquité, ou 
plutôt il n*y en a point. Là c'est un squelette 
décharné, ici c'est un avorton monstrueux ; 
là c'est un habit composé de lambeaux diffé- 
rents, là c'est un chant sans chant, r etc., etc. 

La critique sévère que fait ici notre his- 
torien des éditiobs de chant contemporaines 
de celle de Paul V, qui a toutes ses préfé- 
rences» donne lieu à quelques importantes 
observations : la première, c*est que toutes 
. OM éditions furent l'œuvre, du .goût parti- . il y arait plusieurs imprimeurs el lilMiiiii 



culier de gens livrés à eux-m^mes et trêTail- 
lant sans mission. aucune do lautorité. H ne 
faut donc pas être étonné si celle de Paul T, 
exécutée dans des conditions bien diffé- 
rentes , prima et prime encore toutes celles 
qui parurent alors en Italie et ailleurs* Ce 
qu'il y a de malheureux, et cela pour des 
causes dont l'exposé nous entraînerait trop 
loin, c'est que ces mauvaises éditions» objfii 
de la sévère critique de l'abbé Baini» aî^nt 
été préférées, dès le début, et le soient 
même encore aujourd'hui en plusieurs lieus, 
et principalement en Italie f à «lelle de Pml 
V, devenue d'ailleurs si rare et si difDcilei 
trouver. Quoi qu'il en soit, il importe de 
constater avec l'abbé Baini que cette der- 
nière réunit toutes les conditions quHl était 
permis de désirer dans les circonstances oft 
elle fut donnée, el que depuis, elle n*a point 
été signalée par d'autres, au moins en Italie. 
En second lieu, l'inconvénient des mau- 
vaises éditions de chant qui pullulèrent 
dans cette contrée et ailleurs, a l'époque dooc 
il s'agit, fut bien moindre, ou plutôt n'exisli 
pas pour la France, grâce au zèle, à rinteili- 

f;ence et à l'unanimité de ses évékiues dans 
a grande réforme du chant liturgique » telle 
que nous Talions raconter. 
. Dans le procès-verbal de rassemblée 
du clergé de France qui eut lieu en 168S 
et 1636, nous lisons le rapport qui fut pré- 
senté à l'auguste assemblée le 27 juin 16Mi 
par le sieur de la Meschinière, qui avait été 
commis par celle de 1625 pour avoir Tœil sar 
les impressions qui se laisaient par Tués 
et le secours du clergé. Il est dit, dans ce 
rapport, € qu'en l'an 150S, le clergé avait 

Srêté, à la société des libraires de Paris. 
,000 livres pour leur aider à imprimer isi 
livres de chant d'église; et plus loin, il est 
dit que le cardinal, duc de Richelieu, ayant 
élé autorisé, par le roi, le 8 octobre 1831,4 
faire choix de tels libraires et imprimeufs 
qu'il jugerait capables de l'impression dti 
bréviaires réformés par notre saint Père la 
Pape, ledit cardinal, par acte du 26 septes* 
bre suivant, avait désigné à Sa Majesté les 
libraires et imprimeurs formant unesociélé 
pour imprimer, privativement à tous autres, 
tous bréviaires, missels, diurnaux» et géné- 
ralement tous usages servant pour le serri* 
ce divin, réformés eti corrigés de nouTeao. 
« En conséquence, et par lettres patentes da 
9 décembre de ladite année, le roi accorde à 
ladite société le privilège d'imprimer ou de 
faire imprimer, durant trente ans, I^Ms 
bréviaires, missels, et tous autres usages lé* 
formés, avec défense à tous autres lilMaifts 
et imprimeurs d'en imprimer ou fiiire imr 
primer dans le royaume, ni d'en faire Tenir 
des pavs étrangers d'autres impressions,! 

freine d'une coniiscation d'iceux. et dett,CII 
ivres d'amende Sur quoi il fut.rcmarqaé 

que ce privilège rendait les bréviaires et 
autres livres d*éçlise plus chers, et queeV 
tait la cause qu'ils étaient plus mal impcfei a 
mes qu'ils ne le seraient, si la liberté doka I 
imprimer était laissée à chacun : et en efll^ " 



GRE 



D^ESTIIETIQUE CHRETIENNEL 



GRE 



194 



qui offraient d*en imprimer de plus beaux 
et à meilleor marché, si ce privilège était 
réTOqué. 

« Ijà compagnie ou!t ensuite sur ces in- 
eonvénients allégués le sieur Vitray, Fun 
(les nommés audit privilège, et huissier de 
rassemblée, lequel déclara que ses associés 
étaient prêts à se départir de reffet dudit 

Kivilége, moyennant le remboursement des 
lia par eux faits (311). 11 fut ordonné que 
ledit Vitray rapporterait ses offres par écrit, 
• signées de lui et de ses associés, pour être 
a|irès délibéré. (Tout cela fut exécuté.) En- 
suite Mgr l'archevêque de Toulouse et 
Ml^ révéque de Soissons fureut priés de 
traiter avec quelques imprimeurs, et de faire 
entrer à ce traité, de préférence, le sieur 
Titray, imprimeur du clergé, et le sieur 
Aobert. 

« Les 5 et ^février, ces deux prélats ren- 
dirent compte h rassemblée du traité qu'ils 
avaient passé, dans un rapport qui donnait 
la nomenclature détaillée, avec les prix res* 

CK^tifs d'un grand nombre d*éditions, narmi 
squelles on remarque, pour ne parier ici 
que des livres de chant, VAnliphonale mag- 
fUMN, in-folio, 2 vol. à 45 livres; le Graduale 
Momanum^ in-folio, à 22 livres 10 sous ; l'^ln- 
Hphonale parvum^ in-folio, à 8 livres 10 sous; 
le Miêêole Romanum magnum^ in-folio, dans 
lequel il y a, disent les rapporteurs, douze 
taures extraordinaires, à 12 livres; le Jlfif- 
êoU Romanum varvum^ in-folio, avec les 
mêmes fi(;ures, a 8 livres; le Psalterium fto- 
Meiiaim, in-folio, à 10 livres; le Rituale Ao- 
flUMwii, in-8% à 1 livre 8 sous; le Procession 
maiê Romanum^ in-8% à 2 livres. Vitray et 
Cramoisy devaient être les éditeurs de ces 
diverses publications. » 

c Le le mars, Mgr Tarchevêque de Tou- 
Umse remit le contrat passé par lui et les au- 
tres députés y nommés, avec les sieurs Cra- 
moby et Vitray, du prêt de 8,000 livres, 
moyennant lequel ils sont obligés d'impri- 
mer les livres y désignés. L'assemblée, ayant 
irai la lecture d'ii^i'lui. Ta agréé et ratifié, et 
aojjoiot aux agents de tenir la main à son 
exéeotîon (312). i» 

Oq nous pardonnera la longueur de cet 
•ztrait, eu égard aux détails si importants 
et si peu connus qu'il renferme. Ce curieux 



document est un témoignage authentique 
de l'ensemble et du soin extrême avec les- 
quels l'épiscopat français mena, à une épo- 
que aussi décisive, pour le chant liturgique, 
la question de l'impression des livres d'é- 
glise remaniés dans le sens de la réforme du 
concile de Trente et des Papes subséquents. 
On voit avec quelle persévérante sollicitudo 
il surveilla, par des prélats choisis dans son 
propre sein, l'exécution de cette grande 
mesure jusque dans ses détails les plus mi- 
nutieux. Les mêmes réflexions naissent de la 
lecture d'un autre document de ce genre 
que nous fournit l'ancienne cathédrale de 
Saini-Paul-Trois-Chêteaux, aujourd'hui dans 
le diocèse do Valence. 
Cette vénérable basilique possède encore 

f plusieurs des livres de lutrin qui servaient à 
'usage de son antique Chapitre, et parmi 
lesquels il en est un qui mérite de fixer l'at- 
tention : c'est un Psautier romain édité â 
Lyon en 1697 par une société de libraires 
réunis (313). 

La partie intéressante de ce Psautier est 
une longue préface adressée par les éditeurs 
à tout I Ordre du clergé, universo ecelesias- 
ticorum Ordtm, dans laquelle sont énumérés 
successivement, et avec beaucoup de clarté, 
1* le vœu du clergé de France pour l'unité 
liturgique; 2* les diflicultés que ce vœu a 
d'abord rencontrées; 3" la nomination qui a 
été faite d'une commission pour les aplanir; - 
4* l'exécution de l'œuvre; 5* enfin, quelques 
modifications qui ont été apportées à 1 an- 
cien chant romain, quant aux notes et syl- 
labes et le maintien de quelques airs d'hym- 
nes françaises. Ne pouvant donner in ex- 
r tenso ce document a cause de sa longueur» 
je me contenterai d'en détacher les traits les 
plus saillants. 

Les éditeurs commencent par signaler 
avec quel zèle et quelle entente les prélats 
français, réunis Tannée précédente k Paris 
avec les ecclésiastiaues les plus distingués 
du second ordre, s étaient occupés de l'u- 
nité liturgique pour tout le royaume, quant 
aux paroles et au chant dans l'ofRce divin; 
et comment, en attendant que certaines dif- 
ficultés, qui étaient survenues, fussent le- 
vées, ils avaient décrété (314j que tous les 
livres, qui sont d'un usage journalier et 



(311) Vitray disait qa*il n*y avait que trois villes 
ca Fraoceoù roo imprimait : Paris, Lyon et Rouen, 
d q«e rimprlnerie était si tombée, qu^il y avait dix 
■alires à Paris qui ne savaient pas lire. (Note «fe 
fAflMr.) 

(5li) Collection des procès-verbaux des Assem- 
Mte i^oérales du clercé de France, de 1560 à i 788, 
km. U. (Aimées 1635-36, pag. 830-54.) 

Dans la longue ciution que nous venons d'en ex- 
Uaire, doos avons reproduit presque liuéralement 
ktexie. 

(513) Pêùhtrium Aotnaaum, saerosaneti eoneiliû 
TriémÊiimi éeereio restUutum ex Breviario nuper r«- 
sfiMa m CUmemU V/i/ et Vrtano VIU,Pontilicibu$ 
JÊtuhtiê; im qmo H§mmt Psalmi, InvitatoHa, An- 
'*~~^~~e« OÊknm éefumcttirum^ et multa alla pro 
fmmm% oc feriaUhtê meeeêsaria di$poiita et 
M iiiii laalsf qÊm koirtenus • muitis dtsidera^ 




bantur, Aeee$$it noffiuime aeeuruta mendorum es- 
purgalio quœ in prœeedentibus editionibnê irrepse- 
tant, Quœ omnia recens ordinat^ $untjui$u SS. N, 
P. démentis J. Lugdunu sumptibu$ Soeietatis Bi- 
bUopolarum. MDCXC VIL 

(31 i) Interea decretum ut libri qui sunt in {fuai" 
diano usu apud clerieot et in Eccûsiit ex oficto de^ 
6tlo, recenuanlur^ emendentur, coneinnentur^ detd'' 
que quam fieri maxime potsit ad farmam romani mo' 
ris accedentes^ prœsertim vero libri chorales ad pu» 
blicœ laudis symphoniam compotiti juxta Tridentini 
itfxodj, recentisque revisionis regulam restituti^ novo 
eharaetere^ noms nolarum signis recudantur denuo^ 
quo Hs mediis faeiior proniorque sit Ecclesiwrum 
transitUM {quœ proprios usus suos retinemt) ad ea*' 
dem reeitandi^ iegendi et eantundi dimnum ofeium 
teges ; umU tandem uttiformis eum uniterso arbis 
eatkoHco populo fi^f Catiorum omnium eonten.wL 



t»s 



GRE 



DICTIONNAIRE 



GRE 



SM 



obligatoire pour les clercs et dans les églises, 
seraient revus, corrigés, et disposés, autant 
que faire se pourrait, selon la forme de 
Rome, surtout en ce qui concerne les livres 
choraux destinés au chant des louanges di- 
vines, conformémeni au concile de Trente; 
en sorte que de nouveaux caractères et de 
nouveaux signes de notation soient fondus 
et fabriqués incessamment pour restituer 
lesdits livres de chants en conformité de la 
dernière rèçle de révision posée par TËglise 
romaine, abn de rendre plus facile et plus 
rapide la transition des églises qui conser- 
vent leurs propres usages, à cette rèsle qui 
dirigera désormais la récitation, la lecture 
et le chant de Toffice divin, et qu'H ; ait 
enfln, dans le royaume, un chant uniforme, 
et d'accord avec celui qui est pratiqué dans 
toute la catholicité. 

Ce travail fut confié, par les prélats réunis 
en assemblée générale dans le palais du roi, 
k des syndics, qui, après s'être entourés 
des hommes les plus habiles en musique et 
en littérature, devaient, avec leur aide, ren- 
dre plus correcte, et enfin tout à fait com- 
plète, Fœuvre dont ils auraient été char- 
gés (315). « Maintenant, continuent les édi- 
teurs, il est facile de voir ce qui a été exé- 
cuté et oe qui reste encore a faire. Cette 
première partie est un spécimen non minime 
de ce qui viendra 'après. Le Psautier que 
nous publions actuellement, est le prélude 
du Graduel et de TAntiphonaire, qui sui- 
vront bientôt, et vous y trouverez, non en 
petit nombre, des choses excellentes, s'il 
vous platt de le lire et de le relire. » Vien- 
nent ensuite, sur remploi de divers temps, 
de diverses notes et syllabes, et sur cer- 
tains airs des hymnes françaises conservées, 
des détails qui terminent cette remarquable 
préface, et oont l'énumération nous mène- 
rait trop loin. 

C'est ainsi qu'en 1696 comme en 1636, et 
pendant tout le xvi* siècle, l'épisconat fran- 
çais se préoccupait de ces deux grandes ques- 
tions :«derunitéduchant liturgique» et « de 
sa conformité aussi étroite que possible avec 
le chant romain réformé par Grégoire XIII 
et Paul V. » Qui ne voit qu aujourd'hui com- 
me à cette époque, et même plus encore qu'à 
cette époQue, ces deux grandes questions 
dominent la situation tout entière, en pré- 
sence de ce mouvement admirable qui en- 
traîne la France vers le rite de Rome, qui, 
pendant des siècles, avait été le sien ? Qu'il 
serait beau de les voir résolument abordées 

f^ar l'épiscopat du xix* siècle comme elles le 
ùrent par celui du xvii* 1 

^ (515) Neaotium feneralibus rei eecleùasttcœ et ele- 
rkûlU apua chrisltaniuimum Regem in aulaquevro- 
cwrondœ $ffndici$ demandatum^ qui mlhibiliê ad id 
wmnus melius erplendum virii in arte mutica simui 
ê$ poUtiore Hueraiura periiimmiê opiM, ipiorum in- 
du$lri€^ emtndatku redderent^ Oein mûturarent. 

HuncJMmauid prœstitum^ piidpie prœstandum 
rmUif patit. Pan prima erii reliquorum tpecnmn 
n$m têtme ffUurœ. Ptalttrium est librii Amiphimû'^ 
rOê Gfaduêii^Mê mox eonnêcutwii proftiimi, «ai c»- 
mia non pauca volve, $i placetf et retoiu, rtvtriet. 



Si le xYii* siècle nous offre dans son en- 
semble (316) un spectacle bien consolant 
auant h la question litnrgiaue, c'est à cause 
e l'entente qui ne cessa d exister pendant 
cette longue période entre les membres de 
répiscopat français, et en même temps, à 
cause du soin religieux qu'ils apportèreoti 
suivre dans leurs réformes les principes qui 
avaient présidé à cellequi venait de s opmr 
dans le centre de la catholicité. Si» aa con- 
traire, le siècle qui est venu après nous pré- 
sente, surtout pendant sa dernière moiCiC, 
un spectacle bien différent, c'est à cause de 
l'esprit individuel, appelé depuis porftaciih 
rtsme, r^ui suggéra la composition de tant 
de bréviaires et de missels locaux jusqu'au 
moment de la révolution, et dont Fiofluence 
toujours croissante persévéra même aprks 
le concordat, à un tel point que, dons cette 
multitude de bréviaires diocésains qu'elle 
fil éclore durant le premier quart de ce siè- 
cle,on finit par voir disparaître presque en- 
tièrement l'élément romain. 

C'est à la fin du xvii* qu'il faut remonter 
pour trouver le premier indice d'une telle 
déviation liturgique, dont les excès deveteftt 
à la longue provoquer une réaction en sens 
contraire, et c'est un archevêque de Vienne, 
monseigneur Henri de Viilars, que noos 
voyons en donner le signal. Ecoutons m 
dom Guéranger : 

« Le bréviaire de cette époque, qui ouvrit 
la voie la plus large aux novateurs, fut eèlvi 
que publia en 1678 Henri de Viilars» arekê- 
vêque de Vienne, pour l'usage de cette fl- 
lustre Eglise. On ne s'y borna plus k s«b- 
stituer des homélies plus authentiques an 
anciennes, à épurer quelques Mgendes le- 
cales ou autres : on commença à donner de 
nouvelles antiennes et de nouveaux répoei^ 
que l'on substituait aux antiennes et m 
répons de saint Grégoire, et l'on Hiil éta 
avant, i)our la rédaction de ces parties neo- 
velles, un principe emprunté de l'école jw- 
séniste, et dont 1 application a produit pres- 
que à elle seule le bouleversement liturgiqte 
au milieu duquel nous vivons. Ce principe, 
dont nous avons préparé déjà l'histoire et 
dont nous discuterons ailleurs la valeur, ett 
de n'employer que des passages de rlBcri- 
ture sainte comme matériaux des pièces de 
la liturgie. Les corrections introduites dans 
le bréviaire de Vienne, au mépris des an- 
ciens livres grégoriens, furent faites en ve^ 
tu de ce principe, et ce bréviaire teut du 
Aïoins la gloire d'ouvrir une routé qui fat 
grandement fréquentée depuis (317). » 
Le bréviaire de Henri de VilIars a était m 

(316) Je dis, dam êon ensemble^ car rhieloire as 
perinetlrail pas de jeter un voile eoupliltaal tir 
Taflaire du Poniiflcal, sur celle du Riiuel d*AlBikci 
sur certaines autres particularités qui font 
au tableau. (Voir, pour les détails histori^wi 
les concernent, le Recueil des procèatérkmm 
A$umbUe$ générales du clergé de Fremct^ el te 
pitre 17, tome H, des Institmiomo JîimtfÊfm 
Dom Guéranger.) 
j (317) inilfflsItoRS Uiurgiqfm. {ChÊf^-Mf^ 



t97 



GRE 



D-ESTHKTIQUE CHRETIENNE. 



GRE 



9% 



effet qu'une timide ébauche auprès des li- 
cences de toute espèce que devaient prendre 
peu à peu les faiseurs de liturgies modernes. 
il importe de ne point confondre ce premier 
essai de réforme tenté par de Villars avec 
celle beaucoup plus significative qui fut, 
cent ans plus tard, introduite par son der- 
nier successeur, Jean Lefranc de Pompignan, 
dans la même urovince de Vienne (318). 
C'est cette dernière cjui va nous occuper, au 
moins pour la question du chant (319). 

Elle est exposée et exaltée en termes pom- 
peux par le métropolitain lui-même, qui 
s*adres5e h tout le clergé de la province, 
dans un préambule imprimé en tête du nou- 
Teau missel, et qui porte la date de 1782. 
On touchait à une révolution d*un autre 
genre, qui allait, en le dépopularisant, em- 
porter le prélat et son siège, et fournir un 
nouveau sujet de triomphe à celui de Rome, 
dont le nom n*est pas une fois prononcé 
dans le préambule ae monseigneur Lefranc 
de Pqmpignan. Mais par contre, on s'y ap- 
plaudit, comme d*une espèce de miracle, 
d*aToir pu introduire dans une province ec- 
clésiastique cette unité liturgique si dési- 
rable pour Funivers catholique , et qu'on 
ose à peine eepérpr (320). Nous nous dis- 
pensons de tout commentaire sur ces étran- 
§es assertions et sur tout Tensemble de ce 
ocument, qui prête à de bien tristes ré- 
flexions 1 Puisque le chant seul doit nous 
occuper ici, je ferai remarquer d'abord que 
celui de.Vienne diffère totalement de celui 
de Paris, bien qu'il v ait une parfaite simi- 
litude, quant au texte, entre les deux bré- 
viaires, a part les additions qui furent faites 
aurès coup à celui de Paris, et dans le dio- 
cèse de Valence è celui de Vienne. La rai- 
son de cette différence, c*est que, au lieu 
d'adojiter purement et simplement le chant 

Krisien de Lebœuf, comme l'avaient déjà 
t plusieurs métropoles, en se guettant, 
pour le texte, à l'unisson de Paris, la com- 
niissioo de Vienne (321) préféra donner du 
sien, ou pour mieux dire, composer un amai- 

(5IS) Elle formait dna diocèses, non compris ce- 
lai de Vienne, savoir: ârenoble. Valence, Die, Vi- 
viers et Genève. 

(519) Si nous donnons ici une dissertation sur 
le chant Viennois, c*est pour montrer par ce spéci- 
men de ce qui eut lieu en d*autres provinces, k la 
même époque, Timpiiissance et la stérihté de tout 
ce qui se fait à rencontre de Rome, aussi bien dans 
la liAurgîe qœ dans la discipline et dans la foi. Ab 
m» éiêcê 0wme$, 

(3S0) Quod optandum ^idem, tix tamen tperan» 
dam, iMcêi al ajpiid ommet EccUiioi quœ caiholicm 
umiiûtii i^aculo cofulantuft dhina iiturgia nullam^ 
êkui m fide ac reguUê momm. Ha tn rerum deleciu 
me s^rje, urborumquê tenore, diserepantiam admit" 
Mf, M voèif, dUecti%tim fratreg^ intra provineiœ 
Ykmnmmê /biet, quomMue eei Galiia eompleetUur 
mumnUatmu^ imo eî exmbemm. 
Ne dirait-on pas, en entendant ces paroles, qu^il 
avait dans PEgUse universelle ni bréviaire^ ni 
el» ni rituel commune^ lorsqoe par un ptimléoe 
i, os a vu Taiiité ntiirgiqae s*eiablir dans la 
fniifineede Yiennet Et e*éult au momfnt même où 
l'anrfétertaîl IVnité Ulorî|iq«e uMmUlIt de Të- 




((ame de plain-chant romain et d'autres mé- 
odies puisées à diverses sources, d'où il 
résulta une sorte d'tmfrro^/to qu'on ne sau- 
rait appeler un corps de chant proprement 
dit. Au moins le plain-chant de Pans, quel- 
que défectueux qu il soit, formant un tou: 
homogène et ayant nom d'auteur, présente 
un incontestable caractère d'originalité. On 
ne peut pas même dire cela du plain-chant 
viennois, composé de pièces et de morceaux 
recueillis çè et Ik, et trop souvent empruntés 
h des sources étranges. Deux éléments prin« 
cipaux et singulièrement disparates y do» 
minent : l'élément romain et l'élément pri« 
vé, qui comporte plusieurs subdivisions. 
Nous allons voir dans quelle proportion ces 
deux éléments ont été employés dans le rite 
qui nous occupe. 

C'est dans les messes De tempore^ dans 
leurs introUSf graduels^ offertoires et eom-- 
muntofif, qu'apparaît le plus souvent l'élé* 
ment romain, note pour note, lorsque les 
deux rites offrent une identité de paroles 
dans ces diverses pièces. Mais il n'en est 

Ks tout à fait de même dans les cas assez 
Squents où le texte viennois est plus long 
que le texte romain, si même il n*en diffère 
entièrement (322). On comprend que l'édi- 
teur a dû alors, selon Toccurrence, ou pro* 
longer lui-môme la mélodie, ou en trouver 
une nouvelle; et en observant de près la 
marche qu'il a suivie, on voit que pour ces 
espèces de soudures il a pris çà et là des 
lambeaux de mélodies romaines dans les an- 
ciens livres de chant qu*il avait sous les 
{'eux, comme il leur a emprunté des canti- 
ènes entières, pour les adapter, par exem- 
ple, à des offertoires dont le texte n'avait 
rien de commun avec leurs analogues dans 
le romain. Cest ce qui résulte à mes ^eux 
de l'examen comparatif que j'ai fait minu-< 
tieusement du graduel romain et du graduel 
viennois. On sait combien une telle opéra- 
tion est longue, aride et fatigante par sa mo- 
notonie. Elle est néanmoins indispensable 
pour quiconque veut se rendre et rendre 

glise Romaine, qu'on tenait un tel langage 

(321) On a découTcrt postérieurement que la 
corps de chant Viennois dont il s'agit dans cette 
dissertation avait été emprunté k Toulouse. Ceci ne 
fait absolument rien k TafTaire. Nous jugeons celte 
œuvre telle uu'elle existe. Peu importe qu'elle 
vienne de Toulouse ou de Narbonne ; c'est toujours 
une de ces malheureuses tentatives de la un du 
xviii* siècle, qu'on peut juger k leurs fruits, n'Im- 
porte leur provenance locale, qui ne sauraiit infir- 
mer le jugement vrai ou faux qu'on porte sur elle. 

(523) C'est une chose remarc^uable que colle lon- 
gueur co plus da texte Viennois comparé au tex.e 
romain y correspondant, dans les principaux mor- 
ceaux dont se composent les messes Df tempore. Ce 
surplus de longueurprovient, en grande partie, de la 
diflérence des versions qu'ont employées les deux 
riies, le Aontaln ayant suivi en beaucoup de cas r/(a- 
lique^ et le Vtemtoû la Vulgate, Ceci, du reste, n'«n>t 
pas le seul cdté par où le rite viennois est plus long 

3 ne celui de Rome. Il en est plusieurs autres, et 
'une majeure importance, par où l'on voit claire- 
ment que Pensemble du rite romain est plus court 
que celui du rite Viennois. 



jr 



S99 



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BICTIONNAmE 



GRE 



300 



4omple aux autres de Télat de la question. 

4^*éditeurdu chant Viennoisa déplus, re- 

'tenu du romain le fond de tout le chant des 

i-inpropères du vendredi saint, qu'il a modi- 

! difié^ou par caprice, ou parce aue Texcé- 
danten longueur du texte Vy a obligé. Mais 
«cette modification et plusieurs autres du 
^mérne genre qu'on remarque dans son travail 
ontrelles toujours été heureuseh? II est per- 
^ mis d*en douter. On peut faire la même obser- 
vation pour le chant de TofTice des morts, 
tant delà messe que des vêpres, matines et 
laudes, dont le fond est tout romain (323). 
LMnvitatoire des matines est le même. Le 
Libéra me Bomine est imité du répons du 
4roisièÉie nocturne romain cju^on a tronqué. 
Pourquoi avoir omis Tadmirable Subvenite^ 
Sancli Dei^ occurrite^ angeli Domini^ aussi 
remarquable par \e chant que par les pa- 
roles, de même que, pour les obsèques, 1 an- 
cienne In paraaisum deducant re, et plu- 
sieurs autres pièces qui certes valent bien 
•relies qu'on leur a substituées on ne sait 
pour quel motif. 

Telle est la part qui a été faite à l'élément 
romain dans le graduel viennois, et même 
cette part est-elle tronquée, défectueuse et 
incomplète. Elle l'est bien plus encore dans 
Je vespéraU dont nous allons donner une 
rapide analyse. Ici l'élément privé a obtenu 
Ja part la plus large. On «n jugera. 

D'abord, en ce qui concerne les aniiennes, 
excepté celles des vêpres du dimanche, il en 
est très-peu des vêpres de lavent, du ca- 
rême, des fêtes, ainsi que des Magnificat^ 
des matines et des laudes, f[ui ressemblent 
à celles du vespéral romain. U en est de 
même des répons des matines et de certains 
offices particuliers. Toutefois, il reste en- 
core au Viennois un certain nombre d'hvm- 

' nés, d'antiennes propres et d'autres pièces 

Su'il a conservées intactes du Romain. Mais 
en est nussi, dans une égale proportion, 
^u'il A plus ou moins, en les conservant, 
gravement altérées. Nous allons donner des 
unes^t des autres une nomenclature abré- 
gée, qui suffira néanmoins pour faire res- 
sortir leurs différences comme leurs rap- 
ports. 

Commençons par Ta vent, qui ouvre le 
c^cle de l'année liturgique. Les belles an- 
tienne 0, de ce temps, reproduisent exacte- 
ment le chant romain, sauf quelques modi- 
fications nécessitées i^r l'excédant en lon- 
gueur du texte viennois, surtout à celle O 
rex gentium. U y en a neuf dans le viennois, 
et sept seulement dans le romain. Même 
chant pour l'hymne StatvUa deertto Dei^ que 
pour celle Conditor aime iiderum. Le chant 
de l'hymne des matines de Noël et de l'hym- 
ne qui vient après, est le même dans les 
deux rites. Celui des trois antiennes du 
'ieuxième nocturne n'est que la parodie du 

• (523) Le Viennois a encore retenu du Romain les 
quatre plus belles proses de ranuéc : celles de Pà - 
ques, de la Peniecôie, de la Féio-^l>icu, et celle des 
Uorls. Quant à ses Kyrie^ Vioria, Credo, Sauctui et 
Agnus Dei, des divers temps de seicnfiUéde lanuce 
Uiurgique, on le» retrouve*, noio four note dans» 1rs 



romain. Cette particularité revient dans 
plusieurs autres pièces du vespéral et du 

(graduel Viennois. Aux secondes vêpres de 
a fête, le texte des antiennes est le même, 
et le chant tout différent. L'hymne /etu Jle- 
demptor omnium offre une mélodie sembla- 
ble à celle : Christe Redemptor omnium^ 'de 
Rome. Même remarque pour le chant de 
l'hymne de la fête de Saint Etienne, Jftrif 
probat $ese modis , pour celui de &{• 
vête flores murtyrum^ des SS. Innocents, et 
du Victis iibi cognomina^ de la Circoncision. 
Tous ces chants sont les mêmes que ceux 
des hymnes correspondantes de Rome, mais 
sur des paroles qui n'ont rien de comioun 
avec celles du rite romain. 

Aux premières vêpres de l'Epiphanie, 
l'hymne Quœ Stella sole pulchrior^ est la re- 
production exacte de la mélodie roiuaioe 
Hostis Herodes impie. Il en est de même 
pour l'hymne Clamantis ecce vox Monwu^ 
des premières vêpres du jour de Toctavede 
l'Epiphanie, et de celle tmergit undiê, des 
secondes vêpres du jour. 

Quant au temps du Carême, les mélodies 
Audi bénigne Conditor et Vexilla régis pre- 
deunt sont identiques. 11 n*enest point ainsi 
pour l'office des ténèbres, où presque tout 
a été remanié, chant et fiaroles. Le magnifi- 
que invitaloire (5* mode) des matines de 
PAques, est tiré de l'un des huit corresuoo- 
dant aux huit modes, du rite romain. Foor 
les dimanches après Pflques, tout a été égale- 
ment changé, on à peu près. Seulement dois 
demanderons si le chant romain de ThymiM 
Ad cœnam Agni providi^ ou Ad regias ,Agsà 
dapes^ de ce temps, ne vaut pas on pei 
mieux, au simple point de vue des conte- 
nances liturgiques, que celui du Farti §§-> 
gente brachio^ emprunté, hélas ! comme plu- 
sieurs autres du rite viennois, à la pariitioi 
de quelque opéra comique du xviu* siè- 
cle. (324125) 

A la fêle de T Ascension, le chant de rhjmiit 
Opus peregisti rtium, a été pris, note poir 
note, dans l'hymne romaine correspondante, 
Jesunostra redemptio. A celle de la Peoleeft- 
te, le Veni superne Spiritus des premières 
vêpres, oUVe la même mélodie que celle, ro- 
maine, deTAscension ; et Thymne de laudes, 
Audimur aime Spiritus^ offre également la 
même que sa correspondante romaine, Âcafa 
nobis gaudia. Dans le romain, les secondesvê- 
pres de ce jouront pour hymne le Veni crm* 
tor Spiritus^ un des chefs-d'œuvre du cbiDt 
iiturgique.il a été retranché dans le Viennois, 
et remplacé par l'hymne rontlante, Qm^ wes 
magis tri. Hons demanderons encore pourquoi 
ce retranchement, et si la mélodie aussi no- 
ble que pieuse du Feni Creator n*eût pas 
été ici mieux à sa place que celle, iewtfê 
dimarda^ qu'on lui a substituée. La bna- 
que apostrophe |:»ar laquelle débute ce Qsi^ 



ëdUittiu usuelles du plaiii-cbam romain 
nais. 

(324-25) Cette particularilé en Ce qai coaeeneit 
Font leaenle, ivCa été racontée par en niliiiMli 
que de Paris, qui nrasMirail avoir va luÎHBtat S0f 
une pai-iition d'nprra coiiiicpie, Taîr dont il i*3|it 



301 



GRE 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GRE 



ZGl 



«oi magiitri^' visant h YeBeU nesi pas la 
moiodre singularité d'une hymne qui, pour 
lé genre de la poésie et le mouvement 
,rh^lbmique, ferait mieux comme marche, 
• ]i*iiDjporte où| que dans le lieu saint, et à pa- 
reirjour. 

Si nous passons à roflTice de la Fête-Dieu, 
nous verrons que le Pange lingua romain, 
des premières vêpres, est sur un chant plus 
Tarie, plus original que celui assez com- 
mun» assez monotone, qui Ta remplacé dans 
le rite viennois. Ce dernier est sur le 5* mode 
'%n C, mode privilégié de nos modernes fai- 
seurs de plein-chant, car ils y trouvent leur 
^rome favorite d u^ qui, à leurs veux est le 
mee pluM ultra de Tart musical. Il est vrai 
que ce beau Pange lingtM romain , ainsi re- 
jeté parle viennois du corps de TofSce litur- 
Îique du Saint-Sacrement, a été relégué 
ans le Cantus diver$U pour être chanté aux 
processions; mais ce n a pas été sans subir 
une certaine transformation musicale* au 
moyen de petites notes descendantes qui 
appellent les fa et les ut dièzes du ton de ré 
«Myeur, et deviennent ainsi la torture de 
Vorganiste inexpérimenté qui voudrait ac- 
€ompa{;ner d'une manière passable cette 
méfodie ainsi défigurée. On a été moins 
exclusif à regard du beau Verbumsupernum 
orodienSf qu^n a placé comme il Test dans 
Je Romain, à la fin des laudes de la fête, non 
sans Taltérer par un malencontreux fa dièze 
4)Dntre un $i bémol. Quant au Sacris solem- 
«m, dont la mélodie a été composée ainsi que 
4aDt d'autres, dans ces dernierstemps , sur le 
sixième mode favori, avec bémol a la clef, 
il esl pAle et vulgaire auprès de la mélodie 
itMoaioe du même cantique en Thonneur 
de reocbaristie. Que Ton compare attenti- 
^remenl ces deux pièces, et que Ton pro- 
aooce. 

Le chant et les paroles des vêpres de l'As- 
somption diffèrent complètement dans les 
deoxrites. Mais nous ne saurions passer sous 
Mleoce Tbjyrmne délicieuse, vos œthereif 
da Viennois. C'est une douce, suave et mys- 
tique cantilène, telle que l'inspiration des li- 
turgistes modernes en a trouvé peu de 
cette distinction (326). L'expression calme 
el solennelle de cette belle hymne, si bien 
en harmonie avec la poésie remarquable 
du texte, lui donne un charme tout particu- 
lier. Nous pouvons en dire autant, jusqu'à 
un certain |>oint du chant de l'hymne. Hue 
'•Of o mUeri , des secondes vêpres de l'Ëpi- 
pbanie, que nous avons omise en son en- 

A i'officte de la Toussaint, les premières 
et les secondes vêpres n'offrent rien do 
eeounan avec le Romain, si ce n'est le chant 
de l^bymne, Cœlo quoê eadem; encore ce chant 
estril altéré. Dans le romain on remarque 
rhyinfie, Ckriste redemptor omnium^ avec 
un chant propre du 8* mode. 



L'office de la Dédicace est aussi tout diiTé- 
rent. Néanmoins le Viennois s'est également 
approprié ici un beau chant romain dans 
l'nVmne Angularii fundamentum ^ dont la 
mélodie est exactement celle de rUrbs Je- 
rusalem beata^ qu'on chante aux premières 
et aux secondes vêpres ainsi qu à laudes, 
dans le rite romain. 

En ce qui concerne les quatre antiennes 
de la Vierge, inspirées par la piété la plus 
tendre, la plus naïve, en même temps que 
par le goût le plus pur, le plus délicat, trois 
ont été maintenues dans le chant de Vienne. 
Quant à la mélodie du Salve Begina^ qui 
surpasse peut-être ses trois sœurs, on ne 
conçoit pas que TarrangeurViennois ait jugéà 
propos de l'exclure sans plus de façon du ré- 
pertoire, et se soit imaginé qu'il faisait mieux 
en la remplaçant par celle a grandes préten- 
tionsque nous connaissons; mélodie étrange» 
d'une facture équivoque, tenant plus de la 
musique que du plain-chant, ne pouvant, par 
conséquent, être ramenée à aucun des modes 
autorisésdans l'Eglise, et dont Taccent singu- 
lièrement affecté, exaséré, jure d'un bout à 
laulre avec le sens général des paroles, qui 
n'expriment que d'humbles prières et de ten- 
dres supplications.Tout cela est d'un mauvais 
goût qu'une longue habitude seule peut nous 
dissimuler. C'est par des pièces de cette fa- 
çon, unanimement réprouvées de tous ceux 
qui se sont pénétrés de l'essence du chant 
liturgique, que des compositeurs ignorants, 
ou se crovant plus habiles qu'on ne l'avaii 
jamais été avant eux, ont corrompu le goût 
du plain-chant, et en ont déplorableiuent 
altéré les notions fondamentales. Nous 
reviendrons bientôt sur ces tristes ré- 
flexions. 

Que dirons-nous d*autres' pièces exclusi- 
vement romaines , telles que le Te Deum^ 
lanaïve séquence Redemptor sume camem^ 
q\ïon chante le jeudi saint à la proces- 
sion des saintes huiles; la préface des 
fonts baptismaux, du samedi saint; en- 
fin, VExsultet jam angclica turba cœlorum^ 
de la bénédiction du cierge pascal, mélodio 
céleste, sur des paroles dignes des anges, 
qu'on peut bien appeler le cnef-d'œuvre des 
chefs-d'œuvre du chant liturgique? On sait 
que ces chants, exclusivement romains, les 
metteurs en œuvre Viennois les ont con- 
servés dans leur nouvelle liturgie (327j, ei 
certes, ce ne sera pas nous qui leur en fe- 
rons un reproche. Malheureusemenr, à côté 
de ces sublimes mélodies de Tantique liturgie 
romaine, nous voyons figurer, paruntHrange 
contraste, nombre de pièces nouvelles» et 
d*hymne$ en particulier, d'un goût jdus 
qu équivoque, ou bien qui n'ont de plain- i 
chant que le nom. A part quelques pro:>e$ 
(3i8), telles que le Votis PaUr anfUiiV, de 
Noël, et quelques hymnes comme le Hue 
vos miseriy déjà cité, dont l'expression est 



(39i) Ceci élaii écrit, lorsque nous avons re- 
la que oe cbani «stl bien romain, poitqu'îl fut 
■rteitivouieiii celui de Thym ne bénédictini; de la 
Vierg» : putm gtorifica iuce rariisra«/ 



(3à7) Non , toniefMs , san» los avoir gravemeiu 
altèn;» en plusieurs endroits, ainsi que nous em 
avmiH.déjà lait la.remarquo. 

(M8) Il est i otiserver que la chant des |iro»?s 



^5 



«RE 



DICTIONNAIRE 



GRP 



m 



vraiment pieuse et dont la mélodie est pure, 
* touchante, et bien en rapport avec le sens 
. du texte et Tesprit de la fête, que remar- 
querons-nous dans les hymnes, de création 
moderne, du répertoire Viennois, si ne n*est 
<)esarrs outillants, presque toujours à trois 
temps, et cadencés do manière àdevenir par- 
"faUement ballatoires? M. Danjou a écrit 
y)uelque part, et m*a répété depuis^ que la 
plupart de ces airs n*étaient autre chose que 
des airs de vaudeville on de chansons de la 
Bégence, très en vogue à cette époque de 
fort peu dévote mémoire. 11 faut convenir 
que tout, dans leur facture, en porte le ca- 
chet. Que Ton fasse, par exemple, abstrac- 
tion pour un moment des paroles de Thympe 
des complies, Grates peracto jamdie^ pour 
ne considérer que le caractère de la mélodie 
à trois temps qu*on leur a applic^uée, et Ton 
verra combien une mélodie si légère, si 
pimpante et si gaie, se trouve dé{iaysée dans 
une église, et sur un texte qui n'exprime 
tjue des idées graves et mélancoliques. Nous 
pourrions citer bien d'autres exemples d'un 
tel contresens liturgique. Ajoutons que la 

Elupart de ces chants nouveaux ont été fa- 
riqués complètement en dehors des modes 
ecclésiasliques, si riches, si nobles, si va- 
riés, ce gui est déjà une énorme licence in- 
connue jusque le, quand même ce ne serait 
pas une absence notable de science et de 
goût. Seulement, comme il fallait, ne fût-ce 
que pour la forme, mettre au commence- 
ment de chacune de ces hymnes nouvelles, 
rindication d'un mode quelconque, c'es^ le 
5% avec bémol à la clef, qu'on a préféré, à 
l'exclusion des autres, tout en se réservant 
de le traiter comme on l'entendrait, et cela, 
•toujours pour avoir un prétexte honnête de 
composer autant de mélodies qu'on voudrait 
sur la gamme musicale moderne d'ut majeur. 
■De là la fastidieuse uniformité qui règne 
dans ces sortes de mélodies, sans parler de 
•leur caractère vulgaire et trivial. Telle a été 
Ja fâcheuse influence de l'élément privé, 
individuel, dans Tordonnance mélodique du 
rite viennois. Ce n'est point là, d'ailleurs, le 
premier exemple de cette impuissance radi- 
cale qui s'attache à toute œuvre liturgique 
qui a la prétention de faire autrement et 
mieux que TËgiise, en ne tenant nul compte 
de ses antiques traditions. L'histoire nous 
atteste cette impuissance, à toutes les épo- 
ques, et même a celles qui paraissaient de- 
voir être le plus favorables aux novateurs. 
En ce qui concerne celle qui nous occupe, 

est, dans le Viennois, le même que dans le parisien. 
G*est le 3eul emprunt, en fait de chant, que le pre- 
mier de ces rîtes modernes ait fait au second. 

(329) f I^nard Poisson, né en 1695, fut curé à 
Marchangis, au diocèse de Sens, et mourut le 
i^mars 1755. Son Traité théorique tt pratique du 

Îtain cAmiui, celui du P. Jumilhac, Bénédictin, et l« 
*rëîté hiêtorique de Tabbé Lebœuf, sont ce qu'on a 
publié eu France de meilleur sur le plain-cnant. > 
(Fétis, Biographie univerulle de$ muncieni.) 

11 ne faut pas confondre Léonard Poisson avec un 
autre préirc du même iuno, du dioe^ de Rooen, 
«|ui vécut dans la secoode moitié du xviii* siècle, 



c'est-à-dire le xvin* siècle, écoutons un té- 
moin fidèle, et aussi, un des juges les 
plus compétents, je veux dire L. Poisson, 
dans la préface de son traité dm plaiii* 
chant. 

Après avoir fait reman^uer rexceltent ac- 
cueil fait aux anciens livres de cbant com- 
posés dans les bon nés conditions lilurgiauQSi 
Poisson (^9) ajoute : « Comment est-il ar- 
rivé que les chants nouveaux aieniéprouyét 
sinon tous, du moins pour la plupart, m 
sort tout différent? C'est que les composi- 
teurs de ces chants ont pris pour la plupart 
une route tout opposée : les uns, sans ao- 
cun égard aux anciens maîtres, peat-étra 
même sans les avoir jamais connus, n'oot 
travaillé que d'après les nouveaux. Les an- 
tres, plus hardis encore et plus indépen- 
dants, n'ont cherché ni modèles ni e[uiaei» : 
ils se sont persuadé que leur sénie seul 
leur suffirait. » Et plus loin : « Il en est dn 
chant, proportion gardée, comme des on- 
vragcs d'esprit, dont, les vraies règles et h 
bon goût ne se produisent, chacun dans 
leurs espèces, que chez les auteurs qui eo 
sont regardés comme les grands maîtres, et 
ces auteurs ne se trouvent pas tous, à beao- 
coup près, parmi les modernes, il faut re- 
monter plus haut. Les derniers compositenn 
de chant s')r sont trompés: ils ont négligé les 
anciens, et il est arrivé de leur méprise, 
qu'en péchant par le principe, ils n'ont 
donné, pour la plupart, que des ouvrapi 
informes. 

« Mais ce premier défaut, quoique d^* 
considérable, n'est pas le seul. L*ignorai|ca 
du texte, celle des règles de la comuositioi, 
l'amour de la nouveauté, l'attacbemeiiti 
son goût personnel et à ses usages partica- 
liers, la précipitation, l'intérêt peut-être et 
la vanité, sont encore des inconvénients qni 
ont achevé de déûgurer lo chant et de le 
corrompre presque entièrement (330). » 

Ces considérations, que L. Poisson faisait 
vers 17S0, sur les compositions et les 000- 
positeurs de cette époque, ne sont-ellcf 
point également et même plus applicables i 
celle encore plus dégénérée oe la finda 
xviii* siècle ? Nous venons de roir, en ce 
qui concerne le chant viennois, qui est de 
ce temps, qu'il n'a quelque valeur qu*aaliiit 
qu'il suit pas à pas le Romain traditionnel; 
mais que toutes les fois qu'il s*en écarte 
(ce qui revient beaucoup trop souvent), il 
devient ou monotone, ou trivial, ou mon- 
dain, et quelquefois même excentrique dé- 

et qui est Tauteur d'un livre intitulé : Nouvelle mi* 
thodepour apprendre le plain-chant. (Rouen; iTN.) 
Le Traité théorique et pratique de Léonard Poisisa 
n'a pas été réimprime depuis longtemM, ec II ac 
devenu très-difficile de se le procurer. Cette 
dénition ajoute un nouveau oegré d*inlérél 
rieux détails que nous allons en extraire. 

(330) Traité théorique et pratique du pU^ 

appelé Grégorien. ( Chapitre préliminaire , paf. t 
et 3. ) 

Le Traité a été imprimé sans non d^avlcw» kf^ 
ris, chea LotUn, en 1750. 



GRE 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



GRE 



mtsuréiDent. Et pais, des lambeaux épars 
de pitin-chant, qui se résument en ciuelques 
pcoses, en quelques répons, pris ae droite 
et de fpauche, en des hymnes musicalisées, 
en des an tien nés substituées on ne sait pour- 
quoi am antiennes grégoriennes qui les 
▼aient bien» le tout, confondu avec des in- 
troiis, des graduels, des offertoires romains 
iplus oo moins tronc|ués; un tel assemblage 
mrmé de tant de pièces disparates réunies 
saos harmonie, sans liaison naturelle, peut- 
il tire, sinon par un abus de mots, appelé 
un corps de chant? Evidemment non. Qui- 
eanqiie aura fait sur les graduel et vespéral 
TÎennois un travail sérieux de dissection et 
d*aDaljrse comparée, tel aue nous n'avons 
im en donner ici, faute d'espace suffisant, 
qa*une analyse sommaire, aboutira forcé- 
ment à cette conclusion, qu'il n'existe pas 
de chant Viennois proprement dit. 

Je ne saurais résister au désir que j'é- 
prouve de terminer ce deuxième article 
sur le chant liturqique par quelques nou- 
velles citations tirées de la savante et ju- 
dicieuse introduction au Traité théorique et 
fniiaue du plain-chant. Nos lecteurs y ap- 
prendront des détails fort intéressants et 
trèt-peu connus sur le chant des liturgies 
modernes, et ils y trouveront la confirma- 
tion de la plupart de mes idées, touchant 
les débuts qui le déparent, ainsi que sur 
les causes oui les ont produits, et sur les 
moyens qu il faudrait prendre pour les 
éfiter désormais, ensuivant la même marche 
qu'adoptèrent les véritables réforma'teurs du 
XTU" siècle, comme le reconnaît formelle- 
ment l'auteur de l'introduction et du traité 
qui Tient après. 

c De toutes les Eglises qui ont donné des 
bréviaires nouveaux, les unes, à la vérité, se 
sont pressées davantage d'en faire com- 
poser les chants, et les autres moins; mais 
chacune d'elles aspirait à voir finir cet ou- 
vrage, k quelque prix que ce fût, et cherchait 
de toutes pans les moyens de satisfaire t'em- 
prpssement qu'elle avait de faire usage des 
nouveaux bréviaires. De là cette foule de 

Sans qui se sont offerts pour la composition 
a chant. Tout le monde a entrepris d'en 
composer et s'en est cru capable. On a vu 
jusqu'à des maîtres d'école qui n'ont pas 
craint d'entrer en lice. Parce que leur pro- 
fession les entretient dans les exercices du 
chant, et qu'en effet ils savent ordinaire- 
ment mieux chanter que les autres, ils se 
sont mêlés aussi de composer. 

« On a donc choisi, pour composer les 
chants nouveaux, ceux que l'on a crus les 
plus habiles, et l'on s'est reposé entièrement 
sur eux de l'exécution de ce grand ou- 
vrage. Une entreprise de s\ longue haleine 
demandait un temps qui lui fût proportioné, 
et on les pressait. Pour répondre à l'em- 
pressement de ceux qui les avaient choisis, 
ib ont hâté leurs travaux. Leur pièces, à 
peine sorties de leurs mains, ont été pres- 
que aussitôt chantées que composées. Tout 
a été reçu sans examen, ou après un exa- 
men très-superficiel» et ce n'a été qu'après 



l'in^^ression, sans en avoir fait l'essai, et 
qu'après les avoir autorisées par un usage 
public, qu'on s'est aperçu de leurs défauts, . 
maistrop tard, et lorsqu'il n'était plus temps 
d'y remédier. / 

V On vit alor? avec regret, ou qu'on s'était 
trompé dans le choix des compositeurs de 
chant, ou qu'on les avait trop pressés. On 
ne put se dissimuler les défauts sans nom- 
bre, et souvent grossiers , d'ouvrages qui 
naturellement devaient plaire par l'agrément 
de leur nouveauté, et qui n'avaient pas même 
ce médiocre avantage. 

« Qui pourrait tenir en effet contre des 
fautes aussi lourdes et aussi révoltantes que 
celles dont ils sont remplis pour la plupart? 
Je veux dire des fautes de quantité surtout 
dans le chant des hymnes ;'aes phrases con« 
fondues par la teneur et la liaison du chant, 
qui auraient dû être distinguées, et qui le 
sont par le chant naturel du texte ; d'autres 
mal à propos coupées ; d'autres aussi mal à 
propos suspendues; des chants absolument 
contraires à l'esprit des paroles : graves od 
les (laroles demandaient une mélodie légère; 
élevés où il aurait fallu descendre ; et tant, 
d'autres irrégulrrités presque toutes causées 
par le défaut d'attention au texte. 

« Que dire encore des expressions outrées 
ou négligées, des tons forcés, du peu de 
discernement dans le choix des modes, sans 
égard à la lettre; de l'affectation puérile de 
les arranger par nombres suivis, en mettant 
du premier mode la première antienne et le 
premier répons d'un oflice, la seconde an- 
tienne et le second répons du second mode, 
comme si tout mode était propre à toutes 
paroles et à tout sentiment? Quand cela se 
trouve sans nuire à l'exigence du texte, à la 
bonne heure 1 Affectation encore aussi dé- 
placée dans ceux qui se sont aheurtés k> 
conserver les mêmes chants dans les mêmes 
' places sans avoir pris garde si les anciens 
convenaient aux nouveaux textes, si les 
mêmes liaisons, la même ponctuation, les 
mêmes repos, la même énei^e et la même 
tournure de l'ancienne pièce pouvaient s'a- 
juster sur la nouvelle. 

« Tout cela nous fait voir que de tant de 
compositeurs de chant qui y ont travaillé» 
les uns n'en savaient pas même les premières 
règles, et que les autres ne les possédaient 
pas encore assez, bien loin d'en connaître la 
perfection. Je ne parle pas de ceux que leur 
Ignorance de la langue latine rendait abso- 
lument incapables de composer: ils auraient 
dû ne Jamais y penser; ni de ces misérables 
plagiaires qui n ont eu d'autre talent que de 
piller indifféremment de toutes parts pour 
agencer à leurs pièces et pour y coudre à 
tort et à travers tout ce qui leur est tombé 
sous la main : de tels auteurs n'en méritent 
pas le nom. » 

Plus loin, après avoir rappelé la pensée 
de saint Augustin, que le chant doit être 
comme l'flme du texte sacré, et que ce n'est 
qu'à cette condition qu'il en approuve l'u- 
sage, « afin, dit-il, d'inspirer par les oreilles 
des mouvements de piété, aux flmes plus. 



lui 



GRE 



D1CT10N.N.V1RË 



Gcr 



3W 



faibles, en les y élevant par les doux accents 
Tan chant agréable : Ut per ohlectcunenta au» 
rluni iftfirmior animus in affeetum pîetatis 
assurgat (Confess.^ )ib. x, c. 33); » Tabbô 
Poisson continue en ces termes : 

A Pour procurer un tel bien et éviter les 
défauts dont nous venons de parler, il faut 
consulter partout ce qu'il y a de meilleurs 
chants, surtout les anciens. Mais quels an- 
ciens et où les trouver? car des anciens les 
plus connus, il n*y a plus guère parmi nous 
que le Romain, avant sa reforme, et le Gal- 
lican. Il serait avantageux sans doute d*avoir 
dans leur pureté les chants anciens jusqu'au 
de\h du temps de saint Grégoire-le-Grand; 
mais où trouver 1c chant de ces siècles recu- 
lés dans sa pureté, depuis le mélange qu*y 
ont introduit les Italiens et les Gaulois, les 
uns et les autres ayant confondu Tltalien 
et le Gaulois dès lès ix*, x* et xi* siècles, 
comme Ta si judicieusement remarqué 
M. Lebeuf dans son Traité historique du 
chant de r Eglise? 

« On ne peut donc mieux se fixer pour les 
anciens qu'à ceux du siècle de Cbarlemagne 
et des deux siècles suivants. C'est dans ce 
qui nous reste des ouvrages de ce temps 
qu'on trouve les vrais principes du chant 
grégorien. Il faut les étudier et se remplir 
de leurs mélodies. 

« Plus les compositions de chant approchent 
de leur première origine, plus elles sont 
simples et presque syllabiques, surtout celles 
des antiennes, et plus leurs progrès sont 
doux, mélodieux, naturels, au lieu que les 
compositions postérieures sont surchargées 
de notes, et que leurs progrès sont durs, 
guindés, et, pour me servir de l'expression 
de M. Lebeuf, cahoteux, et par là toujours 
difficiles et désagréables. Prenez en effet 
dans Tantipbonier romain, ou dans un autre 
antiphonier antérieur au x' siècle les an- 
tiennes de Noël, de Pâques, de l'Ascension, 
de la Pentecôte, et des autres anciens oUices 
de l'année : comparez-les avec les antiennes 
iies offices postérieurs, et vous serez frappés 
des différences de composition, les premières 
étant fort simples, et les autres trop char- 
gées et trop modulées. 

« Quand donc on trouve des pièces de 
chant qui se ressemblent, en les examinant 
de près on discernera facilement les origi- 
nales de celles qui ne sont qu'imitées, à ces 
marques non équivoques. Les plus anciennes 
sont ordinairement simples, mélodieuses, 
coulantes; elles sont aussi, comme on Ta 
déjà dit, plus correctes pour fexpression et 
la liaison des paroles ; elles sont encore plus 
variées et plus diversifiées, ce qui est une 
perfection qu'on ne doit pas négliger. Tel 
eslTesprit du véritable chant grégorien. 

« Aussi a-t-il fallu enfin y revenir, et c'est 
ce qu'on a tenté de[»uis deux siècles. On a 



commencé par corriger le chant romain, que 
nous appelons le Romain moderne, et quel- 
ques églises ont suivi cet exemple*, connue 
celle de Paris. Car il est aisé de recounattre 
que tous les chants des différentes KgKse» 
viennent du Romain; qu'à peu de chose 
près, c'était partout le même chant avant les 
nouveaux bréviaires, et que les changements 
qui s'y trouvaient et qui venaient des dilM^ 
rentes mains par lesquelles ils avaient passé, 
n ont jamais altéré le fond jusqu'à le rendre 
méconnaissable. 

« Plusieurs Eglises donc, après la correc- 
tion du Romain moderne, corrigèrent aussi 
le leur. On le déchargea alors, dans la plu- 
part, de cette multitude de notes sous les- 
quelles il était comme accablé, surtout dans 
les livres graduels; il devint |)ar là plus cou- 
lant, et le texte plus intelligible. 

« C'est donc pour procurer de meilleoret 
compositions qu'on a entrepris ce traité, H 
qu'on se propose d'y instruire à fond des 
règles du plain-chant et de sa composi- 
tion. » 

L'auteur termine son préambule en dé* 
darant que le but de son ouvrage n'est pu 
de donner une nouvelle forme de chant ni 
un plan nouveau de sa comfH>sition, mais 
seulement de le ramener à celui desancienit 
de le remettre sous les yeux dans sa première 
simplicité, de rappeler les principes sur les- 
quels ces anciens se sont fondés et les règles 
qu'ils se sont prescrites ou qu'ils ont dû se 
prescrire en conséquence, c'est-à-dire de 
, oindre les règles du bon sens à celles de 
'art, et faire en sorte que le naturel qui en 
fait la beauté soit observé partout. 

Tels furent toujours et tels sont eneore 
aujourd'hui les vrais principes du cbantgiîl» 
gorien; éminemment traditionnel, il estgoo» 
verné par des règles fixes, invariables, con- 
stamment maintenues \mr l'Eglise, à TaoliH 
rite immédiate de laquelle il est soumis, 
comme tout ce qui tient à la liturgie. Mais 
l'invariabilité de ces principes ne s'oppose 
nullement à la liberté de 1 inspiration , t^ 
moins ces milliers de morceaux de cbant 
dont les siècles l'ont enrichie, et dont pis 
un ne se ressemble parfaitement. C*esl ainsi 

3ue dans le vrai plain-chant, aussi bien que 
ans l'architecture catholique, on voit l'ad- 
mirable réalisation de ce grand et fécond 
principe de toute beauté : « La variété dans 
l'unité. » 

( Voy. les articles Chant liturgiqvb ; Dé- 
chant ; Expression ; Harmonie ; Marusceits; 
Orgue; Modes ecclésiastiques; TonautA.) 
GRENAT. Couleur symbolique. Voy. Cou- 

LEURS. 

GUGUILLELMO, de Forli, de Técole bo- 
lonaise. Yoy. Musique. 

GUIDO, de Sienne. Peintre, né en iSM. 
ïoy. Peinture. 



HAR 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAM/ 



5l6t 



H 



HANDEL, né à Halle en Saxe en 168i^. Cé- 
lèbre compositeur. Yoy. Mosique. 

HARMONIE (dans la musique chrétienne). 
Doe des plus merveilleuses créations du 

Sénie chrétien dans les arts, c*est Tbarmonie 
es loix et des instruments. Ûharmonie de 
Torgue et des voix, dans nos églises, a je 
ne siis quelle expression mystérieusement 
sublime qui lui est propre. Aussi, à cause 
mèfse de ce caractère noble et mystérieux 
qui la dislingue, elle ne pouvait naître et 
retentir que dans tes temples d'une religion 
toute de mystère et de grandeur. Le culte, 
éminemment positif et sensuel du paga- 
nisme, était antipathique par sa nature à 
rharmonie, telle que nous Ventendons au- 
jourd'hui (331). Celte harmonie, qui se dé- 
rouie avec tant d*ampleur et de majesté dans 
nos basiliques, se fût trouvée à Télroit sous 
les plafonas écrasés et dans Tenceinte ordi- 
nairement fort circonscrite des temples des 
flux dieux. 

Indépendamment de ce cachet de mystère 
et de grandeur qui lui est propre, Tharmo- 
nie possède, en vertu de sa constitution 
même, un autre avantage : c'est de faire 
chanter les fidèles dans les limites naturelles 
de leurs voix , tandis que , dans les chants 
exécutés h Tunisson par des voix d'hommes, 
de femmes et d'enfants, l'oreille est désa- 
gréablement affectée par ces successions 
continuelles d'octaves, à cause delà monoto- 
Die et de la pau vretéd'effet qui en résuUe(332). 

Supposons, en effet, un faux*t>ourdon à 
trois parties (soprani, ténors et basses); 
dbacune d'elles correspondra à quelqu'une 
des trois grandes divisions du registre* de la 
voix humaine, qui consistent dans les voix 
d'eofiuits, de femmes et d'hommes. C'est 
ainsi qu'au moyen de l'harmonie sacrée, 
image ou plutôt reflet de Tharmonie trini- 
taire, céleste et universelle, chacune de ces 
trois grandes divisions des voix humaines 
ie meut naturellement dans sa sphère ; en 
sorte que, du concours de ces diverses par- 
ties organisées entre elles, naît un accord 
unique, de même que du concours de toutes 
tes parties de ce vaste univers, si admira- 
blement assorties et liées les unes aux au- 
tres pour ne former qu'un seul tout, résulte 
im accord parfait, qui chante sans fin la 

(551) Je dis avec intention : i telle que nous Ten- 

leodons aujourd'hui >, à Pétat de développement et 

de perfe«:lionnement où Ta portée le génie chrétien, 

puisque les chants à deux parties ne furent pas in- 

connus des Grecs, ainsi que le prouve la première 

Pylhique de Pindare, découverte par le P. Ifoscher, 

dans un couvent de la Sicile, et traduite dernière- 

ttmtti par M. Vincent, de flnstitul, dans laquelle on 

remaroue un chœur à deux voix réelles, entremêlé 

de quelques consonnantes d*oclaves. Voy. Etudes 

êur ia restauration dm chant grégorien, par M. Théo- 

^ dore Nisard. Toutefois, les Grecs pratiquèrent peu 

* ^'harmonie, même bornée à ces simples éléments. 

(55i) Cet inconvénient cesse d*exister, ou. du 



gloire de Dieu et les œuvres merveilleuses 
de ses mains (333). C*est ainsi que dans 
rharmonie des chants de TEglise, comme 
dans la [structure de ses temples, comme 
dans tous les ouvrages de la création , nous 
voyons toujours se réaliser cette condition 
souveraine du beau : V unité dan$ ta va- 
riété. 

Que rharmonie, telle que nous Tenten- 
dons aujourd'hui, en la définissant : la 
science et la pratique de$ combinaisons 
simultanées des sons , soit d'une origine 
toute chrétienne; que cette harmonie, de 
rude et de grossière qu'elle était dans le 
principe, soit devenue peu à peu conson- 
nante et ait obtenu, dès le xiu* siècle, mais 
avec un succès plus décidé encore dans le 
XIV*, un perfectionnement remarcfuable, une 
constitution régulière et parfaitement en 
rapport avec les convenances du service di- 
vin : ce sont deux points, selon nous, incon- 
testables, et que nous allons. traiter succes- 
sivement avec toute la clarté et brièveté 
qu'il nous sera possible d'y apporter. 

A partir du x.v* siècle^ les critiques, les 
savants, les antiquaires musiciens, furent 
très-partaçés sur la question de savoir si les 
Grecs avaient connu notre harmonie. Gaffo- 
rio (Franchini), Zarlin^ Doni,^Meibomius» 
Isaac Vossius, William Temple, etc., ont 
été pour radirmative ; Glaréan, Keppler, 
Mersenne, Kircher, Malcolm, Charles et 
Claude Perrault, Burette, Martini, Marpurff, 
Forkel et plusieurs autres, ont été pour Ta 
négative. Ce qu'il y a de certain, c*est qu*/iu- 
cun des auteurs srecs qui nous sont parve- 
nus ne parle de 1 narmonie dans le sens que 
nous lui donnons : ce mot désigne, dans 
leurs écrits, comme il désignait en général 
chez les Grecs, le parfait accord de diverses 
parties formant un tout , et spécialement^Ia 
succession mélodieuse des sons, ou laïuié-^ 
lodie. C'est dans ce sens qu'il faut .entendre 
le titre même des traités grecs, tels que ce- 
lui d'Aristoxène, qui a pour titre : Prin-^ 
cipes d'harmonie; le traité de Nicomaque, 
intitulé : Manuel de l'harmonie; ainsi des 
autres. Rien n'indique.^ dans ces auteurs, 

Î|ue rharmonie telle qu'ils l'entendaient ne 
ût autre chose que la science et la pratique 
de la succession des sons, que nous appe- 

du moins, il esc bien diminué, lorsque la puissante 
harmonie de Torgue vient accompagner ces chants 
à Tunisson, comme cela se pratique en Allemagne, 
et principalement dans les caihédrales de Nayence 
et de Francfort-siir-le-Mein, où j*ai.pu apprécier le 
bel effet de ces chants exécutés par tous les fidèles 
et constammenl accompagnés de Torgue. 

(333) Cœli enarrant gloriam Dei, et opéra wanuum 
ejusannuntiant firmamentum. (PsaL xviii.) L'harmo- 
nie universelle de Pythngore n'était donc pas une uto- 
pie ; les anciens, suivis en cela par les auteurs des 
J premiers siècles du moyen âge, avaient raison de 
aire le mot m u^igtte synonyme de beauté, d*ordre, 
d*harmonie, dans le sens absolu. 



^H 



HAR 



DICTIONNAIRE 



UAR 



311 



Ions mélodie f avec les nolions diverses de 
mode, d'octave, d'intervalle, qui s*y rat- 
tachent. Tout prouve, au contraire, qu'ils 
ne chantaient et ne jouaient qu'à l'unisson 
et à l'octave. Aristote le dit positivement 
<lans ses Problèmes, sec. 19, n" 18. Aristide 
Qu4ntilien, qui vivait sous le siècle d'Au- 
guste, est auteur d'un traité complet de mu- 
sique, divisé en sept livres, dans lequel il 
n'est nullement fait mention de notre har- 
monie. Il est vrai que certains auteurs, tels 
que Platon (dans son Banquet)^ Cicéron, Se- 
nèque et plusieurs autres, parlent de la divi- 
sion des voix eu graves, moyennes et aiguës ; 
mais nulle part on ne voit dans leurs ou- 
Trases l'indice de ces combinaisons simul- 
tanées des voix ou des sons, qui constituent 
l'harmonie proprement dite des nations mo- 
dernes. Sans doute, ils ont pratiqué des ac- 
cords de tierces et de sixtes, ainsi que l'ont 
prouvé de graves auteurs ; mais il faut con- 
venir que cette harmonie est fort pauvre, 
comparativement à la perfection que devait 
atteindre la nôtre. D'autres auteurs assu- 
rent, d'après un passage de Plutarque, cité 
par Burette (33i!i:), qu'à la fin du i*' siècle de 
notre ère , les Grecs commençaient à prati- 
quer une sorte d'harmonie grossière, appe- 
lée plus tard diaphonie, et qui consiste dans 
l'emploi simultané de l'octave, de la quarte 
et de Ja quinte. Quoiqu*il en soit, le pre- 
mier auteur connu qui ait parlé d'une ma- 
nière précise et explicite de Tharmonie, 
c'est le célèbre Isidore de Séville, qui vi- 
vait aux yi* et vu* siècles, et (jui fut, par 
conséquent, contemporain de baint Grégoire 
le Grand. Que cet illustre évèque ait puisé 
les notions qu'il nous donne de l'harmonie 
dans les traditions des Visigoths d'Espagne 
ou ailleurs, c'est une question que nous 
n'entreprendrons pas de débattre ; ce qu'il 
nous itn porte de constater, c'est que le pre- 
mier auteur qui nous ait révélé les rudi- 
ments de l'harmonie est un prélat des plus 
distingués dans l'Eglise, et contemporain 
du pape qui donna son nom au chant litur-^ 
gique (335). Voici quelques-uns des princi- 
paux passages que nous trouvons dans les 
œuvres de saint Isidore, si érudit et si uni- 

{ZZA) Dans sa dissertation sur la svmphonie des 
anciens, insérée dans les Mémoires de. (Académie^ 
det Inscriptions et BeHes^Leitres, tome IV, pag.llG* 
431. 

(53$) Celte coïncidence est remarquable. Dans son 
ouvrage déjà cité (pag.;33-34). M. T. Nisard éublit, 
d*aprèa un passage de Gui dWrezzo • que la dia^ 
phonie était déjà connue du teni()s de saint Gré- 
goire, et que ce Pape remplit les mélodies du plain- 
chant de certaines notes qu*il affectionnait, parce 
<]u*elles étaient plus favorables que les autres à 
remploi du contre -point. 

(336) (iC huitième concile de Tol^e, tenu en 
653, quatorze ans après sa mort, rappelle t le 
docteur excellent, la gloire de TE^lise catholique, 
le plus savant hommç qui eût paru pour éclairer les 
derniers siècles, et dont on ne doit prononcer le 
liom qu'avec respect, i 

(337) Concordoiitàu pluritnorum sonorum vel coap*. 

(558) ^yntfhonia e^i m^}d^^atioms tcmferamentum 



yersel pour le temps où il écrivait (8S6). 
. Dans son ouvrage des Etymologies (livre 
III, chap. 20), il déGnit TnarmoDie : c La 
concordance ou cohésion de plusieurs smis 
différents entendus à la fois (337). » Après 
cette définition générale, il passe aux deux 
importantes distinctions admises, encore de 
nos jours, entre l'harmonie con'sonnante, 
qu'il appelle symphonie ^ et l'harmonie dis- 
sonnante, à laquelle il donne le nom qu'elle 
a conservé longtemps après lui, de dtqika- 
nie. Voici ses propres expressions : « La sym- 
phonie est une certaine combinaison de sont 
concordants du grave à l'aigu, soit dans les 
YOix , soit dans les instruments (338) > « Ed 
effet, c'est par elle que les sons les plus ai- 
gus et les plus graves s'accordent entre eoi« 
de telle sorte que tout son qui fera disson- 
nance avec eux offensera le sens de Toule 
(339). » Voilà pour l'harmonie consoniianle;. 
voyons ce quil dit de l'harmonie disson- 
nante : « A Topposé de cette symphonie (dOBl 
nous venons de parler) est la diaphonie, qui 
se compose de voix discordantes ou qui ois- 
sonnent (340). » Quels genres d'accords en- 
traient-ils dans cette harmonie dissonnaslef 
ce ne pouvaient être que des secondes altin^ 
nant avec des quartes , ou des quartes avae 
des quintes. 

L'harmonie, ainsi définie par Isidore ds 
Séville, resta stationnaire jusqu'à HucbaM, 
moine de Saint-Amand (ancien diocèse de 
Tournay, département du Nord), qui écri- 
vait au commencement du x* siècle. Ceil 
dans son important traité, intitulé JAufii 
Enchiriadis et divisé en dix-neuf chapitraii 
(lue nous trouvons, avec des exem|rf6t^k 
1 appui, une exposition didactique de IluiP- 
monie. L'harmonie est désignée, de soi 
temps, par le nom général d'orafemiiiii« k 
cause de sa ressemblance avec celle de I*or^ 
gue, dont les notes étaient déjà disposées 
de manière que chaque toucher faisait résoB* 
ner à la fois deux tuyaux, dont l'un sonnail 
la quinte et Tautre Toctave , avec une égals 
force. C'est à cette disposition des orgM 
anciennes, dont il subsiste encore de eo- 
rieux vestiges dans ]esjeux de mutati^m (Ikl) 
de nos orgues modernes, que fait sans éafM 



ex gravi et acuto concordantibus sonii , sipe im 
sive in flatu, sive in pulsu. On pense que dans cette 
définition de la symphonie, qui semble avoir M 
copiée, mot pour moi, de celle qu'en avait doMie 
Cassiodore, il s*agit d'une succession d*iuiiiSOBS«a 
d'octaves. 

(339) Per hancquippe^ voces acuîiore9 
concordant^ ita ut quisquis ab ea dissonueritf 
aiiditus offendat. 

(340) Cujus contraria est dtop/lonla, kf atf 
discrepantes vei dissones. Dans ses Epùqme$ €»• 
ractéristiqtus de la musique d'Ealite ( art. f \t 
M. Fétis estime, d*après des considérations q|ui nsii 
paraissent fondées en raison, que reipressaoB H^ 
crêpantes doit s'entendre ici, comme ches les autm 
auteurs du moyen âge, dans le sens de voix Hth 
rentes, séparées^ et non discordantes. 

(341) On entend par jeux de muimîws kê 
registres de Torgue, tels que le cornet, le musfd, 
la cymbale^ la fourniture, dont les tuyaux aeSMl 
^)oial accordées au disii)a;»on des jeux' de foQds,eV 



HAR 



D'ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



5U 



«liusion Jean Cottoo» écrivain de la fin du 
xu^ siècle, dans le passage suivant, où il 
explioue f dans le sens que nous venons de 
dire, fe mot arganum appliqué à l'harmonie 
des TOix. « Ce mode de chant, dit-il, est an- 
pelé vulgairement organum^ parce que le 
eliant , lorsqu'il dissonne selon les règles , 
imite l'effet de l'instrument que nous appe- 
lOQS orgue. » Qui canendi modus vulgariter 
$rgamim dicUur.'eo quod vox humana dis- 
êMam iimilUudinem exprimat inslrumenti 
fuod organum vocatur fc. 22). Dès le cha- 
pitre 2 dfe son ouvrage, Hucbald donne une 
définition de l'harmonie , exactement sem- 
blable à celle d'Isidore de Séville. 

« Mais, » ajoute-t-il au chapitre 10, « ces 
voix, de la réunion desquelles résulte l'har- 
monie, ne se marient pas toutes les unes 
aux autres avec une égale douceur et elles 
ne deviennent point concordantes par quel- 
que espèce de mélange que ce soit. Car, 
si Ton mêle confusément des lettres entre 
elles, il n'en résultera pas toujours des mots 
eldes syllabes; de même, dans la musique, 
il existe de certains intervalles qui seuls 

Smvent produire une véritable symphonie. 
r, la symphonie est le doux accord de 
fdusieurs voix différentes qui s'unissent 
ensemble. » Est autem symphonia vocum 
éiêparium inter sejunctarum aulcis eoncen^ 
iuê (c. 10). Suivent divers exemples de la 
symphonie, qui n'est plus, comme au temps 
de saint Isidore, une succession d'unissons 
ou d*octaves, mais une série non interrom- 
pue de quintes. A cette série se mêlait 
quelquefois le chant redoublé à l'octave su- 
périeure, faisant ainsi quarte avec la quinte 
inlérieure, ce qui donnait une harmonie à 
trois voix formant une marche ascendante 
et descendante de quinte, de quarte et d'oc- 
tave. Au chapitre 2 et suivant, intitulé : 
Quomodo et simplicibus tymphoniis aliœ cot^ 
pommiurf il donne sur la diaphonie à trois 
Toix, la quarte, la quinte et l'octave, des 
règles et îles exemples qu'il poursuit dans 
les chapitres qui suivent et d'où il résulte 
que, conformément à la constitution des 
«oodes du plain-chant que nous exposons 
en son lieu, l'emploi de la symphonie ou 
harmonie de la quinte était réservé aux 
Ions authentiques, et celui de la quarte ou 
diaphonie aux tons plagaux. Sans doute, 

Mi aenneat ou la tierce, ou la quarte ou la quinte 
ie ee«x-ci. Lorsque ces jeux de muiaiionsontuiélés 
k tous les jeux (qui sout les plus graves et les plus 
é9m\ de I instrument et tous au môme diapason), 
il eo résulte ce que Ton appelle le pletn jeu; 
mais alors le son des Jeux de mutation se confond 
lelleneDt avec celui des jeux de fonds, qu*ils pa- 
raîaseni être accordés au même diapason, et qu*il 
ne reste plus de la dissonnance réelle des premiers 
qa*iui certain siflleroent aigu qui relève Peflét des 
jen de fonds par un caractère rustique, qui ne 
déplati poini à Toreille, tout en lui rappelant les 
ruoes éiéments de cette harmonie primitive, qui fut 
appelée successivement organum, diaphonie et dé- 

(M) Il n*j a donc nullement lieu ^e s'étonner 
qvedabt des 'manuscrits des x*, xi* et xii* siècles 
ee ail Uoavé des psaumes oo autres (liéces de 



ces accords de quintes de quartes et d'oc- 
taves, envisagés chacun à part et isolément 
de ceux qui précèdent ou qui viennent 
après, offrent une harmonie fileine, quoique 
rude; mais c'est la succession de ces ac- 
cords qui nous paraîtrait aujourd'hui into- 
lérable à cause ae leur marche dure et sac- 
cadée, à cause des fausses relations dont 
elle est semée (3^2). Néanmoins, il ne fau- 
drait pas pour .cela qualifier de barbare le 
{;oût de nos ancêtres, dont les oreilles 
inexercées trouvaient stuLves et Aarmo- 
nieux ces accords de leur symphonie et 
de leur diaphonie, quand on songe que, 
de nos jours, il n'est pas rare d'entendre 
dans nos églises des voix isolées accompa- 
gner naturellement le plain-chant par des 
intervalles successifs de quintes ou de 
quartes, et que même, dans la musique 
très-compliquée, d'ailleurs, de certains 
peuples fort civilisés, comme les Orientaux, 
par exemple, on pratique fréquemment des 
intervalles encore plus durs et plus insup- 
portables à nos oreilles européennes. Bien 
plus, nos célèbres compositeurs dramati- 
ques, poussés par la manie de se distinguer 
comme savants harmotiistes, ont tellement, 
dans ces derniers temps, exagéré l'emploi 
des accords dissonnants et altérés, des mo- 
dulations étranges et heurtées, des caden- 
ces rompues, etc„ qnue leur musique nous 
rappelle dans plus d'un endroit la rudesse, 
la dureté, la marche brisée de l'ancienne 
diaphonie dont nous nous occupons actuel* 
lement ; tant il est vrai qne les extrêmes se 
touchent , et que , dans la pratique des 
beaux-arts comme en fait de mœurs, il n'y 
a souvent qu'un point entre la barbarie et 
l'excessive civilisation. Mais revenons à 
Hucbald. Dans la série de ses exemples, on 
voit déjà apparaître le germe des améliora- 
tions qui devaient adoucir et varier en 
même temps, en la rendant plus régulière, 
la marche de la symphonie et de la dia- 
phonie, telles que nous venons de les étu- 
dier : nous voulons parler de l'unû^on, par 
où devait commencer et finir tout organum; 
du mouvement oblique et contraire des par- 
ties; de l'emploi de la dissonnanee de se- 
conde , comme note de passage, et de la 
consonnance de tierce, sur laquelle la se- 
conde fait un repos (343)* Ces améliorations 

faux bourdon, dont lliarmonie présente cette ru- 
desses cette irrégularité delà diaphonie de Tépoque; 
ce serait le contraire qui devrait nous surprendre. 
Ce u*est qu*à pariir du xui' siècle, comme nous 
l'allons voir, que se développe ceUe harmonie 
consonnante, qui fut, dès lors, ce qu^elle n'a cessé 
d*étre, riiarmouie par excellence du chaut liturgique. 
Les abiTrations de quelques compositeurs, <iui plus 
tard ont poussé jusqu*ii Textravagance Tabus des 
omemenlft mélodiques et les ariillces du contre • 
po lit fieurû ont été condamnées par FEglise et 
par le bon goût. Il en Tant dire aulani delà plupart 
de ces compositions modernes, soi-disant reliffieuses, 
qui ne dilfèreiit en rien de la musique aopéra. 
Nous reviendrons sur ces divers poinu. 

(545) On voii dans le Traité d'Hiichaid un exempki 
de CCS modiikations apportées à Vorganum. C*estlfi 
chant à deux parties d'une hymne commençanl 



sn 



UAR 



mtTïONAlIlE 



UAR 



3ie 



dans rharmonie, adoptées et développées 
par Gui d*Arezzo [JUicrologue^ chap. 18, 
19), par Jean Cotton, cité plus haut, et sur- 
tout par Francon de Cologne, dont nous al- 
lons dire un mot, avaient flni, dès la se- 
conde moitié du xi* siècle, par faire dispa- 
niltre ou rendre moins fréquente la gros- 
sière harmonie de Vorganumj composée, 
ainsi que nous Tavons vu, de suites de 
quintes ou de suites de quartes, selon la 
nature du mode ecclésiastique auquel elle 
était adaptée ; aussi, à cette époque, la dé- 
nomination d'organum cessa avec l'harmo- 
nie qu'elle servait à désigner. Ce fut Fran- 
con de Cologne, professeur de musique à 
Liège en 1084 et inventeur du contre-point 
liguré (3H), qui, dans le xi* livre de sou 
important traité intitulé : Ars cantus men- 
êxtrabiliSf substitua au mot organum le nom 
plus doux de discantus, qu*on a mal traduit 
par déchanty puisque ce mot semblerait si- 
gnifier déchanter ou mal chanter^ tandis 
eue le véritable sens du mot discantus est 
aouble chant, ou mieux encore chants sépa-- 
réi, distincts, qu*on entend à la fois; ce 
qui s'applique aux diverse parties dont se 
I compose 1 harmonie ou le contre -point. 
C'est-ce qui résulte même d*un passage 
du chapitre déjà cité et intitulé : De dis- 
cantu et ejus speciebus, dans lequel Fran- 
con dit positivement qu'il y a concordance 
dans le déchant, quand deux voix ou plu- 
sieurs peuvent être entendues ensemble et 
Ëlaire h Toreille d'une manière continue, 
ans cette classe il range l'unisson et l'oc- 
tave comme consonnances parfaites; les 
tierces majeure et mineure comme conson- 
nances imparfaites; la quinte et la quarto 
comme consonnnaces mixtes, etc. 11 donne 
ensuite des règles sur la composition à trois 
voix, qu'il appelle triplum, du nom de la 
troisième partie qui avait été ajoutée aux 
deux autres du déchant primitif. Ces trois 
YOix sont ainsi classées : le ténor (345), ou 
chant; le discantus, ou voix qui accompagne 
le chant; le triplum, autre voix d'accompa- 
gnement superposée aux deux autres. Il 
trace des préceptes curieux sur la marche 
et les divers mouvements de ces trois par- 
ties, qui ne doivent pas monter et descen- 
dre en même temps ; il veut qu'on y mêle 
quelques dissonnances parmi les conson- 

ainsi : Te Ifumiles [amuli modulis, que M. Fëtis a 
traduit en nolaiion ordinaire dans le premier article 
de ses Epoques caractéristiques de la musique d'église, 
publiées, en 1847, dans la Revue de M. Daiijou. 
Toutefois, on vit encoi*c, longtemps après, des 
successions de quartes et de quintes, unt Thabitude 
en ciau enracinée chez les compositeurs. 

(344) Le mol contre-point, «lans son acception 
générale, vient de Tusage qui s'introduisit, à Fépoque 
uii la musique à plusieurs voix reçut son perfec- 
liouncment, d'ajouter, quand on voulait harmoniser 
une mélodie, aux points qui servaient déjà à noter 
cette mélodie, d*autrcs points, Tun sur l'autre ou 
Tun contre Tautre, qui représcniaient les parties 
d'harmonie ; d'où le moi contre-point, Quand 
les notes ou points étaient d'égale valeur, c'était le 
contre-|Mnnt simple ou égal; quand les notes étaient 
d'inégale valeur^ comme ou en remarque des 



nances. t. est ainsi que les principales con-' 
ditions d'une bonne et correcte barmooie 
se trouvent en germe dans un traité qui 
date de la fm du xi* siècle. Toutefois, Tab- 
sence, ou du moins la rareté des morceaux 
à trois parties dans les manuscrits qui re- 
montent au delà du xiii* siècle, peut nous 
faire supposer que les règl3S tracées par 
Francon se réduisaient plutôt à la théorie 
qu'à la pratique. Sans doute, Thabitude 
très-ancienne d*improviser à Téglise, sur 
un plain-chant donné, des accords de quinte, 
de quarte, habitude qui s*est perpétuée 
presque jusqu*à nos jours, avec quelques 
améliorations, sous le nom de « chant sur . 
le livre, » explique jusqu'à un certain 
point Texccssive rai été des morceaux écrits 
en parties avant le xm* siècle; mais il n'est 
guère probable que si l'harmonie, plus com- 
pliquée que la simple diaphonie, ciont il est 
question dans le traité de Francon, eût été 
pratiquée à Tégal de cette dernière, ki 
compositeurs n'eussent pris soin de récrin 
avec toutes ses parties distinctes^, à raison 
de la plus grande difliculté d'exécution 
qu'elle présentait. Quoi qu'il en soit, à 
partir de cette seconde moitié du xi* siède 
jusqu'au xni*, l'harmonie no fit pas dèi 
progrès fort sensibles; le xir siècle Inî- 
même, si fécond en mélodies litumqaeSi 
ne fut pas aussi remarquable sous le rap- 
port des compositions harmoniques, soit I 
cause des préoccupations des croisades, soit 
par suite du perfectionnement qui se nu- 
nifesta à cette époque dans les poésies en 
langue vulgaire et dans la musique qaij 
était adai)tee. 

C'était au xm* siècle qu'était réseni 
l'honneur d'être le point de départ de celll 
harmonie consonnante, pleine, réguHèi% 
qui retentit pour la première fois en finur 
bourdons sonores et majestueux dans te 
immenses et magnifiauos nefs ogivales qai 
venaient à peine d'être érigées sur noUe 
sol. Cette harmonie (et il y a longtenns 
que j'en ait fait la remarque) est la senk 
religieuse, dans la stricte acception du mol; 
la seule parfaitement appropriée et aux oon^ 
ditions liturgiques du culte divin, et anxoon^ 
ditions architecturales de nos grands nb* 
seaux d'églises (34^6). Ceci est une vérM^ 
autant de sentiment que de raisonnemorfl 



exemples depuis Francon, le contre-point 8*aj 
inégal ou figuré, 

(^5) Depuis Francon de Cologne, ce mol 
aux voix d'tiommes et de jeunes «eus, les pins H 
et les plus communes, a signiiie la parUe qni lri^ 
qui tient le chant, comme cela a lieu, jMir 
dans li's faux-bourdons. On confie* dans 
monies de chants d'église, la partie de 



ténor aux voix moyennes d'hommes, tandis «ttli 
dessus est réserve aux voies de femnies%ld*cnMlik 
appelés, pour celte raison, soprani, et la 
voix d'honnnes, les plus graves. 

(546) Qtfil me soit permis de citer, è Ta^. 
ces deux considérations, quelques passafCi éi 
divers articles insérés par moi« en 1815, émi 
VUnion des Provinces et dans la Renie de flMdBl 
catholique de Lyon : -— < Nous savons 



Sli 



HAR' 



DESTHETIUUE CHRETIENNE. 



HAR 



^9 



Il ne but pas être ôtre, en effet, grantf rou- 
sîciea pour comprendre qu*un Magnijktft^ 
par exemple, chanté en faux-bourdon par 
' une masse imposante de voix avec accom- 
^^ pagnement d*orgue et même de cloches, a 
' qoeloue chose de simple et de grandiose 
tout a la fois, qu'on chercherait vainement 
dans Tharmonie ordinairement si passion- 
née, si tourmentée, des chœurs dramati- 
ques et de toutes les messes ou autres com- 
positions musir^les qui ont été écrites en 
style d*opéra. C*est ainsi que l'harmonie 
coiisonnante , inaugurée pendant le plus 
beau siècle de Tart catholique, jouit de ce 
privilège qu'elle tient le milieu entre les 
deux extrêmes, en s'éloignant autant de la 
rudesse primitive de la diaphonie que des 
eomplications apportées plus tard et de bien 
des manières à la science des accords. Ne 

Cmvaot ici entrer dans plus de détails, par 
crainte de rebuter plusieurs de mes lec- 
teurs, je me bornerai à citer quelques-uns 
des principaux passages et exemples (]u*on 
trouve dans les auteurs qui ont traité de 
rbarmonie des chants d église au xiii* 
riècle. 

Le premier de ces auteurs, par ordre de 
date, est Walther Odingtun, bénédictin du 
monastère d'Evesham, en Angleterre, qui, 
y^fs 1217, selon M. Fétis (voir son article 
àBDSÏai Biographie universelle des musiciens) y 
composa un traité de musique sous le titre : 
Ih specuUuiane musieœ^ divisé en six par- 
lies. Dans ce traité il parle, entre autres 
choses intéressantes, des consonnances et 
des dissonnances, et des qualités harmoni- 
ques des intervalles. On y trouve aussi les 
proportions arithmétiques et harmoniques 
des longueurs des cordes, des tuyaux d'or- 
gues el des cloches. 

Le second est Jean de Moravie, domini- 
cais^qui vivait vers le milieu du xiii* siè- 
ele, dans la rue Saint-Jacques, à Paris, où 
il a publié l'ouvrage intitulé : Tractatus de 
comtriUUus, divisé en vingt-huit cha- 



fitres, et dont le vingt-sixième est consacré 
l'exposition des règles de l'harmonie. Le 
troisième est Marchetto de Padoue, ainsi 
surnommé à cause du lieu de sa naissance. 
Il vivait dans la seconde moitié du xiii* 
siècle. Son principal ouvrage est la Luci-^ï 
darium in arie musicœ planœ^ divisé enr* 
seize livres, dans lequel on trouve plusieurs 
choses dont ses prédécesseurs n'ont pas fiait 
mention. 11 y est dit, par exemple, que les 
dissonnances doivent toujours se résoudre 
en consonnances, et qu*on ne doit Jamais 
faire succéder immédiatement deux disson- 
nances. a Le lucidaire est surtout remar- 
Suable, dit M. Fétis, par les exemples (3^7) 
'harmonie chromatique qu'il renferme dans 
les deuxième, cinquième et huitième trai- 
tés (ou livres). Les successions harmoni- 
Îues, présentées dans ces exemples, sont 
es hardiesses prodigieuses pour le temps 
où elles ont été imaginées. Elles semblaient 
devoir créer immédiatement une nouvelle 
tonalité; mais, trop prématurées, elles no 
furent point comprises des musiciens, et 
elles restèrent sans signification jusqu'à la 
fin du XVI* siècle. » Cette réflexion est 
pleine de justesse. Toujours on a vu, eu 
effet, des hommes de génie ou d'une saga- 
cité peu commune dépasser leurs contem- 
porains dans Quelque branche des sciences 
ou des arts. Qui croirait, par exemple, si 
des documents irrécusables n'étaient là pour 
nous l'aUester, que le chant du « Lauda. 
Sion » remonte au xu* siècle et peut-être 

Kl us haut? On chercherait vainement parmi 
)s nombreuses séquences de ce xu* siècle, 
le plus riche d'ailleurs en compositions mé- 
lodiques, quelque chose d'analogue à ce 
chant si beau et si étrange tout à la fois da 
Lauda Sion^ dans lequel à la grave tonalité 
grégorienne vient s'unir un genre d'ex- 
pression mélodique qui, par ses allures 
hardies, nettement accusées, fait pressentir 
l'expression dramatique de la tonalité mo- 
derne. Mais de telles particularités, et il 



conposîtîoBS dramatiques dont la mélodie 
iraiiiante et rbarmoDie, aussi riche que variée, 
oot si souvent ravis, transportés ; mais les 
s du contre-point ecclésiasiioue ont, selon 
iBoi, quelque chose de plus mâle, de plus mysté- 
rie«x« qai vous saisit juiiqu^au fond de 1 àme et vous 
péfeèlre de Joie et de respect, surtout lorsque Tae- 
cMBpagneoieni de Toraue vient mêler sa religieuse 
iMnoonie à celle des divins concerts. C*est ce que 
J^ éprouvé DêDdanl la grand*messe que je viens 
4'cBlâidfe à Saint-Jean (cathédrale. de Lyon). Je suis 
caeore sous le charme de cette inexprimable har- 
tnie produite par le mélange d*un grand nombre 
de voix d'enfsnls de chœur, de ténors et de basses, 
qui font retentir Tanlique basilique d^accenls 
i«sqee-4ii Ibcodbos dans son enceinte. Ce chant, 
ÎBSi exécuté, me parait être Tapotée du genre. En 
" ' , ancré dans la tonalité du plain-chant, qui lui 
de base inébranlable, il est à jamais préservé 
écarts si difficiles à éviter dans le système mu- 
sical moderne, etc. Parmi ces écarts, le plus grave 
eu «M harmonie irop compliquée, trop chargée de 
duaimattces. Une telle harmonie, excellente pour 
rsprimer sur la scène lyrique les mouvements variés 
d Its cojilrastfïk de» passions humaines, est, par 



eela même, déplacée à Téglise, dont la liturgie esl 
ordinairement calme, sévère et majestueuse. D'uiv 
autre côté, les règles de Tacoustique nous ap- 
prennent que le son de la voix et des instruments 
se propage avec lenteur dans les édifices. Une 
harmonie pleine, consonnante, ou tout au moins 
peu chargée de modulations difficiles, convient donc 
mieux à nos ^lises qu*une suite rapide d'accords 
dissonants, qui, n'ayant pas le temps de se dévelop- 
lopper distinctement sous leurs voûtes élevées,. 
n*arriventà nos oreilles que comme un bruit confus, 
désagréable, et plus digne du nom de charivari que 
de celui de concert sacré. Mais la manie de Veflet^ 
ce désir de se distinguer des autres à tout prix, qui 
est le cachet de notre nation, nous fait passer par^ 
dessus les r^les de la raison et du bon sens. On 
veut se donner la réputation de savant harmoniste, 
et, pour y parvenir, on aime mieux déchirer le « 
oreilles du public par des accords excentriques, que 
de se coufornicr aux exigences du sujet que Ton 
traite et du lieu nou** lequel on travaille, » etc. 

{HT) On peut voir plusieurs de ces curieux 
exemple» dans V Encychpédu: de MM. Choron H 
l^ragc, liv. \i. 



919 



HAE 



DICTIONNAIRE 



HAR 



serait facile d*en citer un assez grand nom- 
bre, ne sont que des exceptions qu'on ne 
saurait alléguer comme preuves indicatives 
de Tétat où se trouvait une science ou un 
art quelconque à J*époque où elles se sont 
manifestées. 

Parmi les auteurs didactiques du xiii* 
siècle, qui ont écrit sur l*l)armonie, le plus 
remarquable, sans contredit, est Philippe 
de Vitry, évèque de Meaux, auteur de deux 
ouvrages importants : Tun, à la bibliothèque 
impériale, est intitulé: Ars compositionis de 
motetiê; Tautre, sous le titre : Ars contra- 
puncii, est à la bibliothèque du Vatican. 
Dans ce dernier ouvrage, Tauteur expose 
avec lucidité les règles fondamen^les du 
contre-point ecclésiastiaue , règles' aussi 
simples dans leur énoncé que fécondes en 
beaux effets dans leur application à Torgue 
et au plain-chant harmonisé. Malgré les 
abus de toutes sortes qui, à partir de l'é- 
poque dont nous nous occupons, jusqu'à 
nos.jours, se sont glissés trop souvent dans 
cette harmonisation de chant d'église, les 
règles du contre-point, formulées par Phi- 
lippe de Vitry, et développées dans le siè- 
cle suivant par Jean de Mûris et autres au- 
teurs, n*ont cessé d'être enseignées dans 
les grandes écoles et d'être pratiquées par 
tous les compositeurs qui étaient à même 
d'apprécier la tonat.ité du plain-chant' sur 
laquelle elles reposent, et qu'elles seules 
peuvent maintenir intactes (3ik8). II en ré- 
sulte que cette harmonie, ainsi basée sur 
la constitution même du plain-cbant, est 
l'harmonie propre, normale, des chants d*é- 
glise ; qu'elle est, par conséauent, à Tabri 
de toutes les variations si fréquentes dans 
le goût des compositeurs et des auditeurs. 

(348) 1* Tout contre-point doit commencer et (V- 
nir par les consounanccs parfaites : funisson, la 
quinte et roctave; 2* on ne peut faire deux con- 
sonnances parfaites de suite ; 3"* quand le chant 
monte, la partie d'accompagnement ou de cbaiit 
doit descendre, et quand léchant descend, elle doit 
monter : c'est ce qu'on nomuie le mouve,nettt con- 
traire ; 4* on ne peut jamais faire descendre si con- 
tre fa, à cause de la dureté de cet intervalle appelé 
trt/o»i, parce qu'il comprend trois ions pleins; 5" 
on ne doit jamais faire suivre par un mouvement 
semblab'e deux consonnances parfaites, c'est-à-dire 
deux quintes, deux unissons et deux octaves. — 
Ces rèj^ies, bien loin d'être arbitraires, reposent sur 
des principes eertains qui dérivent de la constitu- 
tion même du plain-cbant, telle que nous l'avons 
amplement exposé<>) en son lieu, non moins que des 
exigences de Toreille et du genre d'expression que 
réclame le texte liturgique cbanté en contre-point. 
C'est ce qu'il nous serait facile d établir pour cha- 
cune d'elles, si l'espace nous le permettait. Nous 
nous contenterons de reproduire un important pas- 
sage du même traité, dans lequel Philippe de Vitry, 
«nprès avoir tracé les règles que nous venons de voir, 
déduit les consonnances parfaites et imparfaites et 
Ips dissonances, qui ne doivent point entrer dans le 
coiitre-pomt proprement dit de notes contre notes, 
mais seulement dans le contre-point figuré (fracli" 
bUi). Voici ce pa»sa^« : htarum autem ipecierum 
(les treize intervalles de la gamme dont l'auteur 
vient de parlfT) trei iunt per(ectœ : ëciiicet unifo- 
uui; (iuip€,ile, ado nomine quinta; et rfropafon, alio 



Une chose digne de remarque, c'est que le 
contre-point ecclésiastique, pratiqué selon 
les règles, non-seulement rehausse l'ei- 

f)ression du plain-chant, mais encore il ea 
iait ressortir admirablement la tonalité. 
Telle est Timpres^ion qu'en retirent les 
])ersonnes, même les plus étrangères h l'art, 
mais douées du sentiment religieux et 
d'un certain goût naturel. C'est un aveï- 
que Tai souvent entendu sortir de leur 
boucne. 

Parmi les exemples de contre-point ecclé- 
siastique du xiii* siècle, nous citerons, en 
regrettant de ne pouvoir les reproduire tex« 
tuellement, l^'deux passages remarquaUei 
d'un traité anonyme de la bibliothèque do 
Milan , intitulé Ad organum faeiendumf dont 
Tharmonie , par mouvement contraire , est, 
sauf une exception unique, conforme de 
tout f)oint aux règles précitées. 2* Ud molati 
de 1267, tiré d'un manuscrit de Notre-Dam 
deParis, actuellement à la bibliothèque im- 
périale, et publié par M. Fétis, avec de la- 
vantes et intéressantes annotations , dans h 
troisième article de ses Epoques caraeiMh 
tiques de la musique d^ église ^ auquel DOOI 
ne pouvons que renvoyer le lei^teur. 3* Db 
Ave Maria , à trois voix ; un BefiedtccMWf , 
et plusieurs autres motets également à trois 
VOIX, dont l'harmonie est presque irrépro- 
chable. On trouve ces pièces à la BibliotU- 
que impériale de Paris, n* 813; elles pro- 
viennent d'un manuscrit^ de Saint-Victorv 
et remontent aux premières années du twt 
siècle. Mais un document plus remarqnafab 
encore gue ces derniers, c'est le canon Sak- 
mersusjacet Pharao , qu'on voit dans un Wh 
tiphonaire du xm'siècle , consenré daosloi 
archives du chapitre de Cividale (Haate4li- 



nomine octava. Et dieuntur perfeetœ^ quia perfe 
et integrum sonum important auribus audiemtmmi^dt 
eum ip$is omnis di$canlu$ débet ineipera eS fuirL ft 
nequaquam duœ ittarum speciernm perfeetêrumét 
bent sequi una po$t aliam. Sed bene auœ ditenmifs 
des imperfectœ très aut eliam quatuor seqnmutKri 
post aliam, si necetse fuerit. Quatuor awiiem tml 
perfectœ : scilicel ditonus, alio nomine tertia 
tonus eum diapente^ alio nomine tertia imperfèÔÊ; û 
temitonium eum diapente, alio nomine saxtm ù 
(ecta. Et dieuntur imperfectœ, quia non Un 
tum sonum important ut spectes perfecîm^ 
terponuntur speciebus perfeciis tu eompostiiom^ 
vero spectes sunt discordanus, et propter amnm^l^ 
cordantiam ipsis non utimur ht conîrapmuiê; td 
bene eis utimur in cantu fractibili^ tn mùunièm w^ 
Iti, ubi semibrevis vel tempus in pturibus na^éU^ 
ditur, id est in tribus partibus, tune umm ëktrm 
trium pariium poiest esse in specie discorâmu, Im 
six derniers intervalles que Philippe de Vitiy 
pelle discordants ou dissonnants^ et qu*OB n*i ' 
que dans le contre-point figuré» conpooédo 
inégales, sont : la seconde niiyeurev la œooBio wt 
neure, la quarte, la quarte majeure on Mêêu ^ 
septième majeure et la septième minearo. te i^ 
tervalles, appelés dissonnantt à cause do 
reté, par opposition aux intervalles 
sont plus ou moins doux à roreille, 
supportables que dans le contre -poial 
cause de la nature particulière de ee 
que nous exposons en ce lieu. Foy. ce wsêL 



Ul 



HAR 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



S2S 



lie), et qui se chante toujours dans l'église 
eoUégiaie d<^ cette ville. G*est un morceau 
d'harmonie très-avancée pour le temps où 
il a été écrit , attendu que ce genre de com- 

Ksition, que nous ferons connaître lorsque 
rdre chronologique nous y amènera , ne 
fut généralement pratiqué que beaucoup plus 
tard. Il témoigne du mouvement exlraordi* 
naire qui poussait les esprits vers les combi- 
naisons harmoniques pendant le xm* siècle, 
mouvement oui eut ses excès et ses périls 
dans le développement sensible que prit à 
la même époque la musique populaire, mon- 
daine, et dans son alliance (cnants et paroles) 
avec le sévère contre-point ecclésiastique. 
Noos voyons à Tarticle Jean XXll comment 
eet étrange abus fut réprimé par le Saint- 
Siège, et comment, grflce aux savants tra- 
vaux didactiques et aux compositions remar- 
quables de la fin du xiv* siècle, le contre- 
point ecclésie^ique , un moment ébranlé 
par des nouveautés dangereuses , fut main- 
tenu sur sa véritable bas^e , et perfectionné 
jusqu'à la fatale époque de Tin vasion du style 
dramatique, ijui, ne pouvant Tanéantir, fit 
avec lui un divorce qui s'est perpétué jus- 
qu'à DOS jours. Aussi , le retour de plus en 
plus prononci^ vers l'architecture gothique 
du moyen âge, devait être néctessairement 
le signal du retour à ces formules harmo- 
niques dont le chant liturgique aima à se 
revêtir daas les temps d'enthousiasme et de 
toi. Il est vrai que cette réaction salutaire 
en faveur du chant et de l'harmonie litur- 
gi^ne n'a lieu malheureusement qu'après 
trois siècles d'indifférence, qui ont pesé 
sur les monuments de l'art chrétien, et 

Ïo'après une Révolution qui en a dispersé 
i plus grande partie. Toutefois , la moisson 
éUit si riche, si abondante, qu'on peut bien 
encore glaner quelques épis dans les champs 
de la science. Les résultats , déjh obtenus 
par les hommes distingués qui en ont les 
premiers ouvert la voie; les découvertes 
loiporiantes et inappréciables, dont nous 
leur sommes redevables , sont bien propres 
k encourager tous les ouvriers, mémo les 
plus ot>scurs , qui travaillent avec amour à 
cette restauration de l'art catholique, la- 
quelle sera éternellement le cachet et la 
gloire de notre époque. Dans le sens, et 
comme confirmation de ces dernières ré- 
flexions, nous allons donner à nos lecteurs 
quelques pages du beau, de l'important 
travail de M. Nisard sur l'application do 
rbarroonie au plain chant, qui lorme le cha- 
pitre h de ses Études sur la restauration du 
cftonl grégorien^ déjà citées et actuellement 

(519) Cbex 11. J. M. YaUr, imprimeur k Rennes. 

(3S0) On a dil cependant, et yn dit cncorK : — 
i La masifiiie nodeme, née au sein du Cbristianis- 
■e, el d*aille«irt fille reconnue du chaut ecclésias- 
tiqôe, M préfente rien, dans sa nature et dans son 
arigine, qui puisse motiver son exclusiou de rRgll« 
•e, son propre terreau, i — Ces paroles, remarqua- 
Mes par leur fauMeié, sont extraites d*un opuscule 
de M. C-M. Raymond, inséré dans le numérod'août 
1809 du Magasin encyclopédique^ et reproduit dans 
uu Tolume. in-e*, Cduten.'int plusieurs autres articles 



en cours d'impression {2k9), Ces savantes^ ces 
piquantes pages d'un ouvrage qui sera sans 
contredit, le plus avancé qui ait pi»ru jusqu'à 
ce jour sur la matière, nous sommes heureux 
de les reproduire, à titre de complément, 
et au besoin, comme rectification de celles 
qu'on vient de lire sur le même sujet. Mes 
lecteurs , je n'en doute pas, y trouveront» 
comme moi , et plaisir et profit. 

« Tout d'abord on pourrait croire, » dit M. 
Nisard , « que le contrepoint, c'est-à-dire, 
l'art de combiner les sons d'une manière si- 
multanée, est l'exclusif a|)anage de la mu- 
sique profane, et qu'ainsi les réformateurs 
du chant de l'Eglise n'ont point à s'en pré- 
occuper. 

« Ce serait une erreui 

« J'ai montré que l'harmonie appliquée aux 
cantilènes litur^ques, était plu5 ancienne 
que saint Gréjgoire ; en sorte qu'il ne mo 
reste plus à faire comprendre, que si le plain- 
chant admet quelquefois unes harmonie, soit 
vocale, soit instrumentale, celle-ci doit être 
en rapport avec les mœurs austères de la li- 
turgie, avec les exigences de l'ancienne to- 
nalité qui nous est plus ou moins connue, 
avec le respect enfin qui doit sauvegarder les 
frontières légitimes de deux arts qui ne 
sont pas essentiellement identiques(350). 

« Avant le xvii' siècle, la musiqupi moderne 
n'existait pas. C'est Adam Gumpeizhaimer et 
Claude de Monteverde qui l'ont créée instinc- 
tivement ; mais, avant cette époque , on har- 
monisait certaines pièces de chant grégo- 
rien. L'harmonie est donc un terrain com- 
mun au piain-chant et à la musique ; elle 
forme une Question qui n'est point résolue 
par cela seul que la question de la musique 
en général le serait. Des détaiU spéciaux 
sont par conséquent nécessaires, el je les 
aborde. 

« L'influence du contrepoint sur la restau- 
ration du chant grégorien est plus profonde 
qu'on ne le croit communément. On s'ima- 

frine depuis deux siècles, qu'on est libre de 
aire entendre, sur un plain-chant donné, 
tous les accords possibles, et Ton ne se doute 
pas que les accords représentent une tona- 
lité, une sj'nthèse, un système, un art, un 
monde musical. La philosophie de nos pra- 
ticiens les plus célèbres ne va pas jusqu'à 
demander si les principes constitutifs du 
plain-chant admettent toutes le.s fantaisies 
narinoniques dont on fait aujourd'hui un si 
déplorable usage? 

o Or, je ne crains point de déclarer que ces 
artistes se trompent : en accouplant des 
choses essentiellement incompMibles, ils 

du même auleur (Paris, Cowncr, \M\. lettre à 
M. Vt//oi^aM,eic.,p.i65 i66).Le travail où je pmse 
celte citauon est intitulé : De la musique dans êcs 
éylius. A répoque où écrivait M. Rayuioiid, ou u\»- 
vait pas encore aperçu Tabimc immeiis-; que les to- 
nalités viennent j(*ler entre les divers systèmes de 
musique. L'esprit cmineninient philosophique de 
M. Félis a doté la science, comme je Tâi déjà ^lii pUis 
haut, d*un principe t|ui dirigera désormais toul \ê- 
rltable musicisie. L*ne si belle découverte racbéie 
bien det erreurs et iuimortalîM un nom. 



515 



IIAR 



DICTIONiNAmE 



HAR 



ai 



s'éloignerrt du milieu dans icoucl TEglise 
veut sagement se maintenir; ils Qatlent et 
corrompent les oreilles au détriment des 
pieuses traditions du culte, et rendent la 
restauration du plain-chant, sinon impos- 
sible, au moins fort difficile. Car, en effet, si 
l'art moderne doit prévaloir, si c>st lui oui 
doit péhabiliter Tancien, pourquoi ne lui 
ouvrirait-on pas toutes les portes, en lui 
asservissant tout à fait et d'une manière dé- 
finitive, les conceptions de la liturgie tradi- 
tionnelle? 

« Mais it n*en est ))as ainsi, fort heureuse- 
ment. Le plain-chant ^>ossède une harmonie 
aui lui est propre, qui est digne de lui, que 
lart actuel admire ^mème, et que TEglise 
place sous sa haute protection. 11 importe 
peu que Tignorance méconnaisse cette belle 
et grandiose harmonie, il importe peu qu'elle 
la méprise et l'outrage. Certes , Palestrina 
•vaut bien dans son çenre nos célébrités mo- 
Aleroes qui s'usent si vite et .sont si cruelle- 
ment punies par la mode éphémère dont 
•elles Uattent quelquefois jusqu'aux moins 
nobl'^s instincts. Palestrina, aux .yeux de 
jCherubini, de Choron, de Fétis, dû prince 
de la Mobkowa, — Palestrina, dis-Je, est un 
^énie que la rouille de la mode ne dévorera 
jamais; il plane au-dessus de la voûte sainte 
<ie !a Chapelle Sixtine» comme un aigle (jui, 
lout en immortalisant le passé, défie majes- 
tueusement l'avenir et Tattend avec calme, 
les ailes déployées. 

« Mais il ne faut pas que j'anticipe. Après 
avoir montré à mes lecteurs toute Ja porléc 
île la question qui m'occupe, je dois m'ef- 
forcer de la maintenir dans les limites sui- 
vante»: 

« 1. Le plain-chant à^l'usage du culte est-il 
4!ompatible avec l'harmonie ou le contre- 
iK)int? 

a IL Jusqu'où doit alter le rôle du contre- 

Eoini, appliqué au plain-chant dans les of- 
ces liturgicjues de l'Eglise? 

« 111. Quelle doit être la vraie nature de ce 
<:onlre|K)int.? 

« L'autorité du Pape Jean XXII va me ser- 
vir dû guide dans la solution de ce trijple 
problème. « Notre intention, dit ce pontife, 
n'est pas d'empêcher que de temps en 
lemps, et surtout aux grandes fôtes, on n'em- 
ploie sur le chant ecclésiastique, dans les 
-offices divins, des coNsoNNàNC£s ou accords, 
pourvu que le chant de rt:glise,ou le plain- 
chant, conserve son intégrité. » 

« Ces paroles se trouvent dans une bulle 
qui, donnée vers 1522 à Avignon, a été insé- 
rée, dit l'abbé Lebcuf (351 j, dans le Corps 
du Droit canonique. Elles nous révèlent trois 
points de doctrine fort importants : la com- 
paUbUiié du chant ecclésiastique avec le 
contrepoint, la nature de ce contrepoint, et 
VuKcge qu'il en faut faire dans les cérémo- 
nies du culte ; en un mot, le pape Jean XXII 

(3M) Traiié hhtorique et pratique $ur le chant ec- 
€iékia$iiqu€^ Paris, 1741, p. 90. 
(35^2^ Voir le jonriial La Voix de la Vérité, n* du 

8j:ii)vicrl853, 



décide ces choses avec une clarté snpérieure 
et une autorité que personne ne contestera 
sérieusement. Et comme la solution qu*ilen 
donne n'a pas été modifiée par ses véné^- 
bles successeurs, comme elle subsiste en- 
core dans toule sa plénitude, elle a donc 
toujours force de loi et possède l'avantaip 
d'être, pour nous, un précepte de la liturgie 
en même temps qu'un monument de rtuiî- 
toire. 

« Dans toutes les discussions que Ton agita 
de nos jours sur ces trois questions, on m 
lient aucun compte des paroles du pontiJét 
et cet oubli n'a pas peu contribué k jeter 
l'autorité de la science dans une véritable 
contradiction avec l'autorité de l'Eglise, 
puisque les musiciens philosophes en sont 
venus jusqu'à oser défendre ce que TEglisa 
permet. 

« D'abord, en ce qui concerne la cmnjNilîN- 
lité du contrepoint avec le plaiu-chant, oa 
Ta niée d'une manière absolue. Un de noi 
savants les plus distingués, après avoir 
crifié les euorts d'une grande partie de 
existence k introduire les orgues d^aocoo- 
pagnement dans les églises, vient de publier 
une brochure excellente è dIus d*un titn 
et dont j'^i rendu compte ailleurs /352), ok 
Ton remarque ces paroles singulières ; — 
« Avant tout, et je i entends de la manièie 
la plus absolue, mon avis, et j'y ai trop ré- 
fléchi pour en changer désormais, a tog- 
jouRs ÉTÉ que l'essence même du plais- 
chant et celle de l'harmonie telle que Doai 
la concevons aujourd'hui sont tout-k-bit 
contradictoires , et que par conséquent k 
plain-chant ne doit en aucun cas pocfcr 
d'autre harmonie que celle de ruaissood 
de l'octave, et n'avoir d'autres organes qn 
celui des voix humaines sans aucun né- 
lange d'instruments (353). » — « Ceux (fâ 
me connaissent depuis longtemps, qoâli i 
l'estimable auteur dans une note qui • 
toute l'apparence d'une timide justificatioib 
pourraient ici me faire deux objectioiisfll 
me rappeler d'une part que j'ai publié beitt- ^ 
coup de plain-chant avec harmonie, et qH 
j'en ai composé bien davantage ; de raottf 
que c'est moi qui, en 1829, ai introduit k 
Paris Tusage de l'accompagnement de Tor^ 
gue dans le chœur des églises, iisage fri 
s'est rapidement propagé. Je no manqueiHt 
pas de réponses.... (354^j » 

« Et le uoctc écrivain s'attache k démontifr 
que, s'il a rompu des lances en fiaveor et 
1 orgue d'accompagnement, c'était dansia 
première jeunesse et en haine du StrfiÉU 
— 4c instrument grossier, si contraire m 
voix, au goût et au bon sens, et dont hi 
présence [dans nos sanctuaires] étiiit le pria* 
cipal obstacle à tout progrès quelconque. >• 

« M. Joseph d'Ortigue partage au fond le- 
pinion de M. Adrien de la Fage« iniii 
pour d'autres motifs. « Le plain-chant i 



(Z^7*) De la reproduction des livret dt 
romain, pp. f4e-Ul. 
(Z^fi) hidcm, p. 141, noU i. 



3i5 



IIAR 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



Sf9 



l*asage du cuite, dit-il, le ciiant liturgique , 
est incompatible avec rharmonie, et celui- 
ci en détruit radicalement le caractère. 
Lliarmonie est absolument étrangère au 
plain-chant. Le contre-point des maîtres dn 
XTi* siècle constitue un art à part (355). i» 
— Et ailleurs, M. d'Ortigue affirme qu'il 
regarde comme absolument opposé à la saine 
doctrine^ tout écrit destiné à donner des 
r^les pour !*accompagnemcnt du chant 11- 
iorgique (356). o Sur une question fondamen- 
tale, dit-il, celle de racc^mpajgnement du 
plaint-chant, nous avons demandé nous- 
méme un travail spécial à un savant, qui 
professe sur ce point une opinion diamé- 
iralement opposée à la nôtre. M. th. Nisard 
s'esl acquitté de cette tâche avec Tindépen- 
dance de son talent. Tout en étant profon- 
démeiU convaincu de l'incompatibilité de 
rbArmonie, quelle qu'elle soit, avec le plain- 
chant, nous ne sommes pas moins convaincu, 
el avant tout, de notre propre faillibilité. Et 
e*est précisément parce que notre ouvrage a 
élé rédigé sous l'empire de cette idée , que 
4e plain-chant ne saurait comporter aucune 
eêpiee d'harmonie, et que tout système d'ac- 
eompagnement ne peut qu'en hAter la ruine , 

Se nous avons sollicité un Traité à fond sur 
armonisatk>n du chant liturgique (357). « 
« En face des citations précédentes , on 
Mntoit l'embarras où peuvent se trouver les 
restaurateurs du plain-chant, les membres 
da clergé, les maîtres de chapelle, les orga- 
nistes et les musiciens dont le talent pos- 
sède Quelque ifiiluence. Si Ton en croit 
MM. d Ortigue et de la Page, désormais nos 
sanctuaires ne doivent plus entendre que le 
cbaot liturgique pur, c*est-à-dire que, dans 
toutes les circonstances et sans aucune ex- 
€e|ili0o, ce chant sera exécuté à Tunisson « 
à rodave on à la double octave. Plus d'au- 
tre aecompagnement, plus d*autre harmonie, 
plus d'autre embellissement musical I En 
vérité, n'est-ce pas proposer l'impossible? 
tl pourquoi donc dépouiller ainsi l'art reli- 
gieux de ce qui le rehausse et lui donne une 
certaine pompe? Pourquoi faire table rase 
des traditions les plus anciennes et les plus 
iliYétérées? Pourquoi nous dire crûment: 
— « Bn ISiit de musique, vos oreilles seront 
sarrées de tout ce qui peut les charmer, 
Béme reliffieusement , môme pieusement. 
Si vous voulez un instrument d'accompagne- 
Bienl, celui-ci devra s'en tenir a l'exécuiion 

Bre et simple de la mélodie. Vous serez 
ires de choisir pour cela [larmi les gros ins- 
truments à cordes et à ventf tels que les violes^ 
le$ violoncellfSj les contrebasses^ les corâ^ 
iu trompettes^ les trombonnes, lesquels se 
frètent moins^ par la gravité de leur diapa- 
-êon et Itê conditions de leur mécanisme, à 
eeUe variété et à cette délicatesse d^accenls 
incompatibles avec le caractère de la musique 

(5 5) Dictionnaire de plain-chant,^, iiCI, noie 

nif. 

<2ô6) Préface ilii ménie ouvrage, p. 8. 

^7) /M.« p. 8, note a. 

{^M} Dici. dêflmn-ckanl, arliile * PhHo$ophied€ 



sacrée (358). Et afin de conserver de plus en 
plus je caractère du plain-chant, vous pren- 
drez'tous les moyens imaginables d'en ren- 
dre feiécotion difficile, en faisant revivre la 
solraisation du moyen Age par le système dis 
muanceset des hexacordes (359). » 

« Si je ne connaissais point M. de la Page 
et M. d'Ortigue ; si je n'avais pas pour leur 
personne et leur érudition la plus profonde 
estime ; si le dernier ouvrage de M. de la 
Fage n'était point un bon livre; si le beau 
Dictionnaire de plain-ckant de M. d'ûrtisue 
n'était pas une encyclopédie essentielle- 
ment catholique et digne d*une congré- 
gation de Bénédictins tout entière; je crie- 
rais, en citant ici l'opinion de ces deux au- 
teurs, à l'hérésie des protestants et des ico- 
noclastes d'un nouveau genre ; mais M. de la 
Fage est un véritable musiciste qui défend 
avec conviction l'art religieux; c'est un 
homme de cœur, d'un caractère franc , spi- 
rituel, incisif, convaincu ; mais M. d'Ortigue 
est une intelligence supérieure, dévouée à 
tout ce qui est religieux et vrai, à tout ce 
qui est philosophique et transcendant : sa 
plume est honorée de tous, et il a eu le 
bonheur de combattre toujours noblement 
ce qu'il croyait faux et mauvais dans l'art 
musical, sans jamais susciter d'inimitié dans 
le cœur de ses adversaires. Avec de pareils 
hommes, il m'est donc facile de discuter ef- 
fif;acement. 

« Hé bien! je me permettrai de leur dire : 
« Pourquoi condamnez-vous d'une manière 
plus ou moins tranchante ce que le iMjie 
Jean XXH n^a pas condamné , ce qu il a 
môme approuvé sous de certaines condi- 
tions? Comment pourrait-il se faire qu'un 
accompagnement conrenable fût aujourd'hui 
la ruine du plain-chant, tandis que, dans les 
premières années du xiv* siècle , ce môme 
accompagnement en était regardé, par le 
souverain Pontife , comme une condition 
d'éclat et de solennité liturgique? » 

c Voilà, bien certainement, une réponse 

Î;énérale qui est as^ez embarrassante nour 
es adversaires de l'harmonisation du plain- 
chant, et qui le devient bien plus encore si, 
pour appuyer Tautorité religieuse, on in- 
voque rhistoire du plain-chant, l'essence 
môme de celte musique vénérable , la thèse 
obscure encore des tonalités européennes et 
la nature intime du contrepoint ou de l'har- 
monie. 

« En effet, l'histoire du plain-chant donne 
gain de cause au pape Jean XXII. On con- 
naît les prédilections de Grégoire le Grand 
pour certains tons ou modes liturgiques, 
parce que, comme l'a constaté Gui d'Arezzo, 
ces tons ou modes étaient plus favorables 
que les autres à la diaphonie ou au contre- 
point de l'époque (360). Les artistes romains 
envoyés à Charlemagno par le Pape Adrien, 

la mutigne, p. 1217. 

(359) tUem.,Mii'w\e 7oMa/ii^, p.l507. 

(560) Voyez p!us haut ^ col. 33'2A de ccl au- 
vrsigr. 



m 



HAR 



DICTIONNAIRE 



HAR 



apprirent aux Français l'art d*accompagner^ 
d organiser le plain-chant : SimilUer^ eru- 
dierunt romani cantores supriidictos eanto^ 
res Fratuorum in parte organandi (361) 
— A partir de cette initiation, on TOit surgir 
une foule de monuments qui prouvent rem- 
ploi du plain-chant harmonisé dans les cé- 
rémonies liturgiques. 

« £A tête de ces monuments, il faut citer 
Vorganistrum , instrument singulier qui 
était monté de trois cordes, et qui, pour la 
forme, ressemblait à notre vielle , dont il 
est Torigine. Gerbert en a donné le dessin 
dans le deuxième volume de son livre De 
càntu et musica sacra (362) , d*après un ma- 
nuscrit fort ancien contenant Topuscule 
d*un nommé Odon sur la manière de con- 
struire Vorganistrum (363). Uue manivelle 
faisait tourner une roue sur laquelle re- 

})Osaient les trois cordes de Tinstrument et 
es mettait en vibration. Le manche était 
armé de clefs correspondant à autant de pe- 
tits chevalets qui se relevaient par la pres- 
sion des clefs, portaient les cordes en ma- 
nière de sillets et s'abaissaient aussitôt que 
la pression n*existait plus. Le manche à vide 
était signé C; chacune des clefs avait sa let- 
tre particulière, selon* son rang D , £, F, 
G, b, 6, a, c. 
« M. d'Ortigue n*a rien dit de Yorganis- 




mot organistrum signifiait aussi te lieu de 
l'église oà sont placées les orgues (36&). Ger- 
bert n*a point tiré de conclusion scienti- 
figue de ces précieux renseignements sur 
J*inslrumeut que je viens de décrire; mais 
M. de Coussemaker, dans son Essai sur les 
instruments de musique au moyen âge (365) , 
et plus tard dans son Histoire de l'harmonie 
h la même époque, a fort bien démontré que 
la forme de Vorganistrum et la disposition 
de ses cordes impliquaient l'emploi des sons 
simultanés, — « et comme il n*est pas admis- 
sible, selon lui, que les cordes (de cet in- 
strument) aient été accordées àVunisson, 
il faut en conclure que l'accord était com- 
biné de manière à faciliter les assemblages 
de sons alors usités.... Son nom, composé 
&organum et de instrumentum^ en est lui- 
môme une preuve manifeste; car Vorga^ 
num était précisément le nom des accords 
formés de réunions d'octaves, de quintes 
ou de quartes, ce qui indique parfaitement 
sa destination (366). » 

« On dira neul-étrc que Vorganistrum n'a 
pas été généralement employé, au moyen 

(561) Chronique du moine d*Angoulème. 
(36i) Planche xxiu, tig. IG. 
(5U5) Idem., p. 155. 

156.4) P. am. 

(565) Annales archéoiogianei de Didron, vol. III, 
VII, Ylll. ^ ' 

(566) Hiiioire de Charmonie au moyen àge.p.d 1. 
Yoy. aussi kï Himoire sur Uucbald, du inèiUi; au- 
teur, ei U notice que M. Bouée de T. ulnion a pu- 
bhée sur les instruments de musique vn us.w au 
moyen à^e, d.ins VAnnttaire hUtorvjue de la Svciété 



flge, pour Taccompagnement des mélodies 
liturgiques ; mais cette objection n'en est 
pas une : la forme de Tinstrument, son vo- 
lume portatif, sa fabrication peu coûteuse, 
la facilité avec laquelle on pouvait en obte- 
nir les accords nécessaire.s et adoptés alors, 
tout semble, au contraire, prouver que IV- 

{mnistrum a été fort en voçue pendant toute 
a période de Vorganisation du chant par 

«ympAonif «de quartes ouquintes et d'oGtates, 
c est-à-dire depuis les temps les plus audem 
jusqu'aux* siècle environ. D'ailleurs, l'his- 
toire nous fournit un nombre si considérable 
de monuments en faveur de rbarmoQÎeapidî- 
quée aux chants de TEglise, qu*il est inutile 
d'insister sur le rôle plus ou moins impor- 
tant de Vorganistrum. Rnchàld nous a laine 
un long traité de musique, dont les denx 

[Premières parties ont uniquement pour but 
*art de la diaphonie y c'est-à-dire de Thar- 
monisation du plain-chant par symphonies 
entremêlées de' diaphonies ou dissoonaB- 
ccs (367). Gui d'Arezzo a consacré deux 
chapitres de son précieux Micrologue (iett 
et le 19*) à Texposition des règles du méou 
art (368). Le 23* chapitre du traité de plais- 
chant de Jean Cotton, écrivain du xr siède^ 
a pour titre iDelHaphonia^ id est organo (80n. 
Si Jean Cotton aborde ce sujet, c^st, ait-il, 

f)our satisfaire à l'avidité de ses lecteurs 
lectoris avidati). Gui, atbédeCbâiis h 
Bourgogne, au xui* siècle, est l'auteur d'oo 
traité de plain-chant etd'or^anum, qui exisH 
en manuscrit à la bibliothèque de Sainte- 
Geneviève de Paris (370); M. de Collil^ 
maker a publié le traité d^orgammm de 
ce religieux, avec plusieurs autres nos 
moins importants , dans son Histoire é 
rharmonie au moyen âge (371)* Le XXX* 
chapitre de Touvrage d'Elie de SaloBOi 
parle de la manière de chanter i q» 
tre parties : Rubrica de notitia eantamis k 
auatuor-vocesy etc. (372). Elle de Salomoo i 
écrit son livre de plain-chant en i97|L et Fil 
dédié au Pape Grégoire X. Le LucuiÊrim 
musicœ planœ de Marchetto de Padoue, re- 
cueil de traités terminés aussi en ISAjb 
contient des passages harmoniques ennsni 
alors depuis longtemps, mais si carieot 
qu*ils ont fait dire à M. Fétis, à une époqse 
où les antiquités de la musique européeiiM 
étaient encore fort obscures : — « Quel* 
ques exemples cités par Marchetto sontooi- 
seulement en avant de son sièiJe, mais M 
semblent pas être analogues à la tonalité <pi 
a été en usage juqu^au commencement os 
xvn* siècle (373). 
4 iMaisàquoi bon prolonger daTSUIage des 

de riiiêtoire de France^ 1859. 

(54>7) Hucbaldi mu$ica enchiriadiê^ apad GeAtri 
Scriptores, loin. 1, p. 152 et suivantes. 

(5()a) Apud Gerberli Script., tout. II» p. Ml. 

(509) idem, p. 265. 

(570) l.-i-, iiMtJll. 

(571) P.2o4i58. 

i572) Amid Gerl>erlî Scrfpf., tom. III, p. 5741. 

(575) Mémoire sur cette quêêiion : • QmttsmiiH 
leê mérites des NéerLndais ému la anitiff. ^mo' 
paiement aux iiv*, i\' et ivi'ffètlei, » c«r. Alttk^ 



9*91 



HAK 



DESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



350 



citations qui deviennent ne plus en plus 
nombreuses, à ipesure que Thistoire a|:)pro- 
che des temps actuels? II doit être mainte- 
nant avéré {iour tout le monde , qu'hUtori^ 
ornement le contrepoint ou Tharmonie est 
compatible avec le chant liturgique. Depuis 
saint Grégoire jusqu'à nos jours, les artistes 
<NDt toujours harmonisé ce chant; pourquoi 
donc ne le ferait-on plus? pourquoi ravirait- 
im an plain-ehant cette guirlande de fleurs 
qoe le contrepoint lui donne, suivant une 
poétique eipression de Réginon de Prum, 
d qui répand sur ses noélodies un parfum si 
snave et si doux (374') ? 

«Ce oui « trompé les musiciens philoso- 
phes, c est qae, pour eux^ le plain-chanl est 
un reste précieux , quoique défiguré de la 
mnsioue des anciens Grecs. Du moins, 
J.-l. Rousseau raffirme4-il (375) , et, avec 
lai, tous ceux qui ont écrit sur le même su- 
jet. Or, voici le raisonnement que Ton bâtit 
sur cette donnée. — La muêiqut des anciens 
Gr^es n*était pas harmonique ; or le plain- 
t ks mt vient de cette musique; donc il est m» 
€9mnatible atec le contrepoint ou f harmonie. 

«Oui, sans doute, le plain-chant est un pro- 
duit de l'art grec, mais à une seule condi- 
tion : c*est que Tart erec a été son point de 
défMirt, et pas autre chose. £n passant par la 
civilisation romaine, cet art s*est d'abord 
singulièrement modifié; et lorsque TÉgiise 
dX)ccident Ta recueilli comme un héritage, 
lorsqu'elle s*en est servi en le simplifiant, 
pour 6lre Texpression musicale de son culte, 
en a tu surgir aussitôt des tendances artisti- 
ques nouvelles en rapport avec les propres 
tendances de TÉglise. Tous les musicistes 
du moyen Age invoquent les traditions grec- 
ques; cependant ces traditions se transfor- 
aiem peu à peu et créent un art nouveau 
^ïy^nmpparence^ s'appuie toujours sur Tari 
antique «t semble en être Toxpression la 
plus fidèle. Ainsi, les modes ne sont plus, 
de part et d^autre , identiquement et rigou» 
noseoient les mêmes ; les genres conservent 
leurs noms primitifs et jusqu'à leur défini- 
tion grecque, mais ils forment des genres 
distincts dans leur application ; la classifica- 
tion des intervalles narmoniques subit elle* 
même des changements profonds; tout, en 
on mot, reste grec dans la forme, tandis 
que tout devient occidental et chrétien dans 



le fond : le moyen Age ne respecte, en feit 
de musique, que ce qui est essentiellement 
immuable. Ajoutons tout de suite que, sous 
le rapport de Tharmonisation du cnant, les 
médiévistes eurent des modèles, dans la 
Grèce antique, modèles qu'ils connaissaient • 
beaucoup mieux que nous. On a longtemps 
nié remploi de Toarmonie proprement dite 
chez les anciens Hellènes; aujourd'hui, les . 
archéologues sont forcés de reconnaître que 
cet emploi est un fait réel, irréfragable. Les 
textes originaux qui l'attestent sont obscurs, 
il est vrai, et c'est précisément cette circons- 
tance qui a fait nattre et qui a prolongé la 
discussion. On en serait même encore à 
discourir sur ce point, si M. Vincent, de 
l'Institut, n'avait traduit dernièrement, avec 
le plus çrandiionheur (376), la musique de* 
la première Pythique de Pindare, décou- 
verte par le P. Kircher dans un couvent de la 
Sicile (377). La science a vu avec le plus 
grand étonnement que cette Pylhique offrait 
un magnifique chœur à deux voix réelles , 
entremêlé de quelques consonnances d'oc- 
taves qui devaient produire nn effet prodi- 
gieux. Quelques érudits ont voulu nier Tau- 
thonticité du monument trouvé par Kircher. 
Un archéologue éminent a même dit , à ce 
sujet, dans une séance solennelle de TAca- 
démie des Beaux-Arts de Bruxelles, le 3 mars 
18tô : — «M. Boeckh a fort bien démontré 
que le chant de l'ode de Pindare n'appar- 
tient pas à l'époque où vivait ce poète, mais 
à des.temps plus rapprochés de nous (378). » 
Étrange méprise I L'autorité du nom le plus 
illustre de l'Allemagne actuelle est une res- 
source qui manque complètement aux par-' 
tisans de la non-existence de l'emploi de* 
Pharmonie chez les Grecs. Burettus^ dit 
M. Boeckh en parlant de la musique de l'ode 
de Pindare, Burettus ostendit nonfictamrem 
videri (319). — Mihi certum est^ dit-il encore, 
ipsius Pindari hanc esse melodiam (380). 
— Omnium Grœcarum (melodiarum) optima 
est (381). — Enfin, il affirme que cette mé- 
lodie offre à ses yeux un caractère si in- 
contestable d'antiquité, qu'elle ne peut être 
que de Pindare : Adeo vetusta^ ut Pinda- 
rica non esse non possit (382). D*ailleurs,- 
M. Boeckh eût-il dit l'opposé de ce qu'il dit, 
il suffirait d'ouvrir le premier volume de la 
Biographie universelle des musiciens par 



I. Xull^r, IS29, in 4*, p. 8. — Dans sa Dùh- 
§rmkk MMhersêUe des mustciem (art. Marchetto, 
C Vf, p. i^), M. Féiis répète la même opinion, 
Mais en des termes plus inadmissibles encore, car 
MarebctU) n*a pas en de hardiesses prodigieuses en 
liiild*hannonie : il n*a fait qu^exposer la doctrine 
reçoe et stivie depuis longtemps. C*est cetie doe- 
irine qo*il faut consulter, si Ton veut bien traduire 
les compositions musicales du moyen âge à piu- 
iiettri parties. On sait i|ue les anciens éiaîent fort 
eebres û*ëuideuts musicaux : ils iupposaieni ces ac- 
cidents ; quant h les écrire, c*est k quoi ils ne son- 
feaieot guère, parce que les règles leur suffi- 
saient. 

(374) [Tomi est modi\ pulckra varietaU harmonicœ 
méUaûtivms ex aravihus acuUsque soni$ mixli, quaii 
^ibugdam fioribui retperti blandam atque convenien" 

DlCTlONX. D*£STaÉTIQVfi. 



iem reddunl metodiœ iuaritatem. (De harmonica in- 
stitutionej apud Gerbcrti Scriptores^ tom. I, p. 232, 
2* roi.) 

(375) Dictionnaire de musiaue, article Plain-chant. 

(376) Notices tt exlrain de la BibUoUièque du roi, 
etc., tom. XVI, part. \i\ in-f, MDCCCXLYll, pp. 
153-159. — Cf. Analyse du trailide métrique et de 
rhyihmique de taint Augustin, du même auteur, li- 
rage à part, pp. 23 2i. 

(377) Muêurgia, lik vu, tom. I, p. 541. 

(378) BuUetm de VAcadéiuie royale des Sciences^ 
des Lettres et des DeauX'Arts de Belgique, tom. X?, 
part, r*, 1848. p. 230. 

(379) De metris Pindari, lih. lU, p. 266. 

(380) Ibidem, iib. m, p. 267. 
(581) Ibidem, p. 268. 
43S2} Ibidem, p. 269. 

11 



151 



HiR 



DICTIONNAIRE 



HAR 



If. Fétis (383), et de comparer le spécimen 
que nous donne ce savant de la musique des 
anciens Scythes avec la composition musi- 
cale de Pindare, pour se convaincre que les 
deux monuments* ont une origine commune, 
et que Tauthenlicité de Tun démontre in- 
vinciblement celle de Tautre. Or, M. Fétis 
avoue trois choses : la première , c*est que 
les Scythes ont été longtemps en contact 
avec les Grecs ; la seconde, que le spécimen 

Îu*il donne , est un type que Ton retrouve 
ans tous les autres cnants de ces peuples 
barbares; la troisième enfin, que la contex- 
ture mélodique de ces chants est tellement 
régulière dans sa modulation, que l'harmo- 
nie lui est en quelque sorte inhérente. 

« D*où il suit, selon moi, que la musique 
des Scythes était harmonisable ; — qu'elle 
descendait en ligne droite de la musique 
grecque ; — que celle-ci pratiquait peu Thar- 
monie , comme le conjecture M. de Cousse- 
maker (38b), mais cependant qu'elle la pra- 
tiquait, ainsi que le prouve la première Py- 
thique de Pindare; — que le plain-cbant 
vient aussi de l'art grec, mais qu'il a subi 




tions offre une imposante série de monu- 
ments incontestables qui aboutissent à la 
création de l'harmonie de la tonalité actuelle, 
tandis que l'histoire de la musique des bar- 
bares du nord ne repose que sur des hvpo- 
thèses ingénieuses ou des conjectures bril- 
lantes, mais dénuées de fondement solide. 

«D'où il suilencore que tout raisonnement, 
qui s'appuie sur les prémisses du syllogisme 
des adversaires de l'narmonisation du chant 
grégorien, est faux, insoutenable , sans au- 
cune consistance. 

«Donc, le plain-chant n'est pas inharmo- 
nique de sa nature. 

«Et qu'on ne dise pas que,|pour]ètre essen- 
tiellement harmonique, un système musical 
ne doit point concevoir la mélodie d'une 
manière isolée, indépendante, et que^ dans 
le plain-chant, la tonalité conçoit fort bien 
le chant sans Taccompagnement de tels ou 
tels accords. — Ici, la prémisse serait vxaie, 
mais la C4)nséquence, entièrement fausse. 

« Ce serait une grave erreur, en effet, d'ac- 
corder sous ce rapport à la musique mo- 
derne ce que l'on reruserait au chant grégo- 
rien, puisque le plain-chant et la musique 
moderne jouissent du même privilège à l'en- 
droit de rharmonie. Qu'est-ce à dire cepen- 
dant? faut-il conclure, de mes paroles, qu'il 
n'y a point de différence entre l'art antique 
et Tart nouveau, entre saint Grégoire et 
Claude de Montoverde? Non, sans doute; 
mais , à force de vouloir laire de la philoso- 

I)hie de Fhistoire sans bien connaître tous 
es faits essentiels qui forment le vrai fond 
de l'histoire, on a flni par émettre des para- 
doxes qui sont devenus des axiomes. Tou- 
cher à ces paradoxes et les dépouiller de 

(383) De metris Pindari, lib. ni, p. Ii8. 
• (384) Bistoire de lliarmonie au moyen âget p. 7. 



leur manteau philosophique, c'est se mon- 
trer téméraire ou ignorant , c'est oser per- 
mettre k la modeste analyse d'entrer en 
lutte avec les magnificences de la synthèse» 
Et pourtant à qui la faute s'il en est ainsi? 
pourquoi affirme-t-on que la mélodie de Tari 
actuel est une ileur qui écl6t nécessaire- 
ment sur la tige d'un arbrisseau que Ton 
nomme harmonie^ et qu'il en est tout autre- 
ment de la végétation de la mélodie grégo* 
rienne , sorte de plante sauvage qui pousse 
d^elle-roème dans le sable et ne peut vivre 
.qu'à la condition d'être préservée de toôl 
contact avec l'harmonie, dangereux parasite 
pour elle ? 

« Or, je veux bien admettre que, de nul 
jours, un artiste ne puisse régulièrement 
composer un chant en dehors des lois qoi 
règlent la succession des accords dont la 
formation et l'enchaînement conslitaeil 
notre tonalité musicale; mais, d*un autie 
côté , il faut reconnaître aussi qu'il en était 
absolument de même chez les anciens com- 
positeurs grégoriens. Pour ceux-ci, il/aviil. 
pareillement un art sérieux qui combinait il 
réglait la simultanéité des sons; ces artistes 
reconnaissaient des consonnances et dès 
dissonances; leurs idées n'étaient pas too- 
jours là-dessus conk>rmes aux nôtres , mais 
enfin il s'açissait pour eux d'une théorie et 
d'une pratique d harmonie conformes à te 
tonalité de l époque, et c'est là tout ce qa^l 
me faut constater en ce moment. 

« Lorsqu'un artiste du moyen âse compo- 
sait une mélodie liturgique, il ne faisait qne 
développer suceeMsivement la théorie desooa* 
sonnances et des dissonnances qu*il concendi 
simultanément f c'est-à-dire, comme ensemble. 
d^agrégats harmoniques dont les termes enr 
tendus ensemble consonnaient on diêêê-* 
naient. Essentiellement donc, avant i*él^' 
mélodiste, il était harmoniste à sa o^aaièrep. 
comme nous 'le sommes à la nôire. Pour lat 
comme pour nous, pas de mélodie légitime» 
régulière , sans le fondement supposé, mais 
toujours nécessairement préalable, d'un ca* 
nevas harmonique en rapport avec les exi- 
gences tonales de cette mélodie. De là vieel 
que, dans les plus anciens traités de plaia- 
chani , il y a presque toujours des descrip-» 
tions plus'ou moins étendues, plus ou moios. 
claires , sur les proportions des intervaltei. 
musicaux, sur la théorie des consonnances 
et des dissonances, sur l'emploi de ces cho- 
ses dans la composition du chant. On 'pèel 
voir un spécimen de cette méthode dlatao^ 
tique, notamment dans la Musica d^Hoe* 
bald (385). Ce corps de doctrine s*appelaU 
Institution harmonique ( Harmonica instita-' 
tioj, et les modernes, trompés par la forme 
aride et spéculative qu'adoptaient les an* 
ciens pour l'exposition de cet enseignemenlt 
se sont tous imaginé que bien des livre» 
du moyen âge n'avaient aucune importans* 
au point de vue de l'histoire de fart. H n*« 
est pas ainsi, comme on le voit : il n*y a poM 



(585) Scnpioreê Gerberii, 1. 1. 



- .*. 



za 



HAR 



DTSTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



351 



de monument ^ns intA^dt pour Farchéolo- 
gne studieux, car» pour lui, le plus petit 
morceau de parchemin finît toujours par 
4tre la ré?élation d'un mystère du passé. 
C^esl ainsi « par exemple^ que Touvrage de 
Iteinon de Prum publié dans le premier 
▼olume des Seriptores^ et dont j*«i découvert 
«M excellente copie du xii* siècle en tête 
de TAntipbonaire de Montpellier, nous 
proaTe la réalité du procède harmonique 
qae je riens de signaler comme présidant , 
pendant le moyen Age, à la composition du 
chanL Réginon compare la musique à une 
Ibrêt très-raste et très-profonde, vasHssi- 
mmmmifrùfmndiêêimam musicœ institutionii 
iihmm: et il ajoute aussitôt que la musique 
a des aroanes si impénétrables, qu'elle sem- 
ble brarer Tintelligence humaine, qtuB ianiœ 
mligimiê obscuritate involvitur^ ui a notiiia 
tMwaiia rece$$i$$e videatur. Les instrumen- 
tistes, dit-iU et^es chanteurs vulgaires ne 
sont point capables de rendre compte de la 
oatare et de ressence de Tart qu'ils profes- 
sent. Demandez-leur de vous raconter Tbis- 
tnire des instruments qu'ils jouent, priez-les 
de vous expliquer la théorie des conson- 
nanoes, ramnite des sons, comment et pour- 
quoi an son peut s'associer k un autre son 
muMcai, — vous en obtiendrez cette seule 
réponse : Nousjouont ounous chantons comme 
mùuê Vomi appris nos maîtres. A peu près, 
continue Réginon , comme des enfants qui 
chantent des psaumes par cœur sans en com- 
prendre le sens mystique. A peu près en- 
ooreY comme ces personnes qui prennent 
plaisir à voir un beau tableau^ mais qui 
n'entendent rien à la formation ni à la pro- 
priété des couleurs. Seul« dit-il, le musi- 
cien digne de ce nom se rend compte de tout 
^ qui frappe les sens d'une manière musi- 
cale; seul, il peut soumettre son art à l'ana- 
lyse, en appuyer les principes sur des rai- 
sons certaines, et montrer les lois en vertu 
desquelles Jes sons musicaux se réunissent 
et se ii^upent pour former un chant : quali 
ûUtr s^ junetœ sint sonorum vel vocumpro- 
parlUme (386). 

«Or, pourquoi cette préoccupation des an- 
ciens mélodistes par rapport aux conson- 
nances et aux dissonances, si cette préoc- 
cupation, qui nous semble aujourd'hui fort 
inutile au mélodiste du moyen Age, n avait 
pas été («our celui-ci une condition essen- 
tielle de son art? 

« Pourquoi cette véritable manie de tous 
les auteurs didactiques de cette époque, qui 
n*écrivaient cependant que pour le plain-* 
chant, pourquoi, dis-je, cette manie de tou- 
jours parler des consonnances et des dis- 
sonances, si rien de cela n'avait été utile, 
nécessaire même au plain-chant considéré 
comme pure mélodie ? 

I) Apud Gerbertl ScHptorei, t. I, p. 245-246. 
Wfi làem^ lom. HI, p. il, 2* col., sub Une. 
SUS) Voir ce que j'ai dit du Conductus dans le 
HScAmisuirê de piotn-chant de M. d*Onigue. 

(389) Fol. 78 verso du manuftcrît H. 196, in-4« 

•fieadide d« xiv« tièole, appartenant à la bibliotbè- 

de la Faculté de Médecine de Montpellier. Ce 



« Pourquoi encore les auteurs de traités de 
musique mesurable et de composition plus 
ou moins profane de la même époque, 
comme Francon de Cologne, par exemple, 
disent-ils en termes fort clairs : Quare una 
eencordantia magis concordat quam alia? 
planœ musicœ relinquitur (387). Sinon par- 
ce que l'étude fondamentale ne la théorie 
harmonique était réservée aux artistes qui 
s'occupaient alors de plain-chant, théorie 
indispensable à tous ceux qui voulaient 
créer une mélodie de musique plane? 

« Pourquoi enfin les compositeurs de mu- 
sique à plusieurs parties, depuis Francon 
jusqu'au xvir siècle, ont-ils toujours pris, 
peur base de leur travail, excepté toutefois 
dans le Condtêctus (388), un fragment plus 
ou moins étendu de plain-chant? pourquoi, 
sans cette liase, se croyaient-ils livrés a un 
isolement dont ils se défiaient et pour ainsi 
dire sans un guide sûr réglant leurs inspi- 
rations? sinon encore parce qu'ils conce- 
vaient difficilement qu'on pAt faire une 
bonne mélodie sans le secours de la science 
harmonique. Nous autres, modernes, nous 
trouvons, dans les chansons des trouvères 
du moyen Age, une naïveté qui nous en- 
chante, et nous les regardons comme des 
mélodies écloses librement sur les lèvres de 
nos vieux compositeurs. £t pourtant il n'en 
est rien : les recueils de soi-disant mélodies 
originales des trouvères ne sont que des 
collections de parties séparées appartenant 
à des compositions à plusieurs voix, et bA- 
ties avec un admirable génie sur une petite 
phrase de plain-chant, sur quelques notes 
d'une antienne, d'un répons ou d un neume 
alléluiatique. Ainsi, par exemple, cette 
fraîche et gracieuse cantilène du xi* ou du 
xii' siècle : 




V*-^"' fTyf 



Quand repaire la verdor El la prime flou-re-le. 




Que chantP par grand baudor Au malin la-lo- e- le. (3(9), 



n'est autre chose qu'une mélodie créée har- 
moniquement sur un fragment de plain- 
chant fort connu, qui fait la partie de ténor, 
pendant qu'une troisième voix exécute un 
autre chant non moins beau sur ces paroles: 
Flos de spina rumpilur^ etc. Il en est de 
même de tout ce que Ton regardait jusqu'À 
présent comme des produits mélodiques du 
moyen âge, indépendants de l'harmonie. A 
cette époque, ie le répète, rien n'était, en 
musique, indépendant de la science qui 
présidait à la formation et à l'enchaînement 
des accords. L'harmonie était la base et le 

manuscrit comble une lacune de trois siècles dans 
rbisloire de Part musical en Rurope. Je me félicite 
d'avoir eu le bonheur de révéler a rémdition, en 
1851, les trésors qu'il renferme et qu*on ne trouver?^ 
nirlle part ailleurs. M. d'Ortisue a rendu compt4s 
de cette découverte dans son Dictionnaire de p/am- 
ehontf p. 189. 



335 



HàR 



DICTIONNAIRE 



nAR 



régulateur do l'art ; nul ne songeait, à se 
soustraire à la domination de ce critérium 
musical» ni le compositeur grégorien, ni Je 
symphoniaste, ni le diapnoniaste, ni le 
trouvère en déchant, ni le modeste organi- 
sateur, ni même le génie mélodiste qui in- 
Tentait le Conductus. Ce dernier, il est yrai, 
ajoutait une, deux, trois ou quatre parties 
à un thème de chant que son imagination 
avait conçu, mais ce privilège devait être 
racheté par des conditions indispensables : 
ce thème devait être mélodiquement aussi 
beau que possible, quxvultfcicereconductum^ 
primo cantum invenire débet pulchriorem 
quam potest (390), et, sous ce rapport, Tar- 
tiste rentrait dans la classe des compositeurs 
de plain-chant, et faisait lui-même son ca- 
nevas harmonique au lieu de Je prendre 
dans TAntiphonaire ou le Graduel. 

« D'après tout ce qui précède, je crois être 
en droit de conclure que le plain-chant, loin 
d'être inharmonique de sa nature, est au 
contraire essentiellement harmonique, et 
que nier cette vérité, c'est fouler aux pieds 
toute l'histoire musicale du moyen âge. Je 
respecte intiniment les auteurs contempo- 
rains que la vérité me force de combattre en 
ce moment; mais Tharmonisation du chant 
liturgique est une cause si importante, qu'il 
m'était impossible de laisser s'établir, à 
aucun prix , des assertions erronées oui 
auraient pu jeter l'art dans une voie déplo- 
rable. 

« Il me reste encore deux questions à exa- 
miner; je vais le faire le plus brièvement 
possiblft. 

« Je n'ai presque rien à dire sur les circon- 
stances dans lesauelles on peut harmoniser 
le plain-chant. On sait que le contre-point 
vocal exige beaucoup plus de ressources 
qu'un simple accompagnement harmonique 
exécuté sur l'orgue. Le premier, nature Ue- 
roent, accuse une certaine pompe cérémo- 
nielle dans l'office; il n'en faut donc point 
abuser, mais suivre ici la marche que 
Jean XXII nous a tracée dans sa Bulle. A 
Paris, par exemple, où l'on gâte les meil- 
leures choses en les exagérant, plusieurs 
personnes influentes du clergé exigent 
l'emploi presque continuel du contre-point 
vocal ou faux-bourdon. Or, rien n'est plus 
fatigant à entendre que cette incessante 
harmonie, comme aussi rien n*est plus en 
opposition avec l'esprit même du culte, 
chaque rite, en effet, a son degré, son carac- 
tère distinctif , sa couleur (391), son im[ior- 
tance enfin dans l'économie liturgique. A 
force de vouloir donner une allure solen- 
nelle aux moindres choses, sous prétexte 
d'attirer la foule dans nos temples en visant 
à l'éclat, on finit par rendre impossibles, 
quand il le faut, toute splendeur e'. toute 
pompe. Assuetavitescunt. 

« L'accompagnement du plain-chant sur 
loi'gue est une sorte de transaction dont il 
ne faut pas, non plus, exagérer l'emploi. Or, 

(590) Francoiiis Ar$ eantus menêurabiliit cap. il, 
2pud Gerberti Scriptores^ 1. 111, p. 13. 



ici encore , que d'écueils à éviter 1 que 
d'idées fausses à combattre 1 que de préjugés 
à détruire! En supposant un oràauiste- 
accompagnateurj qui ait du génie (ou génie 
catholique, bien entendu), — en supposant 
encore que le pasteur de la paroisse ait des 
connaissances solides en esthétique de nm- 
sique religieuse, — il arrivera souvent que 
Tartistene voudra pas chômer sur son orgoe; 
qu'aux plus petites fêtes comme aux plut 
solennelles, il se sentira l'impérieusa dé- 
mangeaison de tout accompugner en belle et 
bonne harmonie; que si son orgue possède 
des jeux d'anches aux sons éclatants, on 
tirera les registres de ces jeux pour fiiîrt 
beaucoup de bruit, et, de propos délibM^ 
l'on ne manquera pas d'étouffer les Toix, a» 
lieu de les soutenir, de les aider, de let 
diriger et de les mettre pleinement ec 
relief. Que si l'artiste se contente quelque- 
fois de donner le ton et d'abandonner ensniU 
les voix à elles-mêmes dans des circonstances 
convenables d'ailleurs et en vue d'un cm- 
traste, on se récriera : Pourquoi dont m 
orgue, si ron n'en joue pas f — Que si ce 
même artiste, pour apporter un peu de va- 
riété dans son jeu, suit parfois mélodiqoa* 
ment le chant sacré sans rauxiliaire dft 
accords, on se récriera derechef : les nm 
l'accuseront de paresse; les autres, d'igné 
rance. On aura beau répondre auxcritijqnei 
que Vennm naquit un jour de Funifarmitéf-' 
Qu'il faut être sobre tn toutes choses^ — qm 
1 ornement doit être en rapport avec le tStà 
qui le porte, que les offices se suivent, mes 
ne se ressemblent pas, et mille autres argie 
ments pareils : on trouvera encore et toe* 

i'ours des griefs à formuler, des reprodni 
1 faire, des théories k établir sur la poiiia 
d'une aiguille, ou sur la question de Te^ 
thétique, ou sur des détails d*expériaiM 
lors même qu'on n'en a pas. Mozart reviCB- 
drait au monde et se ferait organiste» 
accompagnateur, qu'il ne parviendrait pas k 
contenter tout le monde, et qu'on lui dimit 
encore : Cherche ailleurs, si tu ne veux pÊi 
me servir comme je r entends I On aunjl 
le génie de Boëly, le premier oruidsli 
français des temps modernes, qu*oo nnircA 
par vous dire tort poliment : Voue ifÊm 
pas capable; les fidèles ne peuveni jkm 
vous souffrir; veuillez céder la place i m 

plus habile Et le lendemain, les jçnh 

naux de musique religieuse annonceraMit 
cette grande nouvelle : Un jeune ariiete et 
seize anSj élève de la maîtrise de..., vfM 
d'être nommé organiste de Véglise de Saieh 
Germain-FAuxerrois. Cette nouvelle wen 
bien accueillie , nous Cesp&ons , cfcms h 
monde artistique, et le ministre dee estteê 
ne peut manquer d'approuver hauimKieti 
une nomination dont l'tnitiative faii te pèse 
grand honneur à M. ***. 

« M. Ludovic Vitct, le spirituel et savttt 
acaaémicien que je regarderai toojoais 
comme l'un de mes cbers bienfaiteuis, a 



(391) DX)rtigue, Dict, de plain-chant, ftit. 

LlTVRGIQinSS. 



857 



HAR 



D ESTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



158 



parlé des Atlobrogeiy des Goth$ ou des Lom- 
ImrdSf et suppose que ces peuples aimables 
pourraient bien avoir fait quelque récente 
visite dans le domaine de la musique reli^ 
fieuse (393). Le brillant et profond critique 
a été courtois : sous le yoile ingénieux de 
rbypothèse« il a constaté un fait véritable, 
oûe calamité qui désole TEglise depuis 
longtemps, et à laquelle il faut s'efforcer de 
mettre un terme. Malgré quelques efforts 
partiels, la musique religieuse est tombée 
dans on état de barbarie qui contraste sin- 
golièrement avec le progrii dont on fait 
partout un si pompeux éloge. Le clergé reste 
iDdifférent sur une question dont rimpor- 
tance même lui échappe. Il y a, certaine- 
ment, d'admirables exceptions à cette indif- 
férence générale ; mais la masse forme une 
sorte deHorrent qui entraîne Part religieux 
k une ruine inévitable. La maison de Dieu 
semble avoir accordé rinviolabilitédefasile 
k des chantres ignares dont la présence ne 
serait même pas acceptée dans la plus mau- 
vaise réunion musicale du monde profane. 
Les organistes-accompagnateurs ou autres 
n'ont même pas toujours Tavantage de pos- 
séder les premières notions de Tharmonie ; 
etquaod iin*enest pas ainsi, lorsqu'ils sont 
familiers avec ces notions, ils font usage de 
rbanDOBie moderne qu'ils ont apprise, que 
seule ils connaissent, sans s'inquiéter si ce 
qu'ils font est en rapport avec la tonalité du 
piain-cbant. Peur eux, pour les savants^ l'art 
ne remo&ie pas au delà de Rameau. Accords 
de septrème sur la dominante, accords de 
septième diminuée, accords de neuvième, 
etc., etc. , pourvu aue tout cela s*emploie 
iTaprès les règles de l'art actuel qui sont 
enseignées dans les académies ou les gon- 
KAVATOiBBs DB MusiQCB (393), OU u'eu de- 
mande pas davantage : on ne conçoit rien 
de jp^ns parfait ni de plus convenable.... Ce 
sf-rtit même faire preuve de gothieisme et 
d'ignorance profonde, que de supposer qu'il 
existe, en aehors de la musique moderne, 
onekiae chose de bon pour Tharmonisation 
do plain- chant ! 

m Telle est la situation de la science dans 
nSorope musicale du xix* siècle... Ce sim- 
ple exposé des faits donnerait pleinement 
raison k MM.. d'Ortigue et de la Page, s'il 
fallait juger de l'art par l'abus dont il est 
Foecasion. On conçoit sans peine que des 
nnsiciens d'une haute intelligence s'en 
viennent k jeter un cri de détresse, d'exa- 

K ration même, en présence des turpitudes 
nteuses ou soi-disant artistiques qui dé- 
solent le lieu saint Oui, si le plain-chant 
doit^tre accompagné, soit avec les voix, 
soit avec l'orgue, comme on le fait de nos 
joors surtout, il est infiniment préférable de 
ne pins l'accompamer du tout. Si l'harmonie 
dont on s'obstine a l'affubler, doit toujours 
être ou un vêtement de granit qui Técrase, 
on an habit d'arlequin qui le rende ridioule. 



— - oui, encore, bannissons du sanctuaire tout 
ce qui n'est point mélodie grégorienne purs 
et monodique. Il vaut infiniment mieux, dans 
cette hypothèse, laisser le plain-chant ce 
qu'il est, porter toute son attention k Texé- 
cuter d'une manière convenable, en prépa- 
rer les meilleures règles de théorie et de 
pratique, et combattre enfin les préjugés, 
injustes au fond, avec lesquels on accueille 
dans le monde la sublime musique de l'E- 
glise. 

« Mais fort heureusement, et en dépit des 
oraisons funèbres que Ton ()rononce déjk 
sur la tombe du p/atn-cAan^ il ne faut dé- 
sespérer ni de l'avenir de l'art grégorien, ni 
du triomphe des vraies traditions narmoni- 
ques qui conviennent à la nature de cet art 
austère parce qu'il est religieux. Si respec- 
tables que soient les savants, si puissante 
Sue soit leur parole, la science et la parole 
e nos pieux évoques prévaudra contre 
tous les obstacles, et, à mesure que la 
lumière se fera sur ces ouestions importan- 
tes, on verra les préjugés disparaître peu k 
peu, le plain-chant renaître en quelque 
sorte de ses cendres, et l'harmonie 1 embel- 
lir sans le défigurer. Ce qui appartient au 
sensualisme restera l'apanage de l'art pro^ 
fane et théAtral; ce çui convient k la douce 
et sainte prière de 1 Ame restera le privilé- 

§e de la musique religieuse. Et, en atten- 
ant que les idées s^assainissent, que la 
pratique des musiciens se ploie sous le joug 
des vraies théories qui distinguent le plain- 
chant d'avec la musique moderne, il laudra 
proclamer sans relAcne cette belle prescrip- 
tion de Monseigneur Parisis, fidèle et véné- 
rable écho de Jean XXII : « Désirant aue 
tous les fidèles présents k nos saintes céré- 
monies mêlent leurs voix, autant qu'il leur 
est possible, aux chants de l'Eglise, nous 
TOiilons que, surtout pour les parties de 
l'Office auxquelles tous peuvent le plus faci- 
lement prendre part, le plain-chant soit seul 
exécuté. 

« Nous comprenons dans cette règle les 
Kyrie^ le Gloria^ le CredOy le Sanctus^ i'il;- 
nus Dei, les proses, les hymnes, les a. brefs 
et surtout les Psaumes, pour lesquels ce- 
pendant nous ne défendons pas les /atix- 
hourdons^ quand ils sont exacts, écrits, pré- 
i^orés, et que Ton possède les moyens de 
les exécuter k coup sûr. Nous sommes loin 
d*interdire, pour aucun de ces chants, l'ac- 
compagnement de l'orgue ; nous le désirons^ 
au contraire, et nous sommes heureux d'a- 
voir pu l'introduire depuis longtemps dans 
notre église cathédrale. Mais toujours nous 
voulons alors qu'il accompagne le plain-chant 
seul {39k). M 

« Reste donc k savoir quelle est l'harmonie 
qui doit prévaloir dans l'accompagnement 
vocal o\k instrumental du plain-cnarit grégo- 
rien. Résoudre cette question, c*est com- 



(392) Journal des Savante, cahier de novembre (Sdi) Instruction pastorale de 1846 «tir le chant 
tm. . de r Eglise. 

(S95) C*est à dessein que je MViUfne ces mot». 



359 



IIAR 



DICTIONNAIRE 



RàR 



M 



pléter ce qui me roste à dire pour satisfaire 
ou programme de ce chapitre. 

A Ici, je De dois plus me préoccuper des 
adversaires de rharaionisatioQ de la musi- 
que plauc, parce que je crois n*avoir laissé 
baos réponse péremptoire aucune de leurs 
objections. Mais, en revanche, je me trouve 
forcément en iace de deux systèmes qui se 
disputent le terrain de Tharmoâie convena- 
ble au plain-chant; et,, encore, ces deux sys- 
tèmes se scindent-ils en plusieurs subdivi- 
sions qui sont plus ou moins embarrassan- 
tes pour la critique. 

« Le premier de ces systèmes professe à 
haute voix qu*il ne faut appliquer au plain- 
chant que les accords employés avant la fin 
du xvi* siècle, époque où Claude de Monte- 
verde créa instinctivement la tonalité de la 
musique moderne. 

a I^ second, et c^est la pratique sinon uni- 
verselle, du moins générale, considère le 
plain-chant comme une musique incomplè- 
te, en corrige les diverses gammes d'après 
jles deux types majeur et mineur de Tart ac- 
tuel, et y assouplit sans scrupule les théo- 
ries de rharmonie contemporaine. 

« J'ai dit que ces deux systèmes offrent des 
subdivisions eonibarrassantes. 

« En effet, les écrivains qui se rangent sous 
la bannière du premier système, divisent 
fort arbitrairement les diverses périodes de 
Thistoire musicale du moyen flçe. I<es uns 
jnclinent en faveur du système harmonique 
qui était usitée dans TEurope chrétienne, 
avant le xu* siècle. Cette théorie compte à 
peine quelques partisans quand mime^ et, à 
vrai dire, les archéologues en sont à peu 
près les seuls adeptes, sans aucun inconvé- 
nient pour nos oreilles modernes : leur 
unique but étant de reproduire les monu- 
ments de rart„ quels qu'ils soient, on ne 
saurait les blAmer en aucune façon» parce 
que, ainsi que cela doit être, leur opinion 
reste simplement k Tétat de .simple érur 
dition historienne. Quand on reproduit des 
monuments, il faut les recueillir com- 
me ils sont, avec exactitude et sans ar- 
rière-pensée. L'archéologue doit être un vé- 
ritable portraitiste, — consciencieux, fidèle, 
infilexime ! 

f « D'autres musiciens, parmi lesquels je ci-r 
terai M. L.-S. Fanart, directeur du conser- 
.Tatoire de musique de Reims, — d'autres 
musiciens, disons-nous, rejettent l'emploi 
de l'harmonie primitive, qu'ils appellent ro- 
mane (je ne sais trop pourquoi), pour Tac- 
compagnement du plain-chant, et adoptent 
l'harmonie usitée pendant la période gothi- 
ue (nom plus singulier encore], c'est-à-dire, 
e système d'accompagnement que les artistes 
)nt mis en usage, aans l'Europe, depuis le 
xii* siècle jusqu'à la moitié au xyi* siècle 
(395). Cette épithète de gothique qui ne si- 
gnifie rien ici, confond d'ailleurs toutes les 
▼raies notions de l'histoire musicale. La pé- 
riode primiiive de l'harmonie eurooéenne 
5'étena depuis les premiers siècles de t'E- 



1! 



glise jusque vers la première moitié da xv* 
siècle environ ; et ce que Ton décore abusi- 
vement du nom de période gothique^ dans 
le sens de M. Fanart , commence vers ti 
seconde moitié du xv' siècle et se irou¥e per- 
sonnifié dans les chefs-d'œuvre de linir 
mortel Palestrina, mort en i5M. 

<K C'est de la mort de Palestrina que datent 
les commencements de l'harmonie moderne^ 
expression virtuelle des fbtures desiinées<b 
la tonalité musicale en Europe. 

« Or, en admettant l'une des applications 
des systèmes d'harmonie en usage soit dans 
la période primitive, soit dans la période 
transitionnellequi s'écoule depuis la seconde 
moitié du xt* siècle jusqu'à- la fin du 
x,vi% soit enfin dans la période moderne 
qui commence à la mort de Palestrina, oa 
se trouverait encore en présence de trrâ 
théories fort contradictoires, et, par consé* 
quent, fort embarrassantes. 

« Laquelle de ces trois théories est la bon<« 
ne? Quel parti prendre en pareille circoos* 
tance? Où se trouve la vérité dans cette 
question si obscure et si délicate? 

« Pour déblayer le terrain, disons tout dV 
bord qu'il est impossible d'admettre TempU 
simultané de l'harmonie moderne et d^ lamé* 
lodie grégorienne. C'est un mélange quLpiM 
flatter l'oreille et qui la flatte m6me beaiH 
coup trop, mais que repousse le plus simpls 
bon sens. Voici comment ie m'exprime sv 
ce mélange hybride dans 1 article Aeeamft^ 

Înement que j'ai composé à la demende de 
l. d'Ortigue, et auquel ce sav^pt A hm 
voulu donner une hospitalité toute. oojrdiale 
dans son Diclionnairt de plain-cham^ : < Jt 
ne dirai rien des méthodes où FaccompigiSy 
ment du chant ecclésiastique repose .lor 
l'harmonie mo4erne. Malgré l'obstioalioa 
des organistes les pliijs renommés, il cil 
clair qu'en associant deux, tonalités essas» 
tiellement différentes, on imite Terehiteieli 
qui mettrait des colonnes gr.ecqu^ dans ose 
cathédrale gothique. Et si des considën^ 
tions générales on voulait passeic à des €mr 
sidérations plus directes, plus spéeialait 
plus intimes, les arguments se jftéMSft- 
raient en foule pour condamner, je. ne dfa# 
pas l'emploi des accords les plus passiooirfi 
de l'art moderne dans l'harmonisalioidl 
plain-chant, mais même Tusa^e da siafil 
accord de septième sur la dominante. 

« Qu'est-ce, en effet, que cet aeeord ils 
septième sur la dominante ? C'est la base de 
notre tonalité moderne. RetrAnchez-le, et h 
musique, telle que nous l'entendons de noi 
jours, n'existe plus. 

« La présence de cet accord suppose m 
gamme unique, majeure ou mineure» ajant 
une dominante toujours placée i une qoials 
au-dessus de la tonique. Elle suppose biea 
d'autres idées auxquelles je ne' Teoz pu 
m^arréter, parce que celle que je riens ai- 
mettre me paraît à la portée des inleDifiit- 
ces les plus étrangères aux graves qoestmi 
de tonalité musicale. 



(395) Utire choral..., par L.-S. Faaart, Paris, gr. in-8*, MDCCGUV, préface, p. xvja. 



Sil 



HAR 



D ESTHËTIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



sa 



« Or, si Ton emploie la septième sur la 
dominante en accompagnant le plain-chant, 
il font que cet accord soit placé sur la cin- 
quième note de chaque ffamme grégorienne, 
ou bien il faul qu'on le tasse entendre sur la 
dominante réelte des échelles du plain-chant. 

« Dans le premier cas, l'harmonie sera en 
opposition formelle avec les deuxième, troi- 
sième, (luatrièiqe, sixième et huitième mo- 
des ecclesiastigues.Kn effet, dans le deuxième 
mode, la dominante est à une tierce mineure 
au-dessus de la tonique; dans le troisième, 
è une sixte mineure; dans le quatrième, à 
une quarte; dans le sixième, à une tierce 
majeure; dans le huitième, à une quarte^ 
*^ «Ce simple exposé ne démontre-t-il pas 
jiisqu*k réyidence que Taccord de septième 
sur la dominante, c'est-à-dire sur la cin- 
quième note de chaque gamme grégorienne, 
est une monstruosité qui dénature tout et 
que rien ne justifie? 

' « Dans le second cas, l'absurdité n'est pas 
moindre. Autant vaudrait dire que la sep- 
tième sur la dominante a sa fondamentale 
sur la tierce, sur la quarte et sur la sixte 
d'une gamme musicale. Cela n'est pas sou- 
tenable; mais les artistes, qui suivent plutôt 
les caprices de leur imagination que les rè- 

fles dfu bon goût, n'en persistent pas moins 
propager la plus singulière de toutes les 
erreurs. On dirait que ce qui frappe l'oreille 
n'est soumis à aucune règle positive ; et, 
parce qu'on a proclamé que plus la musique 
procure d'émotions, plus aussi elle atteint 
ton but, on croit remplir cette condition sen- 
soaliste en bouleversant tous les principes. 

« Les travaux d'archéologie musicale qui 
IkHioreot le xix' siècle apporteront peut- 
Atre un remède à cet oubli des notions es- 
tbiliques les plus vulj^res. Je le désire. 
Four mon compte, je n'ai pas honte d'avouer 
que si l'ignorance des monuments de l'art 
a pu m'égarer comme beaucoup d'autres, Té- 
tude consciencieuse de ces mêmes monu- 
iDents a trouvé en moi un esprit docile. Les 
noms les plus célèbres n'ont point justifié à 
mes veux ce que ie regarde comme une 
Sraode aberration de l'intelligence humai- 
ne (8M). > 

a En citant les lignes précédentes, je neveux 
qae constater un point doctrinal qui, au ju- 
gement des érudits, se trouve placé au-des- 
sus de toute contestation sérieuse. Quelques 
amateurs ont ajouté des accompaiçnements 
miûdemes k des 'mélodies antiques; des artis- 
tes ont publié des méthodes pour l'orgue, 
dans lesquelles la tonalité actuelle est cons- 
tamment en opposition avec la tonalité gré- 
gorienne; des savants fort recommandâmes 
ont même soutenu que, depuis les Romains 
jusqu'au xix' siècle, la tonalité musicale a 
toujours été la même; mais tout cela est 
devenu insoutenable, surtout de nos jours, 
grâce k une saine et vigoureuse logique ap- 
puyée sur les monuments mieux connus de 

(396) Joseph d'Orligue, Dicî, d$ f^ain ckani, pa- 
ges 35-36. 

(397)' Mai 1831. 



rhistoire. M. Fétis, ici chef d'école, M. d'Or^ 
tigue, M. Alexandre Le Clercq, M. Stéphen 
Morelot, M. Fanart et bien d'autres encore 
qui ont quelque autorité dans la science» 
mettent l'narmonie moderne hors de cause 
lorsqu'il s'agit de l'accompagnement du chant 
liturgique. C'est avec bonheur que ie signa- 
lerai Tapparition de nouveaux philosophes 
musiciens qui, dans des ouvrages tout ré- 
cents, viennent augmenter le nombre tou- 
jours trop petit des partisans de la saine 
doctrine. Je dois citer, entre autres, M. A. 
Herland qui, au moment où j'écris ces lir 
gnes (397), a fait paraître un beau volume 
grand in-S*, intitulé : LoU du chant d^Egliif 
et de la musique moderne, Nomothésie musi- 
cale. Ce volume, qui est écrit avec toute 
Tampleur et toute la limpidité d'un travail 
bien conçu, est empreint d'une couleur vrai- 
ment magistrale ; & part quelques inexacti- 
tudes, on peut dire qu'il renferme une foule 
de choses neuves et transcendantes 'qui font 
le phis grand honneur à l'écrivain. M. Her- 
land, du fond de la Bretagne et connaissant 
à peine les grandes discussions qui s'asitent 
dans le domaine de l'érudition musicale, se 
pose à son coup d'essai au premier rang des 
muiicistes les plus distingués. « Depuis 
quelque temps, dit-il, certains musiciens sa- 
crés semblent avoir adopté exclusivement la 
notation moderne avec ses dièses et ses 6rf- 
mols, pour rappliquer ainsi au plain-chant. 
St, dans leur pensée^ cette adoption a pour 
but d'opérer la fusion de la musique moderne^ 
et de la musique religieuse^ et d'ajouter ainsi 
à la populanté de cette dernière, nous osons 
leur affirmer que, confondant le désir du bien 
avec le bien lui-même^ cette fatale adoption 
aurait pour conséquences inévitables de sup- 
primer les modes, de dépopulariser le chant 
sacré et de porter le dernier coup àFœuvre 
commune de saint Àmbroise et de saint Gré- 
goire (398). » Excellente théorie, s'il en fut 
jamais ; théorie juste, parfaite, exprimée en 
des termes simples, mais précis comme ceux 
d*une équation... 

«Avant peu on finira par comprendre que 
la tonalité moderne et la tonalité antiaue 
peuvent avoir des affinités, mais qu'il nest 
pas permis de les confondre, soit dans la 
pratique,, soit dans la théorie* En attendant. 
Je puis affirmer que l'on ne court aucun 
risque en excluant l'harmonie moderne de 
l'accompagnement du chant de saint Gré- 
goire. La découverte du Nouveau-Monde 
n*a pas autorisé les géographes è le confon- 
dre avec l'ancien. Pourquoi en serait-il au- 
trement dans la géographie des tonalités 

musicales? 

« En attendant que l'usage de l'harmonie 
moderne soit entièrement aboli dans l'ac* 
compagnement des mélodies de saint Gré- 
goire, tâchons de dissiper, du moins en 
principe, les doutes que Von a soulevés sur 
Je choix du système qu'il faut emprunter à 

(398) Lois du ckanl d'EglUe, Paris, clies Dldron, 
rue Hautereullle, 1854, pp. lil-iîi. 



S'3 



HAR 



DICTIONNAIRE 



HAR 



SU 



rv^urope cAihoIique et que celle-ci prati- 
quait avant la fin du xvr siècle. 

« La chose n*est pas facile, parce que les 
écriyains qui ont traité cette question n*ont 
point connu parfaitement les différentes pé- 
riodes historiques de Tharmonie avant Pa- 
lestrina, et que dans leurs tentatives d'ap- 
plication actuelle, ils n*ont tenu aucun 
compte de nos exigences physiologiques. 
Toute la question cependant se réduit à 
ceci : « Avant notre tonalité moderne, c'est- 
à-dire avant la fin du xvi* siècle, y a-t-il eu 
en Europe un système d'harmonie en rap- 
port avec le plain-chant et que l'art et nos 
oreilles puissent approuver ? Et même, dans 
cette longue période d'élaboration pénible 
et lente, ne pourrait-on pas trouver des 
fragments de théorie harmonique dont la 
restauration faite avec sagesse serait encore 
aujourd'hui même très->satisfaisante, et en- 
richirait ainsi le fond de l'art palestrinien?» 

« Il me semble que résoudre ce problème, 
c'est résoudre la question même qui m'oc- 
cupe. Dire : Adoptons l*harmonie a€ Paleê- 
^rtna, adoptons l harmonie des premiers dge$^ 
adoptons celle des médiévistes^ sans y rien 
ajouter^ sans en rien retrancher^ c'est tomber 
plus ou moins dans Terreur, et. c'est le ton 
de tous les écrivains spéciaux. Il est vrai 
que l'art est magnitique, splendide même 
ayec Palestrina; mais il est également vrai 
quMl n'est pas rigoureusement complet et 
qu'il exige l'inutile sacrifice de ce <iui est 
avouable dans les tentatives antérieures; 
comme aussi, en remontant au delà do ce 
grand homme et en mettant à néant les 
conquêtes de son école, pour n'adopter que 
les rudiments harmoniques des époques 

i)récédentes, on confoncf les tâtonnements, 
es pénibles essais et la formation toujours 
lente de l'art avec l'art lui-même arrivé k 
son complet développement. 

« 11 y a donc ici une grande opération d*é- 
clectisme à faire. Et pour la réa/iser avec 
bonheur, il faut absolument mettre de c6té 
toutes les erreurs historiciues qui circulent 
et tous les svstèmes que l'on invente dans 
un «cabinet d études sans se préoccuper des 
monuments historiques. Nous ne sommes 
plus à l'époque, récente encore, où l'on en- 
seignait fort tranquillement que Gui d'Arezzo 
avait inventé les noms cle notes ut-ré mi-fa- 
Mol-la, où l'on disait qu'il était l'auteur de la 
méthode des muances, où Ton débitait de la 
manière la plus pacifique que Jean de Mûris 
avait trouvé certaines figures représentant 
les valeurs de ^otes dans la musique mesu- 
rée; on n'oserait plus soutenir aujourd'hui 
qu'au moyen âge les trouvères concevaient 
la mélodie d'une manière indépendante de 
l'harmonie, car ie connais parfaitement celui 
qui a démontre que les trouvères ne trou- 
valent que l'harmonie d'après un chant don- 
né et connu bien longtemps avant eux; en- 
fin les hommes sérieux n'imitent pas certains 
auteurs qui, écrivant en l'an de grâce 1854, 

(399) De arte Conlrapuncti^ manutcrît n* 6145 de ris. Voir ma Table onomastiqMe de la nomrelle ë#- 
la bibhothéque du Gonsenratoire de musique de Pa« tion de Touvrage de dom Juniilhac, art. Hurfani. 



se permettent de dire que rharmcoîe, avant 
le XV* siècle, est grandiose^ mais quêlquêMs 
sévère jusqu'à la dureté, et pauvre ju$fu% la 
monotonie; en un mot, qu elle est 1 anale» 
gue de ce qu'on appelle en arcbiteclore r#» 
poque ogivale à lancettes ; comparaison pii- 
tentieuse que Jean Tinctorîs^ imposante 
autorité de la fin du xv* siècle, réfuterait en 
ces termes, s'il vivait encore ^ Si visa audiUh 
que referre liceatj nonnulla vetusta earmkm 
tgnotœ auctoritatiSf quœ apocrypha dicunêiÊtf 
in manibus aliquando AoAtit, adeo tseple, odea 
inscite composita^ ut multo potius ouret o/-^ 
fendebant quam delectabani; nbqdb, quod ae- 
tis admirari nequeoy Quinruv coMPOnTini 

NISI CITRA AlfNOS QUAOaAGlNTA BXSTAT, QTO» 
AUDITUDIGlf UM AB BRUDmS BXlSTiaiBTUa(9M|^ 

Laissons donc de c6té l' époque oqivaie à m^ 
cettes, ne remplaçons ooint les laits par de 
belles phrases, et aboraons carrément la vé- 
ritable méthode d'accom paginer, sur rorgna 
ou avec les voix, les mélodies du chant ^4- 
gorien. Plus la t&che estdifficilcy plus nous 
devons espérer d'indulgence de la part Âi 
lecteur. 

« On conçoit que, dans un ouvrage comaa 
celui-ci, on doit plutôt trouver des principe 

Sénéraux d'accompagnement grégorien ne 
es détails intimes, pratiques et compwli 
qui conviennent plutôt à une méthode spA* 
ciale. Cette méthode paraîtra quelque jobr» 
je res|ière ; en attendant, je renvoie au JNfr* 
tionnaire de plain-chant de M. d'Ortignet 6l 
me borne h donner ici une nomenclature ft* 
pide des règles qui dominent mon siyet. Ji- 
telligenti pauca. 

a En matière d'accompagnement des méla- 
dies de saint Grégoire et de toutes ceilai 
qui leur ressemblent, il faut d'abord sepié- 
munir contre les assertions trop absoloM 
des auteurs dont le système unique est le 
contre-point de note contre note. 

«Le plain-chant peut être exécuté de trois 
manières : lentement, d'un mouvement «s» 
déré, ou d'une manière un peu rapide. cLb 
degré de lenteur ou de vitesse nue Toa 
donne à chaque note d'une mélodie, doit 
exiger une dinérence quelconque danslliai^ 
monisation de cette mélodie elle-mAaio.ii 
le chant s'exécute avec un mouvement mo* 
déré, le contre-point de note contre noto 
])Ourra i>arfaitement lui convenir, sauf quel- 
ques exceptions. Si la mélodie est cbanlét 
vivement, ce genre d'accompagnement eai- 
sera d'offrir la même convenance, parce ijps 
chaque accord, s'y succédant avec rapidité^ 
produira plus de secousses que d*barnionie: 
l'accompagnement ne fera qu'emt>arrasser 
Talhire prompte et légère du chant. Si, en* 
fin, la cantilène religieuse revêt le caractèro 
de Vadagio, l'harmonie de note contre nota 
pourra paraître un peu nue, et l'oreille seia 
peut-être en droit de désirer alors des oom* 
binaisons plus variées de contre-point. 

« Supposer un accompagnement oniCorM 
pour les morceaux de chant liturgique, " 



915 



HAR 



DËSTHETIQUE CHRETIENNE. 



HAR 



316 



mit i dés mouvements lents ^ modérés o\x vifs ^ 
c'est tout confondre, et c'est ce que je com« 
bats sans hésiter. Donc, pas de système uni- 
que, pas de méthode absolue, pas de théorie 
exclusive; mais, au contraire, appropriation 
judicieuse d'une harmonie toujours conve-. 
nable h la tonalité des mélodies grégorien- 
œs* 

< Tel est le point de vue nouveau où il 
fiiat se placer, si l'on veut comprendre par- 
liûtement les règles que je vais donner (MO).» 

< Le mouvement modéré exige le contre- 
point de note